Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 13 janvier
Voici l'analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
- Introduction
- Washington durcit la pression économique sur l'Iran tandis que Téhéran feint l'ouverture.
- Près de 650 morts et plus de 10 000 personnes arrêtées lors des manifestations iraniennes : radiographie d'un régime terroriste acculé.
- Le Groenland rejette catégoriquement tout contrôle américain et l'alerte est donnée à l'OTAN
- L'OTAN cherche à protéger son flanc arctique sans rompre l'unité atlantique.
- Alphabet atteint les 4 000 milliards de dollars : la géopolitique de l'oligopole de l'IA
- IA et sécurité : des alliances technologiques qui redéfinissent le soft power occidental
- Ukraine : la guerre d'usure se poursuit et l'exigence d'« une Europe plus forte » en matière de défense
- Indo-Pacifique : resserrement du triangle Tokyo-Séoul-Washington
- Le Sahel, la Corne de l'Afrique et la périphérie oubliée de l'Europe
- Amérique latine : la narco-dictature vénézuélienne et l'écho régional
- Rack de médias
- Commentaire éditorial
Introduction
La deuxième quinzaine de janvier commence avec un triple avertissement : le régime théocratique iranien répond à la pression de Washington par un mélange de répression interne brutale — près de 650 morts et plus de 10 000 arrestations — et d'ouverture diplomatique feinte ; la révolution de l'intelligence artificielle consolide un oligopole technologique doté d'un énorme pouvoir géopolitique ; et la crise autour du Groenland montre que l'architecture de sécurité euro-atlantique peut être mise à rude épreuve si l'on n'agit pas avec clarté et prévoyance.
Rien de tout cela ne se produit dans le vide : la Russie poursuit sa guerre d'usure contre l'Ukraine, la Chine continue de repousser ses frontières de facto dans l'Indo-Pacifique et les marchés réagissent avec inquiétude à tout signe de rupture de l'ordre libéral.
Washington durcit la pression économique sur l'Iran tandis que Téhéran feint l'ouverture.
Faits :
Donald Trump a annoncé que les États-Unis imposeraient un droit de douane de 25 % à tout pays « entretenant des relations commerciales » avec la République islamique, augmentant ainsi la pression sur les partenaires commerciaux de Téhéran et renforçant la logique de pression économique maximale.
Malgré la menace de nouveaux droits de douane et la possibilité explicite d'attaques militaires si la diplomatie ne suffit pas, les responsables iraniens ont souligné qu'ils maintenaient des « canaux de communication » ouverts avec Washington.
Implications :
Le régime iranien tente de gagner du temps : il combine une répression féroce à l'intérieur du pays avec des gestes calculés d'apparente modération diplomatique afin de diviser ses adversaires et d'affaiblir le front atlantiste.
La ligne suivie par l'administration Trump — droits de douane dissuasifs, menace crédible de recours à la force et porte entrouverte à la négociation — s'inscrit dans une politique réaliste : seul un équilibre entre pression soutenue et force militaire peut contenir un régime qui vit de l'exportation du terrorisme et de la déstabilisation.
Près de 650 morts et plus de 10 000 personnes arrêtées lors des manifestations iraniennes : radiographie d'un régime terroriste acculé.
Faits :
Les organisations de défense des droits de l'homme en exil estiment à au moins 648 le nombre de manifestants tués depuis le début des manifestations fin décembre, dont plusieurs mineurs, et avertissent que le nombre réel pourrait être sensiblement plus élevé.
L'agence HRANA et d'autres groupes font état d'environ 10 600 personnes arrêtées — avec des estimations dépassant les 10 600-10 800 arrestations — dans un contexte de coupure quasi totale d'Internet, d'hôpitaux débordés et d'utilisation systématique de balles réelles contre les manifestants.
Les manifestations, nées de l'effondrement économique et de la dévaluation du rial, ont conduit à une remise en cause ouverte du régime théocratique, tandis que les autorités menacent de poursuivre les « ennemis de Dieu », ce qui peut entraîner la peine de mort.
