Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique, 26 novembre
- Ukraine : Zelenski et Trump se rapprochent, mais le « plan de paix » reste asymétrique
- Ukraine : la « liste de souhaits russe » derrière le plan et la fracture transatlantique
- Gaza : la CNUCED certifie le pire effondrement économique enregistré depuis des décennies
- Gaza : trêve précaire, hiver impitoyable et « stabilisation » qui se fait attendre
- Taïwan : un budget supplémentaire de 40 milliards pour la défense accélère la course aux armements dans le détroit
- États-Unis-Taïwan : un accord commercial sur les puces électroniques qui irrite Pékin
- États-Unis-Chine : mini-trêve commerciale en échange de terres rares et de soja
- Nigeria : enlèvements massifs et famine record dans le géant africain
- Soudan : le plan de cessez-le-feu s'enlise et la famine s'installe
- L'arc de la famine en Afrique de l'Est : le Soudan du Sud et l'aide qui s'évapore
- Rack média
Ukraine : Zelenski et Trump se rapprochent, mais le « plan de paix » reste asymétrique
Faits :
Au cours des dernières 24 heures, Volodymyr Zelenski a déclaré ouvertement que l'Ukraine était « prête à aller de l'avant » avec le plan de paix proposé par la Maison Blanche et qu'il discuterait des « points sensibles » directement avec Donald Trump, dans un format qui reste à définir.
Le plan est passé de 28 points à l'origine à un projet de 19 points après les négociations à Genève entre les conseillers à la sécurité des États-Unis, de l'Ukraine et du groupe européen dit « E3 » (France, Allemagne, Royaume-Uni), qui ont réussi à retirer certains éléments plus ouvertement favorables à Moscou, tels que le retour de la Russie au G8 ou l'utilisation par Washington d'actifs russes gelés en Europe sous contrôle américain. Parallèlement, Trump insiste sur le fait que « la paix est très proche », nie l'existence d'un ultimatum formel au 27 novembre, mais maintient la pression : si Zelenski n'accepte pas, « il peut continuer à se battre de tout son cœur », selon des fuites rapportées par la presse indienne et anglo-saxonne.
Lecture par blocs de médias :
Dans le bloc anglo-saxon mainstream (Washington Post, Financial Times, The Times, The Guardian, BBC, CNN, CBS, Politico, The Hill), le discours dominant est celui du « compromis difficile » : on reconnaît que Genève a adouci le plan, mais on souligne qu'il s'agit toujours d'un cadre dicté par Washington et que la pression sur Kiev est extraordinaire. Le FT et Le Monde soulignent le rôle de l'E3 qui tente de « réécrire » le texte, mais partent du principe que le cadre sera américain.
La presse européenne continentale met l'accent sur l'Europe : elle parle d'« heure de vérité » pour l'UE, divisée entre accepter un cadre qu'elle n'a pas conçu ou risquer une rupture avec Washington.
L'écosystème ukrainien souligne le sentiment d'un « choix impossible » : soit accepter un plan qui gèle la guerre sur des lignes très dures, soit risquer de perdre le soutien militaire et financier occidental.
Dans l'espace conservateur américain, l'accent est mis sur l'image de Trump en tant que « deal-maker » qui veut « mettre fin à la guerre que d'autres n'ont pas su conclure », et minimise le coût stratégique pour l'Ukraine et l'Europe.
Dans les médias du Sud, on souligne que le revirement en Ukraine peut libérer des ressources occidentales, mais qu'il crée également un précédent : celui de grandes puissances négociant sur des territoires étrangers sans le consentement plein et entier de la victime.
Implications :
La nouvelle n'est pas seulement qu'il existe un « plan de paix », mais aussi que, pour la première fois, Zelenski verbalise que le cadre de Trump est le véritable terrain de jeu et que sa marge de manœuvre réside dans les « détails sensibles ». C'est une reconnaissance implicite du fait que Kiev a perdu sa capacité de veto sur l'architecture des négociations, ce qui place l'Europe devant un miroir : soit elle défend véritablement l'intégrité territoriale ukrainienne, soit elle accepte une paix déséquilibrée et la consacre comme un précédent.
