Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 20 octobre
Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
- Gaza : un cessez-le-feu chaotique
- Liban : le front silencieux ne l'est plus
- Chine : croissance plus faible et thermomètre mondial au jaune
- Énergie : le pétrole brut cède du terrain en raison des craintes commerciales entre les États-Unis et la Chine
- Ukraine : Moscou avance sur des saillies tactiques ; Minsk explore des voies
- Bolivie : Rodrigo Paz Pereira remporte les élections et met fin au cycle du MAS
- États-Unis : la fermeture du gouvernement aggrave la crise politique
- Marché immobilier américain : risque d'effet domino
- RACK DE MEDIOS — 20 OCT 2025
- Conclusion éditoriale
Gaza : un cessez-le-feu chaotique
Faits
L'armée israélienne (IDF) a indiqué que dimanche, des miliciens du Hamas ont lancé un missile antichar et des tirs automatiques contre des troupes israéliennes dans la zone de Rafah, causant la mort de deux soldats.
En réponse, Israël a procédé à une série de bombardements sur des tunnels, des positions souterraines et des entrepôts d'armes dans la bande de Gaza, faisant entre 26 et 36 morts, selon des sources israéliennes et palestiniennes.
La trêve, conclue début octobre sous la médiation de l'Égypte et des États-Unis, a été temporairement suspendue, interrompant l'aide humanitaire. Lundi, Israël a annoncé sa reprise, bien que les autorités de Gaza aient dénoncé 47 violations du cessez-le-feu et 38 Palestiniens tués, dont des femmes et des enfants.
Implications
La cessation des hostilités ne tient qu'à un fil. Israël cherche à dissuader sans réoccupation, tandis que le Hamas utilise l'ambiguïté pour maintenir le discours de la résistance. L'Égypte, le Qatar et les États-Unis tentent d'éviter l'effondrement du cessez-le-feu, mais sans mécanisme vérifiable ni autorité civile fonctionnelle à Gaza, le cycle de violence reprendra. La pression diplomatique sur Israël s'intensifie, même si aucun acteur régional ne souhaite assumer l'administration de la bande de Gaza.
Liban : le front silencieux ne l'est plus
Faits
Des sources d'Al-Arabiya, Haaretz et The Guardian font état de nouveaux bombardements israéliens dans le sud du Liban qui ont fait des victimes civiles, tandis que des milices chiites ont tiré des roquettes sur le nord d'Israël.
Le Hezbollah a averti que « toute agression sera suivie d'une riposte ». Parallèlement, l'Égypte et la France déploient des efforts diplomatiques pour éviter que les tensions ne dégénèrent en une guerre ouverte qui entraînerait la Syrie et l'Iran.
Implications
Le risque de débordement régional est élevé. Une erreur de calcul pourrait faire voler en éclats la maîtrise acquise. Le Hezbollah mesure chaque action : il cherche à montrer sa force sans provoquer une guerre totale.
Israël, pour sa part, combine des attaques sélectives et des avertissements publics pour rétablir la dissuasion. La présence de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) est aujourd'hui symbolique : sans soutien politique, elle n'a aucune influence réelle.
Chine : croissance plus faible et thermomètre mondial au jaune
Faits
Le PIB chinois a augmenté de 4,8 % en glissement annuel au troisième trimestre, soit le chiffre le plus bas depuis un an. Les ventes au détail ont à peine augmenté de 3 % et les prix à la consommation ont baissé de 0,3 %, signe d'une faiblesse interne.
Les investissements immobiliers ont chuté de 13,9 % et les prix des logements ont reculé dans 70 villes. Les exportations ont augmenté de 8,3 %, mais les ventes aux États-Unis ont chuté de 27 %. Pékin tente de compenser la contraction du crédit local par des injections de liquidités et des projets d'infrastructure, tandis que la dette infranationale menace la stabilité financière.
Implications
La Chine affiche une croissance anémique et déséquilibrée. Le boom des exportations ne suffit pas à compenser l'effondrement du secteur immobilier et la contraction de la consommation. Son modèle mixte, entre économie planifiée et marché dirigé, se heurte à des limites structurelles.
Le ralentissement chinois réduit la demande mondiale de matières premières et exerce une pression à la baisse sur les prix industriels. Pour l'Europe et l'Amérique latine, qui dépendent de cette impulsion, l'impact sera tangible.
