L'UE et l'Inde concluent un accord de libre-échange historique qui concernera 2 milliards de personnes et 25 % du PIB mondial

Le président du Conseil européen, Antonio Costa, le Premier ministre indien, Narendra Modi, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, posent pour une photo avant leur réunion à la Maison d'Hyderabad à New Delhi, en Inde, le 27 janvier 2026 - REUTERS/ ALTAF HUSSAIN

Après deux décennies de négociations, l'UE et l'Inde s'apprêtent à conclure un accord commercial qui profitera aux secteurs européens de l'automobile, du vin et des produits laitiers, ainsi qu'aux secteurs de la technologie, du textile, de la chimie et de la pharmacie du géant asiatique, à l'exception du secteur agricole

  1. Marché mondial
  2. Secteurs bénéficiaires
  3. Un pari stratégique
  4. Invités d'honneur
  5. Promotion des investissements
  6. Sécurité et défense
  7. Surveillance financière

« La mère de tous les accords ». C'est ainsi qu'Úrsula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a qualifié, lors d'une récente intervention à Davos, l'accord de libre-échange que l'Union européenne et l'Inde s'apprêtent à signer, en conclusion du 16e sommet bilatéral entre l'UE et le géant asiatique.

Marché mondial

Le résultat de cette alliance commerciale entre les deux plus grandes démocraties du monde est un marché énorme comptant plus de 2 milliards de consommateurs et un PIB combiné représentant 25 % du PIB mondial.

L'Inde était déjà le principal partenaire commercial de l'Union européenne, avec des échanges équivalents à 180 milliards d'euros en 2024, qui vont désormais augmenter grâce à ce nouvel accord, qui met fin à de longues négociations entamées en 2007 et reprises en 2021.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononce un discours spécial lors de la 55e réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026 - REUTERS/ YVES HERMAN

Secteurs bénéficiaires

Le traité prévoit de promouvoir les échanges de biens et de services en réduisant les tarifs douaniers dans une série de secteurs stratégiques pour les deux marchés. Ainsi, l'Union européenne verra l'accès aux exportations d'automobiles, de vins et de produits laitiers vers l'Inde facilité, tandis que cette dernière bénéficiera d'avantages concurrentiels dans l'exportation de produits électroniques, textiles, chimiques et pharmaceutiques vers l'UE.

Cet accord devrait permettre de doubler les exportations annuelles de l'UE vers l'Inde d'ici 2032, notamment grâce à la suppression ou à la réduction de 96,6 % des droits de douane sur les produits de l'UE. Les exportateurs européens économiseront ainsi jusqu'à 4 milliards d'euros par an en droits de douane.

Ce traité représente l'ouverture commerciale la plus ambitieuse jamais accordée par l'Inde à un partenaire commercial et offrira un avantage concurrentiel significatif aux industries de l'UE. Parmi les principales réductions ou suppressions tarifaires figurent :

  1. Aéronefs et engins spatiaux : de 11 % à 0 % pour presque tous les produits dans un délai de 10 ans.
  2. Machines et équipements électriques : de 44 % à 0 % dans un délai de 10 ans.
  3. Produits chimiques : de 22 % à 0 % dans un délai de dix ans.
  4. Véhicules à moteur : de 110 % à 10 % pour un contingent de 250 000 véhicules par an.
  5. Fer et acier : de 22 % à 0 % dans un délai de dix ans.
  6. Produits pharmaceutiques : de 11 % à 0 % dans un délai de dix ans.
  7. Vins : de 150 % à 75 % au moment de l'entrée en vigueur, avec une réduction progressive jusqu'à un minimum de 20 %.
  8. Huile d'olive : de 45 % à 0 % dans un délai de cinq ans.
  9. Produits agroalimentaires transformés : de 50 % à 0 %.

La seule ligne rouge du traité est le secteur agricole, qui a été expressément exclu des négociations en raison des fortes sensibilités politiques et économiques tant des agriculteurs européens que des producteurs indiens.

Un ouvrier charge une caisse remplie de raisins dans un vignoble de Carballo Cobo à Doade, Lugo, Espagne - REUTERS/ MIGUEL VIDAL

Un pari stratégique

Selon Von der Leyen, « l'Union européenne et l'Inde montrent à un monde fracturé qu'une autre voie est possible », en misant sur un partenariat stratégique fondé sur l'ouverture commerciale, à un moment où les guerres tarifaires entre les puissances commerciales se multiplient.

