Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 19 janvier

Positionnement mondial - Depositphotos
Voici l'analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. Introduction
  2. Trump menace huit pays européens de droits de douane massifs en raison du bras de fer sur le Groenland ; Bruxelles prépare des représailles à hauteur de 93 milliards d'euros.
  3. Iran : Khamenei reconnaît des milliers de morts et accuse Trump et Israël d'être responsables de la révolte la plus sanglante depuis 1979.
  4. Syrie : avancée de l'armée de Damas dans le nord-est et accord d'intégration avec les forces kurdes
  5. La Russie lance une vague massive de drones et de bombes guidées contre l'Ukraine, frappant à nouveau les infrastructures énergétiques en plein hiver.
  6. Portugal : Ventura (Chega) passe au second tour de l'élection présidentielle face au socialiste Seguro, dans un scrutin qui confirme la montée du populisme de droite.
  7. Le « Board of Peace » de Trump pour Gaza : Rubio, Blair, Kushner et d'autres noms controversés dans un projet remis en question pour son caractère « néocolonial ».
  8. Venezuela : des mois de contacts entre l'administration Trump et Diosdado Cabello avant l'opération visant à capturer Maduro sont révélés
  9. Approfondissement de l'usure stratégique des États-Unis, de la Russie et de la Chine dans une année 2026 marquée par un « positionnement militaire frénétique ».
  10. Poursuite des sanctions économiques : les marchés du Golfe sous pression et volatilité due aux tensions géopolitiques et aux déclarations de Trump
  11. Escalade du débat interne en Occident sur la réponse à apporter à la Russie, à l'Iran et aux populismes.
  12. Rack média
  13. Commentaire éditorial

Introduction

La scène internationale entre dans une phase de friction permanente où, plutôt que des crises isolées, on assiste à une succession de chocs : Washington durcit sa position économique vis-à-vis de l'Europe et redessine la carte du pouvoir au Moyen-Orient ; Moscou intensifie ses sanctions contre les infrastructures civiles ukrainiennes ; Téhéran répond à la plus grande vague de protestations de son histoire récente par une répression massive ; et l'Amérique latine revient au centre des préoccupations stratégiques après la capture de Nicolás Maduro et les manœuvres discrètes avec le noyau dur du chavisme.

L'Europe, prise en étau entre la pression tarifaire d'une Amérique qui ne cache plus sa politique de force et la brutalité de l'agression russe, réagit désormais avec le seul langage que semble comprendre la Maison Blanche de Trump : celui des chiffres et des représailles commerciales de grande envergure. Parallèlement, le « Sud global » devient un terrain de dispute entre les puissances révisionnistes — Chine, Russie, Iran — et un Occident qui arrive en retard, fragmenté et avec une gauche plus préoccupée par le catéchisme woke que par la défense de la démocratie libérale représentative.

Dans ce contexte, la carte des risques se colore en rouge sur trois fronts : la guerre en Ukraine, l'instabilité explosive au Moyen-Orient et la montée de l'autoritarisme — qu'il soit bolivarien, islamiste ou populiste — dans des espaces où l'État de droit est fragile. Le reste, des attaques houthistes (proxies iraniens) dans la mer Rouge à la fragmentation politique de l'UE, s'inscrit dans le même récit : celui du désordre stratégique mondial et du renoncement suicidaire de certaines élites occidentales à défendre, sans complexe, l'ordre des libertés qui a fait de l'Occident la référence du monde libre.

Trump menace huit pays européens de droits de douane massifs en raison du bras de fer sur le Groenland ; Bruxelles prépare des représailles à hauteur de 93 milliards d'euros.

Faits

Huit pays européens ont publié une déclaration commune dénonçant comme de « l'intimidation » les nouvelles menaces tarifaires de Washington s'ils bloquent la stratégie de Trump concernant le Groenland et les ressources stratégiques de l'Arctique.

L'UE étudie un ensemble de représailles d'environ 93 milliards d'euros en droits de douane, dans un climat où des dirigeants tels qu'Emmanuel Macron et Keir Starmer parlent ouvertement d'une « spirale dangereuse » pour les relations transatlantiques.

Implications

Trump maintient une politique de force cohérente avec sa vision : la défense des intérêts stratégiques des États-Unis au-dessus du consensus multilatéral, en particulier dans les domaines des matières premières, de l'énergie et du contrôle géoéconomique de zones sensibles telles que l'Arctique. D'un point de vue atlantiste, le problème n'est pas la fermeté, mais le risque de rupture avec des alliés naturels.

