Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique des 8, 9 et 10 novembre 2025

Positionnement global - Depositphotos
Vous trouverez ci-dessous une analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. Introduction éditoriale : l'état du monde
  2. Crise à la BBC : la direction démissionne pour manipulation éditoriale du discours de Trump
  3. États-Unis : le Sénat conclut un accord pour mettre fin au shutdown
  4. Marchés mondiaux : la volatilité du dollar s'effondre après le choc Trump
  5. Chine : Pékin met en service le porte-avions Fujian
  6. Mexique : Sheinbaum envoie des troupes supplémentaires au Michoacán après l'assassinat d'un maire
  7. Menace hybride : drones suspects au-dessus de Bruxelles ; le Royaume-Uni envoie une équipe spéciale
  8. Tension transatlantique : Kallas (UE) exige des États-Unis qu'ils respectent le droit international en raison des attaques contre des bateaux de narcotrafiquants
  9. Diplomatie tactique : Lavrov se déclare prêt à rencontrer Rubio
  10. Catastrophe naturelle : le typhon Fung-wong frappe les Philippines
  11. Rack média : analyse des récits internationaux
  12. Observations finales et analyse stratégique

Introduction éditoriale : l'état du monde

L'analyse de la situation mondiale au cours des dernières 24 heures révèle un panorama marqué par l'érosion accélérée de la confiance dans les institutions que l'Occident considérait comme les piliers de son ordre, la paralysie politique aux États-Unis due à la fermeture du gouvernement fédéral, qui entrave la prise de décisions stratégiques, et la consolidation méthodique de puissances révisionnistes qui n'attendent pas que l'Occident résolve ses crises internes.

Ce rapport examine en détail les événements qui définissent cette époque : de la remise en question de la crédibilité de la BBC, qui, malgré tous ses défauts, est incomparable aux médias publics espagnols, au chaos récurrent du système politique américain avec son shutdown, en passant par la démonstration de force navale chinoise avec son nouveau porte-avions.

Dans le même temps, on observe une naïveté dangereuse chez certains acteurs européens face à des menaces hybrides qui ne sont plus théoriques, mais bien réelles et présentes. La réponse aux incursions de drones sur les capitales européennes et, de manière alarmante, la confusion conceptuelle dans l'approche du trafic international de drogue, exigent un réalisme stratégique qui semble absent. L'analyse qui suit défend une approche engagée en faveur de la vérité, de la souveraineté et de la critique de l'abus de pouvoir, quelle que soit son origine géographique ou idéologique.

Crise à la BBC : la direction démissionne pour manipulation éditoriale du discours de Trump

Faits :

Le directeur général de la BBC, Tim Davie, et la directrice générale de l'information, Deborah Turness, ont présenté leur démission de manière fulgurante. Le déclencheur a été la diffusion d'un documentaire de la prestigieuse émission Panorama qui traitait des événements du 6 janvier 2021.

L'enquête, révélée par The Daily Telegraph, a montré que la production avait édité un discours de Donald Trump, fusionnant des phrases prononcées à des moments différents pour suggérer une incitation directe à la violence au Capitole. De manière critique, le montage a délibérément omis les parties du même discours dans lesquelles Trump demandait à ses partisans de manifester « pacifiquement ».

La directrice générale de BBC News, Deborah Turness, devant le siège de la BBC, le 10 novembre 2025 - REUTERS/ JACK TAYLOR

Implications :

La BBC, considérée depuis des décennies comme le pilier mondial du service public audiovisuel, est confrontée à une crise de gouvernance et de crédibilité sans précédent. Cette affaire relance le débat sur l'impartialité et la responsabilité des médias publics dans un contexte de polarisation maximale.

Il ne s'agit pas d'un fait isolé, mais de l'aboutissement d'une dérive idéologique perceptible dans d'autres couvertures sensibles (comme Gaza ou l'identité de genre), qui a érodé la confiance du public. L'effet est double : d'une part, cela renforce les discours populistes sur les fake news ; d'autre part, cela fournit des arguments au gouvernement britannique pour promouvoir une révision en profondeur du financement et du mandat de la société.

Au niveau international, la chute de la BBC en tant que référence en matière d'objectivité crée un vide qui sera immédiatement exploité par les médias d'État autoritaires, tels que la chaîne russe RT ou la chaîne chinoise CGTN, pour discréditer toute la presse occidentale.