Pour Moscou, le simple fait que la discussion porte sur un cessez-le-feu sur la ligne actuelle et sur la réduction des ambitions ukrainiennes est déjà une victoire stratégique. Pour Kiev, le risque est d'entrer dans un scénario « Bosnie 2.0 » : un État mutilé, dépendant et avec une guerre gelée qui peut se dégeler à la volonté de l'agresseur. Et pour nous, Européens, le message est brutal : si une véritable autonomie stratégique n'est pas construite, la sécurité du continent restera une monnaie d'échange dans une négociation qui se déroule à huis clos entre Washington et Moscou.
Ukraine : la « liste de souhaits russe » derrière le plan et la fracture transatlantique
Faits :
Reuters et d'autres médias ont précisé que la première ébauche en 28 points du plan américain s'appuyait sur un document précédent d'origine russe, ce qui a conduit, même dans les médias indiens, à parler d'une « liste de souhaits russe » transformée en proposition de la Maison Blanche. Ce texte comprenait, entre autres, l'acceptation de facto de l'annexion russe de la Crimée et d'une partie du Donbass, le renoncement de Kiev à l'OTAN, une réduction massive de l'armée ukrainienne et une amnistie pratiquement générale pour les crimes de guerre, accompagnée d'un programme d'utilisation des avoirs russes gelés sous contrôle américain. La fuite a provoqué une vive réaction au Congrès américain, dans les parlements européens et dans l'opinion publique ukrainienne, forçant la « révision » qui a abouti au texte en 19 points.
Lecture par blocs de médias :
Le Monde, FT, The Economist, Foreign Affairs, National Interest s'accordent à dire que le cœur du problème n'est pas technique mais politique : le plan est vicié dès le départ car il part du principe que la Russie conserve les territoires conquis par la force et que l'Ukraine doit accepter une « paix injuste » en échange de garanties ambiguës.
RT et TASS ont exploité cette histoire comme une preuve que « l'Occident reconnaît la réalité sur le terrain » et que l'Europe ne compte plus : à Moscou, on raconte que Trump et Poutine négocient l'architecture de sécurité européenne et que Bruxelles ne peut qu'applaudir depuis les tribunes, tandis que « les Russes d'Ukraine » sont protégés.
Dans la presse allemande et d'Europe centrale, l'accent est mis sur le danger de créer un précédent de légitimation des conquêtes territoriales qui pourrait déstabiliser la Baltique et l'Europe de l'Est pendant une génération.
En Israël et dans le monde arabe, les journaux interprètent le plan ukrainien à la lumière de Gaza : si Washington accepte une « paix » qui consacre l'occupation en Ukraine, qu'est-ce qui l'empêche de faire de même avec les territoires palestiniens si cela lui convient ? Haaretz et Al-Quds al-Arabi établissent des parallèles explicites entre « paix dictée » et « occupation blanchie ».
Implications :
Ce chapitre révèle quelque chose de fondamental : le problème n'est pas seulement de savoir comment se terminera la guerre en Ukraine, mais quel type d'ordre international se normalisera ensuite. Un plan de paix issu d'un document russe, corrigé à moitié sous la pression européenne et présenté à Kiev comme « c'est ça ou rien », envoie un message très clair au reste de la planète : l'intégrité territoriale des petits pays est négociable.
De plus, le débat a mis en évidence la fracture transatlantique. L'Europe découvre que sa sécurité est discutée entre Washington et Moscou sans que Bruxelles ne donne le ton. Si l'issue de cette confrontation est l'acceptation d'un « cadre de paix » qui gèle la guerre dans des termes favorables à l'agresseur, la crédibilité de l'UE dans la Baltique, le Caucase et la Méditerranée orientale sera compromise, et le Sud global en prendra bonne note.
Gaza : la CNUCED certifie le pire effondrement économique enregistré depuis des décennies
Faits :
Le nouveau rapport de la CNUCED sur la Palestine conclut que l'économie de Gaza a subi le pire effondrement jamais enregistré par l'organisme : le PIB de la bande de Gaza a chuté de 87 % en 2023-2024, le PIB par habitant est tombé à environ 161 dollars par an et pratiquement 100 % de la population vit dans l'extrême pauvreté. L'étude estime que près de deux décennies de progrès ont été effacées en deux ans et que la reconstruction coûterait au moins 70 milliards de dollars et plusieurs décennies, même dans un scénario de cessez-le-feu stable.