Stratégiquement, la volonté de l'Union européenne de conclure l'accord de libre-échange avec l'Inde répond à un désir de diversifier ses partenaires commerciaux et de sécuriser ses chaînes d'approvisionnement dans un environnement géopolitique et économique mondial marqué par les tensions commerciales et les menaces tarifaires de l'administration Trump.

Ouvriers sur la chaîne de montage de l'usine du constructeur allemand Volkswagen AG (VW) à Zwickau, en Allemagne - AP/ JENS MEYER

Invités d'honneur

Pour sceller la conclusion de cet accord, dont la négociation, selon des sources européennes, est close à 83 % (il reste 4 des 24 accords prévus), la présidente de la Commission européenne et le président du Conseil européen, António Acosta, se sont rendus à New Delhi.

Ils y ont été reçus en tant qu'invités d'honneur par le Premier ministre indien, Narendra Modi, lors des célébrations du 77e anniversaire de la République indienne, qui commémore l'entrée en vigueur de la Constitution, qui a marqué un pas en avant vers son indépendance vis-à-vis de l'Empire britannique. En effet, des unités des armées européennes ont participé pour la première fois au défilé commémoratif.

Comme l'a souligné António Acosta, « notre sommet envoie un message clair au monde. À un moment où l'ordre mondial est en pleine mutation, l'Union européenne et l'Inde restent unies en tant que partenaires stratégiques et fiables ».

Promotion des investissements

Pendant leur séjour en Inde, les dirigeants européens ont pris la parole lors du Forum des entreprises Inde-UE, auquel ont participé des cadres et des dirigeants industriels des deux parties, où ils ont appelé à réaliser des investissements ambitieux dans le secteur privé afin de tirer parti des synergies dans des secteurs critiques et à lancer de nouvelles initiatives entrepreneuriales qui favorisent des liens commerciaux et d'investissement plus étroits.

Entrée de l'usine Tata Electronics dans le sud de l'Inde, qui fabrique des composants pour l'iPhone d'Apple à Hosur, dans le Tamil Nadu - REUTERS/ HARIPRIYA SURESH

Sécurité et défense

En marge des négociations sur l'accord de libre-échange, Von der Leyen et Acosta, ainsi que Narendra Modi, se sont félicités de la signature de l'accord de sécurité et de défense entre les deux parties, qui constitue le premier cadre global de défense et de sécurité de ce type et qui permettra de renforcer la coopération dans les domaines de la sécurité maritime, de l'industrie et de la technologie de défense, des cybermenaces, de l'espace et de la lutte contre le terrorisme, entre autres.

Le 16e sommet bilatéral UE-Inde a également abordé la question de la sécurité mondiale. Les dirigeants ont pris note de l'adoption de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, du 17 novembre 2025, pour la paix à Gaza et ont encouragé toutes les parties à la mettre en œuvre dans son intégralité.

À cet égard, les dirigeants de l'UE et de l'Inde ont réaffirmé leur volonté de soutenir les efforts visant à instaurer une paix juste et durable et ont souligné la nécessité d'un accès humanitaire sans entrave.

Ils ont également appelé en faveur d'une solution juste et durable, fondée sur la mise en œuvre de la solution à deux États, par le dialogue et la diplomatie.

En ce qui concerne les événements récents préoccupants en Iran et dans la région, Von der Leyen, Acosta et Modi ont souligné l'importance du dialogue et de la diplomatie pour résoudre les problèmes de manière pacifique.

Le logo de la Banque de réserve de l'Inde (RBI) apparaît devant son siège social à Mumbai - PHOTO/ REUTERS

Surveillance financière

Le sommet bilatéral a également favorisé le renforcement de la coopération en matière de surveillance financière entre l'UE et l'Inde. Ainsi, l'Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), qui réglemente et supervise les marchés financiers dans l'UE, a signé un protocole d'accord avec la Banque de réserve de l'Inde (RBI), sa banque centrale, afin de faciliter la coopération et l'échange d'informations.

Cet accord constitue une avancée significative après des années de collaboration soutenue entre les deux entités et reflète l'engagement de l'AEMF en faveur de la coopération internationale en matière de surveillance et du soutien mutuel pour promouvoir des marchés financiers sûrs, résilients et ouverts.

L'AEMF est également en pourparlers avec le Conseil indien des valeurs mobilières (SEBI) et l'Autorité des centres de services financiers internationaux (IFSCA) en vue de conclure des accords similaires.