Le directeur général sortant de la BBC, Tim Davie - REUTERS/ HANNAH McKAY

États-Unis : le Sénat conclut un accord pour mettre fin au shutdown

Faits :

Après plus de 40 jours de paralysie fédérale, le Sénat américain est parvenu à un accord préliminaire pour rouvrir le gouvernement. La clé de cet accord a été la concession d'un groupe de démocrates modérés, qui ont accepté de voter la réouverture sans inclure la prolongation des subventions de santé de l'ACA (Affordable Care Act), plus connue sous le nom d'Obamacare.

L'accord, qui doit encore surmonter plusieurs obstacles, finance le gouvernement fédéral jusqu'en janvier 2026 et annule les licenciements de fonctionnaires, mais reporte la bataille cruciale sur les subventions de santé.

Implications :

La résolution de cette impasse renforce la stabilité institutionnelle des États-Unis à court terme et atténue le « risque Washington » qui pénalise les marchés. Cependant, elle met en évidence une paralysie politique due à l'extrême polarisation partisane. La fermeture a eu des coûts tangibles importants, notamment des annulations massives de vols en raison du manque de contrôleurs aériens et des retards dans l'aide alimentaire fédérale.

La cause profonde est la « tyrannie de la minorité » : des secteurs critiques du Parti républicain ont démontré leur capacité à prendre en otage le gouvernement fédéral. Même si la Maison Blanche gagne du temps, les démocrates modérés pourraient payer un prix politique auprès de leur base électorale, encouragés par la frange la plus radicale du parti, les membres du SQUAD (Squadron) dirigé par l'ultra-gauche Alejandra Ocasio-Cortez, pour avoir cédé sur la protection de l'ACA.

Globalement, 40 jours de fermeture ont terni l'image des États-Unis en tant qu'administration sérieuse et fiable, mettant en évidence que leur système politique est structurellement vulnérable aux tactiques de blocage récurrentes.

Le président américain Donald Trump - REUTERS/ ELIZABETH FRANTZ

Marchés mondiaux : la volatilité du dollar s'effondre après le choc Trump

Faits :

Les marchés financiers ont enregistré une baisse notable de la volatilité implicite du dollar américain. Cette stabilisation est interprétée par les salles de marché comme le dépassement définitif de l'impact Trump, une période de forte incertitude sur le taux de change liée à la rhétorique politique de ces dernières semaines.

Implications :

Cette stabilisation ne peut être considérée isolément ; elle est directement liée à l'actualité précédente. La baisse de la volatilité n'est pas uniquement due au fait que le marché « surmonte » la rhétorique politique, mais, de manière plus tangible, au fait que la fin du shutdown élimine une incertitude macroéconomique massive et immédiate. Les opérateurs avaient déjà « intégré » le risque politique, et la résolution du blocage permet un retour à la normale.

La stabilisation du dollar favorise le commerce international et renouvelle la confiance dans les actifs refuges. Cependant, l'« effet cascade » se fera sentir dans les économies émergentes. Un dollar stable et fort est une mauvaise nouvelle pour les marchés périphériques et les bourses asiatiques qui avaient bénéficié de la faiblesse de la devise américaine pour leurs exportations et le service de leur dette.

Billet de dollar américain - REUTERS/DADO RUVIC

Chine : Pékin met en service le porte-avions Fujian

Faits :

La marine de l'Armée populaire de libération a mis en service son troisième porte-avions, le Fujian, lors d'une cérémonie très médiatisée présidée par Xi Jinping. Ce navire marque une avancée technologique majeure pour Pékin : il s'agit de son premier porte-avions équipé de catapultes électromagnétiques (EMALS), une technologie jusqu'à présent uniquement maîtrisée par les États-Unis et qui permet de lancer des avions plus lourds, avec plus de carburant et d'armement, et à une cadence de décollage supérieure.

Implications :

Le Fujian représente un « bond qualitatif » incontestable dans la projection de la puissance navale chinoise et dans la consolidation de sa marine hauturière (blue-water navy, par opposition à sa garde côtière qui est une véritable force navale). Bien que le navire reste à propulsion conventionnelle et plus petit que la classe Ford américaine, cette comparaison n'est pas pertinente pour son théâtre d'opérations principal, à savoir la mer de Chine méridionale.