Lecture par blocs de médias :
The Guardian, Le Monde, Libération, The Economist, Financial Times, NYT parlent d'un « gouffre créé par l'homme » et d'un « nouveau Sarajevo économique », soulignant qu'il ne s'agit pas d'une catastrophe naturelle mais d'une décision politique soutenue : blocus, guerre, destruction systématique des infrastructures civiles et productives.
Dans la presse israélienne, la couverture oscille entre l'acceptation des données de l'ONU et leur dénonciation comme « biaisées ». Haaretz souligne le coût moral et stratégique pour Israël ; Israel Hayom et d'autres soulignent le rôle du Hamas, mais minimisent la dimension structurelle du blocus.
Les médias arabes et du Golfe utilisent le rapport comme une arme politique : ils parlent ouvertement de « destruction économique délibérée » et exigent des sanctions ou, au moins, des conditions strictes pour l'aide occidentale à Israël.
Les agences mondiales et les chaînes telles que la BBC, CNN, CNBC, WION, Fox et CBS reprennent les données sur un ton plus technique, mais leur poids est tel que pratiquement tous les quotidiens européens et américains de référence publient l'histoire en première page ou dans leur rubrique internationale.
Implications :
Gaza n'est plus seulement un symbole politique ; c'est aussi, en termes strictement économiques, un territoire brisé. Cette « économie effondrée » ne se répare pas avec des camions de farine ou quelques conférences de donateurs à Bruxelles. Il faudrait un projet de type « plan Marshall » dans des conditions politiques radicalement différentes : fin du blocus, liberté de mouvement, ports et aéroports opérationnels, sécurité juridique et un cadre politique qui ne soit pas l'occupation indéfinie.
Pour Israël, maintenir indéfiniment cette situation implique de transformer son environnement immédiat en un puits de frustration et de violence qui, tôt ou tard, reviendra comme un boomerang. Pour l'Europe et les États-Unis, légitimer ce scénario tout en parlant d'« ordre international fondé sur des règles » en Ukraine érode profondément leur autorité morale. Et pour le monde arabe et islamique, Gaza s'impose comme la preuve que les règles du jeu sont différentes lorsque l'occupant est un allié de l'Occident.
Gaza : trêve précaire, hiver impitoyable et « stabilisation » qui se fait attendre
Faits :
La fragile trêve entre Israël et le Hamas – soutenue par les États-Unis, l'Égypte et le Qatar – tient bon, mais sous le poids constant des violations, des petites incursions et des tirs sporadiques. Les pluies de ces derniers jours ont inondé les camps de déplacés, emportant les tentes et détruisant les maigres possessions de dizaines de milliers de familles.
L'ONU parle d'une situation où « la survie même est en jeu », avec des prix alimentaires qui ont quelque peu baissé, mais des régimes alimentaires extrêmement pauvres et sans accès régulier à l'eau potable ou au gaz de cuisine. La « Gaza Humanitarian Foundation », un mécanisme d'aide mis en place par Washington et certains alliés arabes, annonce son retrait progressif du territoire, laissant un vide que ni l'Autorité palestinienne ni aucun « conseil de paix » international n'ont réussi à combler.
Lecture par blocs de médias :
La presse israélienne est divisée : Yedioth, Israel Hayom et une partie du Jerusalem Post insistent sur le risque que le Hamas utilise la trêve pour se réarmer ; Haaretz et d'autres soulignent que la tragédie humanitaire compromet la sécurité à moyen terme et mettent en garde contre un « Gaza fragmenté » de facto.
Dans le monde arabe, Al-Jazeera, Al-Arabiya, Al-Quds al-Arabi, Asharq Al Awsat, Arab News et les quotidiens jordaniens et libanais présentent Gaza comme une plaie ouverte dans la région et établissent un lien entre la catastrophe et la paralysie politique des élites arabes.
En Europe et aux États-Unis, la BBC, CNN, The Guardian, le NYT, le Washington Post, le FT, Le Monde, Die Zeit et la FAZ évoquent le dilemme de la « stabilisation d'après-guerre » : personne ne veut envoyer de troupes sur le terrain, tous redoutent le coût politique du financement de la reconstruction et, pendant ce temps, la population vit dans une sorte de gigantesque camp de déplacés.
