Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 20 janvier
Voici l'analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
- Introduction
- Trump lie le Groenland au Nobel : caprice d'enfant gâté
- Massacre en Iran : l'oligarchie djihadiste écrase le peuple
- Davos 2026 : dialogue sous la menace des droits de douane
- Guerre en Ukraine : 144 combats et 8 000 drones en 24 heures
- Gaza : phase 2 du cessez-le-feu avec des violations persistantes
- Venezuela : Delcy Rodríguez coopère avec Washington après la capture de Maduro
- Chine : excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars
- L'UE convoque un sommet d'urgence : contre des droits de douane de 93 milliards d'euros
- Poutine invité au « Board of Peace » pour Gaza
- Groenland : 15 000 manifestants rejettent l'annexion américaine
- Rack média
- Commentaire éditorial : Le caprice d'un César et le sang d'un peuple
Introduction
Les journées d'information des 19 et 20 janvier 2026 sont marquées par une série d'événements qui configurent un scénario géopolitique d'une complexité et d'une tension extraordinaires. Le président américain Donald Trump a provoqué une escalade diplomatique sans précédent avec ses alliés européens en associant publiquement son obsession d'acquérir le Groenland à son dépit de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix, menaçant huit nations alliées de droits de douane punitifs de 10 % immédiatement et de 25 % en juin. Une crise de colère indigne d'un homme d'État et plus propre à un enfant capricieux, inimaginable de la part du chef d'État de la nation la plus puissante de la planète.
Dans le même temps, le Forum économique mondial de Davos inaugure sa 56e édition sous le slogan « Esprit de dialogue », dans un contexte où la confrontation l'emporte précisément sur la coopération. Le sommet se déroule alors que l'Union européenne convoque une réunion d'urgence pour coordonner sa réponse aux menaces tarifaires américaines, la France faisant pression pour activer la « bazooka commerciale » contre Washington.
En Iran, le régime théocratique-oligarchique a réprimé dans le sang le plus grand soulèvement populaire depuis la révolution de 1979, avec un bilan oscillant entre 5 000 et 18 000 morts selon différentes sources, dans un massacre qui a indigné la communauté internationale. Le conflit russo-ukrainien se poursuit avec 144 affrontements quotidiens et plus de 8 000 drones kamikazes utilisés au cours des dernières 24 heures, tandis que les négociations à Miami et Davos tentent de rapprocher les positions pour une paix insaisissable.
Trump lie le Groenland au Nobel : caprice d'enfant gâté
Faits
Le président Trump a envoyé un message au Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre dans lequel il a explicitement lié ses revendications sur le Groenland au fait que le Comité Nobel ne lui ait pas décerné le prix de la paix. Dans ce message, divulgué aux médias, Trump affirme : « Étant donné que votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à 8 guerres PLUS, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ». Il a ensuite annoncé des droits de douane de 10 % à compter du 1er février sur le Danemark, la Norvège, la Suède, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Finlande, qui passeraient à 25 % en juin si aucun accord n'était conclu pour « l'achat total et complet du Groenland ». Interrogé sur la possibilité d'utiliser la force militaire, Trump a répondu : « Pas de commentaire ».
Implications
Cet épisode marque un tournant dans les relations transatlantiques. Le fait que le dirigeant de la plus grande puissance démocratique du monde menace ses plus proches alliés pour un affront personnel lié à un prix honorifique constitue une absurdité diplomatique aux proportions historiques. Le Premier ministre Støre a dû rappeler à Trump que le Comité Nobel est indépendant du gouvernement norvégien, un fait de notoriété publique que tout homme d'État informé devrait connaître. Le lien entre le ressentiment narcissique et la politique étrangère de la superpuissance mondiale génère une incertitude qui profite exclusivement aux adversaires de l'Occident : la Chine et la Russie. Comme l'a souligné Kaja Kallas, chef de la diplomatie européenne : « La Chine et la Russie doivent être en liesse ».
Perspectives et scénarios
L'Union européenne a convoqué un sommet extraordinaire pour la fin de cette semaine, au cours duquel elle envisage de riposter par des contre-droits de douane d'une valeur de 93 milliards d'euros et l'activation éventuelle de l'instrument anti-coercition, un outil juridique jamais utilisé. L'administration Trump semble sous-estimer la capacité de réaction européenne et la détermination des démocraties alliées à défendre les principes de souveraineté territoriale. Il faut toutefois reconnaître que la position américaine sur la sécurité arctique repose sur des fondements stratégiques légitimes ; le problème réside dans la méthode employée, qui détruit des décennies de confiance transatlantique.
