Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 19 décembre

Positionnement mondial - Depositphotos
Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. Introduction
  2. L'UE change de cap : des actifs russes à l'endettement commun pour financer l'Ukraine (2026-2027)
  3. La Russie intensifie la « guerre de l'électricité » : 180 000 consommateurs privés d'électricité après des attaques nocturnes
  4. Kiev frappe la logistique russe : trois morts dans des attaques de drones à Rostov
  5. Gaza au bord de l'effondrement opérationnel : l'ONU et plus de 200 ONG alertent sur les obstacles israéliens
  6. Venezuela : « blocus » des pétroliers sanctionnés, tensions avec Moscou et manœuvres vers la Chine
  7. Taïwan : Washington approuve le plus important programme d'armement de son histoire (11,1 milliards de dollars)
  8. La Chine lâche du lest d'une main et serre de l'autre : licences « rapides » pour les terres rares
  9. La Chine réglementera les exportations d'acier avec des licences à partir de 2026
  10. Le « projet Manhattan » chinois pour les puces : des progrès en matière d'EUV, mais encore loin du monopole occidental
  11. L'UE-Mercosur dans l'impasse : la France n'est pas prête ; le Brésil en fait une priorité géopolitique
  12. Rivalité États-Unis-Chine : géoéconomie, or et technologie
  13. L'Inde se consolide comme pivot indo-atlantique
  14. Rack de Medios
  15. Commentaire éditorial

Introduction

Les dernières 24 heures ont donné une image claire — et inquiétante — de l'état du monde : la guerre se livre avec des drones et par l'endettement, et l'Europe continue d'apprendre, tardivement, que la géopolitique ne se gère pas, elle s'exerce. À Bruxelles, après des heures de négociation, l'UE a opté pour un emprunt conjoint (joint borrowing) afin de garantir 90 milliards d'euros à l'Ukraine en 2026-2027, mettant de côté, pour l'instant, l'utilisation directe des actifs russes gelés, tout en maintenant le dossier ouvert.

Sur le front, Moscou persiste dans sa stratégie la plus cynique : punir l'électricité, les transports et la vie civile. Kiev, quant à elle, montre qu'elle n'est pas disposée à être une victime passive : elle frappe la logistique russe avec des drones à Rostov.

Au Moyen-Orient, la dimension humanitaire redevient un vecteur stratégique : l'ONU et plus de 200 organisations mettent en garde contre un possible effondrement opérationnel à Gaza en raison des obstacles administratifs et d'enregistrement imposés par Israël.

Et en Asie, le monde entre dans une phase de dissuasion industrielle : Washington approuve le plus important programme d'armement pour Taïwan ; Pékin répond par un contrôle strict des terres rares, des licences d'exportation d'acier et un effort technologique de type « projet Manhattan » pour briser le monopole occidental sur les puces avancées. 

L'UE change de cap : des actifs russes à l'endettement commun pour financer l'Ukraine (2026-2027)

Faits

L'UE accorde 90 milliards d'euros d'aide à l'Ukraine pour 2026-2027 et, compte tenu de la complexité et du coût politique du plan visant à utiliser les actifs russes gelés comme garantie immédiate, décide de se financer par un emprunt commun (joint borrowing) sur les marchés, garanti par le budget de l'UE.

Le texte exclut la Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque des obligations et garanties, une formule qui débloque l'unanimité.

Dans le même temps, l'UE et le Parlement continueront à travailler sur un prêt « basé sur » les actifs gelés de la Banque centrale russe, avec une logique clé : l'Ukraine ne le rembourserait que lorsqu'elle recevrait des réparations de Moscou, et jusqu'à ce moment-là, les actifs russes resteraient gelés.

Le nœud reste la Belgique : 185 milliards sur un total de 210 milliards sont détenus par Euroclear, et Bruxelles exige des garanties face aux risques juridiques et de liquidité ; la Russie a déjà réagi en déposant des plaintes, dont une réclamation de 230 milliards de dollars contre Euroclear.

