Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 12 janvier
Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
- Introduction
- Iran : plus de 500 morts, black-out médiatique et menace de représailles si les États-Unis interviennent.
- Washington : les sénateurs des deux partis refroidissent l'« option militaire » contre l'Iran.
- Syrie : les États-Unis frappent des cibles de l'État islamique dans le cadre d'une opération plus large
- Alep : départ des forces kurdes et une unité syrienne encore à consolider
- Ukraine : attaque aérienne nocturne russe sur Kiev
- Venezuela et Cuba : pétrole, sanctions et tension dans l'hémisphère
- Groenland : la tentation arctique et le débat sur la possibilité de discuter avec Washington « sans Copenhague »
- France : Marine Le Pen, l'appel et le débat sur le « lawfare »
- Japon : la mission sur les terres rares prend le large alors que la Chine durcit ses approvisionnements
- Rohingyas : un procès pour génocide s'ouvre à La Haye avec des effets dominos
- Rack média
- Commentaire éditorial
Introduction
Le monde se réveille avec une information qui, à elle seule, explique l'état de combustion politique dans lequel se trouve le Moyen-Orient : en Iran, un groupe de défense des droits humains recense déjà plus de 500 morts en deux semaines de manifestations, et le régime répond par la répression, la propagande et une menace explicite à l'encontre des bases américaines et d'Israël si Washington franchit le seuil de l'intervention. Il ne s'agit pas d'un épisode isolé, mais d'un bras de fer pour la légitimité, et aussi d'une répétition générale de dissuasion dans le Golfe.
Parallèlement, la Syrie confirme que l'après-Assad reste un terrain instable, avec deux dynamiques simultanées : l'opération militaire américaine contre l'État islamique et le réaménagement - traumatisant et parfois sanglant - entre Damas et les forces kurdes à Alep. Pendant ce temps, l'Ukraine rappelle que la guerre d'agression russe ne s'interrompt pas en raison de la fatigue médiatique : Kiev subit à nouveau des attaques nocturnes et l'Europe, qu'elle le veuille ou non, continue de vivre dans l'ombre d'un conflit qui redéfinit sa sécurité.
Et sur l'échiquier géoéconomique, le Japon se lance dans les profondeurs marines à la recherche de terres rares, alors même que la Chine resserre son emprise sur les minéraux stratégiques. La concurrence pour le « sous-sol » (géologique, maritime et financier) s'impose comme l'un des axes majeurs de 2026 : de l'Arctique — avec le Groenland qui tente un dialogue direct avec Washington — à La Haye, où l'affaire Rohinya devant la Cour internationale de justice promet de créer des précédents sur la manière de prouver et de réparer un génocide.
Iran : plus de 500 morts, black-out médiatique et menace de représailles si les États-Unis interviennent.
Faits
Reuters estime à « plus de 500 » le nombre de morts dans le cadre de la vague de protestations, citant HRANA : 490 manifestants et 48 membres des forces de sécurité confirmés, et plus de 10 600 personnes arrêtées. Le contexte est celui d'une crise économique qui se transforme en contestation frontale du régime clérical. En réponse, le président Trump insiste sur des « options fortes » et les dirigeants iraniens durcissent leur avertissement : le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, affirme qu'en cas d'attaque, Israël et « toutes les bases et tous les navires » américains seraient des « cibles légitimes ». Tout cela s'accompagne d'une coupure d'Internet qui complique la vérification indépendante de ce qui se passe sur le terrain.
Implications
Le régime de Téhéran tente le coup classique : transformer la protestation interne en « siège extérieur » pour regrouper les indécis. L'escalade verbale n'est pas une rhétorique anodine : dans un environnement régional saturé d'acteurs armés et de réseaux proches du régime, la « réponse » peut prendre des formes asymétriques, allant du harcèlement des intérêts occidentaux au sabotage ou à la pression maritime. Le risque principal est celui d'une mauvaise interprétation : que Washington pense que la menace est un bluff et que Téhéran croie que la dissuasion par l'intimidation lui assure l'impunité.
Washington : les sénateurs des deux partis refroidissent l'« option militaire » contre l'Iran.