Massacre en Iran : l'oligarchie djihadiste écrase le peuple
Faits
Le régime iranien a réprimé le plus grand soulèvement populaire depuis 1979, faisant un nombre catastrophique de victimes. Les chiffres varient considérablement : les autorités iraniennes reconnaissent « plusieurs milliers » de morts ; des groupes de défense des droits humains tels que HRANA estiment à au moins 3 300 le nombre de morts confirmés ; le Sunday Times fait état de 16 500 à 18 000 morts et 330 000 blessés ; un fonctionnaire iranien cité par Reuters admet plus de 5 000 morts ; et le guide suprême Khamenei a publiquement reconnu « plusieurs milliers » de morts, une admission sans précédent. La coupure d'Internet, qui a commencé le 8 janvier, continue de rendre difficile toute vérification indépendante. Amnesty International a documenté des meurtres de masse « commis à une échelle sans précédent ».
Implications
Ce qui s'est passé en Iran n'est pas le fait d'une théocratie ordinaire, mais de ce que nous devons appeler à juste titre une oligarchie djihadiste. Le régime des ayatollahs a depuis longtemps abandonné toute prétention à une légitimité religieuse authentique pour devenir une structure de pouvoir kleptocratique qui utilise l'islam comme un instrument de contrôle social. La participation avérée de miliciens chiites irakiens (jusqu'à 5 000 selon CNN) à la répression interne démontre le caractère transnational de cette mafia théocratique. Les exécutions sommaires, les tirs à la tête et à la poitrine par des tireurs embusqués et les arrestations massives (plus de 18 400) dressent le portrait d'un régime qui a déclaré la guerre à son propre peuple.
Perspectives et scénarios
Le président Trump a menacé de recourir à l'action militaire si les exécutions se poursuivaient, ce qui a entraîné une pause tendue dans les pendaisons annoncées. Cependant, le chef du pouvoir judiciaire, Mohseni-Ejei, a déclaré que les sentences devaient être « rapides » pour avoir « un effet ». La communauté internationale doit coordonner une réponse ferme : sanctions individuelles, isolement diplomatique et soutien à la société civile iranienne. Le peuple iranien, criant « Non aux mollahs, non au Shah », a montré que son aspiration est une république démocratique, et non une restauration monarchique ou la continuité cléricale.
Davos 2026 : dialogue sous la menace des droits de douane
Faits
Le 56e Forum économique mondial a ouvert ses sessions à Davos sous le slogan « Esprit de dialogue », réunissant près de 3 000 participants, dont 65 chefs d'État et de gouvernement, 850 directeurs exécutifs et 100 pionniers technologiques. Trump y assistera en personne pour la première fois depuis 2020, accompagné de la plus grande délégation américaine de l'histoire. Il est significatif que le Danemark ait refusé de participer pour protester contre les menaces pesant sur le Groenland. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le vice-Premier ministre chinois He Lifeng ouvriront les sessions, tandis que Zelenski y participera pour chercher des soutiens pour l'Ukraine.
Implications
L'ironie d'un forum dédié au dialogue qui se tient au milieu de menaces tarifaires n'échappe à personne. Davos 2026 est devenu le théâtre d'une confrontation larvée entre Washington et ses partenaires traditionnels. La « USA House », établie pour la première fois dans la ville suisse, symbolise les ambitions hégémoniques de l'administration Trump. Les thèmes prévus sont éclipsés par l'incertitude géopolitique générée par la Maison Blanche.
Perspectives et scénarios
Trump devrait annoncer les membres du « Board of Peace » pour Gaza, auquel il a même invité Poutine. Les réunions bilatérales seront décisives : Støre espère s'entretenir avec Trump, et les négociations entre l'Ukraine et la Russie pourraient progresser. L'absence de Xi Jinping, Modi et Lula da Silva indique que Davos a perdu une partie de son attrait en tant que forum véritablement mondial. La rencontre restera davantage dans les mémoires pour les tensions transatlantiques que pour les accords conclus.