Implications :
Le régime iranien est passé d'une répression sélective à une campagne de terreur à grande échelle contre sa propre population ; ceux qui continuent à parler d'« excès » isolés sont déconnectés de la réalité.
Pour les démocraties libérales, près de 650 morts et plus de 10 000 arrestations obligent à abandonner la rhétorique tiède : la seule position moralement acceptable est la condamnation frontale, la pression coordonnée et le soutien résolu à ceux qui risquent leur vie pour la liberté dans les rues de Téhéran, d'Ispahan et d'autres villes.
Le Groenland rejette catégoriquement tout contrôle américain et l'alerte est donnée à l'OTAN
Faits :
Le gouvernement du Groenland a déclaré qu'il « ne pouvait en aucun cas accepter » un contrôle américain sur l'île, alors qu'il se prépare à accueillir le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, pour une visite à haute tension politique.
Andrius Kubilius, commissaire européen à la Défense, a averti qu'une éventuelle invasion américaine du Groenland signifierait « la fin de l'OTAN », et le secrétaire général de l'Alliance, Mark Rutte, a déclaré que des solutions étaient à l'étude pour renforcer la sécurité de l'île.
Implications :
La simple hypothèse d'une action unilatérale de Washington sur un territoire du Royaume du Danemark révèle à quel point l'Arctique et l'Atlantique Nord sont devenus le théâtre d'une concurrence stratégique, y compris au sein même du camp occidental.
Pour l'Europe, la ligne rouge est claire : défendre le lien transatlantique n'implique pas d'accepter des aventures qui érodent la souveraineté d'un État membre ni de légitimer le révisionnisme territorial, qu'il vienne de Moscou ou, hypothétiquement, de Washington ; la force de l'OTAN repose précisément sur le respect mutuel des frontières et du droit international.
L'OTAN cherche à protéger son flanc arctique sans rompre l'unité atlantique.
Faits :
Mark Rutte a indiqué que l'Alliance atlantique travaille sur des options visant à renforcer la sécurité du Groenland, en coordination avec le Danemark et ses partenaires américains, à un moment où l'Arctique suscite un intérêt stratégique croissant.
Parallèlement, les débats internes se poursuivent sur le partage des charges en matière de défense et le calendrier pour que l'Europe assume un poids beaucoup plus important dans la dissuasion conventionnelle, tout en maintenant les garanties de défense collective.
Implications :
La question du Groenland oblige l'OTAN à faire preuve de maturité : renforcer un territoire clé sans créer de divisions entre les alliés ni alimenter le discours russe et chinois d'une Alliance agressive et désordonnée.
L'Europe doit profiter de ce moment pour renforcer ses capacités militaires et sa voix politique au sein de l'OTAN : seule une Europe forte et fiable peut empêcher que des conflits potentiels entre alliés ne servent la cause de Moscou et Pékin en leur donnant l'image d'un Occident fracturé.
Alphabet atteint les 4 000 milliards de dollars : la géopolitique de l'oligopole de l'IA
Faits :
Alphabet, la société mère de Google, a franchi la barre des 4 000 milliards de dollars de capitalisation boursière, devenant ainsi la quatrième grande entreprise technologique à atteindre ce seuil après Nvidia, Apple et Microsoft.
Cette progression est largement attribuée au succès de son modèle d'intelligence artificielle Gemini 3 et à l'accord pluriannuel par lequel Apple l'utilisera pour promouvoir une version avancée de Siri, son assistant numérique, consolidant ainsi un nouvel axe de pouvoir technologique.
Implications :
La concentration du pouvoir économique, technologique et des données entre les mains d'une poignée de géants de l'IA a une dimension géopolitique évidente : elle définit qui fixe les normes, contrôle les infrastructures numériques critiques et détermine les termes du débat public mondial.
Pour l'Europe, le risque est double : prendre du retard dans la course à l'IA, devenant ainsi un simple « client régulateur » de solutions étrangères, et voir sa souveraineté numérique s'effriter dans un écosystème dominé par quelques acteurs américains et chinois.
