Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 13 novembre 2025

Positionnement mondial - Depositphotos
Vous trouverez ci-dessous une analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. États-Unis : fin du plus long shutdown fédéral de l'histoire – Trump s'impose dans la bataille budgétaire
  2. Les « narco-bateaux » dans le collimateur : Rubio défend les attaques américaines et dénonce l'hypocrisie européenne
  3. « Les e-mails d'Epstein » : la contre-offensive démocrate après avoir perdu la bataille du shutdown
  4. Gaza et Israël : force internationale de stabilisation, rôle de la Turquie et lettre de Trump demandant la grâce de Netanyahu
  5. Irak : la coalition d'al-Sudani remporte les élections dans un climat d'apathie et de méfiance
  6. Russie-Ukraine : Lavrov met en garde Washington contre une escalade et propose un dialogue sous certaines conditions
  7. États-Unis et Chine : conflit technologique, « trêve tactique » et marge de manœuvre pour les pays émergents
  8. Le djihadisme mutant : des cicatrices de Paris aux attentats-suicides au Pakistan
  9. Rack de médias
  10. Le désordre interne aux États-Unis et ses répercussions mondiales
  11. La doctrine Trump 2.0 : l'unilatéralisme transactionnel
  12. Points critiques de conflit et efforts de stabilisation
  13. Aperçu des menaces secondaires et des risques émergents
  14. Ligne éditoriale et perspective stratégique
  15. Conclusion éditoriale

États-Unis : fin du plus long shutdown fédéral de l'histoire – Trump s'impose dans la bataille budgétaire

Faits :

Dans la nuit du 12 novembre, le président Trump a signé le paquet de dépenses qui met fin au plus long shutdown fédéral de l'histoire des États-Unis : 43 jours de paralysie partielle du gouvernement, des centaines de milliers de fonctionnaires sans salaire, des retards dans les aéroports et des files d'attente dans les banques alimentaires.

La Chambre des représentants a approuvé le texte par 222 voix contre 209, avec une majorité républicaine très juste et quelques démocrates modérés faisant cavalier seul. L'accord maintient l'essentiel des dépenses à leur niveau antérieur jusqu'au 30 janvier, garantit un financement annuel pour la construction militaire, les anciens combattants, l'agriculture et la sécurité du Capitole, et protège le programme de coupons alimentaires (SNAP) jusqu'à la fin de l'exercice fiscal 2026.

Le World in Brief de The Economist et une grande partie de la presse internationale ouvrent leurs couvertures sur la fin du shutdown fédéral et sur la dimension politique de la victoire de Trump face à un Parti démocrate divisé.

Implications :

Le premier effet est évident : le risque immédiat de dommages structurels à l'économie américaine et à la crédibilité du dollar en tant qu'actif sans risque s'éloigne. Les marchés s'en réjouissent, car le shutdown avait commencé à éroder la confiance dans la capacité de Washington à gérer le budget le plus important de la planète.

Sur le plan politique, le bilan est beaucoup moins neutre. Trump sort de la crise avec un discours clair : « C'est moi qui ai rouvert le gouvernement, face à des démocrates retranchés dans leurs exigences en matière de dépenses ». Les démocrates, en revanche, apparaissent comme le parti qui a prolongé la souffrance de millions de citoyens en raison d'un calcul politique erroné et qui, en fin de compte, a dû accepter un compromis moins ambitieux que ce qu'il avait promis.

La bataille n'est toutefois pas terminée ; elle a simplement changé de décor. L'accord est de courte durée : il oblige à renégocier en janvier, juste avant le débat sur la prolongation des subventions renforcées de l'Affordable Care Act (loi sur les soins de santé abordables). Cela fait de la santé le prochain champ de bataille d'une guerre politique qui a déjà laissé des blessures profondes au sein de l'administration et dans l'opinion publique.

Sur l'échiquier géopolitique, la fin du shutdown redonne aux États-Unis quelque chose qu'ils n'auraient jamais dû perdre : leur capacité d'attention. Pendant six longues semaines, la superpuissance a été distraite par ses propres guerres internes. Aujourd'hui, avec l'Ukraine, Gaza, l'Indo-Pacifique et la course technologique avec la Chine qui bat son plein, Washington a de nouveau, du moins en théorie, les mains libres. Reste à savoir si la polarisation permettra de les utiliser intelligemment.

Donald Trump après avoir signé la loi de financement visant à mettre fin à la fermeture du gouvernement, à la Maison Blanche, à Washington D.C., aux États-Unis, le 12 novembre 2025 - REUTERS/ KEVIN LAMARQUE

Les « narco-bateaux » dans le collimateur : Rubio défend les attaques américaines et dénonce l'hypocrisie européenne

Faits :

Lors de la réunion du G7 au Canada, le secrétaire d'État Marco Rubio a défendu les récentes attaques des forces américaines contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique oriental, dont beaucoup sont liés à des cartels colombiens et vénézuéliens.

Plusieurs alliés ont exprimé des doutes quant à la légalité de certaines frappes, en particulier celles qui ont eu lieu dans des zones grises du droit de la mer, bien que Washington insiste sur le fait qu'elles ont été menées contre des cibles identifiées comme faisant partie de réseaux de narcoterrorisme, avec des règles d'engagement claires.

Pendant ce temps, certains responsables politiques européens se drapent à nouveau dans le drapeau des « droits de l'homme » pour critiquer les opérations menées contre des organisations qui combinent trafic de drogue, terrorisme, corruption massive et destruction systématique de l'État de droit dans la région.

Implications :

On voit ici clairement un double standard. Personne en Europe n'a crié au scandale lorsque l'administration Obama a éliminé des centaines de terroristes – et bon nombre de cibles collatérales – par des frappes de drones sur le territoire souverain d'États tiers, du Pakistan au Yémen en passant par la Somalie. Aujourd'hui, lorsque les cibles sont des vedettes rapides chargées de cocaïne, d'armes et de tueurs à gages, une indignation sélective surgit soudainement.