Faits
Dans le débat américain, Reuters fait état d'un scepticisme explicite : Rand Paul avertit que « bombarder l'Iran » pourrait ne pas avoir l'effet escompté et, tout comme Mark Warner, il met en garde contre l'effet drapeau qui finirait par renforcer le régime. Warner plaide en faveur d'une pression diplomatique et d'une coalition internationale. Dans le même temps, des voix plus dures s'élèvent, comme celle de Lindsey Graham, qui demande d'encourager les manifestants et d'augmenter le coût pour le régime.
Implications
Une tension structurelle apparaît ici : la politique étrangère « musclée » peut être efficace dans l'hémisphère occidental contre les réseaux criminels, mais en Iran, le terrain est différent : un État doté d'une capacité balistique, d'un réseau régional et d'une mémoire historique d'intervention étrangère. La prudence du Sénat n'est pas du pacifisme, c'est du calcul. Et dans ce calcul, le facteur décisif sera de déterminer quelle combinaison de pressions fonctionne sans offrir au régime le discours de l'ennemi extérieur. La question n'est pas de savoir s'il faut agir, mais comment et avec quelle légitimité internationale — après un briefing (séance d'information) et sous le regard des alliés.
Syrie : les États-Unis frappent des cibles de l'État islamique dans le cadre d'une opération plus large
Faits
Le commandement militaire américain a fait état de multiples attaques contre des cibles de l'État islamique en Syrie, dans le cadre d'une opération lancée en décembre après une attaque du 13 décembre qui a coûté la vie à deux soldats américains et à un interprète civil. Reuters précise que le CENTCOM n'a pas précisé le nombre de victimes des bombardements et rappelle qu'environ 1 000 militaires américains restent en Syrie.
Implications
La lecture stratégique est double. D'une part, il s'agit d'empêcher Daech/ISIS de reconstituer ses capacités dans le vide post-conflit. D'autre part, cela envoie un message de persistance : les États-Unis ne se retirent pas de la scène syrienne, même si l'attention des médias se déplace. Le problème est que chaque opération antiterroriste coexiste avec la politique intérieure syrienne et avec des acteurs régionaux qui interprètent ces mouvements comme un ajustement des forces, et non comme une simple « police aérienne ».
Alep : départ des forces kurdes et une unité syrienne encore à consolider
Faits
Reuters rapporte le départ des derniers combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS) d'Alep après un accord de cessez-le-feu et d'évacuation négocié au niveau international. L'énorme impact humanitaire est souligné : plus de 140 000 personnes déplacées par les combats et des accusations mutuelles d'attaques contre des infrastructures civiles. L'envoyé américain Tom Barrack a appelé à la « plus grande retenue » et au retour au dialogue.
Implications
L'après-Assad ne se stabilise pas uniquement avec des promesses d'« unification du pays ». La relation entre Damas et les structures kurdes est le grand test de crédibilité du nouvel ordre : intégration réelle ou recentralisation forcée. Et ici, le mot « proxy » (force interposée) redevient pertinent : la Turquie, la Russie et même des acteurs non étatiques observent et font pression pour que la balance penche en leur faveur. Le risque est qu'Alep fasse jurisprudence : si le conflit est résolu par la force, le nord-est pourrait s'embraser ; s'il est résolu par un accord, la Syrie pourrait commencer à ressembler à un État.
Ukraine : attaque aérienne nocturne russe sur Kiev
Faits
Reuters rapporte une attaque aérienne nocturne russe sur Kiev qui a provoqué un incendie dans l'un des quartiers, selon l'armée ukrainienne. Les défenses antiaériennes ont tenté de repousser l'attaque, selon le chef de l'administration militaire de la capitale.
Implications
Il n'y a pas de « normalité » possible tant que la Russie maintient son agression et utilise l'épuisement — militaire, psychologique et énergétique — comme tactique. Pour l'Europe, le message est le même que toujours : la paix ne s'achète pas avec des concessions territoriales ou du relativisme. Elle se défend avec la dissuasion, un soutien soutenu et la cohérence. L'alternative est la pédagogie du tyran : si cela fonctionne en Ukraine, cela s'exporte.