Énergie : le pétrole brut cède du terrain en raison des craintes commerciales entre les États-Unis et la Chine
Faits
Le Brent et le WTI ont chuté d'environ 0,4 % en raison des prévisions d'une baisse de la demande mondiale. Les craintes liées au ralentissement chinois et aux tensions commerciales entre Washington et Pékin font baisser les prix.
Aux États-Unis, le nombre de plateformes de forage actives a augmenté, accroissant l'offre marginale. Les rapports de l'OPEP indiquent un excédent de production probable en 2026, tandis que l'Arabie saoudite et la Russie maintiennent leurs réductions volontaires.
Implications
Les marchés anticipent une phase de baisse temporaire des prix. Ce soulagement profite aux importateurs tels que l'Inde ou l'UE, mais inquiète les producteurs à faible marge fiscale.
La chute du prix du pétrole réduit les tensions inflationnistes, mais peut freiner les investissements dans la transition énergétique. La géopolitique du pétrole reste soumise à la volatilité : il suffirait d'un missile égaré dans le Golfe ou d'une escalade au Liban pour inverser la tendance.
Ukraine : Moscou avance sur des saillies tactiques ; Minsk explore des voies
Faits
Le ministère russe de la Défense a déclaré avoir pris trois nouvelles localités à Donetsk. Les forces ukrainiennes, avec des munitions limitées et des lignes logistiques saturées, dénoncent des offensives simultanées sur les fronts est et sud. Parallèlement, le chef du Conseil de sécurité biélorusse a laissé entendre une possible médiation avec Kiev, tandis que Washington débat de la prolongation des fonds d'aide militaire face à la paralysie budgétaire. L'arrivée de l'hiver complique les mouvements sur le terrain.
Implications
La Russie conserve l'initiative tactique et profite de la fatigue occidentale. Si la Biélorussie cherche à ouvrir des canaux de communication, c'est davantage pour gérer les risques internes que par désir de paix. Kiev a besoin de renforts en matière de défense antiaérienne et de munitions d'artillerie ; sans eux, il lui sera difficile de regagner des positions avant le printemps. Le conflit se stabilise dans une impasse, avec une pression croissante sur Zelenski pour qu'il négocie sans paraître vaincu.
Bolivie : Rodrigo Paz Pereira remporte les élections et met fin au cycle du MAS
Faits
Avec 54,5 % des voix au second tour, Rodrigo Paz Pereira a battu Jorge « Tuto » Quiroga et mis fin à près de deux décennies d'hégémonie du Mouvement vers le socialisme (MAS). Sans majorité législative, Paz propose un modèle de « capitalisme populaire », des réformes administratives et la lutte contre la corruption. Sa campagne a parcouru plus de 200 municipalités et a conquis six des neuf départements, dont La Paz (plus de 60 %) et Tarija. La nouvelle classe moyenne aymara et quechua a été décisive.
Implications
Cette victoire reflète la lassitude face à l'étatisme et le désir de pragmatisme. Les cinq clés de sa victoire sont les suivantes : capter les votes perdus du MAS grâce à un discours inclusif ; un centrisme pragmatique face à la radicalisation libérale et populiste ; le rejet du modèle « pauliste » du Forum de São Paulo et la promesse de modernisation ; la conquête de l'électorat urbain et jeune ; et la fin du cycle d'Evo Morales et la transition générationnelle.
Paz Pereira symbolise le passage du nationalisme d'État au pragmatisme de marché avec une sensibilité sociale. Le défi immédiat : gouverner sans fracturer la stabilité institutionnelle.
Complément
Rodrigo Paz Pereira est le fils de l'ancien président bolivien Jaime Paz Zamora (1989-1993) et de Carmen Pereira. Il appartient toutefois à la même famille politique : il est le petit-neveu de l'ancien président Víctor Paz Estenssoro, fondateur du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR).
Rodrigo Paz Pereira est le nouveau président de la Bolivie, élu au second tour en octobre 2025 avec environ 54,5 % des voix. Fils de l'ancien président Jaime Paz Zamora, il est né en 1967 en exil et est économiste, avec plus de 20 ans d'expérience dans la politique bolivienne en tant que député, maire de Tarija et sénateur.
Son profil est celui d'un centriste modéré, proposant un « capitalisme pour tous », la décentralisation fiscale, la réduction des impôts, des allocations sociales et un engagement en faveur de la légalisation de l'économie informelle, tout en renonçant aux crédits des institutions financières internationales traditionnelles.
Son message de consensus et d'ajustement fiscal l'a consolidé en tant que rénovateur face au cycle du parti radical de gauche et indigéniste MAS, qui a souffert de conflits internes constants, attirant à la fois les secteurs indigènes et les nouveaux entrepreneurs urbains.