La véritable menace du Fujian est régionale. Son objectif stratégique n'est pas de rivaliser à l'échelle mondiale avec la marine américaine, mais de rendre impossible toute intervention militaire américaine en défense de Taïwan et de consolider sa domination absolue en mer de Chine méridionale.

Cela suscite une inquiétude immédiate à Washington, Tokyo, Manille, Bangkok, Canberra et dans tous les pays de l'ASEAN. Le Fujian oblige les alliés occidentaux (en particulier l'alliance AUKUS, l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis) à accélérer leurs propres déploiements et à revoir leurs doctrines de combat, augmentant dangereusement le risque d'une escalade accidentelle dans le Pacifique occidental.

Sur cette image, tirée d'une vidéo diffusée par la chaîne CCTV en Chine, des marins applaudissent lors du lancement du troisième porte-avions chinois, le Fujian, dans un bassin de cale sèche à Shanghai, le vendredi 17 juin 2022 - PHOTO/ CCTV via AP

Mexique : Sheinbaum envoie des troupes supplémentaires au Michoacán après l'assassinat d'un maire

Faits :

La violence des cartels de la drogue dans l'État du Michoacán a atteint un nouveau sommet avec l'assassinat en plein jour du maire d'Uruapan pendant les célébrations du Jour des morts. En réponse, la présidente Claudia Sheinbaum a annoncé le déploiement de 1 000 soldats fédéraux supplémentaires, portant le total dans la région à 10 000 hommes. Cette mesure de force est complétée par un investissement de 3 milliards de dollars dans des programmes sociaux dans la région.

Implications :

La détérioration de la sécurité dans le Michoacán met en péril la gouvernance du pays et la confiance des investisseurs étrangers. La stratégie mixte de Sheinbaum (une version 2.0 de « câlins et balles ») est une reconnaissance implicite de l'échec de la stratégie purement militaire dans le passé. Cependant, l'effet de débordement de la violence est déjà une réalité qui affecte les chaînes d'approvisionnement agroalimentaires (comme l'avocat) et les flux migratoires.

La présidente Sheinbaum a rejeté l'intervention directe des États-Unis, n'acceptant que la coopération en matière de renseignement, dans le but de défendre la souveraineté mexicaine. Bien que cette position soit politiquement populaire au Mexique, elle est stratégiquement risquée.

Si cette nouvelle stratégie ne parvient pas à éradiquer la corruption institutionnelle profonde qui permet aux cartels d'opérer, la violence persistera et la pression sur Washington pour qu'il agisse de manière unilatérale, comme le montre l'actualité n° 7, augmentera de manière exponentielle. Le pouvoir et l'influence violente des cartels de la drogue mexicains ont fait du Mexique un État défaillant dans les États où leurs puissantes mafias sont les plus présentes.

Fresque représentant le défunt maire Carlos Manzo, assassiné lors d'une célébration du Jour des morts, à Uruapan, au Mexique, le 7 novembre 2025 - REUTERS/ IVAN ARIAS

Menace hybride : drones suspects au-dessus de Bruxelles ; le Royaume-Uni envoie une équipe spéciale

Faits :

Les forces de sécurité belges sont en état d'alerte après plusieurs incursions de drones non identifiés au-dessus de Bruxelles. Les appareils ont été aperçus à proximité d'infrastructures critiques, notamment l'aéroport international de Bruxelles-Zaventem (le principal du pays) et, selon des informations inquiétantes, à proximité d'une base militaire abritant des armes nucléaires tactiques américaines. Dans un élan de coopération rapide, Londres a réagi en envoyant une équipe de soutien technique et des spécialistes anti-drones de l'armée britannique.

Implications :

La prolifération des drones au-dessus des capitales européennes met en évidence une grave vulnérabilité dans la « couche basse » de la défense aérienne. Cet incident illustre la nouvelle réalité de la menace hybride : il s'agit d'une tactique peu coûteuse (un drone commercial est bon marché), à fort impact (capable de fermer un aéroport ou de semer la panique) et extrêmement difficile à attribuer.

La réponse du Royaume-Uni après le Brexit est significative. Elle montre que, même en dehors de l'Union européenne, le Royaume-Uni reste indispensable à l'architecture de sécurité européenne (OTAN). Cette action renforce la coopération bilatérale entre le Royaume-Uni et la Belgique et souligne en même temps la lenteur désespérante de la réponse institutionnelle de l'UE elle-même face aux menaces physiques dans sa capitale.