Guerre en Ukraine : 144 combats et 8 000 drones en 24 heures
Faits
Le 1426e jour de l'agression russe contre l'Ukraine a enregistré 144 affrontements, 112 frappes aériennes avec 316 bombes guidées, 8156 drones kamikazes et 3875 bombardements. Les forces ukrainiennes ont détruit 2 chars, 3 véhicules blindés, 39 systèmes d'artillerie et 765 drones russes. Les pertes russes totales depuis février 2022 s'élèvent à 1 227 440 victimes. L'Ukraine a abattu 126 des 145 drones lancés lors de la dernière attaque nocturne. La Russie prévoit de déployer jusqu'à 1 000 drones par jour contre l'Ukraine et de former 11 nouvelles divisions cette année avec 409 000 recrues.
Implications
L'intensification des attaques russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes en plein hiver constitue un crime de guerre systématique. Des millions d'Ukrainiens souffrent de températures de -19 °C sans chauffage ni électricité. Les négociations à Miami et la perspective de pourparlers à Davos suscitent l'espoir d'une avancée diplomatique, même si Poutine a toujours démontré que sa « position par défaut » était de poursuivre la guerre. Les garanties de sécurité américaines proposées pour une durée de 15 ans ont peu de crédibilité compte tenu des antécédents de Trump en matière de respect des engagements internationaux.
Perspectives et scénarios
Les analystes s'accordent à dire que 2026 ne verra probablement pas la fin du conflit. Poutine ne considère pas l'Ukraine comme une nation légitime et ses commandants maintiennent des objectifs offensifs dans les quatre régions revendiquées. L'Europe doit assumer une plus grande responsabilité dans la défense de l'Ukraine et dans les garanties post-conflit. Le soutien européen à Kiev n'est pas de la charité : c'est un investissement dans la sécurité du continent lui-même. Si la Russie triomphe en Ukraine, le coût de la défense de l'Europe sera multiplié de manière exponentielle.
Gaza : phase 2 du cessez-le-feu avec des violations persistantes
L'envoyé spécial Steve Witkoff a annoncé le lancement de la deuxième phase du plan en 20 points pour Gaza, qui prévoit la création d'un comité technocratique palestinien (NCAG) chargé d'administrer le territoire et d'avancer vers la démilitarisation et la reconstruction. Cependant, depuis le cessez-le-feu d'octobre 2025, Israël a tué au moins 451 Palestiniens et en a blessé 1 251, soit une moyenne de près de 5 morts par jour. Israël a violé l'accord au moins 1 193 fois et a bloqué l'entrée de viande, de produits laitiers et de légumes essentiels, n'autorisant que 255 camions par jour sur les 600 convenus. Plus de 30 ONG internationales se voient interdire d'opérer à Gaza.
Implications
L'administration américaine présente la phase deux comme une avancée, mais la réalité sur le terrain est celle d'un non-respect systématique de la part d'Israël. La création du « Board of Peace » (Conseil de la paix), présidé par Trump et dont l'adhésion permanente coûte un milliard de dollars, suscite des soupçons quant à la marchandisation de la paix. Viktor Orbán a accepté d'y adhérer ; Poutine a été invité. L'exclusion de María Corina Machado du processus vénézuélien, après avoir symboliquement remis son prix Nobel de la paix à Trump, laisse présager que Washington pourrait également privilégier la stabilité plutôt que la démocratie à Gaza.
Perspectives et scénarios
La reconstruction de Gaza nécessitera plus de 50 milliards de dollars et des années de travail. Le NCAG, dirigé par Ali Shaath, promet de s'intégrer à l'Autorité palestinienne dans le cadre d'un « un pays, un système ». Le Hamas a salué cette annonce et se déclare « prêt » à céder le pouvoir. Cependant, les questions fondamentales restent en suspens. Les souffrances de la population gazaouie restent intolérables.
Venezuela : Delcy Rodríguez coopère avec Washington après la capture de Maduro
Faits
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a rencontré jeudi la présidente par intérim Delcy Rodríguez à Caracas, marquant un rapprochement entre les héritiers du chavisme et Washington. Maduro, capturé le 3 janvier lors de l'opération Absolute Resolve, est toujours détenu à New York après avoir plaidé non coupable des accusations de narcoterrorisme. Trump a déclaré que les États-Unis « sont aux commandes » du Venezuela et que la coopération de Rodríguez a été satisfaisante. Sur un total estimé à plus de 800, 139 prisonniers politiques ont été libérés. Le secrétaire à l'Énergie Chris Wright rencontrera des dirigeants du secteur pétrolier pour discuter de la relance de la production vénézuélienne.