Il s'agit d'un résultat important et encourageant qui met fin à un cycle absurde de 20 ans de radicalisme indigéniste, d'incompétence, d'hyperinflation et d'alignement sur certains des régimes les plus exécrables de la planète. Le président sortant avait déjà rompu avec Evo Morales et son héritage, bien qu'il appartienne au même parti, le MAS.
Les cinq clés de la victoire de Rodrigo Paz Pereira en Bolivie
La victoire de Rodrigo Paz Pereira aux élections présidentielles boliviennes (octobre 2025) marque la fin définitive d'un cycle politique et le début d'un autre. Deux décennies d'hégémonie du MAS (Mouvement vers le socialisme) ont laissé un électorat épuisé, une économie exsangue et en proie à une inflation permanente, ainsi qu'une classe moyenne émergente en quête de stabilité. La victoire de Paz Pereira, avec plus de 54 % des voix au second tour, représente à la fois une rupture et une transition : celle du statisme idéologique vers un pragmatisme économique à visage social.
Hériter du vote orphelin du MAS
Après la crise et la fragmentation du MAS — avec Evo Morales écarté et l'appareil du parti divisé entre des courants irréconciliables —, Rodrigo Paz Pereira a réussi à capter une partie significative de sa base traditionnelle. Son discours inclusif, destiné aux électeurs indigènes et ouvriers, associé à la proposition d'un « capitalisme populaire », lui a permis d'attirer la nouvelle classe moyenne aymara et quechua qui a émergé pendant le cycle du masisme.
Cette alliance entre modernité et racines sociales lui a donné une légitimité auprès d'un électorat qui rejetait à la fois le retour à l'autoritarisme du passé et le néolibéralisme classique.
Centrisme pragmatique face à la radicalisation de ses rivaux
Alors que Jorge « Tuto » Quiroga proposait un virage ouvertement néolibéral, avec des promesses de suppression des subventions et d'ouverture de l'économie au FMI, Paz Pereira s'est présenté comme un centriste modéré, défenseur de la stabilité, de l'emploi et de la réconciliation nationale.
Son image de gestionnaire équilibré et son ton conciliant l'ont rendu plus fiable aux yeux des classes moyennes et des secteurs populaires, qui craignaient un choc économique. En période de polarisation, ce centrisme pragmatique s'est avéré être le terrain le plus fertile.
Lassitude face au modèle étatique et radical de gauche « pauliste » (du Forum de Sao Paolo) du MAS
Le vote a également été une réaction à l'épuisement du modèle étatiste mis en place par Morales : excès de bureaucratie, corruption, interventionnisme et dépendance aux revenus du gaz.
Paz a su canaliser ce ras-le-bol en proposant une modernisation administrative, mettant l'accent sur l'efficacité et la transparence, mais sans démanteler la composante sociale des années précédentes.
Il a promis de libérer l'initiative privée et d'attirer les investissements sans renoncer à la protection des secteurs vulnérables : un réformisme d'équilibre social, et non de rupture.
Conquête de l'électorat urbain et régional
La campagne de Paz a combiné une présence territoriale — il a parcouru plus de 200 municipalités — avec un travail soutenu dans les capitales départementales.
Il a remporté six des neuf départements, dont La Paz, où il a dépassé les 60 %, et Tarija, son bastion historique. Son message a particulièrement touché les classes moyennes urbaines, les jeunes professionnels et les entrepreneurs, un segment qui représente aujourd'hui plus de 70 % de l'électorat.
Le vote urbain, traditionnellement indécis ou abstentionniste, est ainsi devenu le facteur décisif de sa victoire.
La chute d'Evo Morales et la fin du cycle gauchiste/indigéniste/populiste radical
L'effondrement du bloc de gauche, aggravé par les procédures judiciaires et la perte de cohésion interne du MAS, a créé un vide politique que Paz Pereira a comblé avec un discours de renouveau national.
Sa proposition, moins idéologique et davantage axée sur la gestion publique et la méritocratie, a marqué un tournant après vingt ans de gouvernements d'inspiration socialiste.
Le vote en faveur de Paz n'a pas été tant un virage brusque vers la droite qu'un acte de lassitude générationnelle face à un modèle épuisé et une promesse de refonder l'État sur des bases pragmatiques.
Conclusion
La fin d'une époque et le début d'une autre. Espérons que Víctor Paz Pereira ne gaspillera pas son capital politique et ne décevra pas une Bolivie lassée par l'incompétence et le radicalisme.