Le Premier ministre belge Bart De Wever assiste à une conférence de presse lors du sommet des dirigeants de l'Union européenne à Bruxelles, en Belgique, le 23 octobre 2025 - REUTERS/ YVES HERMAN

Tension transatlantique : Kallas (UE) exige des États-Unis qu'ils respectent le droit international en raison des attaques contre des bateaux de narcotrafiquants

Faits :

Lors du sommet CELAC-UE qui s'est tenu en Colombie, la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, a publiquement exhorté les États-Unis à respecter le droit international. Cette déclaration fait suite aux attaques américaines qui, selon certaines informations, auraient causé la mort de 69 personnes à bord de navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique. Lors du même sommet, la Colombie a qualifié ces faits d'« exécutions extrajudiciaires ».

Implications :

Cette affaire met gravement à mal la coopération judiciaire et maritime entre Bruxelles et Washington. L'UE, en tant que défenseur du multilatéralisme, tente de fixer des limites juridiques et de préserver la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM).

Washington, pour sa part, montre clairement qu'il donne la priorité à sa « guerre contre la drogue » et à sa sécurité nationale plutôt qu'aux normes mondiales lorsqu'il estime que celles-ci ont échoué. Les tensions qui en résultent aliènent les alliés latino-américains et alimentent l'anti-américanisme dans la région. Pour l'UE, cette position affaiblit la coordination transatlantique dans la lutte contre le trafic de drogue, créant une fracture qui ne profite qu'aux cartels et aux États qui les soutiennent.

Personne n'a jamais critiqué le président Obama pour avoir éliminé des cibles terroristes dans des villes peuplées et même dans des immeubles résidentiels à l'aide de drones, comme lors de l'opération qui a permis d'éliminer le sinistre successeur de Ben Laden à la tête d'Al-Qaïda, le Dr (pédiatre...) Ayman AL-ZAWAHIRI. Éliminer les narco-bateaux appartenant à l'organisation terroriste mafieuse « Tren de Aragua » ou à la brutale narco-dictature vénézuélienne relève de la légitime défense et de la lutte contre des criminels extrêmement dangereux, ce qui, de l'avis de nombreux experts, est pleinement justifié.

La haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, lors d'une conférence de presse au sommet UE-CELAC à Santa Marta (Colombie), le 9 novembre 2025 - REUTERS/ LUISA GONZÁLEZ

Diplomatie tactique : Lavrov se déclare prêt à rencontrer Rubio

Faits :

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré (par l'intermédiaire des agences d'État RIA et TASS, et repris par Reuters) qu'il était « prêt » à rencontrer le secrétaire d'État américain, Marco Rubio. Aucun agenda ni lieu n'ont été proposés. Dans la même déclaration, Lavrov a réitéré les conditions non négociables de Moscou pour la paix en Ukraine : le contrôle russe des régions annexées et le renoncement de Kiev à toute aspiration à rejoindre l'OTAN.

Implications :

Il ne s'agit pas d'une offre de paix, mais d'une communication stratégique à l'état pur. C'est un signe tactique de Moscou destiné à donner l'impression d'ouverture et de volonté de dialogue.

L'objectif réel de Lavrov n'est pas de convaincre Rubio, mais de s'adresser à l'aile la plus sceptique du Parti républicain et aux alliés européens qui montrent des signes de « fatigue de guerre ». Il cherche à consolider ses positions sur le front tout en essayant de créer des fissures dans le soutien de Washington à Kiev.

Sans résultats concrets sur la table, ce geste relève de la propagande. Pour les États-Unis, il n'offre une ouverture à la diplomatie que si celle-ci s'exerce à partir d'une position de force sans équivoque, empêchant la Russie de dicter les termes d'une « paix » qui ne servirait qu'à entériner son agression.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'adresse à la 80e Assemblée générale des Nations unies (AGNU), au siège de l'ONU à New York, aux États-Unis, le 27 septembre 2025 - REUTERS/ CAITLIN OCHS

Catastrophe naturelle : le typhon Fung-wong frappe les Philippines

Faits :

Le super typhon Fung-wong (avec des vents atteignant près de 200 km/h) a frappé avec une extrême violence l'île principale de Luzon, aux Philippines. Le bilan provisoire fait état de deux morts, mais il convient de souligner l'évacuation massive et préventive de plus d'un million d'habitants. Il s'agit du vingt-et-unième cyclone tropical de l'année dans le pays, qui continue de se remettre de l'impact du typhon meurtrier Kalmaegi il y a quelques semaines. La trajectoire de Fung-wong se dirige maintenant vers la mer de Chine méridionale.