Du point de vue de la sécurité, la position américaine est on ne peut plus claire : les cartels opérant depuis les côtes vénézuéliennes et colombiennes sont considérés comme des acteurs narcoterroristes, et non comme de simples délinquants de droit commun. Ils contrôlent des territoires, infiltrent les institutions, corrompent les systèmes judiciaires et soutiennent des régimes autoritaires – comme celui de Caracas – qui vivent en symbiose avec le crime organisé.

L'Europe, qui subit directement les conséquences sous forme de vagues de drogue, de violence urbaine et de blanchiment massif dans ses systèmes financiers, devrait être la première intéressée à lutter contre cet écosystème criminel. L'obsession d'une lecture étroite et décontextualisée du droit international devient ainsi un alibi commode pour ne pas assumer le coût politique du soutien à des mesures fermes contre les narcoterroristes.

Si cet épisode démontre bien une chose, c'est que le débat n'est pas juridique, mais moral et politique : l'Occident accepte-t-il que l'on tire sur des bateaux chargés de drogue et sur des tueurs à gages qui sèment la mort sur tout un continent, ou préfère-t-il s'indigner depuis la tribune, laissant le poison continuer à couler dans nos rues ?

Photo de famille prise lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à Niagara-on-the-Lake, au Canada, le 12 novembre 2025 - PHOTO/ MANDEL NGAN/Pool via REUTERS

« Les e-mails d'Epstein » : la contre-offensive démocrate après avoir perdu la bataille du shutdown

Faits :

Au moment même où Trump remporte la victoire de la fin du shutdown fédéral, les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants lancent l'artillerie médiatique : ils diffusent une sélection d'e-mails de Jeffrey Epstein qui mentionnent le président.

Dans un message adressé en 2011 à Ghislaine Maxwell, Epstein qualifie Trump de « chien qui n'a pas aboyé » et affirme que le magnat de l'époque « a passé des heures chez moi » avec l'une des victimes, dont le nom est caviardé. Dans un autre échange avec le journaliste Michael Wolff, en 2015 et 2019, Epstein suggère que Trump « savait pour les filles » et discute de la manière de « préparer une réponse » pour une interview télévisée au cours de laquelle le sujet pourrait être abordé.

Des médias tels que The Guardian, ABC News, Sky News ou The Independent soulignent que ces courriels semblent contredire la version de la Maison Blanche sur la distance entre Trump et Epstein, et soulignent que cet épisode relance la pression pour une publication intégrale des « dossiers Epstein ».

Implications :

Le moment choisi n'est pas fortuit. Après avoir perdu la bataille de la fermeture, une partie du Parti démocrate cherche clairement à changer le cadre du débat : de l'incapacité à parvenir à un accord budgétaire à la prétendue « complicité » du président avec un prédateur sexuel. Le message est clair : si on ne peut le battre sur le terrain de la politique économique, on tentera d'éroder sa légitimité morale.

Il convient de rappeler plusieurs choses. Premièrement, l'existence de courriels compromettants n'équivaut pas à une preuve de crime ; le mémorandum du ministère de la Justice sous Trump lui-même a conclu qu'il n'y avait aucune preuve d'une liste de clients ni d'un système de chantage systématique de la part d'Epstein. Deuxièmement, les courriels diffusés constituent une sélection soigneusement choisie par un comité contrôlé par les démocrates, tandis que les républicains réagissent en publiant des dizaines de milliers de pages supplémentaires pour accuser l'autre partie de manipulation.

Enfin, cet épisode transforme à nouveau la tragédie des victimes en une arme dans la guerre civile politique américaine. Le risque est évident : que l'opinion publique cesse de considérer la lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs comme une cause commune et la perçoive comme un autre front dans la guerre tribale entre bleus et rouges.

D'un point de vue géopolitique, cette affaire alimente le discours des autocraties : une démocratie occidentale absorbée par les scandales sexuels, les théories du complot et les vengeances croisées, tandis que des rivaux comme la Chine ou la Russie projettent une image – fausse mais efficace – de cohésion et de détermination.

Jeffrey Epstein apparaît sur une photo prise pour le registre des délinquants sexuels de la Division des services de justice pénale de l'État de New York le 28 mars 2017 - Division des services de justice pénale de l'État de New York via REUTERS

Gaza et Israël : force internationale de stabilisation, rôle de la Turquie et lettre de Trump demandant la grâce de Netanyahu

Faits :

La Turquie a réaffirmé que sa « principale attente » concernant la future force internationale de stabilisation à Gaza est qu'elle garantisse un cessez-le-feu durable et le respect du fragile accord conclu après deux ans de guerre dévastatrice. Ankara, qui a dénoncé la campagne israélienne comme génocidaire, propose de contribuer avec des troupes, malgré le refus ouvert d'Israël d'accepter la présence de militaires turcs sur le terrain.

Parallèlement, nous avons pris connaissance d'une lettre de Trump au président israélien, Isaac Herzog, l'exhortant à accorder une grâce totale au Premier ministre Netanyahu dans ses affaires de corruption, les qualifiant de persécution politique. Netanyahu a publiquement remercié Trump pour ce geste, tandis que la presse israélienne souligne que cette ingérence renforce la perception d'un lien quasi personnel entre le dirigeant israélien et le président américain.

Implications :

L'architecture de l'après-guerre à Gaza est encore incertaine. La force de stabilisation en cours de négociation – avec la participation probable de pays arabes modérés sous l'égide des États-Unis et de l'ONU – n'aura de sens que si elle est capable d'imposer des règles claires à Israël, au Hamas et aux autres milices. Si elle se contente de servir de simple bouclier politique sans capacité coercitive, ce sera une nouvelle expérience ratée dans une région saturée de missions internationales inutiles.

L'offre turque révèle l'ambition d'Ankara de s'imposer comme une puissance centrale dans l'espace méditerranéen et le monde musulman, mais aussi ses contradictions : elle prétend être à la fois garante de la sécurité, partie prenante dans le conflit et défenseur d'un discours maximaliste contre Israël. Cela suscite la méfiance non seulement à Jérusalem, mais aussi dans les capitales arabes qui craignent une hégémonie turque sur la cause palestinienne.