La réponse européenne arrive tardivement et sans véritable coordination politique : Bruxelles recourt à l'instrument qu'elle maîtrise – le commerce – mais reste dépourvue d'une stratégie de sécurité et de défense à la hauteur du défi, tandis que la gauche radicale européenne rêve d'une « autonomie stratégique » désarmée.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 (probable) : escalade contrôlée de mesures et de contre-mesures, suivie de négociations techniques qui atténuent l'impact sans résoudre le désaccord de fond sur le Groenland, l'Arctique et la politique industrielle verte européenne.

Scénario 2 (risqué) : rupture plus profonde avec un Trump convaincu que certains gouvernements européens freinent la puissance américaine, ce qui pourrait pousser Washington à adopter une politique encore plus transactionnelle avec Moscou et Pékin sur d'autres fronts.

Scénario 3 (opportunité) : si les capitales européennes finissaient par admettre que le lien atlantique exige davantage de dépenses en matière de défense et une position plus ferme vis-à-vis de la Chine et de la Russie, la crise tarifaire pourrait paradoxalement devenir le moteur d'un atlantisme plus mature et moins rhétorique.

Le président américain Donald Trump - REUTERS/NATHAN HOWARD

Iran : Khamenei reconnaît des milliers de morts et accuse Trump et Israël d'être responsables de la révolte la plus sanglante depuis 1979.

Faits

Le Guide suprême, Ali Khamenei, a publiquement reconnu que « des milliers » d'Iraniens ont trouvé la mort lors des manifestations qui ont débuté le 28 décembre, tandis que des ONG telles que Human Rights Activists in Iran font déjà état de plus de 3 000 morts confirmés et que d'autres sources avancent des chiffres bien plus élevés.

Khamenei accuse directement les États-Unis et Israël d'avoir orchestré le soulèvement, qualifie les manifestants d'« ennemis de Dieu » et lance une menace sans équivoque : les « criminels » ne resteront pas impunis.

Implications

Le régime de Téhéran se dévoile : il n'y a pas de réformisme possible, seulement un pouvoir théocratique prêt à massacrer son peuple pour survivre. Le discours des « manifestations manipulées » est l'alibi habituel pour justifier des crimes de masse contre la population civile.

La répression renforcera les appareils les plus durs — Gardiens de la révolution, Basij, services de renseignement — et accentuera la logique d'exportation de la crise vers l'extérieur : plus d'activisme du Hezbollah, plus d'agressivité des Houthis, plus d'opérations secrètes en Irak, en Syrie et au Sahel.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : gel temporaire des manifestations par pure peur et fatigue, mais avec une détérioration encore plus grande de la légitimité interne du régime, qui dépendra de plus en plus de la terreur organisée et des revenus pétroliers conditionnés par les sanctions.

Scénario 2 : augmentation de la pression internationale avec un accent plus marqué sur les crimes contre l'humanité, mais sans corrélation réelle en termes de sanctions efficaces, en raison des ambiguïtés européennes et du calcul cynique de la Russie et de la Chine.

Scénario 3 (à moyen terme) : si la fracture entre les élites s'aggrave, en particulier entre les technocrates et l'appareil sécuritaire, cela pourrait ouvrir un cycle de luttes internes qui affaiblirait la capacité de Téhéran à soutenir ses mandataires, ce qui est vital pour la sécurité d'Israël, du Golfe et de l'Europe.

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, salue lors du 36e anniversaire de la mort du leader de la révolution islamique iranienne de 1979, l'ayatollah Ruhollah Khomeini - Bureau du guide suprême iranien/WANA via REUTERS

Syrie : avancée de l'armée de Damas dans le nord-est et accord d'intégration avec les forces kurdes

Faits

Les forces fidèles au président Ahmed al-Sharaa ont rapidement progressé vers l'est d'Alep, prenant le contrôle de localités contrôlées par les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition kurde-arabe qui était le principal allié de l'Occident contre l'État islamique.

Parallèlement, un accord d'intégration « large » entre les unités kurdes et l'armée syrienne, la reconnaissance du kurde comme « langue nationale » et la restitution de la citoyenneté aux Kurdes apatrides ont été annoncés, officiellement pour mettre fin aux récents affrontements.