Implications
La chute du narco-dictateur Maduro est une excellente nouvelle pour le peuple vénézuélien, même si la méthode employée et le traitement réservé par la suite à l'opposition démocratique suscitent des inquiétudes. Le fait que Trump préfère négocier avec les héritiers du chavisme (Rodríguez était vice-présidente de Maduro) plutôt qu'avec la dirigeante légitime María Corina Machado et le président élu Edmundo González Urrutia contredit les principes démocratiques qui auraient motivé l'intervention. Le pétrole, comme Trump l'a lui-même admis, a été un facteur déterminant.
Perspectives et scénarios
La transition vénézuélienne est à un tournant critique. L'opposition démocratique, qui s'était initialement réjouie de la chute de Maduro, observe avec une inquiétude croissante la manière dont Washington marginalise ses revendications. Le procès de Maduro à New York sera long ; les négociations avec le chavisme résiduel pourraient aboutir à une stabilité superficielle qui perpétuerait des structures de pouvoir illégitimes. Le Venezuela mérite une véritable transition vers la démocratie, et non un simple changement de direction au sein de la même structure autocratique.
Chine : excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars
Faits
La Chine a enregistré un excédent commercial record de près de 1 200 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 20 % par rapport à l'année précédente, malgré des droits de douane américains atteignant 47,5 %. Les exportations ont augmenté de 5,5 % pour atteindre 3 770 milliards de dollars, compensant ainsi la baisse de 22 % de l'excédent commercial avec les États-Unis sur les marchés émergents. Pékin a publié son plan tarifaire 2026, réduisant les taux sur 935 produits stratégiques pour l'autosuffisance technologique, notamment les « robots bioniques intelligents » et le « biokérosène aviation ».
Implications
Les données montrent que la Chine a réussi à diversifier ses marchés d'exportation, réduisant ainsi sa dépendance vis-à-vis des États-Unis. La stratégie de restructuration des chaînes d'approvisionnement via des pays tiers d'Asie du Sud-Est permet de contourner les droits de douane américains. Le plan tarifaire 2026 révèle les priorités du XVe plan quinquennal : autosuffisance technologique, transition verte et sécurité sanitaire. La Chine se prépare à une longue compétition technologique, et non à une réconciliation commerciale.
Perspectives et scénarios
La menace de Trump d'imposer des droits de douane de 25 % aux pays qui commercent avec l'Iran met en péril la fragile trêve commerciale avec Pékin. La Chine, principal importateur de pétrole iranien, a averti qu'elle prendrait « toutes les mesures nécessaires » pour défendre ses intérêts. Le voyage de Trump à Pékin prévu en avril pourrait être compliqué ou annulé. La division de l'économie mondiale en blocs commerciaux rivaux progresse inexorablement, avec des conséquences inflationnistes pour les consommateurs des deux côtés.
L'UE convoque un sommet d'urgence : contre des droits de douane de 93 milliards d'euros
Faits
Les 27 ambassadeurs de l'UE se sont réunis en urgence dimanche à Bruxelles pour coordonner leur réponse aux menaces tarifaires de Trump. Le président du Conseil européen, António Costa, a convoqué un sommet extraordinaire pour la fin de la semaine. La France, par l'intermédiaire de Macron, fait pression pour activer l'instrument anti-contrainte, jamais utilisé, qui permettrait de restreindre les licences accordées aux entreprises américaines et de taxer les services américains. Le paquet de contre-droits de douane préparé s'élève à 93 milliards d'euros sur les importations américaines.
Implications
L'unité européenne face à la coercition américaine est remarquable mais fragile. Le Taoiseach irlandais Micheál Martin estime qu'il est « prématuré » d'activer l'instrument anti-contrainte, préférant honorer l'accord commercial conclu l'été dernier. Cependant, cet accord n'a pas été ratifié par le Parlement européen et pourrait échouer. La menace d'une spirale commerciale descendante est réelle : les économistes estiment que les droits de douane pourraient réduire le PIB européen d'un quart de point de pourcentage cette année.
Perspectives et scénarios
L'Europe se trouve à un tournant historique. Les droits de douane de Trump, qui visent des pays individuels et non l'UE dans son ensemble, pourraient être contournés par des réexportations intracommunautaires. Cependant, l'incertitude prolongée nuit aux investissements et aux décisions des entreprises. L'administration Trump semble parier que l'Europe cédera ; l'UE doit montrer qu'elle peut agir de manière unie et déterminée. La décision attendue de la Cour suprême américaine sur la légalité des droits de douane pourrait radicalement modifier le scénario.