La lettre de Trump sur Netanyahu, quant à elle, envoie plusieurs messages. À l'intérieur d'Israël, elle renforce le discours du Premier ministre : ses problèmes judiciaires ne seraient pas le résultat de la séparation des pouvoirs, mais d'une conspiration des « élites hostiles » similaire à celle dont Trump lui-même souffre, selon lui, aux États-Unis. À l'extérieur, elle projette l'image d'un axe personnaliste : un président américain prêt à user de son poids politique pour protéger un dirigeant allié remis en cause par la justice de son pays.

Dans l'ensemble, Gaza et l'affaire Netanyahu confirment que le conflit israélo-palestinien entre dans une nouvelle phase : moins dominée par les paramètres de l'ancien processus d'Oslo et davantage par la logique crue de la force, la stabilisation militaire limitée et les pactes entre des élites politiques proches de leur propre déclin.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s'exprime lors d'une réunion avec le vice-président américain J. D. Vance (absent de la photo) au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 22 octobre 2025 - PHOTO/ NATHAN HOWARD

Irak : la coalition d'al-Sudani remporte les élections dans un climat d'apathie et de méfiance

Faits :

La coalition du Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, est arrivée en tête des élections législatives qui se sont tenues cette semaine, selon la Commission électorale indépendante.

Le taux de participation a à peine dépassé 23 %, reflétant une population désabusée qui perçoit le vote comme un mécanisme de redistribution des revenus pétroliers entre les mêmes élites que d'habitude. Aucun bloc n'a obtenu de majorité claire, de sorte que la formation d'un gouvernement nécessitera des pactes complexes entre les factions chiites, les partis kurdes et les groupes sunnites.

Implications :

L'Irak reste prisonnier d'un système politique conçu après l'invasion de 2003 qui, loin de pacifier le pays, a institutionnalisé le clientélisme et le partage sectaire du pouvoir. La victoire d'al-Sudani ne représente pas une rupture, mais la continuité de ce statu quo, avec une plus grande tutelle des milices pro-iraniennes et des réseaux de patronage liés à Téhéran.

Pour les États-Unis et l'Europe, l'Irak reste un baromètre essentiel : si l'apathie des citoyens finit par dégénérer en une nouvelle vague de manifestations massives, comme celles de 2019, le pays pourrait connaître un nouveau cycle d'instabilité qui ouvrirait la voie aux vestiges de l'État islamique, à l'ingérence iranienne et à la pénétration économique chinoise.

Au niveau régional, ce résultat consolide un axe chiite qui s'étend de Téhéran à la Méditerranée en passant par Bagdad et Damas. Ce « croissant » stratégique offre à l'Iran une profondeur territoriale, une capacité de projection vers la Syrie et le Liban et, par conséquent, un moyen de pression permanent sur Israël et sur le déploiement américain dans la région.

Le Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, vote dans un bureau de vote de la Zone verte lors des élections législatives, à Bagdad, en Irak, le 11 novembre 2025 - REUTERS/ AHMED SAAD

Russie-Ukraine : Lavrov met en garde Washington contre une escalade et propose un dialogue sous certaines conditions

Faits :

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré que Moscou « espère » que Washington ne prendra pas de mesures susceptibles d'aggraver le conflit en Ukraine, insistant sur le fait que la Russie est prête à discuter, mais sur la base des « réalités sur le terrain ».

Lavrov a souligné que le Kremlin s'inquiétait de certains débats aux États-Unis sur d'éventuels programmes d'aide militaire qui élargiraient la portée et la létalité des capacités ukrainiennes, y compris la livraison de systèmes qui pourraient frapper plus profondément le territoire russe.

Implications :

Le message russe est le même que d'habitude, mais adapté au nouveau contexte : maintenant que Trump a obtenu un cessez-le-feu à Gaza et parle de rediriger son attention vers la paix en Ukraine, Moscou tente de fixer le cadre de toute négociation éventuelle. La formule est transparente : « nous sommes ouverts au dialogue, mais uniquement pour ratifier les conquêtes territoriales que nous avons obtenues par la force ».

Pour l'Europe, le risque est double. Premièrement, que certains partenaires fatigués par la guerre et préoccupés par leur économie voient dans toute proposition de « cessez-le-feu » une issue honorable, même si cela implique de consacrer l'amputation territoriale de l'Ukraine. Deuxièmement, que l'administration Trump, tentée par un trophée diplomatique rapide, décide de sacrifier une partie des revendications de Kiev au profit d'un accord présentable à son électorat.

La capacité de l'Ukraine à résister et à négocier en position de force dépend de manière cruciale du maintien du flux d'aide occidentale et du maintien de la pression sur le complexe militaro-industriel russe, y compris par des sanctions énergiques contre les canaux qui lui permettent de contourner les restrictions via des pays tiers.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov - PHOTO/X/@MarocDiplomatie

États-Unis et Chine : conflit technologique, « trêve tactique » et marge de manœuvre pour les pays émergents

Faits :

Plusieurs dirigeants démocrates ont vivement critiqué la décision de Trump de retarder l'application de nouvelles restrictions sur les exportations de technologies de pointe vers la Chine, accusant la Maison Blanche de faiblesse face à Pékin.

Dans le même temps, un rapport sur le commerce mondial souligne que la plupart des économies émergentes sont capables de réorienter leurs flux commerciaux afin d'amortir les effets des droits de douane américains, en diversifiant leurs partenaires et leurs chaînes d'approvisionnement.

Implications :

Nous observons une dialectique complexe : d'un côté, Trump utilise l'arme des droits de douane pour faire pression sur la Chine ; de l'autre, il freine certaines restrictions technologiques afin de ne pas fracturer complètement les chaînes de valeur dont dépendent les entreprises américaines et les marchés émergents. Il s'agit d'une « trêve tactique » qui vise à maximiser l'influence de Washington sans provoquer un déraillement brutal du commerce mondial.

Le rapport sur les pays émergents met en évidence une tendance de fond : le système international n'est plus un échiquier où les grandes puissances déplacent des pions passifs, mais un réseau dans lequel de nombreux acteurs intermédiaires ont une capacité d'adaptation. Si l'Inde, le Vietnam, le Mexique ou le Brésil peuvent réorienter leurs exportations et leurs importations pour éviter les effets des droits de douane, la marge de manœuvre de la Maison Blanche et de Pékin s'en trouve réduite.