Implications :
Une trêve sans horizon politique clair et sans véritable reconstruction n'est pas un pas vers la paix, mais une pause entre deux vagues de violence. Le risque est de cristalliser une sorte de « protectorat informel » : une Gaza morcelée, surveillée par un mélange de forces internationales, israéliennes et de milices locales, sans horizon de souveraineté ni d'égalité des droits.
Pour les monarchies du Golfe et l'Égypte, le coût en termes de réputation d'apparaître comme des partenaires mineurs d'un dispositif qui prolonge les souffrances à Gaza commence à être sérieux, et une grande partie de la presse arabe de qualité le souligne sans ambages. Parallèlement, l'indignation dans la rue arabe et musulmane alimente des discours plus radicaux, tandis qu'en Europe, un fossé interne se creuse entre le discours humanitaire et la pratique diplomatique.
Taïwan : un budget supplémentaire de 40 milliards pour la défense accélère la course aux armements dans le détroit
Faits :
Le président Lai Ching-te a annoncé un budget supplémentaire de défense d'environ 40 milliards de dollars pour la période 2026-2033, avec pour objectif déclaré de porter les dépenses militaires à 5 % du PIB d'ici 2030.
Ce budget comprend des missiles, des drones, la modernisation de la marine et la création d'un système antiaérien à plusieurs niveaux appelé « T-Dome », inspiré du Dôme de fer israélien, afin de rendre les attaques chinoises plus coûteuses et plus compliquées et de faire de Taïwan un adversaire difficile à vaincre. Washington, qui fait pression depuis des mois pour que ses alliés assument une plus grande part du fardeau, considère cette annonce comme une « étape majeure » dans la voie de la dissuasion par la force.
Lecture par blocs médiatiques :
Les médias américains et britanniques sont divisés entre ceux qui applaudissent le réarmement comme antidote à la doctrine chinoise du « choc et effroi » et ceux qui avertissent qu'une course aux armements dans la région peut nous rapprocher davantage de la guerre que de la paix.
La presse chinoise et proche de Pékin décrit cette mesure comme une « provocation » téléguidée par le « complexe militaro-industriel » américain ; elle insiste sur le fait que Taïwan devient le « distributeur automatique » de l'industrie américaine de l'armement et que le DPP mène l'île vers une « impasse indépendantiste ».
En Asie et dans la région Indo-Pacifique, la couverture médiatique se concentre sur les interactions avec le Japon, la Corée du Sud et l'architecture de sécurité régionale : l'augmentation des dépenses taïwanaises est interprétée comme s'inscrivant dans le cadre d'une « mini-OTAN » asiatique en construction.
Implications :
D'un point de vue militaire, la logique est claire : si la Chine multiplie les incursions et les manœuvres et laisse entendre que la « réunification » pourrait être forcée, Taïwan répond par une dissuasion asymétrique, renforçant sa capacité à infliger des dommages intolérables à toute invasion. Mais, sur le plan géopolitique, le message est autre : le détroit de Taïwan est déjà, de facto, le principal front de la nouvelle guerre froide entre les États-Unis et la Chine.
À court terme, le risque d'un conflit ouvert reste faible, car personne ne peut en assumer le coût. À moyen terme, cependant, plus les armes et les promesses mutuelles de défense s'accumulent, moins il reste de marge pour des solutions politiques créatives. Il pourrait en résulter une région prise en étau entre un nationalisme chinois de plus en plus affirmé et une stratégie américaine qui, en s'intensifiant, risque de croire qu'elle pourra toujours contrôler le thermostat.
États-Unis-Taïwan : un accord commercial sur les puces électroniques qui irrite Pékin
Faits :
Parallèlement au réarmement, l'administration Trump négocie avec Taïwan un accord commercial axé sur les semi-conducteurs et la formation de la main-d'œuvre américaine, qui comprendrait davantage d'investissements de la part d'entreprises telles que TSMC aux États-Unis et des programmes de formation de techniciens américains sur l'île. L'accord vise à atténuer les problèmes des usines de l'Arizona, à rapprocher la production de puces avancées du sol américain et, dans le même temps, à réduire les droits de douane jusqu'à 20 % sur certaines exportations taïwanaises, sans toucher pour l'instant aux puces, précisément parce que l'on souhaite relocaliser les chaînes de valeur.
