Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 26 décembre

Positionnement mondial - Depositphotos
Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée en thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. Introduction  
  2. « Quarantaine » pétrolière au Venezuela et bras de fer dans les Caraïbes  
  3. Plan de paix pour l'Ukraine : Zelenski veut discuter du territoire en face à face avec Trump
  4. Corée du Nord : sous-marin nucléaire et missile à longue portée
  5. Coup de force de Trump au Honduras : Asfura remporte les élections après un recomptage conflictuel
  6. Lutte contre le terrorisme : coup porté par Washington à Daech au Nigeria  
  7. La Jordanie s'attaque au trafic de drogue et d'armes à la frontière syrienne
  8. Trump et la « purge diplomatique » : les ambassadeurs dans le collimateur
  9. Le pape Léon XIV et Gaza : Noël entre tentes et ruines
  10. La Chine, l'Inde et le rapport du Pentagone : la diplomatie de la suspicion
  11. Israël se tourne vers l'intérieur
  12. Le Soudan réclame la paix
  13. Rack de Medios
  14. Commentaire éditorial

Introduction  

Les dernières 24 heures ont été particulièrement révélatrices : Washington a décidé de resserrer l'étau sur le régime narco-chaviste avec une « quarantaine » pétrolière de facto que Moscou s'empresse de qualifier de « piraterie », tandis qu'en Ukraine s'ouvre la phase la plus délicate du plan de paix avec Zelenski déterminé à discuter du territoire directement avec Trump, sans intermédiaires ni euphémismes technocratiques. 

Dans le même temps, la Corée du Nord exhibe ses sous-marins et ses missiles comme s'il s'agissait de symboles dynastiques, le pape Léon XIV place la souffrance de Gaza au centre moral de Noël, et les États-Unis bombardent l'État islamique au Nigeria pour défendre des communautés chrétiennes trop souvent abandonnées à leur sort.

En parallèle, la Jordanie est contrainte de bombarder les routes de trafic de drogue et d'armes à la frontière syrienne, la Chine tente de présenter comme une « gestion responsable » ce qui est en réalité une pression structurelle sur l'Inde, Israël se regarde dans le miroir après des mois de guerre, et le Soudan s'enfonce dans une guerre oubliée qui ouvre la porte aux djihadistes, aux trafiquants et aux puissances révisionnistes. Le dénominateur commun est clair : soit la démocratie libérale atlantique reprend l'initiative stratégique et morale, soit elle cède des espaces décisifs aux narco-États, aux théocraties et aux régimes qui font du cynisme leur doctrine officielle. 

« Quarantaine » pétrolière au Venezuela et bras de fer dans les Caraïbes  

Faits

La Maison Blanche a ordonné aux forces armées américaines de se concentrer « presque exclusivement » sur l'application d'une « quarantaine » (quarantine) du pétrole vénézuélien pendant au moins les deux prochains mois, en privilégiant la pression économique par le biais de sanctions et du contrôle maritime plutôt que d'éventuelles frappes militaires directes contre le régime de Nicolás Maduro.

La garde côtière américaine reconnaît que, pour l'instant, elle ne dispose pas de moyens suffisants pour arraisonner et arrêter un pétrolier lié au Venezuela qui tente de contourner l'interdiction, tandis que le déploiement de moyens supplémentaires est à l'étude.

Caracas a adopté une loi « contre la piraterie et les blocus » en guise de réponse politique et propagandiste à la campagne d'interdiction des navires et des cargaisons, tentant ainsi de protéger juridiquement son réseau de transport et ses partenaires internationaux.

La Russie a accusé les États-Unis de faire renaître la « piraterie » et le « banditisme » dans les Caraïbes en raison du blocus de facto imposé au pétrole vénézuélien, qualifiant l'action de Washington d'« illégalité totale » et se présentant comme le défenseur de la « souveraineté » de Maduro.

Implications

Cette « quarantaine » pétrolière est, dans la pratique, un embargo sélectif sur les stupéfiants et l'énergie : il ne s'agit pas d'un caprice impérial, mais de l'utilisation légitime de la pression économique et maritime contre un régime narco-dictatorial qui a transformé le Venezuela en une gigantesque organisation mafieuse ayant pour vocation de déstabiliser toute la région. 