Pour l'Europe, le risque est de se retrouver coincée dans une position inconfortable : trop ouverte et réglementée pour jouer la carte du protectionnisme agressif, mais trop divisée politiquement pour articuler une politique industrielle robuste qui lui permette de rivaliser avec les États-Unis et la Chine dans les domaines des semi-conducteurs, de l'intelligence artificielle et des batteries.

Des ouvriers transportent de la terre contenant des éléments de terres rares destinés à l'exportation dans un port de Lianyungang, province du Jiangsu - PHOTO/ REUTERS

Le djihadisme mutant : des cicatrices de Paris aux attentats-suicides au Pakistan

Faits :

La France commémore aujourd'hui le dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, où des commandos de l'État islamique ont tué 130 personnes au Stade de France, sur les terrasses des cafés et à la salle du Bataclan. Le président Macron et les victimes soulignent l'impact psychologique durable et la transformation profonde de la politique de sécurité française.

Parallèlement, le gouvernement pakistanais a confirmé que deux récents attentats-suicides ont été perpétrés par des ressortissants afghans, alimentant les craintes d'un nouveau cycle d'instabilité transfrontalière entre les deux pays et de l'expansion de groupes affiliés à l'État islamique en Asie du Sud.

Implications :

Dix ans après Paris, la menace djihadiste n'a pas disparu ; elle s'est transformée. En Europe, les grands attentats coordonnés sont moins probables grâce au travail des services de renseignement et à la coopération policière, mais le risque de loups solitaires radicalisés en ligne augmente. Dans des régions comme le Sahel, l'Afghanistan ou le Pakistan, en revanche, le terrorisme reste une réalité quotidienne qui mine les États fragiles et crée un terrain fertile pour de nouvelles vagues migratoires et de violence.

Pour l'Union européenne, ce double front pose un dilemme inconfortable. Soit elle se contente de gérer les symptômes – en renforçant les contrôles internes, en augmentant la surveillance, en durcissant les lois antiterroristes – soit elle assume enfin que, sans une stratégie sérieuse en matière de développement, de sécurité et de gouvernance dans son voisinage élargi, la menace continuera à se régénérer.

La commémoration à Paris devrait servir à autre chose qu'à prononcer des discours solennels : elle devrait susciter une réflexion honnête sur les erreurs commises au Moyen-Orient, au Sahel et en Afghanistan, et sur la responsabilité partagée d'élites qui ont préféré détourner le regard pendant que le monstre couvait.

Des fleurs en hommage aux victimes devant la salle du Bataclan à Paris, en France, le 13 novembre 2025, lors des cérémonies organisées à l'occasion du dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 - REUTERS/ LUDOVIC MARIN

Rack de médias

États-Unis et monde anglo-saxon

AP et Reuters ouvrent avec la fin du shutdown fédéral et décrivent l'accord comme la conclusion du plus long shutdown de l'histoire du pays.

The Economist résume la journée en deux titres : fin du shutdown et les e-mails d'Epstein qui replacent Trump au centre de la tempête politique.

ABC News, PBS et les chaînes généralistes détaillent les e-mails d'Epstein, soulignant les phrases sur « le chien qui n'a pas aboyé » et le fait que Trump « savait pour les filles », tandis que l'entourage présidentiel dénonce une campagne de démolition sélective.

Europe continentale et Royaume-Uni

Les agences européennes et les journaux français et italiens se penchent aujourd'hui sur l'anniversaire des attentats de Paris, soulignant la persistance du traumatisme et la mutation de la menace djihadiste.

Les médias britanniques tels que The Guardian consacrent de larges espaces aux e-mails d'Epstein et à leur impact potentiel sur l'image internationale de Trump.

Médias israéliens et arabes

Haaretz et d'autres journaux israéliens analysent la lettre de Trump demandant la grâce de Netanyahu comme une preuve du sentiment de siège judiciaire du Premier ministre et comme une ingérence sans précédent d'un président américain dans les équilibres institutionnels israéliens.

Al Jazeera continue de se concentrer sur les violations du cessez-le-feu à Gaza et sur le débat concernant la force internationale de stabilisation, soulignant l'activisme turc et la fragilité de la trêve.

Agences mondiales et approche systémique

Reuters articule un récit global où se croisent la fin du confinement, la partition de facto possible de Gaza, la lutte technologique avec la Chine et les tensions en Ukraine, dessinant une carte d'« escalade fragmentée » sur plusieurs théâtres.

Crise de gouvernance et de solvabilité aux États-Unis

Situation : La fermeture du gouvernement fédéral américain est entrée dans son 35e jour, devenant officiellement la plus longue de l'histoire du pays. Le non-paiement du budget a commencé le 1er octobre. À partir du 14 novembre, les 1,3 million de militaires en service actif et plus de 750 000 membres de la Garde nationale et de la Réserve devraient perdre leur premier salaire complet, un événement sans précédent dans l'histoire des États-Unis.

Impact : L'impact économique est grave et ne cesse de s'aggraver. Si la fermeture se poursuit, environ 4,5 millions de salaires auront été retenus au 1er décembre, ce qui équivaut à 21 milliards de dollars de salaires perdus. Le Bureau budgétaire du Congrès (CBO) estime que cette fermeture réduira la croissance du quatrième trimestre de 1,5 point de pourcentage et que 11 milliards de dollars d'activité économique seront perdus de manière permanente. La confiance des consommateurs s'est effondrée à 50,3, un niveau historiquement bas qui n'avait été observé que pendant la pandémie, et des programmes essentiels tels que le SNAP (aide alimentaire) risquent de se retrouver à court de fonds fédéraux.

Analyse stratégique : Cette situation a dépassé le cadre d'un simple conflit partisan interne pour devenir un événement présentant un risque systémique mondial. La paralysie législative démontre une incapacité fondamentale à gouverner. Le fait que la principale superpuissance mondiale ne soit pas en mesure de payer ses forces armées alors qu'elle tente de mener des opérations militaires de haute intensité à l'étranger donne une image d'insolvabilité et de dysfonctionnement stratégique. Les alliés et les adversaires voient une « puissance brisée » : une nation chaotique et insolvable à l'intérieur, mais erratique et agressive à l'extérieur. Ce profond décalage entre la capacité interne et l'ambition externe rend la politique américaine dangereusement imprévisible, accélérant la consolidation d'un monde « G-Zero ».