Poutine invité au « Board of Peace » pour Gaza
Faits
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé que Poutine avait reçu une invitation à rejoindre le « Board of Peace » qui supervisera la reconstruction de Gaza. Présidé par Trump, ce conseil comptera parmi ses membres permanents l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair et le Premier ministre canadien Mark Carney. Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, a déjà accepté l'invitation. L'adhésion permanente nécessite une contribution d'un milliard de dollars, destinée à la reconstruction. Le Kremlin « examine » l'invitation et demande plus de détails.
Implications
L'invitation adressée à Poutine alors qu'il poursuit son agression contre l'Ukraine envoie un message dévastateur sur les valeurs de l'administration Trump. Le fait que le responsable de la plus grande guerre d'agression en Europe depuis 1945 soit convoqué à un conseil de « paix » constitue une obscénité morale. La composition du conseil, dont les sièges sont vendus pour un milliard de dollars, transforme la reconstruction humanitaire en une transaction commerciale. Le conseiller du Kremlin, Kirill Dmitriev, s'est félicité des droits de douane imposés à l'Europe, y voyant la preuve que « l'unité transatlantique est révolue ».
Perspectives et scénarios
Si la Russie accepte l'invitation, cela créerait une situation sans précédent : un agresseur international participant à la gouvernance d'une zone de conflit tout en menant une autre guerre active. La présence d'Orbán, le plus fidèle partenaire de Poutine au sein de l'UE, renforce l'impression que le « Board of Peace » est un moyen de légitimer des régimes contestables. Les alliés traditionnels des États-Unis observent avec inquiétude que Washington semble plus disposé à négocier avec ses adversaires qu'à se coordonner avec ses amis.
Groenland : 15 000 manifestants rejettent l'annexion américaine
Faits
Environ 15 000 Groenlandais, soit 25 % de la population de Nuuk, ont manifesté samedi contre les projets américains d'acquisition de leur territoire. Les sondages montrent que 85 % des Groenlandais rejettent l'incorporation aux États-Unis. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederick Nielsen, a déclaré que les menaces tarifaires ne changeraient pas sa position. Des troupes européennes (danoises, allemandes, françaises) se sont symboliquement déployées sur l'île en signe de solidarité et pour évaluer la sécurité arctique, ce que Trump a utilisé comme justification pour les nouveaux droits de douane.
Implications
La mobilisation massive du Groenland montre que la population de l'île, dont le droit à l'autodétermination est reconnu, rejette catégoriquement la proposition américaine. Les arguments de Trump en matière de sécurité arctique ont un fondement stratégique : la position du Groenland est en effet cruciale face à la Russie et à la Chine. Cependant, la méthode de coercition économique et les menaces voilées de recours à la force militaire violent les principes fondamentaux de l'alliance occidentale. Le fait que Trump confonde souveraineté et disponibilité reflète une incompréhension fondamentale de l'ordre international fondé sur des règles.
Perspectives et scénarios
Une solution raisonnable passerait par une coopération renforcée dans l'Arctique dans le cadre de l'OTAN, dans le respect de la souveraineté danoise et de l'autonomie groenlandaise. Le déploiement européen pourrait évoluer vers une présence militaire permanente qui répondrait aux préoccupations légitimes en matière de sécurité sans violer le droit international. Le Danemark s'est déclaré prêt au dialogue, mais pas à la vente. Trump devra choisir entre une confrontation stérile avec ses alliés ou une coopération constructive qui améliorerait réellement la sécurité dans l'Arctique.
Rack média
Presse américaine
The New York Times, The Washington Post, The Wall Street Journal : large couverture du message de Trump à la Norvège liant le Groenland au prix Nobel. Analyses critiques de l'impact sur les relations transatlantiques. Le WSJ souligne les implications économiques d'une guerre commerciale avec les alliés.
CNN, Fox News, CBS, CNBC : couverture en direct de Davos avec une attention particulière pour les tensions entre Trump et l'Europe. Fox reste favorable à Trump ; CNN et CBS sont plus critiques. CNBC souligne les risques économiques des droits de douane.
Politico, The Hill : analyse des divisions au Congrès sur la politique à l'égard du Groenland. Des sénateurs républicains tels que Thom Tillis et Lisa Murkowski critiquent les droits de douane imposés aux alliés.