Implications :

Cette catastrophe accélère une crise humanitaire et met à l'épreuve la capacité de gestion des urgences de toute l'Asie du Sud-Est. L'évacuation d'un million de personnes, bien que tragique, témoigne d'une amélioration significative de la résilience et des systèmes d'alerte précoce des Philippines.

Cependant, l'intensité et la fréquence de ces catastrophes sont une conséquence directe du changement climatique qui exacerbe la vulnérabilité de la région. Ce typhon n'est pas seulement un événement humanitaire, il est également géopolitique. Sa trajectoire aura un impact temporaire sur les chaînes d'approvisionnement et les routes maritimes de la mer de Chine méridionale, et oblige Taïwan et le Japon à activer leurs plans d'urgence, détournant ainsi des ressources militaires et de renseignement.

Des habitants marchent sur la partie endommagée de la route Baler-Casiguran, touchée par le typhon Fung-wong, à Dipaculao, Aurora (Philippines), le 11 novembre 2025 - REUTERS/ ELOISA LÓPEZ

Rack média : analyse des récits internationaux

L'analyse des récits médiatiques dominants montre comment ces neuf événements sont interprétés à travers des prismes idéologiques et nationaux très différents :

Axe américain (NYT, WaPo, WSJ, Fox News) : la couverture du shutdown est la principale actualité nationale, mais avec des cadres opposés. Le New York Times et le Washington Post le présentent comme un échec du Parti républicain et un risque pour la démocratie et l'ACA. En revanche, Fox News célèbre la chute de la direction de la BBC comme une victoire contre les médias conventionnels et une preuve de ses dénonciations des fake news. Le Wall Street Journal donne la priorité au Fujian, le présentant comme une escalade militaire qui exige une réponse économique et de défense.

Axe Royaume-Uni (Times, Telegraph, Guardian) : Le scandale de la BBC domine l'actualité. Le Daily Telegraph, qui a révélé l'affaire, la présente comme une justification de ses critiques à l'égard du parti pris de la société. Le Guardian prend ses distances par rapport au scandale national pour donner la priorité à la critique de Kaja Kallas comme une défense nécessaire du droit international, et à l'impact humanitaire du typhon Fung-wong.

Axe Europe continentale (Le Monde, FAZ, Die Welt) : L'accent est mis sur la sécurité. La crise de la BBC est observée avec nervosité, par crainte d'un effet domino sur les médias publics nationaux. Les drones à Bruxelles et l'offre tactique de Lavrov sont considérés comme des menaces directes, l'une hybride et l'autre diplomatique, pour la stabilité de l'UE et de l'OTAN.

Axe russe et chinois (RT, TASS, SCMP, China Daily) : Le discours est classique. RT et TASS présentent Lavrov comme un diplomate raisonnable en quête de paix, tandis que l'Occident (les États-Unis avec leur shutdown, la BBC avec sa crise) s'effondre à cause de sa propre incompétence. China Daily et South China Morning Post célèbrent le Fujian comme un jalon de la souveraineté nationale et une réussite technologique purement défensive, ignorant les tensions qu'il génère.

Axe latino-américain (Clarín, Reforma) : L'accent est mis sur la souveraineté. Reforma défend la position de la présidente Sheinbaum dans le Michoacán. Clarín et d'autres médias de la région se font l'écho du sommet CELAC-UE, soutenant la critique des actions des États-Unis contre les narco-bateaux. Observations finales et analyse stratégique.

Observations finales et analyse stratégique

La journée met en évidence trois vecteurs clairs : la fragilité des institutions politiques et médiatiques en Occident, le réalisme budgétaire qui s'impose à Washington uniquement lorsque l'économie tousse, et la consolidation de l'échiquier indo-pacifique, où la Chine accélère son formidable réarmement militaire tandis que la nature nous rappelle que la stratégie est aussi une question de résilience.

Cependant, deux des nouvelles du jour exigent une évaluation critique supplémentaire en raison de leur profonde portée stratégique.