Rupture de la coopération en matière de renseignement entre alliés clés

Situation : Dans une escalade sans précédent, le Royaume-Uni a suspendu l'échange de renseignements avec les États-Unis sur les navires soupçonnés de trafic de drogue dans les Caraïbes. La Colombie, un partenaire régional clé, a pris des mesures similaires.

Impact : Cette décision est une réponse directe à la nouvelle doctrine meurtrière des États-Unis dans la région. Depuis septembre, les États-Unis ont mené plus d'une douzaine d'attaques meurtrières contre des navires soupçonnés de trafic de drogue, tuant plus de 76 personnes. Le Royaume-Uni craint que les renseignements qu'il fournissait pour l'interception ne soient désormais utilisés pour des attaques meurtrières, ce qui le rendrait complice d'actions qu'il considère comme des violations du droit international.

Analyse stratégique : Il s'agit de l'une des fractures les plus importantes dans l'architecture du renseignement occidental (Five Eyes) depuis des décennies. En redéfinissant unilatéralement la « guerre contre la drogue » comme une « guerre contre le narcoterrorisme », l'administration américaine a contraint son plus proche allié à choisir entre la coopération et la complicité juridique. Cette politique de « main de fer » a eu un résultat stratégiquement contre-productif : les États-Unis ont désormais moins de visibilité opérationnelle, car 85 % des renseignements de la base de Key West provenaient de Colombie. Les narcotrafiquants profitent directement de cet effondrement de la coopération entre alliés.

Effondrement imminent du plan de paix à Gaza en raison des frictions entre les acteurs

Situation : Le « plan de paix en 20 points » de l'administration Trump a permis d'obtenir un cessez-le-feu fragile. Cependant, la « phase 2 » (le lendemain) est au point mort.

Impact : Le plan repose sur une force internationale de stabilisation (ISF) et un « conseil de paix ». Cependant, la résolution de l'ONU rédigée par les États-Unis pour autoriser l'ISF contient un mandat « toxique » : la force est censée utiliser la force pour désarmer le Hamas et détruire ses infrastructures militaires. Les alliés ont déclaré en privé qu'ils « ne voulaient pas envoyer de soldats dans une zone de guerre » à cette fin. Les Émirats arabes unis ont déclaré publiquement qu'ils ne se joindraient pas à l'opération « sans un cadre juridique clair ».

Analyse stratégique : Le plan pour « le lendemain » est une « mission impossible » sur le plan diplomatique. Les États-Unis ont négocié un cessez-le-feu, mais ont créé une architecture bureaucratique qui demande aux autres de prendre le risque du combat. L'ISF n'a pas été conçue pour réussir ; elle fonctionne comme une « pilule empoisonnée » diplomatique. Elle permet à la Maison Blanche de reprocher à ses alliés leur « manque de volonté » à fournir des troupes, offrant ainsi un alibi politique lorsque le plan échouera et que le conflit reprendra. De plus, le plan est rejeté au niveau régional : Israël s'oppose fermement à la participation de la Turquie, un médiateur clé qui a contribué à obtenir l'acceptation du Hamas.

Fausse détente entre les États-Unis et la Chine dans un contexte de découplage structurel

Situation : À première vue, la « trêve de Busan » entre Trump et Xi semble être un succès. Les États-Unis ont réduit les droits de douane sur le fentanyl et suspendu les taxes portuaires. La Chine a répondu en suspendant pour un an les contrôles à l'exportation des terres rares, en reprenant ses achats de soja et en retirant 31 entreprises américaines de sa liste de contrôle des exportations.

Impact : Il s'agit toutefois d'une trêve tactique, et non d'une paix stratégique. Les données commerciales chinoises pour octobre montrent un effondrement de 25 % des exportations vers les États-Unis. Dans le même temps, General Motors (GM) a donné une directive agressive à ses fournisseurs : éliminer toutes les pièces d'origine chinoise de leurs chaînes d'approvisionnement d'ici 2027.

Analyse stratégique : Nous assistons à un jeu à deux niveaux. Au niveau présidentiel, une pause transactionnelle pour soulager la douleur économique interne. Au niveau des entreprises, une accélération stratégique du découplage. Les dirigeants ont pris conscience du risque que la Chine contrôle 90 % du traitement des minéraux critiques et mettent en œuvre une stratégie de « résilience » et « US+1 » qui considère le risque géopolitique comme permanent. Le secteur privé est le moteur de la véritable politique de confinement, rendant la trêve politique de 12 mois largement insignifiante à long terme.

La guerre d'usure en Ukraine se transforme en un conflit indéfini

Situation : Le front est enlisé dans une bataille d'usure brutale dans la « poche » de Pokrovsk-Myrnohrad. Les forces russes avancent lentement, ayant capturé environ 46 % de Pokrovsk, exploitant les conditions météorologiques (brouillard) pour neutraliser les drones ukrainiens. L'Ukraine lance des contre-attaques désespérées.

Impact : La position russe est claire. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, réitère que toute négociation doit reconnaître les « nouvelles réalités territoriales ».

Analyse stratégique : L'offensive de Pokrovsk est la politique diplomatique de la Russie. Elle ne conquiert pas de territoire pour « gagner la guerre » au sens traditionnel du terme, mais pratique une « diplomatie cinétique ». Chaque mètre gagné à Pokrovsk est un atout dans les négociations pour créer la « réalité sur le terrain » qu'ils exigeront lors des pourparlers de paix que l'administration Trump cherche à négocier. Ils se battent pour obtenir leurs conditions de négociation, exploitant à la fois le climat et le dysfonctionnement politique occidental en matière d'aide.

Déstabilisation de l'Asie du Sud : guerre ouverte entre l'Afghanistan et le Pakistan

Situation : La « patience stratégique » du Pakistan a pris fin. En réponse aux attaques meurtrières et croissantes du TTP (Taliban pakistanais), le Pakistan a lancé une série de frappes aériennes en Afghanistan le 9 octobre, touchant des cibles à Kaboul, Khost et Paktika.