Implications

Ce mouvement peut être interprété de deux manières : d'une part, empêcher que le vide du pouvoir dans le nord-est ne soit comblé par des cellules de Daech ; d'autre part, diluer l'autonomie kurde sous des structures contrôlées par Damas — et, par extension, par Moscou et Téhéran — en réponse aux obsessions anti-kurdes d'Ankara.

Un affaiblissement réel des FDS serait un désastre pour la lutte contre le terrorisme : ce sont elles qui gardent des milliers de détenus d'Al-Qaïda et de Daech qui, s'ils sont libérés ou s'échappent, pourraient redessiner la carte djihadiste du Moyen-Orient et du continent européen lui-même.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : intégration partielle et supervisée des forces kurdes avec des garanties minimales pour éviter les représailles, en maintenant leur rôle dans la garde des prisonniers et dans les opérations contre Daech, sous la supervision de la Russie et avec une implication limitée de l'Iran.

Scénario 2 (à haut risque) : opération progressive visant à priver les Kurdes de leur pouvoir réel, satisfaisant la Turquie, affaiblissant l'acteur qui a le plus combattu Daech et augmentant le risque de fuites massives et de regroupement terroriste.

Scénario 3 : relance de l'implication occidentale dans le nord-est de la Syrie avec un mandat plus clair — ce qui est peu probable à l'heure actuelle — afin de protéger les installations où sont détenus les djihadistes et d'éviter que la Syrie ne redevienne l'épicentre du terrorisme mondial.

Des militaires au croisement reliant les deux rives de l'Euphrate, alors qu'ils tentent de passer de l'autre côté après le retrait des Forces démocratiques syriennes (FDS) de la province de Deir al-Zor et la prise de contrôle totale de la zone par l'armée syrienne, à Deir al-Zor, en Syrie, le 18 janvier 2026 - REUTERS/ KHALIL ASHAWI

La Russie lance une vague massive de drones et de bombes guidées contre l'Ukraine, frappant à nouveau les infrastructures énergétiques en plein hiver.

Faits

Au cours de la semaine dernière, la Russie a lancé plus de 1 300 drones d'attaque, environ 1 050 bombes aériennes guidées et près d'une trentaine de missiles de différents types contre des cibles ukrainiennes, en se concentrant sur les nœuds énergétiques et logistiques critiques.

Rien que la nuit dernière, plus de 200 drones ont attaqué les régions de Soumy, Kharkiv, Dnipro, Zaporijia, Khmelnytsky et Odessa, faisant au moins deux morts, des dizaines de blessés et de nouvelles coupures d'électricité en pleine vague de froid.

Implications

Moscou continue d'utiliser l'énergie comme une arme de terreur contre la population civile : « l'arme de l'hiver » pour briser le moral de la résistance ukrainienne, en violation flagrante du droit international humanitaire.

Le coût de la reconstruction des infrastructures électriques et énergétiques explose et rend l'Ukraine encore plus dépendante de l'aide occidentale, tandis que certains secteurs européens réclament une paix de capitulation qui ne ferait que récompenser l'agression russe.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : intensification de l'aide occidentale en matière de défense aérienne et de capacités d'interception, accompagnée de nouvelles sanctions visant l'industrie russe des drones et des missiles, y compris la fourniture de composants par des pays tiers tels que l'Iran ou la Corée du Nord.

Scénario 2 : si le soutien s'érode, en particulier dans certains pays européens dont les gouvernements sont faibles ou tentés par l'apaisement, la Russie pourrait consolider un conflit gelé qui maintiendrait l'occupation de territoires ukrainiens et ferait peser une menace constante sur le reste de l'Europe.

Scénario 3 : prolongation de l'« impasse stratégique » avec une Ukraine qui résiste, mais épuisée, et une Russie qui ne parvient pas à remporter une victoire décisive, ce qui ouvre la voie à des opérations hybrides plus agressives contre les alliés de l'OTAN sur le flanc oriental.

Des habitants se trouvent sur le lieu de l'attaque par des drones russes, au milieu de l'attaque de la Russie contre l'Ukraine, à Odessa, en Ukraine, le 19 janvier 2026 - REUTERS/ NINA LIASHONOK

Portugal : Ventura (Chega) passe au second tour de l'élection présidentielle face au socialiste Seguro, dans un scrutin qui confirme la montée du populisme de droite.