Le discours russe sur la « piraterie » révèle l'hypocrisie de Moscou : le Kremlin, qui viole les frontières en Ukraine, prétend donner des leçons de droit maritime international pour protéger un allié qui blanchit des capitaux, finance des réseaux criminels et s'appuie sur l'Iran, la Russie et Cuba pour perpétuer son impunité.

Si l'opération est menée avec intelligence, en coordination avec les alliés des Caraïbes et dans la transparence juridique, la « quarantaine » peut devenir un tournant pour étouffer financièrement le chavisme ; si elle est gérée avec maladresse, elle laissera le champ libre au discours victimaire de Maduro et à la propagande de Moscou, Pékin et La Havane sur un prétendu « blocus impérialiste ».

Capture d'écran d'une vidéo montrant une attaque présumée des États-Unis contre un navire du Train d'Aragua dans la mer des Caraïbes - Photo fournie par le compte du secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseths

Plan de paix pour l'Ukraine : Zelensky veut discuter du territoire en face à face avec Trump

Faits

Volodymyr Zelensky a demandé une réunion directe avec le président Trump afin d'aborder « les questions les plus sensibles » du futur accord de paix avec la Russie, en particulier le contrôle du territoire, après une série de négociations à Miami où les délégations de Kiev et de Washington ont avancé sur un plan en 20 points visant à mettre fin à la guerre. 

Le projet en discussion prévoit un cessez-le-feu sur les lignes actuelles, des garanties de sécurité, le financement de la reconstruction et le statut futur d'infrastructures critiques telles que la centrale nucléaire de Zaporijia, mais laisse en suspens les ajustements frontaliers et la démilitarisation éventuelle de certaines zones.

Le Kremlin a confirmé qu'il « analysait » les documents américains sur le plan de paix, soulignant qu'il constatait « des progrès lents mais constants » dans les discussions, sans renoncer pour l'instant à ses objectifs de contrôle sur le Donbass et d'autres zones occupées.

Implications

Le fait que le débat sur le territoire passe au niveau des dirigeants est inévitable, mais extrêmement dangereux : une paix qui légitimerait toute forme d'annexion ou de « gel » des lignes de front imposées par la force briserait un tabou fondamental de l'ordre européen et deviendrait un manuel d'instructions pour les futurs agresseurs.

La ligne éditoriale atlantiste oblige à être très clair : soutenir l'ambition de Trump de mettre fin à la guerre et de rééquilibrer la sécurité en Europe est compatible avec une critique ferme de toute tentation de sacrifier la souveraineté ukrainienne en échange d'un « accord de paix » à court terme qui laisserait Kiev mutilée et Moscou récompensée.

L'Europe doit abandonner le confort du « spectateur inquiet » et accepter que, si elle ne trace pas ses propres lignes rouges, d'autres décideront à sa place du prix qu'elle est prête à payer pour la paix, ouvrant la porte à une dangereuse doctrine de frontières révisables par les armes.

Donald Trump et Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington D.C., le 17 octobre 2025  - PHOTO/ SERVICE DE PRESSE DE LA PRÉSIDENCE UKRAINIENNE

Corée du Nord : sous-marin nucléaire et missile à longue portée

Faits

Kim Jong-un a supervisé la construction d'un sous-marin de 8 700 tonnes potentiellement à propulsion nucléaire et a assisté au tir d'un missile sol-air à longue portée, selon l'agence KCNA ; sur les images, il apparaît accompagné de sa fille, présentée de facto comme son héritière politique. 

Le missile, lancé près de la côte est, aurait touché des cibles à 200 km de distance, dans le cadre d'un essai visant à valider de nouvelles capacités en termes d'altitude et de portée, tandis que les forces armées sud-coréennes confirmaient l'essai et soulignaient qu'elles étaient prêtes à riposter.

Implications

La Corée du Nord envoie un message à plusieurs niveaux : capacité technologique croissante, volonté de se doter d'une force navale plus crédible et construction d'un récit dynastique autour de la figure de la fille de Kim ; tout cela à un moment de tension entre Washington et Pékin et de recomposition des alliances dans l'Indo-Pacifique. 