IA et sécurité : des alliances technologiques qui redéfinissent le soft power occidental
Faits :
L'accord entre Apple et Google visant à intégrer Gemini dans Siri renforce une relation déjà multimillionnaire entre les deux entreprises, Google étant le moteur de recherche par défaut et désormais le moteur IA d'un écosystème Apple comptant des centaines de millions d'appareils.
L'amélioration radicale des assistants intelligents et des services cloud a entraîné une augmentation de 35 à 65 % de la valeur d'Alphabet au cours des derniers mois, entraînant dans son sillage l'ensemble de son écosystème de fournisseurs de semi-conducteurs et de services cloud.
Implications :
Le soft power de l'Occident repose également sur la capacité de ses entreprises à mener la révolution de l'IA, mais la géopolitique exige plus que des bénéfices : il faut un cadre de responsabilité démocratique, de transparence algorithmique et de protection contre la manipulation de l'information.
La bataille culturelle contre l'extrémisme — qu'il soit djihadiste, ultranationaliste ou wokiste exclusif — ne se livre plus seulement dans les parlements et les plateaux de télévision, mais aussi sur les plateformes numériques régies par des algorithmes : renoncer à les réglementer avec intelligence, c'est laisser le champ libre au populisme et à la désinformation.
Ukraine : la guerre d'usure se poursuit et l'exigence d'« une Europe plus forte » en matière de défense
Faits :
Les dernières informations confirment la poursuite des attaques russes à l'aide de missiles et de drones contre les infrastructures énergétiques et les nœuds logistiques ukrainiens, dans le cadre d'une stratégie d'étouffement soutenu.
Parallèlement, le débat s'intensifie sur l'objectif visant à ce que l'Europe assume, d'ici 2027, la majeure partie du poids de la défense conventionnelle dans le cadre de l'OTAN, avec des messages clairs de la part du commandement allié et des capitales les plus engagées auprès de Kiev.
Implications :
La guerre n'est pas « gelée » : il s'agit d'une offensive lente mais constante menée par un régime qui ne reconnaît aucune limite morale ou juridique ; admettre la fatigue stratégique reviendrait à trahir non seulement l'Ukraine, mais aussi la sécurité européenne elle-même.
Le message aux capitales européennes est sans équivoque : sans réarmement sérieux, sans contrats pluriannuels dans le domaine de la défense et sans industrie militaire robuste, le discours atlantiste devient une rhétorique vide de sens ; la liberté se défend avec des principes, mais aussi avec des capacités.
Indo-Pacifique : resserrement du triangle Tokyo-Séoul-Washington
Faits :
Le Japon et la Corée du Sud ont réitéré leur volonté d'intensifier leur coopération en matière de sécurité — y compris l'échange de renseignements et la coordination face à la Corée du Nord et à la Chine — lors de récentes réunions entre leurs dirigeants et leurs responsables de la défense.
L'agenda comprend également des liens économiques dans les domaines de la technologie de pointe, des semi-conducteurs et des chaînes d'approvisionnement, avec le soutien explicite des États-Unis et l'attention croissante des partenaires européens.
Implications :
Ce triangle démocratique renforce le flanc oriental du monde libre, envoie un message d'unité face à l'expansionnisme chinois et offre à l'Europe un partenaire naturel pour une stratégie indo-pacifique cohérente avec ses valeurs et ses intérêts.
Dans la pratique, le Japon et la Corée du Sud font ce que l'Europe hésite encore à faire : prendre des risques politiques internes pour renforcer leur sécurité collective ; une leçon dérangeante pour ceux qui continuent de rêver d'autonomies stratégiques sans investissement militaire.
Le Sahel, la Corne de l'Afrique et la périphérie oubliée de l'Europe
Faits :
Des rapports récents rappellent la persistance de la violence, l'effondrement des institutions et l'expansion des groupes djihadistes au Sahel et dans la Corne de l'Afrique, avec une présence croissante d'acteurs extérieurs tels que la Russie et les réseaux criminels transnationaux.