L'ascension de Rodrigo Paz Pereira symbolise le passage du nationalisme étatiste au pragmatisme de marché avec une sensibilité sociale.
Il ne s'agit pas d'une rupture idéologique radicale, mais d'une transition ordonnée vers un modèle plus compétitif et plus ouvert, capable de recomposer le tissu social sans renier les progrès du passé.
Après le cycle du MAS, la Bolivie entre dans une période de réajustement institutionnel, où le défi sera de maintenir la paix sociale et de soutenir la légitimité d'un leadership qui devra gouverner sur la base de l'équilibre, et non de la confrontation.
États-Unis : la fermeture du gouvernement aggrave la crise politique
Faits
Le gouvernement fédéral a partiellement paralysé ses activités après l'échec du Congrès à adopter un budget temporaire. Des projets d'infrastructure et des contrats de transport ont été gelés, affectant des milliers d'employés publics. Le Trésor met en garde contre les risques pour le crédit souverain si le blocage persiste. Le conflit oppose la Chambre contrôlée par les républicains, divisés entre « fiscalistes » et trumpistes, et un Sénat démocrate sans majorité solide. Les marchés réagissent avec prudence et les rendements des obligations à dix ans augmentent.
Implications
La crise budgétaire révèle une érosion de la gouvernance fédérale. Si la fermeture se prolonge, elle affectera le logement, les transports et les investissements publics, avec un impact direct sur la croissance et la confiance mondiale dans le dollar. Les États-Unis entrent en campagne présidentielle avec un Congrès paralysé : un symptôme supplémentaire de la polarisation institutionnalisée.
Marché immobilier américain : risque d'effet domino
Faits
La fermeture du gouvernement bloque l'émission d'assurances contre les inondations, une exigence légale pour des milliers de transactions immobilières dans les zones côtières. Cela menace de geler les ventes en Floride, au Texas et en Californie.
Les promoteurs avertissent que des projets de plus de 600 millions de dollars sont menacés. L'absence de traitement des prêts hypothécaires fédéraux aggrave l'incertitude. Le secteur bancaire estime qu'une paralysie prolongée ferait perdre entre 0,3 et 0,5 point au PIB du quatrième trimestre.
Implications
L'effet domino sur le logement peut se transformer en choc de crédit si la paralysie se prolonge. La combinaison d'un endettement élevé, de taux d'intérêt élevés et d'une crise politique constitue un cocktail d'instabilité financière qui frappe le cœur de l'économie réelle.
RACK DE MEDIOS — 20 OCT 2025
AP / Reuters / The Guardian / BBC / The Times (Londres)
Trêve à Gaza soumise à pression ; Israël reprend l'aide humanitaire après les bombardements.
Lecture : cessez-le-feu opérationnel, pas politique ; intermittence structurelle sans vérification internationale.
The Economist / Financial Times
La Chine affiche une croissance de 4,8 %, mais son modèle montre des signes de fatigue ; le pétrole chute en raison des tensions commerciales.
Interprétation : le ralentissement asiatique laisse présager un monde de croissance faible et d'endettement élevé.
Haaretz / Al Arabiya / France 24
Escalade dans le sud du Liban ; pression diplomatique sur Israël.
Interprétation : le front nord est le nouveau baromètre de la guerre à Gaza.
El País / La Nación / BBC Mundo / France 24
La Bolivie inaugure un cycle de changement avec Rodrigo Paz Pereira.
Lecture : transition sans rupture : fin du populisme étatiste et ouverture modérée.
WSJ / CNN / Fox News / Politico / The Hill
Les États-Unis confrontés à un arrêt des activités gouvernementales et à des tensions budgétaires ; le dollar recule.
Lecture : dysfonctionnement structurel qui sape le leadership mondial et la crédibilité institutionnelle.
Conclusion éditoriale
Le monde se réveille entre des trêves fragiles et des économies fatiguées. Le Moyen-Orient vit une paix suspendue à un fil ; la Chine ralentit ; les États-Unis sont paralysés par leurs propres disputes. En revanche, l'Amérique latine offre un signe de maturité démocratique avec la victoire de Rodrigo Paz Pereira, dont le succès reflète l'épuisement des populismes.
Le tableau mondial entre dans une phase où la stabilité vaut plus que l'idéologie. Les prochains mois décideront si cette valeur se consolide ou s'estompe entre les guerres gelées et les crises fiscales sans solution.