Impact : Les frappes ont tué des membres haut placés du TTP. En représailles, les talibans afghans ont lancé des attaques transfrontalières contre des postes militaires pakistanais.

Analyse stratégique : Il ne s'agit plus d'une escarmouche frontalière, mais d'un conflit interétatique ouvert. La décision du Pakistan d'attaquer Kaboul constitue une escalade massive. Ce conflit est le « fruit amer » du retrait américain en 2021. Le Pakistan, qui a soutenu la prise du pouvoir par les talibans afghans, se rend maintenant compte qu'ils hébergeront et protégeront le TTP. Le Pakistan est contraint de lutter contre son propre mandataire dans « l'espace non gouverné » qu'il a contribué à créer.

Soulagement économique à court terme grâce à la « trêve de Busan »

Situation : La suspension pendant un an des contrôles à l'exportation des terres rares par la Chine et la suspension mutuelle des taxes portuaires apportent un soulagement immédiat et tangible aux chaînes d'approvisionnement mondiales.

Analyse : Pour les entreprises qui ne peuvent pas se désengager à court terme, cette trêve élimine un risque existentiel (l'« option des terres rares ») et réduit les coûts d'exploitation. La reprise des achats de soja/sorgho stabilise également les marchés des matières premières. Il s'agit d'un risque maîtrisé, d'une fenêtre de 12 mois permettant aux entreprises d'accélérer leur réorientation stratégique.

Consolidation d'une relative stabilité en Irak

Situation : Au milieu du chaos régional (Gaza, Af-Pak), l'Irak connaît un « rare moment de calme ». Le Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani a consolidé son pouvoir et sa coalition « Reconstruction et développement » a remporté la majorité des sièges lors des récentes élections législatives.

Analyse : Sudani a réussi à trouver un équilibre entre l'Iran et les États-Unis tout en se concentrant sur des projets d'infrastructure internes (nouveaux tunnels et ponts à Bagdad). Dans un monde « G-Zero », l'émergence d'un gouvernement fonctionnel et stable en Irak est un « point d'ancrage » inattendu. Cela fournit un partenaire prévisible au Moyen-Orient, ce qui est un atout stratégique à faible risque (vert).

Le désordre interne aux États-Unis et ses répercussions mondiales

Anatomie de la paralysie américaine (fermeture et politique)

La fermeture du gouvernement en 2025 est un événement de crise auto-infligée. L'incapacité du Congrès à adopter une résolution continue (CR) ou des projets de loi de crédits trouve son origine dans une polarisation extrême. Les propositions des deux partis ont échoué au Sénat ; les démocrates insistent sur la prolongation des crédits d'impôt de la loi sur les soins de santé abordables (ACA), tandis que les républicains de la Chambre des représentants réclament des réductions des dépenses. La rhétorique s'est détériorée, avec des accusations de « détournement » et de « prise d'otages ».

Le coût de cette paralysie est tangible. Au-delà des 11 milliards de dollars d'activité économique définitivement perdus, l'impact humain est la véritable menace pour la sécurité. Environ 670 000 employés fédéraux sont suspendus et 730 000 travaillent sans être payés. L'université du Michigan rapporte que la confiance des consommateurs a chuté à 50,3, un niveau presque record. La directrice de l'enquête a souligné que cette préoccupation est « généralisée dans toute la population, tous âges, revenus et affiliations politiques confondus ».

L'« affaire Epstein » comme arme politique à double tranchant

La politique intérieure américaine a été encore plus consumée par la publication de documents liés à Jeffrey Epstein, qui est devenu une arme politique au milieu de la crise du shutdown.

L'offensive démocrate : les démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants ont publié trois courriels clés à un moment politiquement calculé. Ces courriels, bien que cryptiques, suggèrent que le président Trump « était au courant pour les filles » et qu'une victime « a passé des heures chez moi avec lui ». L'objectif est de lier directement Trump à la connaissance des activités de trafic sexuel.

La défense des républicains et de la Maison Blanche : La Maison Blanche a qualifié cette publication de « tromperie » et de « distraction » par rapport à la fermeture du gouvernement. La porte-parole Karoline Leavitt a déclaré que ces courriels « ne prouvent absolument rien ». La riposte républicaine a consisté à publier sa propre série de 23 000 documents, accusant les démocrates de « sélection sélective » et mettant en avant des courriels dans lesquels Epstein exprimait son mécontentement à l'égard de Trump ou se moquait de lui.

Le paradoxe de la base de Trump : Le véritable risque pour la Maison Blanche ne vient pas des démocrates, mais de sa propre base. Après avoir passé des années à cultiver des récits sur un « État profond » qui cache des secrets, la base de Trump exige désormais la divulgation totale des archives. Cette pression est bipartisane ; la prestation de serment de la représentante Adelita Grijalva (D-AZ) a fourni la 218e signature nécessaire à une pétition visant à forcer un vote en séance plénière de la Chambre sur la divulgation totale des archives. L'administration est désormais prise entre son désir de supprimer les archives et les demandes de transparence de son propre mouvement politique. Un sondage Quinnipiac montre que 63 % des électeurs désapprouvent la manière dont l'administration a géré cette affaire.

La doctrine Trump 2.0 : l'unilatéralisme transactionnel

Guerre dans les Caraïbes : la nouvelle doctrine du « narcoterrorisme »

La politique étrangère de l'administration se caractérise par un unilatéralisme agressif. Dans les Caraïbes, les États-Unis ont déployé une « force de combat maritime » pour mener une campagne d'« attaques meurtrières » contre des trafiquants présumés. Il ne s'agit pas d'une interdiction traditionnelle, mais d'une guerre d'élimination.

Justification et tactiques : La justification légale est que les cartels, en particulier le « Cartel des Soleils » du Venezuela (que les États-Unis assimilent au gouvernement Maduro) et l'ELN, sont des « narcoterroristes ». Cela, selon l'administration, permet l'utilisation de la force militaire létale, y compris les frappes aériennes, qui ont fait plus de 76 morts parmi les civils depuis septembre. Le déploiement comprend le porte-avions USS Gerald R. Ford, la plus importante présence militaire américaine dans la région depuis l'invasion du Panama en 1989.