Implications

L'Europe évite le vide financier de 2026-2027, mais le message est ambigu : elle garantit l'argent, mais retarde le coup moralement le plus justifié, qui serait de convertir l'argent de l'agresseur en levier structurel pour défendre l'agressé. Dans l'immédiat, c'est bien ; sur le plan stratégique, c'est insuffisant.

En outre, « l'unité par exception » — exclure trois États de l'effort — permet de gagner du temps, mais normalise également le sabotage interne. Si l'UE ne donne pas la priorité à la cohésion stratégique, elle finira par être gouvernée par des minorités de blocage.

Ursula von der Leyen et Volodymyr Zelensky se rencontrent au Bella Center de Copenhague, au Danemark, le 2 octobre 2025 - Mads Claus Rasmussen/Ritzau Scanpix/via REUTERS

La Russie intensifie la « guerre de l'électricité » : 180 000 consommateurs privés d'électricité après des attaques nocturnes

Faits

L'Ukraine fait état de 180 000 consommateurs privés d'électricité après une attaque russe nocturne qui a touché cinq régions (dont Mykolaïv, Zaporijia, Tcherkassy, Dnipropetrovsk et Soumy).

Dans la région d'Odessa, une attaque de drones a tué une femme et blessé ses trois enfants, endommageant les infrastructures énergétiques et provoquant des coupures de courant prolongées, tout en affectant les routes menant au Danube.

Une attaque « massive » sur Cherkasy a également été signalée, faisant des blessés et provoquant des coupures d'électricité. 

Implications

Il ne s'agit pas d'un effet secondaire : c'est une doctrine. Moscou cherche à provoquer l'épuisement social, la pression politique et l'effondrement logistique en hiver. La réponse occidentale doit être double : défense antiaérienne et capacité de réparation à l'échelle industrielle. Sinon, la guerre se décidera dans les sous-stations et les transformateurs, et non sur les cartes.

Lieu de l'attaque aérienne russe, au milieu de l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, à Zaporizhzhia, Ukraine, 20 novembre 2025 - PHOTO/ REUTERS

Kiev frappe la logistique russe : trois morts dans des attaques de drones à Rostov

Faits

Des attaques de drones attribuées à l'Ukraine dans la région russe de Rostov font trois morts, dont deux membres d'équipage d'un cargo incendié dans le port de Rostov-sur-le-Don ; il y a des blessés parmi l'équipage et à Bataysk.

Implications

L'Ukraine tente de briser le monopole psychologique du Kremlin : la guerre touche également l'arrière-garde russe. Il s'agit d'un moyen de pression légitime dans une guerre existentielle, mais il doit être utilisé avec discipline : des objectifs militaires et logistiques, pas un spectacle aveugle. Chaque faux pas est une arme de propagande pour Moscou.

Image prise par un drone au milieu de la guerre entre l'Ukraine et la Russie - REUTERS/ ROMAN PETUSHKOV

Gaza au bord de l'effondrement opérationnel : l'ONU et plus de 200 ONG alertent sur les obstacles israéliens

Faits

L'ONU et les organisations humanitaires avertissent que l'opération d'aide à Gaza pourrait s'effondrer si les obstacles ne sont pas levés, notamment une politique d'enregistrement qualifiée de « vague, arbitraire et hautement politisée », qui exposerait de nombreuses ONG au risque de fermeture.

Implications

Israël a le droit — et le devoir — de se défendre contre le Hamas, une organisation terroriste. Mais la stratégie ne peut être dissociée de la réalité : sans capacité humanitaire opérationnelle, aucune stabilisation n'est possible, et le vide est comblé par la radicalisation et les réseaux djihadistes. Le domaine humanitaire n'est pas une question de charité, mais de sécurité.

Des camions transportant de l'aide humanitaire s'alignent à la frontière de Rafah, du côté égyptien, et entrent dans le passage vers la bande de Gaza, après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas à Gaza, à Rafah, en Égypte, le 16 octobre 2025 - PHOTO/ REUTERS

Venezuela : « blocus » des pétroliers sanctionnés, tensions avec Moscou et manœuvres vers la Chine

Faits

L'ordre donné par Trump d'un « blocus total et complet » des pétroliers sanctionnés entrant ou sortant du Venezuela a paralysé une partie du trafic par crainte de saisies, augmentant la pression sur la principale source de revenus du régime.