Faits

Au premier tour des élections présidentielles portugaises, le socialiste António José Seguro a obtenu la majorité des voix (environ 31 %), suivi par André Ventura, leader du parti populiste de droite Chega, avec près de 24 %, ce qui le qualifie pour le second tour du 8 février.

Il s'agit de l'une des courses les plus serrées de ces dernières décennies et de la première fois en quarante ans que le président portugais n'est pas élu au premier tour.

Implications

La progression de Ventura confirme la tendance continentale : le mécontentement à l'égard des élites traditionnelles et le ras-le-bol de la gauche identitaire et fiscalement irresponsable alimentent les options populistes qui, dans de nombreux cas, présentent un discours en partie compatible avec le centre-droit, mais avec des risques de radicalisation.

Le résultat tend la corde dans un espace non socialiste fragmenté et oblige les partis de centre-droit modéré à décider s'ils veulent rivaliser ou coopérer avec une alternative populiste dont le rapport aux valeurs classiques du libéralisme atlantique et européiste est pour le moins ambivalent.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 (le plus probable) : victoire de Seguro au second tour avec un large front « antifasciste », renforçant le discours d'un cordon sanitaire qui, cependant, ne résout pas les causes profondes du malaise social.

Scénario 2 : un résultat beaucoup plus serré que prévu qui normalise Chega en tant qu'acteur clé et ouvre la porte à de futures coalitions gouvernementales de droite, obligeant le centre-droit libéral à redéfinir son identité.

Scénario 3 (à long terme) : si les forces modérées ne reprennent pas le flambeau de l'ordre, de la sécurité et de la défense des classes moyennes, le vote protestataire continuera à renforcer des options oscillant entre l'euroscepticisme et le libéralisme.

Le candidat à la présidence portugaise et leader du parti Chega, André Ventura - REUTERS/ PEDRO NUNES

Le « Board of Peace » de Trump pour Gaza : Rubio, Blair, Kushner et d'autres noms controversés dans un projet remis en question pour son caractère « néocolonial ».

Faits

La Maison Blanche a annoncé la composition du nouveau « Board of Peace » (Conseil de paix) chargé de superviser l'administration transitoire de Gaza, présidé à vie par Donald Trump et composé, entre autres, du secrétaire d'État Marco Rubio, de l'envoyé spécial Steve Witkoff, de l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et de Jared Kushner.

Le plan, qui prévoit la création d'un organisme technocratique palestinien supervisé par cette instance internationale, a été formellement accepté par Israël et le Hamas, mais ne compte pour l'instant aucun représentant palestinien clairement identifié au sein du conseil lui-même.

Implications

Le monde arabe et une partie de l'opinion publique internationale dénoncent un schéma de « colonialisme nouvelle génération » : un dirigeant étranger présidant la gouvernance d'un territoire central pour la cause palestinienne, accompagné de personnalités très occidentales comme Blair, avec le poids symbolique de l'Irak et de l'héritage impérial britannique.

Cependant, face à l'immobilisme qui règne depuis des décennies, l'approche pragmatique de Trump — qui a donné des résultats dans d'autres conflits régionaux — pourrait offrir une fenêtre de stabilité si les déficits de représentation sont corrigés et si l'entité technocratique dispose d'une véritable capacité de gestion, et pas seulement d'une façade.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : acceptation tactique du projet par les puissances régionales — en particulier l'Égypte et la Jordanie — qui voient dans le conseil un moyen de freiner à la fois le Hamas et l'expansion iranienne, à condition que des personnalités palestiniennes respectées y soient intégrées.

Scénario 2 : contestation populaire dans le monde arabe, alimentant le discours de l'Iran, du Hezbollah et des secteurs les plus radicaux qui présenteront le plan comme un « protectorat » américano-israélien sur Gaza.

Scénario 3 : si le « Board of Peace » devient un instrument efficace pour reconstruire Gaza, garantir la sécurité et améliorer la vie des civils, il pourrait créer un précédent gênant pour les courants qui vivent du conflit perpétuel, des extrémistes islamistes à certains secteurs de l'extrême gauche occidentale.