La simultanéité des crises climatiques, économiques et alimentaires alimente les flux migratoires vers la Méditerranée et fragilise encore davantage les États de la région.
Implications :
Ignorer ces scénarios est un luxe que l'Europe ne peut se permettre : le terrorisme djihadiste qui se nourrit de ces terrains fertiles et les vagues migratoires mal gérées porteront un coup dur à la stabilité européenne si aucune mesure à long terme n'est prise.
Il est indispensable d'articuler une stratégie combinant sécurité, développement et diplomatie, avec une présence européenne et atlantiste ferme face à la pénétration russe et chinoise, et un soutien résolu aux forces qui combattent l'extrémisme.
Amérique latine : la narco-dictature vénézuélienne et l'écho régional
Faits :
Les médias latino-américains insistent sur l'immobilisme politique au Venezuela, sans progrès démocratiques significatifs, avec une répression de l'opposition et une détérioration sociale et économique chronique.
La crise migratoire associée à la narco-dictature chaviste continue de mettre sous pression les pays voisins et d'alimenter les réseaux criminels transnationaux qui s'entrecroisent avec le trafic de drogue vers les États-Unis et l'Europe.
Implications :
Le régime de Maduro continue de fonctionner comme une gigantesque organisation mafieuse sous couvert idéologique ; seule la combinaison de sanctions intelligentes, de pressions diplomatiques et de collaboration policière et militaire contre le trafic de drogue pourra forcer un véritable changement.
Pour l'UE et les États-Unis, détourner le regard du Venezuela reviendrait à renoncer à une partie essentielle de la défense de la démocratie libérale dans leur propre voisinage ; le coût de l'inaction sera toujours plus élevé que celui d'une politique ferme et cohérente.
Rack de médias
Agences internationales (Reuters, AFP, AP, DPA) : accent mis sur l'escalade verbale et économique entre Washington et Téhéran, le nombre effrayant de morts lors des manifestations iraniennes (près de 650), la répression des détenus (plus de 10 000), les pressions exercées sur l'OTAN au sujet du Groenland et la poursuite de la guerre d'usure en Ukraine.
Presse économique et technologique (WSJ, FT, The Economist, CNBC, Bloomberg) : couverture marquante du bond d'Alphabet à 4 000 milliards de dollars, de l'accord Apple-Google sur l'IA et des conséquences de la concentration du pouvoir technologique sur la concurrence, la réglementation et la géopolitique de l'innovation.
Presse anglo-saxonne généraliste (NYT, WaPo, BBC, CNN) : analyse du dilemme de Trump entre diplomatie et force face à l'Iran, impact humain et politique de la répression iranienne avec près de 650 morts, et risque que le Groenland devienne un nouveau foyer de friction intra-occidental avec des conséquences pour l'OTAN.
Médias européens continentaux (Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Welt, Die Zeit, Corriere) : préoccupation pour la cohésion atlantique face au cas du Groenland, insistance sur la nécessité de renforcer le flanc arctique et d'accélérer la construction d'une véritable base industrielle de défense européenne.
Asie-Pacifique (Straits Times, SCMP, Yomiuri Shimbun, médias indiens) : attention portée à la coopération Tokyo-Séoul-Washington, à l'équilibre entre les relations commerciales avec la Chine et la sécurité régionale, et au rôle de l'Inde en tant que partenaire clé pour l'Europe et les États-Unis face à l'avancée chinoise.
Moyen-Orient (Al Jazeera, Arab News, Haaretz, Jerusalem Post) : forte insistance sur la répression en Iran, les chiffres de près de 650 morts et plus de 10 000 détenus, l'ambivalence des gestes diplomatiques du régime et le risque que la combinaison des sanctions et d'éventuelles attaques américaines ne reconfigure les équilibres régionaux.
Amérique latine (Clarín, El Mercurio, Reforma) : poursuite de la dénonciation de l'immobilisme chaviste, inquiétude face à la criminalité liée au trafic de drogue et à l'exode vénézuélien, et analyse de la marge de manœuvre de Washington et Bruxelles face aux régimes autoritaires de la région.