Lecture par blocs de médias :
À Washington et à Londres, l'accord est présenté comme un élément clé de la « réduction des risques » face à la Chine : moins de dépendance technologique en cas de conflit éventuel, plus d'emplois industriels aux États-Unis, plus de discipline dans la chaîne d'approvisionnement des puces.
Dans la presse chinoise, l'accord est dénoncé comme une violation du principe « d'une seule Chine » et comme une tentative de consolider Taïwan en tant que plate-forme militaro-industrielle hostile à la périphérie de la Chine.
Les médias d'opinion et les think tanks discutent du risque que, tout en protégeant la chaîne de valeur, on incite Pékin à agir avant que la fenêtre d'opportunité ne se referme.
Implications :
La combinaison d'un plus grand nombre de bases technologiques aux États-Unis, d'un plus grand nombre d'armes à Taïwan et d'une pression accrue sur la Chine dans le domaine des « terres rares » pousse Pékin à accélérer ses propres plans d'autosuffisance stratégique. Si la crise ukrainienne a montré à quel point l'énergie peut être une arme géopolitique, l'axe États-Unis-Taïwan est en train de configurer l'échiquier où les puces seront l'équivalent numérique du gaz russe.
À long terme, ce type d'accords dessine un bloc technologique occidental qui, de facto, assimile Taïwan à l'espace de sécurité américain, même sans traités formels. Pour l'Europe, qui dépend des puces asiatiques et des matériaux chinois, cela soulève une question délicate : dans quelle mesure est-elle prête à assumer le coût d'une confrontation technologique avec la Chine si elle ne dispose pas d'une autonomie propre en matière de puces et de matières premières critiques ?
États-Unis-Chine : mini-trêve commerciale en échange de terres rares et de soja
Faits :
Après la rencontre Trump-Xi en Corée du Sud et des semaines d'incertitude, nous avons assisté ces dernières heures à un nouveau geste d'apaisement : Trump se vante que Xi ait « plus ou moins accepté » d'accélérer et d'étendre les achats chinois de produits américains, en particulier le soja, et que Pékin maintienne le gel de l'extension de ses contrôles à l'exportation sur les terres rares (rare earths). L'accord précédent prévoyait déjà une réduction de dix points de certains droits de douane (tariffs) liés au flux de précurseurs du fentanyl et une « pause » d'un an dans les nouvelles restrictions chinoises sur les terres rares.
Lecture par blocs de médias :
Dans Reuters, AP, AFP, WSJ, FT, le ton est sobre : il s'agit d'un soulagement temporaire qui donne de l'oxygène aux marchés, mais pas d'une paix commerciale durable. Les analyses de Reuters et du Parlement européen rappellent que la Chine continue de contrôler environ 60 % du marché mondial des éléments clés pour les aimants et les batteries, et que l'Occident restera dépendant de Pékin dans les années à venir.
Dans les médias chinois et pro-chinois, l'histoire est présentée comme la preuve de la capacité de Xi à stabiliser les relations avec Washington sans céder sur l'essentiel : les États-Unis réduisent leurs droits de douane et font du tort à leurs propres alliés, tandis que la Chine conserve son levier stratégique sur les minéraux critiques.
Dans les magazines et les think tanks occidentaux, l'interprétation est plus sombre : la « trêve » gèle le conflit, mais ne le résout pas, et risque d'alimenter la complaisance européenne alors qu'elle devrait accélérer sa propre indépendance dans les domaines critiques.
Implications :
À court terme, l'accord est une bouffée d'oxygène pour deux économies fatiguées et pour des marchés qui vivent au rythme de chaque tweet présidentiel. Mais à long terme, le problème persiste : nous restons dans un modèle d'interdépendance armée où les terres rares, les puces électroniques et les technologies sensibles font office d'arme de pression dans chaque négociation.
Pour l'Europe, prise entre sa dépendance aux matières premières chinoises et la pression américaine pour s'aligner sur sa stratégie de « confinement », le risque est double : se retrouver sans approvisionnement si la guerre commerciale s'aggrave ou être marginalisée des chaînes de valeur qui se réorganisent autour de l'axe Washington-Asie alliée. La décision de ne pas prendre au sérieux cette opportunité d'investir massivement dans l'autonomie stratégique serait tout simplement irresponsable.