Le conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner - REUTERS/ YURI GRIPAS

Venezuela : des mois de contacts entre l'administration Trump et Diosdado Cabello avant l'opération visant à capturer Maduro sont révélés

Faits

Des sources citées par Reuters révèlent que des responsables de l'administration Trump ont entretenu des contacts discrets avec le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Diosdado Cabello — l'un des hommes les plus durs du chavisme — plusieurs mois avant l'opération des commandos américains qui ont capturé Nicolás Maduro le 3 janvier.

Washington a averti Cabello de ne pas utiliser l'appareil sécuritaire et les milices du PSUV pour réprimer l'opposition et a également discuté du régime de sanctions qui pèse sur lui, bien qu'il figure dans la même accusation de trafic de drogue qui a justifié l'arrestation de Maduro.

Implications

Cette opération démontre une fois de plus l'efficacité militaire des États-Unis et, en même temps, leur volonté de négocier avec des personnages sinistres si cela sert des objectifs stratégiques plus importants : démanteler une narco-dictature et éviter un bain de sang pendant la transition.

Le chavisme, comme toute organisation mafieuse, peut survivre sans parrain, mais pas sans système : tant que le réseau de sécurité, de renseignement et d'économie illicite restera intact, le Venezuela continuera d'être un foyer de narco-instabilité pour l'Amérique latine et l'Europe.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : Cabello se présente comme le garant d'un ordre interne « révolutionnaire » sans Maduro, négociant progressivement sa propre survie juridique en échange de réformes limitées et de concessions économiques à Washington.

Scénario 2 : fracture interne du chavisme entre les secteurs prêts à négocier et les noyaux plus radicaux liés au trafic de drogue et à l'appareil militaire, avec un risque d'épisodes de violence intra-régime.

Scénario 3 : si l'opposition démocratique et la communauté internationale n'agissent pas avec unité et pragmatisme, la fenêtre d'opportunité pour une transition ordonnée pourrait se refermer et être remplacée par une nouvelle version du même système avec d'autres visages.

Le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Diosdado Cabello, participe à un exercice dirigé par les Forces armées nationales bolivariennes afin de former les citoyens au maniement des armes après que le président vénézuélien Nicolás Maduro - REUTERS/ GABY  ORAA

Approfondissement de l'usure stratégique des États-Unis, de la Russie et de la Chine dans une année 2026 marquée par un « positionnement militaire frénétique ».

Faits

Des analyses récentes soulignent que l'année 2026 a débuté par une succession de démonstrations de force militaire à grande échelle : frappes de précision américaines contre des cibles en Iran et au Venezuela, essais de systèmes russes capables d'atteindre des villes européennes en dix minutes et préparation industrielle croissante de la Chine à un conflit prolongé.

La Maison Blanche de Trump combine des démonstrations de force avec un discours sur des « lignes rouges » claires — par exemple, empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire — et des opérations chirurgicales de courte durée pour éviter, en théorie, des guerres interminables.

Implications

Le monde entre dans une ère de dissuasion dure où trois grands acteurs — les États-Unis, la Russie et la Chine — testent leurs capacités et leurs limites, tandis que des alliés et des partenaires régionaux réarmés (Arabie saoudite, Émirats, Turquie) mènent leurs propres guerres par procuration.

Pour l'Europe, le message est sans équivoque : il n'y aura pas de « protection gratuite » indéfiniment. L'OTAN reste vitale, mais l'engagement américain ne peut se substituer à la responsabilité européenne d'investir dans la défense et d'assumer un coût politique que de nombreux dirigeants évitent par pur calcul électoral.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : consolidation d'une « Pax armada » mondiale avec de multiples conflits limités, mais sans affrontement direct entre les grandes puissances grâce à la crainte mutuelle d'une escalade.

Scénario 2 : accident ou erreur de calcul — dans la Baltique, en mer de Chine méridionale ou dans le Golfe — déclenchant une crise majeure, mettant à l'épreuve la capacité de gestion de crise d'élites politiques de plus en plus polarisées.

Scénario 3 : si l'Occident renforce sa puissance militaire et sa cohésion interne, il peut contenir la Russie, dissuader la Chine et limiter l'aventurisme iranien ; sinon, le vide sera comblé par des autocraties et des acteurs non étatiques armés.