Rupture d'alliances : Cette doctrine « teste les limites de la loi » et a brisé la coalition alliée en matière de renseignement. L'UE a fait part de ses préoccupations, mais le Royaume-Uni et la Colombie ont pris la décision radicale de suspendre leur coopération en matière de renseignement. Les responsables britanniques craignent d'être complices de ce qu'ils considèrent comme des exécutions extrajudiciaires. Interrogé sur ces informations provenant des alliés, le secrétaire d'État Marco Rubio les a rejetées comme étant une « fausse histoire », indiquant que l'administration n'avait pas l'intention de faire marche arrière.

La trêve de Busan (États-Unis-Chine) : un découplage tactique

La « trêve de Busan » est l'autre pilier de la politique étrangère : le transnationalisme. L'accord est un échange direct d'allègements économiques.

Contexte économique : les deux dirigeants avaient besoin de cette trêve. Les données commerciales de la Chine pour le mois d'octobre ont été désastreuses, avec une baisse globale des exportations de 1,1 % due à un effondrement de 25 % des expéditions vers les États-Unis. Parallèlement, l'économie américaine souffre d'une inflation persistante et d'une vulnérabilité vis-à-vis des chaînes d'approvisionnement en minerais de la Chine.

La tendance structurelle : Le véritable indicateur de la relation n'est pas cet accord de 12 mois, mais les actions de la direction. La décision de General Motors d'éliminer la Chine de sa chaîne d'approvisionnement en pièces détachées nord-américaine d'ici 2027 est un événement majeur. Elle prouve que les capitaux des entreprises ont intégré le risque géopolitique et recherchent la « résilience » à travers le « US+1 ». La Chine réagit activement, avec une croissance à deux chiffres de ses exportations vers l'ASEAN (+22,5 %) et l'Afrique (+25,9 %), compensant ainsi la perte du marché américain.

Points critiques de conflit et efforts de stabilisation

Gaza - « Le lendemain »

Le plan de paix en 20 points a mené à bien sa « phase 1 » : un cessez-le-feu, la libération des otages vivants et des prisonniers palestiniens, et un retrait partiel des FDI. Cependant, la « phase 2 », la gouvernance du « lendemain », est vouée à l'échec (voir tableau 2).

L'architecture bureaucratique : le plan prévoit un comité technocratique palestinien pour l'administration civile, un « conseil de paix » international pour la supervision et un centre de coordination civilo-militaire dirigé par le CENTCOM. Les rapports sur le terrain concernant ce centre du CENTCOM suggèrent qu'il s'agit d'une coquille vide, avec « beaucoup d'ordinateurs et beaucoup d'incertitude », mais « sans argent ».

Le point de rupture (ISF) : La composante sécurité, la Force internationale de stabilisation (ISF), est la « pilule empoisonnée » du plan. Le projet de résolution de l'ONU présenté par les États-Unis donne à l'ISF le mandat de « démilitariser la bande de Gaza » et de « démanteler définitivement les armes des groupes armés non étatiques ». Aucun pays, arabe ou membre de l'OTAN, n'enverra de troupes pour cette mission de combat. Les Émirats arabes unis l'ont déjà déclaré publiquement.

Veto régional : La situation est compliquée par les vetos des acteurs clés. Israël s'oppose fermement à la participation de la Turquie à la force, bien que la Turquie (avec l'Égypte et le Qatar) ait joué un rôle essentiel dans la médiation de l'accord avec le Hamas.

Ingérence présidentielle et souveraineté alliée

Dans une mesure sans précédent, le président Trump est intervenu directement dans le système judiciaire d'un allié. Il a envoyé une lettre officielle au président israélien Isaac Herzog demandant une « grâce totale » pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Netanyahu fait l'objet d'un procès pour corruption, fraude et abus de confiance, qui a débuté en 2020 et dont la phase de défense a commencé en décembre 2024. Dans sa lettre, Trump qualifie le procès de « persécution politique et injustifiée », reprenant ainsi le langage qu'il utilise pour ses propres problèmes juridiques.

Le bureau du président Herzog a émis un refus courtois mais ferme, soulignant que les demandes de grâce doivent suivre les voies prévues par la loi et ne peuvent être examinées qu'après une condamnation et un aveu de culpabilité. L'analyse du journal israélien Haaretz suggère que cette intervention « maladroite » est le signe que « l'étau juridique se resserre » autour de Netanyahu.

Ukraine - La poche de Pokrovsk et la « réalité » de Lavrov

La guerre en Ukraine est devenue une guerre d'usure de haute intensité, symbolisée par la bataille pour la poche de Pokrovsk-Myrnohrad.

Le champ de bataille : Les rapports indiquent que la situation est « difficile ». Les forces russes, profitant du brouillard qui empêche les drones ukrainiens de voler, ont réussi à capturer environ 46 % de Pokrovsk et 10 % de Myrnohrad. Elles contrôlent les lignes de communication (GLOC) tandis que l'Ukraine tente de contre-attaquer.

La diplomatie cinétique : cette offensive militaire est directement liée à la position diplomatique de la Russie. Le ministre des Affaires étrangères, M. Lavrov, et d'autres responsables insistent sur le fait que toute négociation de paix doit être fondée sur les « réalités du terrain ». L'offensive de Pokrovsk est le moyen utilisé par la Russie pour créer ces réalités, améliorant ainsi sa position dans les négociations que l'administration Trump souhaite mener. Pendant ce temps, l'aide américaine à l'Ukraine reste politiquement instable, le Congrès enquêtant sur les « pauses » unilatérales dans les livraisons d'armes par le ministère de la Défense.

Afghanistan-Pakistan : une nouvelle guerre interétatique

Le conflit latent entre le Pakistan et les talibans afghans s'est transformé en une guerre ouverte. Le 9 octobre, le Pakistan, frustré par les attaques transfrontalières du TTP (Taliban pakistanais), a lancé des frappes aériennes en Afghanistan, notamment à Kaboul, Khost et Paktika. Ces attaques ont tué des membres haut placés du TTP. En représailles, les talibans afghans ont attaqué des postes frontaliers militaires pakistanais.