Commentaire éditorial
Les événements des dernières 24 heures résument le carrefour de 2026 : un régime théocratique comme celui de l'Iran tue près de 650 manifestants et emprisonne plus de 10 000 personnes sans procès, tout en essayant de vendre au monde une image de modération responsable ; une puissance alliée comme les États-Unis explore des formules de pression extrême — tarifaire et militaire — qui, bien calibrées, peuvent freiner Téhéran, mais mal gérées pourraient ouvrir de nouveaux fronts d'instabilité ; et, en parallèle, une « simple » île comme le Groenland devient le test décisif de la maturité de l'OTAN. Tout cela soulève la même question fondamentale : les démocraties libérales sont-elles prêtes à défendre leurs valeurs avec intelligence, force et cohérence, ou céderont-elles à la facilité de l'apaisement ?
L'administration Trump a choisi une ligne dure à l'égard de l'Iran qui, loin d'être capricieuse, répond à la nature d'un régime qui exporte depuis des décennies le terrorisme et la déstabilisation par l'intermédiaire du Hezbollah, du Hamas, des milices irakiennes et des Houthis. Les droits de douane de 25 % imposés à ceux qui commercent avec Téhéran sont un signal fort, qui doit être complété par un dispositif de sanctions coordonné avec l'Europe et par une stratégie diplomatique qui protège la population iranienne et soutient ceux qui risquent leur vie pour lutter contre la tyrannie.
Contrairement à d'autres expériences naïves d'apaisement, la combinaison d'une pression économique sévère et d'une menace crédible de recours à la force peut, si elle est gérée avec prudence, pousser le régime à faire des concessions qu'il ne ferait jamais de son plein gré. Les chiffres de près de 650 morts et plus de 10 000 détenus indiquent sans équivoque que le régime, face à la menace extérieure, a décidé de consolider son pouvoir par une répression croissante : c'est à la fois une faiblesse et la confirmation que seule une pression soutenue peut produire des changements.
Dans le même temps, le cas du Groenland rappelle que le révisionnisme territorial n'est pas l'apanage de Moscou ou de Pékin. Toute tentation de modifier par la force ou la menace la souveraineté d'un territoire allié serait incompatible avec la logique même de l'OTAN. Défendre le lien atlantique signifie respecter sans nuance l'intégrité du Danemark et de ses territoires, et œuvrer au renforcement du flanc arctique sans alimenter la caricature d'une Alliance vorace et indisciplinée. La grandeur de l'atlantisme a toujours résidé dans la combinaison de la puissance dure et du respect du droit international ; renoncer à cet équilibre reviendrait à fournir des arguments propagandistes à la Russie, à la Chine et à l'Iran.
Pendant ce temps, la révolution silencieuse de l'intelligence artificielle et la puissance de géants tels qu'Alphabet révèlent un autre flanc délicat : celui du contrôle de l'avenir. Un Occident qui est à la pointe de l'innovation technologique, mais qui renonce à lui donner un cadre éthique et démocratique, risque de voir ses propres outils se retourner contre ses valeurs, amplifiant la désinformation, la haine identitaire, le wokisme exclusif ou les extrémismes de tous bords. La réponse ne peut être ni le ludisme technologique ni la capitulation corporative, mais une combinaison de réglementation intelligente, d'investissement propre et de défense active de la démocratie libérale dans l'espace numérique.
L'Europe, et l'Espagne en son sein, ont l'expérience de la construction de la liberté face à la menace des extrémismes. La transition espagnole, avec la figure de Juan Carlos Ier comme architecte d'un pacte historique de réconciliation, montre qu'il est possible de combiner fermeté et modération, mémoire et avenir. Cette leçon reste pleinement d'actualité : la stabilité n'est ni un cadeau ni un héritage garanti ; c'est une conquête quotidienne qui exige une clarté morale, une volonté politique et la détermination de ne céder ni aux totalitarismes extérieurs ni aux populismes et relativismes intérieurs. En 2026, renoncer à cette bataille reviendrait tout simplement à renoncer à l'avenir.