Nigeria : enlèvements massifs et famine record dans le géant africain
Faits :
Le Nigeria connaît une nouvelle vague d'enlèvements massifs qui rappelle les pires moments de Boko Haram. Plus de 300 élèves et 12 enseignants ont récemment été enlevés dans une école de Papiri, dans le nord du pays, et quelques jours plus tard, 25 filles ont été enlevées dans un internat de Kebbi ; 24 d'entre elles ont été libérées ces dernières heures, selon les autorités. Un reportage de Reuters souligne que, malgré des années de promesses, le président Tinubu n'a pas réussi à freiner les bandes armées qui agissent comme des « entreprises d'enlèvement », et qu'environ un quart des forces de police est affecté à la protection des personnalités importantes plutôt qu'à la protection des écoles et des villages.
Parallèlement, le Programme alimentaire mondial (PAM) avertit que le nord du Nigeria pourrait être confronté à la pire crise alimentaire de son histoire en 2026, avec environ 35 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire grave et au moins 15 000 en situation de famine (phase 5) dans l'État de Borno, alimentée par les attaques militantes, les déplacements massifs et les réductions de l'aide internationale, notamment celles résultant des coupes budgétaires de Trump dans le financement de l'ONU.
Lecture par blocs de médias :
Les agences mondiales soutiennent le récit factuel des enlèvements et de la famine, qui est ensuite repris par des journaux tels que le NYT, le Washington Post, le Guardian, Le Monde, la FAZ, Die Welt, le Corriere et pratiquement toute la presse européenne de référence.
Les médias africains mettent davantage le doigt sur le problème : un État qui ne contrôle pas une grande partie de son territoire, des forces de sécurité mal payées et mal équipées, et des élites politiques réfugiées dans des enclaves urbaines tandis que les zones rurales sombrent dans la loi du plus fort.
Dans le Sud global élargi, le Nigeria apparaît comme le symbole d'une Afrique où convergent toutes les crises : post-djihadisme, changement climatique, inflation mondiale et désengagement financier de l'Occident.
Implications :
Pour l'Europe, le drame nigérian n'est pas une anecdote lointaine : c'est l'un des principaux moteurs des futures vagues migratoires et de l'instabilité régionale. Si le géant démographique du continent glisse vers une combinaison de crise sécuritaire, de famine et de délégitimation de l'État, le Sahel et le golfe de Guinée pourraient devenir un arc d'instabilité structurelle.
Le fait que l'aide internationale soit à son plus bas niveau historique, Washington réduisant ses fonds et l'Europe détournant ses ressources vers l'Ukraine et Gaza, aggrave la situation. Le message envoyé par les médias africains est clair : le discours occidental sur « l'ordre international fondé sur des règles » sonne creux lorsqu'on tolère que des millions de personnes vivent entre l'extorsion des gangs et l'abandon de la communauté internationale.
Soudan : le plan de cessez-le-feu s'enlise et la famine s'installe
Faits :
L'envoyé américain Massad Boulos a reconnu qu'aucune des deux parties en guerre au Soudan – ni l'armée régulière ni les Forces de soutien rapide (RSF) – n'avait accepté le plan de trêve et de paix promu par les États-Unis, l'Arabie saoudite, l'Égypte et les Émirats. L'armée exige des conditions préalables et accuse le plan de favoriser les RSF ; celles-ci proclament un cessez-le-feu unilatéral qui, dans la pratique, ne se traduit pas par une cessation durable des hostilités. Pendant ce temps, l'UE et l'ONU décrivent le Soudan comme un « cauchemar vivant » et la plus grande crise de déplacement et de protection au monde : plus de 10 à 12 millions de personnes déplacées et les régions du Darfour et du Kordofan en situation de famine ou au bord de la famine.
Lecture par blocs de médias :
Les agences (Reuters, AP, AFP, DPA) offrent une couverture relativement constante, mais peu visible par le grand public ; les grands quotidiens occidentaux la relèguent dans la rubrique « monde », alors que le Soudan dépasse déjà l'Ukraine et Gaza pour certains indicateurs de déplacement et de famine.
Les médias arabes insistent sur la responsabilité partagée des puissances régionales qui arment les uns et les autres, et soulignent que le plan des États-Unis et de leurs alliés relève autant de la géopolitique du corridor de la mer Rouge que de la préoccupation humanitaire.
En Europe, la couverture de Le Monde, FAZ, Die Zeit, The Guardian, BBC ou France Info souligne que nous sommes confrontés à une « famine oubliée », une crise classique dans laquelle la communauté internationale court après les événements sans volonté politique de forcer un compromis.