Venezuela et Cuba : pétrole, sanctions et tension dans l'hémisphère
Faits
Reuters rapporte que Trump a averti Cuba qu'elle ne recevrait plus de pétrole ni d'argent vénézuéliens et a suggéré à l'île de « conclure un accord » avec les États-Unis. Le même article affirme que, depuis la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines début janvier, aucune cargaison n'a été expédiée vers Cuba, selon les données du transport maritime, dans le cadre d'un blocus pétrolier. Parallèlement, il est fait mention d'un accord en cours entre Caracas et Washington pour un montant de 2 milliards de dollars afin de fournir jusqu'à 50 millions de barils aux États-Unis, les revenus étant supervisés par le Trésor.
Sur le plan géoéconomique, Scott Bessent a déclaré à Reuters que des sanctions supplémentaires pourraient être levées « dès la semaine prochaine » afin de faciliter les ventes de pétrole brut et qu'il prévoyait des réunions avec le FMI et la Banque mondiale au sujet de leur réengagement avec le Venezuela, explorant l'utilisation d'environ 3,59 milliards de DTS (droits de tirage spéciaux) gelés, équivalant à environ 4,9 milliards de dollars à ce moment-là.
En matière de sécurité, le département d'État maintient le Venezuela au niveau 4 (« Ne pas voyager ») et recommande de quitter le pays « immédiatement » en raison des risques graves et de l'absence de capacité consulaire des États-Unis.
The Guardian ajoute un élément inquiétant : des rapports faisant état de milices armées (colectivos) installant des contrôles et recherchant des Américains, ce qui pousse à l'évacuation.
Et le Financial Times, dans une ligne complémentaire, approfondit la dimension des réseaux : le lien entre le Venezuela et le Hezbollah, dans l'écosystème de la criminalité transnationale et du financement opaque.
Implications
C'est le grand test de la « main de fer » avec une boussole. Faire pression sur La Havane et démanteler l'appareil chaviste — aujourd'hui avec un changement de pouvoir — est cohérent avec une politique hémisphérique de défense de la démocratie libérale et de lutte contre l'État narco. Mais la gestion du pétrole et les sanctions exigent un scalpel, pas une hache : lever des mesures sans conditionnalité réelle peut reconstruire des élites corrompues avec de l'argent frais. La clé sera la conception d'incitations vérifiables : réinstitutionnalisation, garanties électorales, justice transitionnelle et démantèlement des réseaux criminels.
Sans euphémisme, la région n'a pas besoin d'un « changement cosmétique », elle a besoin d'une fin de cycle. Et cette fin doit être légale, ordonnée et orientée vers la liberté, et non vers la revanche.
Groenland : la tentation arctique et le débat sur la possibilité de discuter avec Washington « sans Copenhague »
Faits
Reuters fait état de mouvements politiques au Groenland visant à explorer la possibilité de discussions directes avec les États-Unis sans le Danemark, signe de tensions au sein du royaume danois à un moment où Washington se tourne à nouveau vers l'Arctique comme frontière stratégique. Parallèlement, Reuters lui-même replace cette tension dans le contexte d'un Trump qui a parlé d'acquérir le Groenland « par achat ou par la force », dans une logique de pression géopolitique qui transcende la rhétorique.
Implications
Le Groenland n'est pas une excentricité : c'est un carrefour entre la défense, les routes maritimes et les ressources. Pour les atlantistes, la question n'est pas « qui achète quoi », mais comment préserver la cohésion des alliés et la légitimité de l'ordre. Si l'Arctique devient un marché des souverainetés, cela ouvre une porte dangereuse : la même logique que la Russie utilise pour justifier des annexions déguisées en « faits accomplis ». Les alliés doivent renforcer le dialogue et l'investissement stratégique dans le Nord sans faire du Groenland un objet, mais un acteur.