Presse britannique
The Times, The Telegraph, The Guardian : The Sunday Times avec une exclusivité sur les 16 500 à 18 000 morts en Iran. Couverture de la position de Starmer qui tente d'équilibrer les relations avec Trump et la solidarité européenne. Le Guardian critique l'ambiguïté britannique.
BBC : large couverture de l'affaire Erfan Soltani en Iran et des menaces d'exécution. Suivi de la coupure d'Internet en Iran et documentation des abus.
Financial Times : analyse économique des implications des droits de douane pour les marchés européens. Guides pour les dirigeants à Davos.
Presse européenne continentale
Le Monde, Le Figaro, Libération : Macron qualifie les menaces de Trump d'« inacceptables ». Libération particulièrement critique. Le Figaro analyse les options de réponse française.
FAZ, Die Welt, Die Zeit : inquiétude allemande quant à l'impact sur les exportations. Die Welt met en avant les commentaires du chancelier Merz. Analyse de la position allemande entre atlantisme et défense des intérêts européens.
Corriere della Sera : position de Meloni qui tente de servir de médiateur entre Trump et l'UE. L'Italie cherche à éviter une escalade.
Presse russe
RT, TASS : Célébration de la division transatlantique. Dmitriev : « L'unité transatlantique est terminée ». Couverture favorable de l'invitation de Poutine au Board of Peace. Minimisation des pertes en Ukraine et accent mis sur les « succès » militaires russes.
Presse asiatique
China Daily, South China Morning Post : Défense de la position chinoise face aux menaces tarifaires sur le commerce avec l'Iran. Accent mis sur l'excédent commercial record comme preuve de la résilience économique. SCMP plus équilibré que China Daily.
Times of India, Hindustan Times : Couverture de l'absence de Modi à Davos. Analyse des implications des tensions entre les États-Unis et l'Europe pour l'Inde.
WION : Large couverture des manifestations en Iran et du massacre des manifestants. Perspective sud-asiatique sur la crise.
Presse arabe et israélienne
Al Jazeera, Al Arabiya : Al Jazeera avec une vérification approfondie des faits concernant la première phase du cessez-le-feu à Gaza : 451 Palestiniens tués, 1 193 violations israéliennes. Analyse critique de l'annonce de la deuxième phase. Al Arabiya plus équilibré.
Jerusalem Post, Haaretz : JP suit la ligne du gouvernement sur le respect du cessez-le-feu. Haaretz est plus critique à l'égard du comportement israélien.
Presse ukrainienne
Ukrinform, Kyiv Independent, Kyiv Post : mises à jour détaillées du front. 144 affrontements, 8 156 drones. Couverture des négociations à Miami et des attentes à Davos. Inquiétudes concernant les garanties de sécurité américaines.
Agences internationales
Reuters, AFP, AP, DPA : couverture factuelle des développements au Groenland, à Davos, en Iran et en Ukraine. Reuters avec un chiffre de plus de 5 000 morts en Iran, citant une source officielle iranienne. AP avec des détails sur les manifestations à Nuuk.
Commentaire éditorial : Le caprice d'un César et le sang d'un peuple
Il y a des journées qui condensent les contradictions d'une époque, et celle-ci en fait partie. Alors qu'à Davos, les puissants de ce monde se réunissent sous la devise optimiste de « l'esprit du dialogue », le président américain menace d'imposer des droits de douane à ses alliés les plus fidèles parce qu'un comité norvégien indépendant ne lui a pas décerné de prix. L'histoire retiendra ce moment comme l'un des plus embarrassants de la diplomatie américaine : un leader mondial avouant publiquement que sa politique étrangère est conditionnée par le ressentiment de ne pas avoir reçu le prix Nobel de la paix.
La crise de colère de Trump est particulièrement obscène lorsqu'on la compare à ce qui se passe simultanément en Iran. Là-bas, des milliers de citoyens ont été massacrés pour avoir protesté contre l'inflation et la tyrannie. Alors que Trump se plaint du Nobel, des jeunes Iraniens sont abattus d'une balle dans la tête par des tireurs embusqués sur les toits. Alors que le président américain confond le Comité Nobel avec le gouvernement norvégien, des familles à Téhéran recherchent désespérément les corps de leurs enfants dans des morgues improvisées.