Tout d'abord, la déclaration de la haute représentante de l'UE, Kaja Kallas, sur les narco-bateaux n'est pas seulement diplomatiquement maladroite ; elle est imprudente et stratégiquement incompréhensible. En exigeant des États-Unis qu'ils « respectent le droit international » en attaquant les bateaux de trafic de drogue, Kallas fait preuve d'une naïveté dangereuse. Ces bateaux ne sont pas des contrebandiers romantiques, mais des opérateurs logistiques de cartels ultraviolents, dont beaucoup sont directement liés à la narco-dictature vénézuélienne et à d'autres acteurs étatiques hostiles qui utilisent le trafic de drogue comme une arme de guerre hybride contre l'Occident.

L'hypocrisie flagrante de la bureaucratie bruxelloise est mise en évidence. On invoque le légalisme le plus strict pour protéger les narcotrafiquants, tout en gardant le silence ou en modérant le ton lorsque des opérations antiterroristes tout aussi justifiées que les attaques contre les narcoterroristes (qui opèrent souvent dans des zones grises similaires sur le plan juridique) sont menées par les États-Unis, d'ailleurs en nombre record sous la présidence Obama.

Il faut le dire clairement : les trafiquants qui transportent des tonnes de poison et corrompent des États entiers sont tout aussi violents et dangereux que les terroristes, c'est pourquoi de nombreux gouvernements ont déclaré les cartels de la drogue comme des organisations terroristes, avec toutes les implications juridiques que cela comporte.

La position de M. Kallas met en évidence un dangereux renversement des valeurs au sein de l'UE, où un formalisme juridique erroné (car les cartels sont, selon la législation américaine, des organisations terroristes et peuvent donc être traités comme Al-Qaïda ou Daech) prime sur la sécurité réelle, affaiblissant gravement la coopération atlantique contre le narcoterrorisme.

Deuxièmement, la crise à la BBC (Actualité 1) est symptomatique du profond déclin des médias publics lorsqu'ils succombent au parti pris idéologique et à l'arrogance. La démission du directeur général du groupe BBC, Tim Davie, et de la responsable en chef de l'information, Deborah Turness, pour une manipulation éditoriale aussi grossière que le montage, biaisée, manipulatrice et malveillante du discours de Trump lors de l'assaut du Capitole (vidéo qui a d'ailleurs servi de preuve falsifiée dans les procédures judiciaires contre Trump à ce sujet) est la seule issue honorable face à une manipulation aussi grave et scandaleuse de l'information par un sectarisme idéologique profond, indigne d'une chaîne publique. Quoi qu'il en soit, ce n'est qu'un jeu d'enfant comparé à ce qui se passe au sein de l'organisme public RTVE.

Mais ce scandale met en évidence une comparaison douloureuse. Au Royaume-Uni, au moins, il existe un écosystème médiatique (dans ce cas, The Daily Telegraph) capable de dénoncer les manquements et un mécanisme de responsabilité qui, bien que tardif, a abouti à des démissions au plus haut niveau.

Un scandale de cette nature est tout simplement « impensable » dans le contexte espagnol actuel. Et ce n'est pas parce que les médias publics espagnols jouissent d'une plus grande intégrité, mais pour la raison exactement opposée. En Espagne, les médias publics, avec RTVE et l'agence EFE en tête, ont depuis longtemps renoncé à toute prétention de neutralité et ont été réduits à une simple « plateforme de propagande du gouvernement ». Ils ont cessé d'être un service public pour devenir un outil de pouvoir. Le parti pris n'est pas un scandale qui provoque des démissions ; c'est la politique éditoriale officielle.

La géopolitique exige une vigilance engagée. Les démocraties doivent renforcer leurs pare-feu (juridiques, éditoriaux et militaires) contre les graves menaces provenant des puissances qui ont choisi d'être les ennemis de l'Occident, ainsi que contre la naïveté interne, d'une part, et le sectarisme idéologique profond qui oppose des sociétés entières en favorisant les plus extrémistes, d'autre part.

L'obsession de certains dirigeants de pays démocratiques à contrôler tous les domaines du pouvoir, rompant ainsi la séparation des pouvoirs, et à contrôler la ligne éditoriale des médias publics ou tout autre ressort ou instrument d'influence est particulièrement préoccupante. Les exemples de ce type sont de plus en plus nombreux, notamment en Hongrie, en Turquie et surtout en Espagne, qui est sans aucun doute le cas le plus grave, comme le soulignent un nombre croissant de médias internationaux, y compris ceux de centre-gauche.