Implications :
La paralysie du plan de paix au Soudan révèle les limites du « peace-brokering » (médiation) des États-Unis et des monarchies du Golfe lorsqu'ils ne sont pas prêts à conditionner réellement les armes et le financement. Alors que des tables de dialogue sont improvisées, la réalité est celle d'un pays fragmenté en fiefs armés, avec des millions de personnes prises au piège entre les bombardements, les milices et la famine.
Sur le plan géopolitique, le Soudan est bien plus qu'un drame humanitaire : il se trouve au carrefour de la rivalité turco-égyptienne, de l'intérêt saoudien-émirati pour la mer Rouge, de la pénétration russe (Wagner et ses successeurs) et de la projection chinoise à travers les infrastructures. Les médias arabes et africains le comprennent, mais les capitales occidentales se comportent comme s'il s'agissait d'un incendie périphérique. Cette myopie pourrait coûter très cher lorsque l'effondrement du Soudan débordera sur le Tchad, le Soudan du Sud, l'Éthiopie et l'Égypte.
L'arc de la famine en Afrique de l'Est : le Soudan du Sud et l'aide qui s'évapore
Faits :
Oxfam et d'autres ONG alertent sur le fait que près de 6 millions de personnes – soit près de la moitié de la population – souffrent de famine aiguë au Soudan du Sud, avec un accès très limité à l'eau potable et à l'assainissement, tandis que le financement international tombe à son plus bas niveau depuis l'indépendance du pays en 2011. La combinaison de conflits récurrents, d'inondations, de crise climatique et de réductions de l'aide pousse des communautés entières au bord de l'effondrement, dans un contexte où l'attention des médias est monopolisée par l'Ukraine et Gaza.
Lecture par blocs de médias :
Les ONG et les agences des Nations unies dictent l'agenda médiatique ici ; Reuters, AP, AFP et DPA amplifient les alertes, mais la plupart des grands titres se limitent à de brèves notes.
Dans la presse nordique et centre-européenne, traditionnellement sensible à l'aide au développement, on perçoit un malaise croissant face à l'abandon de l'engagement de 0,7 % du PIB en matière de coopération, mais le débat reste minoritaire.
Dans le Sud, cette vague de famine est perçue comme le symptôme d'une tendance : lorsque les guerres n'affectent pas directement les intérêts occidentaux ou les voies d'approvisionnement en énergie, l'aide s'évapore sans bruit.
Implications :
L'érosion de l'aide humanitaire n'est pas seulement un problème moral, elle multiplie également les risques géopolitiques. Les zones où les gens n'ont rien à perdre sont des terrains fertiles pour la pénétration d'acteurs armés, de réseaux criminels et, de plus en plus, pour l'influence de puissances qui prennent le temps d'offrir quelque chose, même s'il s'agit d'un flux d'armes et d'argent facile.
Si l'Afrique de l'Est devient un corridor de crise continu, du Soudan au Mozambique, la Méditerranée et l'océan Indien verront se renforcer les routes de migration, de piraterie et de crime organisé. Il ne s'agit pas seulement de « solidarité », mais d'un intérêt stratégique bien compris.
Rack média
Bloc Washington-Londres
NYT, Washington Post, WSJ, USA Today, The Times, The Telegraph, Financial Times, The Economist, Foreign Affairs, Politico, The Hill, BBC, CNN, Fox News, CNBC, CBS : concentrent leur attention sur l'axe Ukraine-Russie et le triangle États-Unis-Chine-Taïwan, avec Gaza comme deuxième grand centre d'intérêt. Le cadre dominant est celui de la concurrence entre les grandes puissances, avec des nuances entre libéraux et conservateurs sur le coût des concessions accordées à Moscou et Pékin.
Presse européenne continentale
Le Monde, Le Figaro, Libération, La Tribune de Genève, FAZ, Die Welt, Die Zeit, DPA, Gazeta Wyborcza, Helsingin Sanomat, Corriere della Sera, L'Osservatore Romano, France Info : soulignent la perte d'influence de l'Europe dans l'élaboration du plan de paix pour l'Ukraine et la dépendance vis-à-vis des États-Unis en matière de sécurité énergétique, technologique et militaire. Gaza est vécue comme une épreuve morale et une source de tensions internes.