Parallèlement, PDVSA autorise le départ vers la Chine de deux superpétroliers non sanctionnés transportant chacun environ 1,9 million de barils, tandis que le phénomène de la « flotte fantôme » (shadow fleet) et l'extinction des transpondeurs persistent.

Implications

Il faut le dire sans euphémisme : le chavisme est une narco-dictature. Frapper sa puissance financière peut être efficace si cela est fait avec intelligence et coordination régionale. Le risque réside dans la réponse asymétrique du régime et sa recherche d'oxygène à Téhéran et Moscou. C'est précisément pour cette raison que la pression doit être soutenue, juridique et opérationnelle, et non pas simplement rhétorique.

Un pétrolier transportant du pétrole brut est amarré au terminal PDVSA de la raffinerie Petróleo Isla à Willemstad, sur l'île de Curaçao - REUTERS/ HENRY ROMERO

Taïwan : Washington approuve le plus important programme d'armement de son histoire (11,1 milliards de dollars)

Faits

Les États-Unis annoncent un contrat de 11,1 milliards de dollars comprenant des HIMARS, des obus, des missiles antichars et des drones, destiné à renforcer la « guerre asymétrique » de Taïwan ; la Chine réagit par une condamnation. 

Implications

La dissuasion dans le détroit ne se maintient pas par des communiqués. Elle repose sur la capacité, les munitions, la résilience sociale et la clarté politique. Pour l'Europe, c'est un avertissement : si l'Indo-Pacifique se déstabilise, le coût se répercutera sur nos ports sous forme d'inflation, de pénurie et de crise industrielle.

Les forces de défense australiennes, américaines et singapouriennes tirent des roquettes HIMARS dans le cadre de l'exercice de combat conjoint Talisman Sabre 2025 dans la baie de Shoalwater, dans le Queensland, en Australie, le 14 juillet 2025 - REUTERS/ KIRSTY NEEDHAM

La Chine lâche du lest d'une main et serre de l'autre : licences « rapides » pour les terres rares

Faits

Pékin confirme qu'elle commence à délivrer des licences générales pour accélérer les exportations de terres rares, essentielles à l'automobile et à la haute technologie ; l'UE affirme qu'il existe des rapports, mais sans clarté totale sur les bénéficiaires. 

Implications

La leçon est élémentaire : la dépendance ne se négocie pas, elle se paie. Aujourd'hui, elle accélère ; demain, elle ralentit. Si l'Europe ne réduit pas son exposition, elle restera otage d'un cachet administratif délivré à Pékin.

Un ouvrier arrose le site d'une mine de métaux rares dans le comté de Nancheng, province du Jiangxi - PHOTO/ REUTERS

La Chine réglementera les exportations d'acier avec des licences à partir de 2026

Faits

La Chine introduit un système de licences d'exportation pour environ 300 produits sidérurgiques à partir de 2026 afin de surveiller les exportations et les frictions commerciales, invoquant la conformité avec les règles de l'OMC.

Implications

Il ne s'agit pas d'une « subtilité technique » : c'est une politique industrielle à la fois défensive et offensive. La surcapacité chinoise exerce une pression sur les marchés ; le monde réagit par des barrières ; Pékin perfectionne son contrôle. L'Europe doit renforcer son industrie — sans complexe — si elle ne veut pas devenir un musée avec des réglementations impeccables et des usines fermées.

Un ouvrier marque des barres d'acier dans une usine sidérurgique à Huaian, dans la province du Jiangsu - REUTERS/ PATTY CHEN

Le « projet Manhattan » chinois pour les puces : des progrès en matière d'EUV, mais encore loin du monopole occidental

Faits

Une étude décrit les efforts déployés par l'État chinois pour développer la lithographie EUV : un prototype opérationnel qui génère de la lumière EUV, avec pour objectif officiel de disposer de puces avancées propres d'ici 2028 (certaines sources suggèrent plutôt 2030).