C'est le début d'une nouvelle guerre régionale. C'est une conséquence directe du vide laissé par le retrait des États-Unis. Le Pakistan s'est rendu compte que son ancien mandataire, les talibans afghans, ne contrôlera pas (et hébergera même) le TTP, obligeant le Pakistan à adopter des tactiques offensives.

Aperçu des menaces secondaires et des risques émergents

L'héritage du Bataclan et la métamorphose du terrorisme djihadiste

Alors que la France commémore le dixième anniversaire des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, la nature de la menace terroriste a évolué.

La menace héritée : l'attaque du Bataclan était une « attaque terroriste complexe et coordonnée » (CCTA). L'État islamique (EI), bien que dépourvu de territoire, reste l'organisation la plus meurtrière au monde et persiste en tant qu'« organisation hybride » mortelle. L'attaque du Crocus City Hall à Moscou en 2024 a démontré que la menace CCTA reste viable.

La nouvelle menace : Cependant, les données de 2024-2025 montrent une nouvelle tendance alarmante. Si la menace des cellules organisées diminue en Occident, les attentats ont globalement doublé. Le changement démographique est essentiel : en Europe, « un suspect de terrorisme sur cinq » est désormais âgé de moins de 18 ans, et les adolescents représentent la majorité des arrestations liées à l'EI. La menace est passée des cellules organisées à la radicalisation virale des jeunes.

Stabilité relative en Irak

En contraste frappant avec la volatilité régionale, l'Irak est apparu comme un « havre de paix ». Le Premier ministre Mohammed Shia al-Sudani a réussi à consolider son pouvoir après la large victoire de sa coalition « Reconstruction et développement » aux élections législatives. Son succès repose sur une approche interne axée sur les infrastructures tangibles (ponts et tunnels à Bagdad) et sur le maintien d'un équilibre délicat entre ses alliés en Iran et son partenaire en matière de sécurité, les États-Unis.

Ligne éditoriale et perspective stratégique

L'analyse du 13 novembre 2025 révèle un panorama mondial défini par le paradoxe du « G-Zero » : paralysie interne des États-Unis contre hyper-agressivité externe.

Le monde est officiellement entré dans le « G-Zero ». Il n'y a plus de puissance hégémonique mondiale pour assurer la stabilité, mais seulement une grande puissance erratique. L'administration américaine est en guerre contre elle-même. Sur le plan interne, la fermeture historique du gouvernement, l'incapacité à payer ses propres militaires, l'effondrement de la confiance des consommateurs et les luttes politiques internes acharnées (comme l'affaire Epstein) démontrent une incapacité à assurer une gouvernance de base.

À l'extérieur, cette paralysie interne est compensée par une hyperagressivité unilatérale. L'administration mène une politique étrangère « à somme nulle » et « fais-le toi-même », définie comme la « règle de Don ». Cela inclut des attaques meurtrières dans les Caraïbes qui rompent des alliances clés, des interventions personnelles sans précédent dans la souveraineté judiciaire d'un allié (l'affaire Netanyahu) et l'imposition de plans de paix (Gaza) qui ne bénéficient pas du soutien fondamental des alliés car ils sont conçus pour échouer.

Les « victoires » de cette politique étrangère (la « trêve de Busan » et le « plan de paix pour Gaza ») sont illusoires. Elles manquent toutes deux de viabilité institutionnelle. La « trêve de Busan » n'est pas une paix stratégique, mais une pause tactique dans une guerre géoéconomique structurelle. Le véritable découplage est impulsé par les dirigeants d'entreprise (par exemple General Motors), et non par la Maison Blanche. Le « plan de paix pour Gaza » n'est pas une paix durable, mais un cessez-le-feu négocié reposant sur une architecture (ISF) conçue pour s'effondrer, permettant à l'administration de rejeter la responsabilité de son échec sur ses alliés.

Les implications stratégiques de ce monde où « chacun pour soi » ou « Beggar-thy-World » (appauvrir le monde) sont claires :

  • Pour les alliés (Royaume-Uni, UE) : la diversification stratégique loin de la dépendance vis-à-vis des États-Unis est désormais impérative. La rupture des services de renseignement britanniques est le signe avant-coureur.
  • Pour les adversaires (Russie, TTP) : le dysfonctionnement des États-Unis est une opportunité. La Russie l'exploite avec une « diplomatie cinétique » à Pokrovsk. Le TTP l'exploite pour inciter à une guerre régionale dans le vide du pouvoir afghan.
  • Pour les entreprises (GM) : le « risque géopolitique » a supplanté le « risque de marché ». La « résilience » — un euphémisme pour désigner le découplage coûteux mais nécessaire des chaînes d'approvisionnement chinoises — est la seule stratégie rationnelle.

Conclusion éditoriale

Le monde a assisté à la fin du plus long shutdown fédéral de l'histoire des États-Unis, mais pas à la fin du blocage mental d'une élite qui confond gouvernance et guerre des tranchées. Washington rouvre ses portes tandis que la politique s'enfonce un peu plus dans le bourbier du scandale permanent : aujourd'hui, ce sont les e-mails d'Epstein, demain ce sera un autre dossier sélectionné à la loupe pour alimenter le feu médiatique.

En parallèle, le Moyen-Orient continue de brûler à petit feu : Gaza recherche une paix surveillée par des casques bleus qui n'existent pas encore, l'Irak reste pris au piège entre milices et apathie, Netanyahu s'accroche au pouvoir avec le soutien d'un Trump prêt à apposer sa signature même sur une grâce étrangère. L'Europe se souvient de ses morts à Paris tout en regardant, avec un mélange de lassitude et de fatalisme, la frontière ukrainienne et la pression migratoire djihadiste croissante.

Le tableau géopolitique actuel présente une caractéristique inquiétante : les grandes puissances sont trop occupées par leurs luttes intestines pour offrir un leadership, et les acteurs révisionnistes – autocrates, narcoterroristes, extrémistes de toutes sortes – profitent de chaque fissure. Le défi pour les démocraties n'est pas seulement de gagner des élections ou d'adopter des budgets : il s'agit de retrouver la capacité de voir au-delà des gros titres du lendemain et d'agir en tant que ce qu'elles prétendent être, les gardiens d'un ordre international ouvert, mais pas suicidaire.