Agences mondiales
Reuters, AP, AFP, DPA donnent le ton de l'information dans presque tous les quotidiens de votre liste, de Clarin, El Mercurio et Reforma à Gulf News, Khaleej Times, Times of Oman ou Straits Times. Elles concentrent les articles clés sur : le plan de paix en Ukraine, l'effondrement économique à Gaza, le réarmement de Taïwan, les enlèvements au Nigeria et l'impasse au Soudan.
Bloc Israël-Palestine-Monde arabe
Yedioth Ahronoth, Israel Hayom, Haaretz, Jerusalem Post, Jerusalem Times, Maariv, Al-Jazeera, Al-Arabiya, Al-Hayat, An-Nahar, L'Orient-Le Jour, Daily Star, Jordan Times, Al Rai, Arab News, Asharq Al Awsat, Al-Quds al Arabi, Al-Hayat al Jadida, Alyyam, Felestin, Peninsula, Gulf News, Gulf Today, Al-Ittihad, Times of Oman, LCI, BFM : tous tournent autour du double axe Gaza-Cisjordanie et de l'impact régional de la guerre, avec des divergences très marquées entre la presse israélienne, plus soucieuse de sécurité, et les journaux arabes, qui parlent de « destruction délibérée » et de « double standard occidental ».
Bloc Russie et environnement post-soviétique
Russia Today, TASS et, dans une moindre mesure, les médias ukrainiens tels que Ukrainska Pravda, Ukrinform, Fakty ta Kommentarii, Vesti, Kyiv Post, The Kyiv Independent, Ukrainska Pravda : ils se concentrent presque exclusivement sur le plan de paix pour l'Ukraine, que Moscou présente comme une reconnaissance de ses gains et que Kiev décrit comme une pression insupportable entre une « paix injuste » et la poursuite d'une guerre d'usure.
Bloc Asie élargie et Inde
Tokyo Times, Yomiuri Shimbun, South China Morning Post, China Daily, Straight/Straits Times, Times of India, Hindustan Times, Indian Express, WION, Times of Oman : mettent l'accent sur le tournant stratégique vers l'Asie, avec trois grands thèmes : le réarmement de Taïwan, l'équilibre commercial et technologique avec la Chine et l'interprétation indienne du plan de paix en Ukraine comme un mouvement susceptible de redessiner la carte énergétique et militaire de l'Eurasie.
Amérique latine et autres
Clarín (Buenos Aires), El Mercurio (Chili), Reforma (Mexique), La Tribune de Genève, Helsingin Sanomat : ils reprennent en grande partie les cadres de Reuters/AP, mais en gardant un œil sur les conséquences économiques (énergie, alimentation, migrations) pour leurs propres sociétés.
Bloc anglo-saxon (NYT, Washington Post, WSJ, Financial Times, BBC, CNN, Fox News, AP, Reuters, AFP) : accent mis sur le plan de paix pour l'Ukraine, la pression militaire russe, Gaza et le ralentissement économique, avec un débat intense sur les limites du réalisme face à la Russie et les coûts internes de l'implication internationale.
Presse européenne (Le Monde, grandes chaînes européennes, agences) : attention croissante portée à la reconfiguration de l'équilibre dans la région Indo-Pacifique — en particulier à Taïwan —, à la fragilité énergétique et au sentiment d'irrélevance stratégique, avec un ton plus inquiet que résolu.
Médias du Moyen-Orient et du monde arabe (Al Jazeera et autres) : discours centré sur le coût humain à Gaza et au Liban, la perception de l'impunité israélienne et la dénonciation de l'incohérence occidentale, qui devient une arme de communication pour les puissances rivales.
Zone Asie-Pacifique (presse régionale, agences mondiales) : mélange d'inquiétude face à l'escalade dans le détroit de Taiwan et de pragmatisme économique, avec des sociétés qui tentent de concilier croissance, sécurité et autonomie face aux pressions croisées de Washington et Pékin.
Amérique latine et Afrique (couverture par les grandes agences) : moindre visibilité, sauf pour le dossier Maduro, la criminalité organisée et les catastrophes naturelles, ce qui alimente le sentiment de périphérie informationnelle dans des régions qui sont pourtant cruciales pour les matières premières, les migrations et la sécurité.