Les drapeaux nationaux de l'Afrique du Sud et de la Chine sont visibles sur un navire à la base navale de Simons Town avant les exercices navals conjoints des pays du BRICS Plus, qui comprennent la Chine, la Russie et l'Iran, dans les eaux sud-africaines cette semaine, au Cap, en Afrique du Sud, le 7 janvier 2026 - REUTERS/ ESA ALEXANDER

Poursuite des sanctions économiques : les marchés du Golfe sous pression et volatilité due aux tensions géopolitiques et aux déclarations de Trump

Faits

Les principaux marchés du Golfe affichent des résultats mitigés, affectés par une chute de plus de 3 % du prix du pétrole après les déclarations de Trump sur la répression des manifestants dans des pays tiers et les inquiétudes généralisées concernant l'escalade régionale.

La perception du risque est accrue par la combinaison de la guerre en Ukraine, de la menace iranienne, des attaques houthistes contre la navigation et des doutes sur la vigueur de la demande mondiale.

Implications

Le Golfe, autrefois simple fournisseur de pétrole brut, est devenu un baromètre géopolitique : toute étincelle en Iran, au Yémen, en Irak ou au Levant a un impact immédiat sur les indices boursiers et la confiance des investisseurs.

Les économies du Golfe se diversifient vers les secteurs financier, technologique et touristique, mais restent vulnérables aux chocs des prix, à la perception du risque et à l'instrumentalisation politique de l'énergie par les producteurs et les consommateurs.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : si un cadre de relative stabilité s'installe autour du conflit à Gaza et que l'aventurisme iranien est contenu, les marchés pourraient rapidement regagner du terrain, soutenus par d'importants plans d'investissement souverain.

Scénario 2 : une attaque majeure contre des installations énergétiques ou une escalade ouverte entre l'Iran et ses ennemis régionaux ferait grimper la prime de risque et relancerait le débat sur la « sécurité énergétique » en Europe et en Asie.

Scénario 3 : les monarchies du Golfe s'imposent comme des acteurs diplomatiques clés — entre Washington, Moscou et Pékin — en utilisant leur position énergétique et financière comme levier d'influence mondiale.

Un écran affiche les indices boursiers du New York Stock Exchange (NYSE) à New York, aux États-Unis, le 3 avril 2025 - REUTERS/ BRENDAN McDERMID

Escalade du débat interne en Occident sur la réponse à apporter à la Russie, à l'Iran et aux populismes.

Faits

Alors que l'Ukraine subit la plus grande campagne d'attaques contre les infrastructures civiles depuis des mois, le fossé se creuse entre ceux qui exigent le maintien et l'augmentation du soutien militaire et ceux qui, depuis le confort de certains salons européens et américains, réclament des « cessions territoriales » au nom d'une paix illusoire.

Parallèlement, la réaction au massacre en Iran et à la montée des populismes en Europe (comme au Portugal) fait preuve d'un double standard : on condamne la répression théocratique, mais on continue de flirter avec les régimes autoritaires lorsque cela sert certains intérêts économiques.

Implications

La bataille n'est pas seulement géopolitique : elle est culturelle et morale. Face au djihadisme, au bolivarisme, au poutinisme et à l'expansionnisme chinois, une partie de l'Occident semble plus préoccupée par les « microagressions » et les pronoms que par la défense des droits fondamentaux et de la sécurité collective.

Si le centre-droit libéral — atlantiste, pro-européen, défenseur de l'économie de marché et d'un État-providence durable — ne prend pas la tête de la riposte, le vide sera comblé à la fois par l'extrême droite et l'extrême gauche, toutes deux également destructrices pour la démocratie libérale.

Perspectives et scénarios

Scénario 1 : consolidation d'un bloc atlantique — États-Unis, Royaume-Uni, Europe centrale et septentrionale — qui comprend la nature du défi et agit en conséquence, malgré des fissures inévitables.

Scénario 2 : avancée des forces illibérales, que ce soit sous la bannière populiste de droite ou sous le couvert du « progressisme », érodant les institutions, l'indépendance judiciaire et la liberté de la presse, facilitant le travail de Moscou, Pékin et Téhéran.

Scénario 3 : si les citoyens perçoivent que seul le centre réformiste offre sécurité, stabilité et prospérité responsable, le paysage politique peut se rééquilibrer, mais il faudra abandonner l'ambiguïté face aux ennemis déclarés de la démocratie.