France : Marine Le Pen, l'appel et le débat sur le « lawfare »
Faits
Le Financial Times précise que Marine Le Pen fait appel de sa condamnation pour détournement de 4,4 millions d'euros de fonds européens, qui a entraîné une interdiction d'exercer pendant cinq ans. Le résultat conditionne sa capacité à se présenter en 2027 et, selon le FT lui-même, Marine Le Pen a laissé entendre que, si elle échouait, elle soutiendrait Jordan Bardella.
Implications
L'Europe joue ici plus qu'un simple nom : elle joue la crédibilité de l'État de droit et la transparence de son financement politique, sans céder à la tentation de transformer les tribunaux en substituts de la politique. Certains crieront à la « guerre judiciaire » et d'autres se réjouiront d'un « cordon sanitaire » imposé par les tribunaux. Ces deux simplifications sont dangereuses. La réponse adulte est plus inconfortable : transparence, garanties procédurales et débat politique qui ne se dérobe pas au fond.
Japon : la mission sur les terres rares prend le large alors que la Chine durcit ses approvisionnements
Faits
Reuters annonce le départ du navire japonais Chikyu vers Minamitori pour tester l'extraction continue de boues riches en terres rares à 6 km de profondeur, une avancée technique et symbolique dans la stratégie japonaise visant à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine. Le même article indique que la Chine a interdit les exportations de biens à double usage (civil et militaire), y compris les minéraux critiques, destinés au secteur militaire japonais, et que les ministres des Finances du G7 discuteront de l'approvisionnement en terres rares à Washington.
Implications
La géopolitique de 2026 s'écrit avec les minéraux. Celui qui contrôle la chaîne d'approvisionnement contrôle le rythme industriel, la transition énergétique et une grande partie de la défense. Le Japon fait ce que l'Europe aurait dû faire il y a des années : diversifier, investir et assumer que la dépendance stratégique a toujours un coût, même si la facture met du temps à arriver. La question est de trouver l'équilibre entre urgence et durabilité : l'exploitation minière sous-marine peut ouvrir des débats environnementaux et réglementaires qui, s'ils sont bien gérés, seront un avantage ; s'ils sont mal gérés, ils seront une arme de propagande pour Pékin.
Rohingyas : un procès pour génocide s'ouvre à La Haye avec des effets dominos
Faits
Reuters signale l'ouverture devant la Cour internationale de justice (CIJ) d'un procès emblématique qui accuse le Myanmar de génocide contre la minorité rohingya. L'agence souligne qu'il s'agit du premier procès pour génocide que la cour examinera « en séance plénière » depuis plus d'une décennie, avec un impact potentiel sur d'autres litiges, notamment le procès intenté par l'Afrique du Sud contre Israël pour Gaza. La Gambie a déposé plainte en 2019, et l'article rappelle l'exode massif de 2017 (au moins 730 000 Rohingyas vers le Bangladesh) et les conclusions d'une mission de l'ONU sur les « actes génocidaires ».
Implications
La justice internationale avance lentement, certes, mais lorsqu'elle établit une doctrine, elle change la donne. Cette affaire pourrait redéfinir les normes en matière de preuve et de réparation, et augmenter le coût politique de l'impunité. Pour ceux d'entre nous qui défendons la démocratie libérale représentative, la CIJ est un rappel : le droit ne remplace pas la politique, mais il l'encadre. Et dans un monde où les dictatures et les milices vivent dans le flou, la clarté juridique est une arme civilisatrice.
Rack média
Reuters fonctionne comme le squelette informatif de la journée : chiffres, chronologie, sources croisées et carte complète des risques, de l'Iran à Kiev, d'Alep au pétrole vénézuélien. Sa valeur aujourd'hui réside dans la continuité : il relie des éléments que d'autres traitent comme des épisodes isolés (manifestation, sanction, attaque, évacuation).
Le Financial Times se penche sur ce qui fait mal aux investisseurs et au système : en France, l'avenir politique conditionné par les tribunaux ; au Venezuela, l'ombre des réseaux illicites et des liens avec des acteurs tels que le Hezbollah. Il s'agit d'une approche axée sur le pouvoir et l'argent : qui finance, qui s'empare des institutions, qui hérite de l'État.