Implications

Les sanctions ralentissent, mais n'annulent pas. La Chine joue sur le long terme, avec des ressources étatiques, et un objectif évident : l'indépendance technologique avec une projection militaire et industrielle. L'Occident ne peut répondre que par des investissements sérieux, des alliances et la protection des chaînes critiques.

Un drapeau chinois à côté d'une inscription « Made in China » sur une carte de circuit imprimé avec des puces semi-conductrices - REUTERS/ FLORENCE LO

L'UE-Mercosur dans l'impasse : la France n'est pas prête ; le Brésil en fait une priorité géopolitique

Faits

Macron réitère que la France n'est pas prête à signer l'accord, invoquant la réciprocité et des contrôles plus stricts ; le Brésil insiste sur le fait que l'accord est une priorité géopolitique et regrette le retard pris dans la signature.

Implications

L'Europe se trompe d'ennemi : l'immobilisme ouvre la voie à la Chine en Amérique latine. Des mesures de sauvegarde, oui ; un blocage par réflexe, non. Le Mercosur est une question de géopolitique, pas seulement de tarifs douaniers.

Le président argentin Javier Milei, le président uruguayen Luis Lacalle Pou, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le président paraguayen Santiago Peña posent main dans la main pour une photo lors du sommet du Mercosur qui s'est tenu à Montevideo, en Uruguay, le 6 décembre 2024. - REUTERS/ MARIANA GREIF

Rivalité États-Unis-Chine : géoéconomie, or et technologie

Faits

Les analyses macroéconomiques de fin 2025 indiquent un « atterrissage en douceur » à l'échelle mondiale : croissance raisonnable, nouvelles baisses des taux d'intérêt et résilience du commerce malgré les menaces de droits de douane, mais avec des risques sérieux à moyen terme en raison du surendettement public.

La géoéconomie s'impose comme un outil central de la rivalité entre les États-Unis et la Chine, avec des tensions autour des chaînes d'approvisionnement, du contrôle technologique et de l'utilisation des métaux précieux et des matières premières stratégiques comme instruments de pouvoir.

Implications

Un monde fragmenté en blocs commerciaux et technologiques favorise les autocraties organisées qui savent jouer avec la dépendance des chaînes d'approvisionnement ; c'est pourquoi la réponse ne peut être un protectionnisme aveugle, mais une stratégie intelligente de diversification, de résilience industrielle et de défense d'un commerce libre mais pas naïf.

L'expansionnisme chinois en Asie, dans la région indo-pacifique et en Afrique ne se combat pas par des déclarations solennelles, mais par une présence économique, des accords d'investissement solides, une sécurité maritime crédible et une alliance transatlantique qui retrouve son ambition stratégique ; sinon, Pékin continuera à acheter le silence et la volonté des autres à coups de crédits et d'infrastructures.

Le président américain Donald Trump participe à une réunion bilatérale avec le président chinois Xi Jinping lors du sommet des dirigeants du G20 à Osaka, au Japon, le 29 juin 2019 - REUTERS/ KEVIN LAMARQUE

L'Inde se consolide comme pivot indo-atlantique

Faits

L'Inde et Oman ont signé un accord de partenariat économique global qui renforce la présence indienne dans le Golfe et consolide ce pays en tant qu'acteur clé de la connectivité commerciale et énergétique entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Afrique.

Cet accord intervient dans un contexte où New Delhi équilibre ses relations avec Washington et Moscou, tout en se positionnant comme une alternative à l'hégémonie chinoise en Asie.

Implications

La consolidation de l'Inde en tant que puissance indo-atlantique offre à l'Occident une occasion extraordinaire de forger un axe démocratique capable de contrebalancer la Chine, à condition que New Delhi soit considérée comme un partenaire ayant ses propres intérêts, et non comme un simple « allié junior ».