Le président russe a fait défiler sur la Place Rouge plus d'une centaine de ses chars de combat les plus avancés et de puissantes pièces d'artillerie automotrices - PHOTO/Kremlin

Rack média

Médias anglo-saxons généralistes (NYT, Washington Post, BBC, CNN, CBS, AP, Reuters)

Accent prédominant sur l'usure de l'Ukraine, l'ampleur de la répression iranienne et l'architecture du « Board of Peace » pour Gaza, en mettant l'accent sur son caractère exceptionnel et les critiques de type « néocolonial ».

Presse économique et financière (FT, WSJ, Economist, Bloomberg, CNBC)

Attention portée au conflit tarifaire entre les États-Unis et l'UE, aux risques pour les chaînes d'approvisionnement et à la volatilité des marchés énergétiques et du Golfe, soulignant l'utilisation croissante de la politique commerciale comme instrument de pouvoir.

Médias européens de référence (Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Welt, Die Zeit, Corriere, El País, Clarín, etc.)

Accent mis sur la fragilité du leadership européen face à Trump et Poutine, inquiétude face à la montée du populisme au Portugal et préoccupation face à la dérive répressive en Iran, avec des éditoriaux partagés entre réalisme et moralisme impuissant.

Médias israéliens et arabes (Haaretz, Jerusalem Post, Al-Jazeera, Al-Arabiya, Asharq Al-Awsat, presse du Golfe)

Attention maximale portée au « Board of Peace » et à son impact sur l'équation de sécurité régionale, ainsi qu'à l'activité des mandataires iraniens et à la sensibilité des marchés énergétiques face à tout geste de Téhéran.

Médias latino-américains (Clarín, El Mercurio, Reforma, etc.)

Couverture intense de la capture de Maduro, des contacts de Washington avec Cabello et de l'incertitude quant à l'avenir du chavisme, avec des analyses oscillant entre l'espoir d'une transition et la crainte de nouveaux autoritarismes déguisés.

Commentaire éditorial

Le monde libre traverse une crise de confiance qui ne provient pas seulement de ses ennemis extérieurs — Moscou, Pékin, Téhéran, les cartels bolivariens du XXIe siècle — mais surtout d'une dangereuse anémie morale et stratégique au sein même de nos propres sociétés. Alors que la Russie détruit les infrastructures civiles en Ukraine et que le régime iranien assassine des milliers de manifestants, une partie des élites occidentales consacre plus d'énergie à des batailles culturelles superficielles qu'à la défense de la démocratie libérale, de l'économie de marché et de l'État de droit.

Le cas du Venezuela est paradigmatique : une narco-dictature qui a transformé un pays immensément riche en un État défaillant, exportateur de misère, de criminalité et de déstabilisation. La capture de Maduro ne marque pas la fin du chavisme, mais la première fissure importante dans une structure mafieuse qui contrôle toujours les armes, l'argent et la propagande. Si la communauté internationale – et en particulier l'Europe et les États-Unis – n'accompagne pas cet épisode d'une stratégie résolue de soutien aux forces démocratiques et de pression intelligente sur le noyau dur du régime, le scénario se répétera : le visage visible tombera, le système survivra.

Au Moyen-Orient, le « Board of Peace » pour Gaza incarne la tension permanente entre pragmatisme et légitimité. Qu'un président américain — Trump — assume un rôle aussi important et à vie dans la gouvernance d'un territoire aussi sensible peut sembler excessif, mais personne ne devrait oublier que l'immobilisme et la rhétorique creuse ont échoué lamentablement pendant des décennies. La question n'est pas de savoir si le plan est parfait – il ne l'est pas –, mais s'il offre une réelle opportunité de freiner le Hamas, de contenir l'Iran et d'améliorer la vie des Gazaouis. Cette opportunité existe, à condition que les déficits de représentation palestinienne soient corrigés et que le conseil ne devienne pas un club d'egos, mais un instrument d'ordre et de reconstruction.

L'Europe, quant à elle, reste prise entre sa meilleure tradition – celle de la transition espagnole, de la réconciliation franco-allemande, de la construction patiente d'une Union fondée sur la liberté et la prospérité partagée – et une dérive récente vers la culpabilité chronique, le populisme fiscal et la fascination pour des solutions magiques qui ne passent jamais par la responsabilité personnelle et politique. La réponse à Trump oscille entre un anti-américanisme réflexe et une soumission tacite, sans articuler un atlantisme adulte et exigeant, qui combine la loyauté envers l'OTAN et ses propres ambitions.