The Guardian met l'accent sur l'angle humanitaire et les droits : milices, peur civile, déplacements et coût humain comme fil conducteur narratif. Au Venezuela, il se concentre sur la sécurité immédiate des citoyens et la volatilité post-opérationnelle ; en Syrie, sur l'expulsion et les déplacements.
L'AP apporte le terrain : quartiers spécifiques, hôpitaux, premiers intervenants et portrait de la destruction à Alep, sans l'abstraction de « l'équilibre stratégique ». C'est un rappel que la géopolitique se mesure aussi dans les rues et les refuges.
Le Washington Post introduit un sujet que l'Europe ne peut plus continuer à repousser : la vulnérabilité des infrastructures critiques et la menace du sabotage comme méthode politique. Ce qui semble « local » à Berlin est en réalité un modèle continental d'exposition.
Fox News renforce le cadre sécuritaire autour du Venezuela, en phase avec un public qui privilégie les risques immédiats et la protection des citoyens. C'est un baromètre de la façon dont la crise est communiquée à l'intérieur des États-Unis.
Les sources officielles fixent le périmètre juridique et opérationnel : niveau 4, départ immédiat et absence de capacité consulaire. Dans un contexte de milices et de contrôles, cela pèse plus lourd que n'importe quelle discussion.
Commentaire éditorial
Il y a des jours où l'actualité ressemble à un catalogue d'incendies ; et pourtant, le schéma est reconnaissable : le choc entre des régimes qui survivent par la coercition et des sociétés qui n'acceptent plus le prix du mensonge. L'Iran est le cas le plus flagrant : le régime théocratique a fait de la prospérité un privilège et de la dissidence un délit. Il ne suffit pas de s'indigner, il faut être intelligent. Punir le régime, oui. Accompagner la société, aussi. Mais éviter l'erreur qui a si souvent servi de bouée de sauvetage aux dictateurs : leur offrir un ennemi extérieur qui masque leur échec interne.
En Ukraine, la position morale et stratégique de l'Europe ne souffre aucune ambiguïté : l'agression russe est la négation même de l'ordre européen. Il ne s'agit pas d'« intérêts » froids, mais d'une question de principes. Et si l'Europe veut rester le courant dominant de la liberté et de la prospérité, elle doit investir dans la défense, la résilience et la volonté politique, sans complexe.
Dans l'hémisphère occidental, le revirement vénézuélo-cubain résume une vérité dérangeante : les narco-dictatures exportent le crime, la misère et la déstabilisation. Ici, une politique ferme, réaliste et juridiquement fondée peut être vertueuse. Mais le succès ne se mesure pas seulement en termes d'arrestations ou de sanctions ; il se mesure en termes d'institutions reconstruites, d'élections équitables et de réseaux criminels démantelés. Si le pétrole revient sans conditions, la tentation de la captation de l'État reviendra également. Et s'il existe en outre des liens avec des structures terroristes ou criminelles, le devoir de vigilance est absolu.
Dans ce contexte, la position qui convient à l'Europe – et à l'Espagne – n'est pas une équidistance mélancolique, mais un engagement clair en faveur de l'atlantisme, de la liberté face aux régimes qui tirent sur leur peuple et d'une mondialisation réformée, mais ouverte, qui ne cède pas le contrôle de nos chaînes d'approvisionnement stratégiques à ceux qui méprisent nos valeurs. L'histoire jugera sévèrement ceux qui, au nom d'un pacifisme sentimental ou d'un anti-américanisme réflexe, préfèrent détourner le regard pendant que le régime de Téhéran tire pour tuer, que le chavisme se reconvertit en kleptocratie pétrolière « normalisée » et que Pékin utilise les terres rares comme une arme silencieuse de coercition.
Enfin, le Japon nous rappelle que la géoéconomie n'est plus un chapitre « technique » : c'est une question de souveraineté. Les terres rares ne sont pas une donnée de laboratoire ; elles sont synonymes de capacité industrielle et de défense. Et tandis que le monde discute des gros titres, celui qui assure des chaînes d'approvisionnement et des alliances solides gagne l'avenir sans avoir à tirer un seul coup de feu.