Ce qui se passe en Iran n'est pas une simple répression : c'est un massacre qui, selon diverses sources, a coûté la vie à entre 5 000 et 18 000 personnes. Le régime de Téhéran a démontré une fois de plus que sa seule véritable idéologie est la perpétuation du pouvoir. Le fait qu'il ait importé des miliciens irakiens pour tirer sur son propre peuple illustre la nature transnationale de cette mafia cléricale. Les manifestants, qui scandent « Ni mollahs ni Shah », aspirent à une démocratie républicaine, et non à une restauration monarchique. Ils méritent le soutien résolu de l'Occident, et non les hésitations habituelles.
Au Venezuela, la chute du narco-dictateur Maduro est un motif de célébration contenue. Célébration, car le régime chaviste représentait une honte continentale : un État mafieux se livrant au trafic de drogue et au terrorisme. Modérée, car le traitement réservé par Washington à l'opposition démocratique est préoccupant. Le fait que Trump préfère négocier avec Delcy Rodríguez tout en marginalisant María Corina Machado et Edmundo González est inquiétant. Espérons que cette stratégie vise à garantir une transition pacifique vers une démocratie pleine et entière et à éviter le chaos et un bain de sang au Venezuela.
L'épisode du Groenland illustre un autre phénomène inquiétant : la confusion entre intérêts légitimes en matière de sécurité et méthodes inacceptables. Il est vrai que l'Arctique est stratégiquement vital et que la Russie et la Chine renforcent leur présence dans la région. Mais la réponse appropriée est une coopération renforcée au sein de l'OTAN, et non la coercition économique contre les alliés ou les menaces voilées de recours à la force militaire. Les Groenlandais, peuple autonome ayant droit à l'autodétermination, ont massivement exprimé leur rejet. 85 % d'entre eux disent non aux États-Unis. En démocratie, cela devrait avoir une signification. Cependant, le Danemark n'a absolument rien fait pour empêcher l'ingérence de la Russie et de la Chine au Groenland, car on soupçonne qu'elles ont pu infiltrer le mouvement indépendantiste, convaincues qu'un Groenland indépendant pourrait tomber sous l'orbite de la Chine et de la Russie, un scénario qui est plus qu'un cauchemar pour la sécurité mondiale.
L'invitation de Poutine au « Board of Peace » pour Gaza couronne le surréalisme de la journée. Le responsable de la plus grande guerre d'agression en Europe depuis Hitler, invité à un conseil de paix. Viktor Orbán, son plus fidèle allié européen, a déjà accepté. Et pendant ce temps, en Ukraine, les 144 combats quotidiens, les 8 000 drones, les bombes sur les villes gelées et sans électricité se poursuivent.
Ceux d'entre nous qui croient en la démocratie libérale, l'atlantisme et l'ordre international fondé sur des règles se trouvent dans une position inconfortable. Nous devons défendre les intérêts légitimes de la sécurité occidentale tout en critiquant les méthodes utilisées. Nous devons nous réjouir de la chute des dictateurs tout en déplorant que les processus de transition dévient de leur cours. Nous devons reconnaître que Trump a raison dans certains diagnostics tout en rejetant catégoriquement ses recettes : l'unilatéralisme, le transnationalisme, la politique étrangère comme extension de l'ego personnel.
L'Europe, quant à elle, doit se réveiller. Le sommet d'urgence de cette semaine déterminera si l'Union est capable d'agir de manière unie face à la coercition. Activer l'instrument anti-coercition contre les États-Unis serait une étape historique, peut-être nécessaire, certainement douloureuse. L'alternative créerait un précédent dévastateur. Comme l'a écrit Burke, « pour que le mal triomphe, il suffit que les hommes de bien ne fassent rien ».
En résumé, cette journée nous laisse avec plus de questions que de certitudes. L'alliance occidentale peut-elle survivre à un dirigeant américain qui confond alliés et subordonnés, et récompenses et politique étrangère ? Le peuple iranien trouvera-t-il le chemin de la liberté ou sera-t-il une fois de plus écrasé ? Le Venezuela parviendra-t-il à une véritable transition ou simplement à un changement de geôlier ? L'Ukraine obtiendra-t-elle une paix juste ou sera-t-elle sacrifiée sur l'autel du pragmatisme ? Les réponses viendront avec le temps. En attendant, notre devoir est de documenter, d'analyser et de ne jamais perdre notre capacité à nous indigner face à l'injustice.