Pour l'Europe et l'Espagne, la leçon est évidente : ceux qui arriveront en retard sur cette nouvelle carte des alliances seront relégués à l'insignifiance ; le vide ne sera pas comblé par de bonnes intentions ou des discours pro-européens, mais par des investissements, une présence diplomatique de haut niveau et la capacité d'offrir de réelles alternatives à l'influence chinoise et russe.

Le Premier ministre indien Narendra Modi, le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping assistent à une séance photo familiale avant la session plénière du sommet des BRICS à Kazan, en Russie, le mercredi 23 octobre 2024 - REUTERS/ ALEXANDER ZEMIANICHENKO

Rack de Medios

Reuters

Marquez la journée avec trois axes : (1) la décision européenne de financer l'Ukraine par un endettement commun, laissant l'utilisation directe des actifs russes pour plus tard ; (2) l'intensification de la guerre énergétique russe et la réponse ukrainienne avec des drones ; (3) le tournant indo-pacifique (Taïwan) et la lutte industrielle avec la Chine (terres rares, acier, puces).

The Washington Post / The Guardian (Taïwan comme ligne rouge stratégique)

Les deux soulignent la taille record du paquet, la logique de dissuasion et l'impact direct sur les relations avec Pékin.

Al Jazeera et la presse régionale (Venezuela / guerre et discours)

Al Jazeera rend compte du « blocage » des pétroliers sanctionnés et le replace dans le contexte d'une escalade politique ; Reuters fournit des données opérationnelles sur les exportations et la « flotte fantôme ».

Asharq Al Awsat et circuit arabe (Gaza : alerte humanitaire opérationnelle)

Ils reprennent l'avertissement de l'ONU/ONG concernant les fermetures pour enregistrement et leur impact sur les services essentiels.

Straits Times / échos asiatiques (UE-Ukraine et débat sur les actifs)

Ils rapportent le point de vue européen sur le financement et le rôle des dépositaires, en mettant l'accent sur le risque juridique et politique.

Japan Times / presse économique asiatique (puces électroniques et « projet Manhattan »)

Ils amplifient le récit du bond technologique chinois, avec une lecture stratégique : sanctions oui, mais course structurelle en cours.

Xinhua (acier : cadre réglementaire et légitimation)

Présente le système de licences comme une gestion « normale » et compatible avec les règles ; Reuters apporte le contexte des frictions commerciales mondiales. 

Commentaire éditorial

L'Europe a fait le nécessaire — investir de l'argent —, mais pas le décisif — faire preuve de caractère. L'endettement commun pour l'Ukraine est une bonne nouvelle immédiate, mais il ne peut servir d'alibi pour continuer à reporter la mesure la plus juste : que l'agresseur paie. Si la Russie comprend que la menace de litiges et de représailles suffit à freiner l'UE, ce qui est aujourd'hui une pression juridique deviendra demain une pression militaire.

Pendant ce temps, la véritable bataille se livre en Ukraine : Moscou frappe l'électricité pour briser la volonté ; Kiev frappe la logistique russe pour montrer que la guerre n'est pas un spectacle télévisé depuis Moscou. Et nous, l'Occident, devons choisir entre deux options : être des alliés fiables ou être des commentateurs sophistiqués de la tragédie.

À Gaza, l'avertissement de l'ONU et des ONG ne peut être considéré comme du bruit. Le terrorisme du Hamas est une réalité, tout comme le droit d'Israël à se défendre. Mais l'étranglement administratif de l'aide, s'il aboutit à un blocus, n'apporte pas la sécurité : il apporte la haine, le chaos et un avenir pire. L'efficacité stratégique exige certes de la force et du contrôle, mais aussi une gouvernance et une humanité opérationnelles.

Et en Asie, la grande vérité s'impose à nouveau : la Chine joue avec des leviers matériels et technologiques ; les États-Unis répondent par la dissuasion militaire ; l'Europe ne peut se contenter de réguler son déclin. Si nous voulons continuer à défendre les libertés, la prospérité et la dignité humaine, nous devrons donner la priorité à l'industrie, à la défense, aux alliances et à la souveraineté technologique. Le reste n'est que rhétorique pour les temps prospères, et ceux-ci sont désormais révolus.