Pour le Japon, la Corée du Sud et, en fin de compte, l'Europe, cette avancée confirme que la prolifération n'est pas en pause : tandis que l'on discute des nuances sémantiques de la « dénucléarisation » dans les forums diplomatiques, Pyongyang continue de développer des vecteurs qui pourraient déstabiliser l'équilibre régional et ouvrir la voie à une course au réarmement plus large.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un inspecte une nouvelle chaîne de production de missiles dans une entreprise militaire située dans un lieu tenu secret, le 1er septembre 2025 - KCNA via REUTERS

Coup de force de Trump au Honduras : Asfura remporte les élections après un recomptage conflictuel

Faits

Nasry Asfura, soutenu par Trump, a été déclaré vainqueur des élections présidentielles au Honduras après des semaines de retards, de recours et d'allégations de fraude ; l'autorité électorale a confirmé le résultat dans un climat de forte polarisation. 

Les États-Unis ont exhorté toutes les parties à accepter le résultat et à canaliser leurs divergences par des voies institutionnelles, tout en précisant qu'ils continueraient à soutenir le Honduras en matière de sécurité, de migration et de lutte contre le crime organisé.

Implications

La victoire d'un candidat aligné sur la Maison Blanche montre que, même dans une Amérique centrale saturée de populisme et de gangs criminels, il y a de la place pour des formules de centre-droit pragmatiques si elles combinent des messages d'ordre, de croissance et de coopération avec les États-Unis. ç

La clé sera de voir si le nouveau gouvernement convertit le soutien de Washington en réformes réelles contre le trafic de drogue et la corruption ou s'il se contente de changer d'amis parmi l'élite tandis que tout reste pareil : le pire scénario pour la région est une façade « pro-américaine » qui ne touche pas aux intérêts des mafias. 

Le président américain Donald Trump et le secrétaire d'État Marco Rubio - REUTERS/ NATHAN HOWARD

Lutte contre le terrorisme : coup porté par Washington à Daech au Nigeria  

Faits

Les États-Unis ont lancé une attaque aérienne contre des combattants de l'État islamique dans le nord-ouest du Nigeria, à la demande du gouvernement nigérian, après une série de massacres contre des communautés chrétiennes.

Le président Trump a souligné que l'objectif était de punir les « terrorist scum » (racaille terroriste) qui assassinaient principalement des chrétiens « à des niveaux jamais vus depuis de nombreuses années, voire des siècles », renforçant ainsi son message selon lequel le christianisme est confronté à une « menace existentielle » dans ce pays.

Implications 

Ce type d'opération incarne la politique que nous défendons : la coopération entre démocraties — même imparfaites — pour frapper les organisations djihadistes qui mêlent idéologie meurtrière, contrôle territorial et connexions criminelles ; c'est le contraire du défaitisme relativiste qui les réduit à des « insurgés » ou des « militants ». 

Le Nigeria est le laboratoire d'un phénomène plus large : si le djihadisme consolide ses sanctuaires au Sahel et en Afrique de l'Ouest, le prochain chapitre sera marqué par une augmentation des attaques, des flux migratoires incontrôlés et la présence de la Russie, de la Chine et de l'Iran en tant que prétendus « partenaires de sécurité » comblant le vide laissé par l'Occident et les élites locales.

Un écusson de Daech est collé sur l'uniforme d'un combattant - REUTERS/AMR ABDALLAH DAISH

La Jordanie s'attaque au trafic de drogue et d'armes à la frontière syrienne

Faits

La Jordanie a bombardé des installations de trafiquants de drogue et d'armes dans le sud de la Syrie, décrivant cette opération comme une mesure défensive face au flux de captagon, d'armes et de réseaux liés à la fois aux milices pro-iraniennes et aux organisations criminelles transnationales. 

Implications

Amman démontre qu'un État sérieux ne peut se résigner à voir son territoire devenir une autoroute pour les narcotrafiquants et les milices : soit on frappe les routes, les laboratoires et les entrepôts, soit la frontière devient un trou noir qui ronge les institutions, les forces de sécurité et le tissu social.

Pour l'Europe, la Jordanie est un élément clé : si elle tombe ou s'affaiblit gravement, le vide sera comblé par les mandataires de Téhéran, les trafiquants et les réseaux djihadistes, avec un impact direct sur la Méditerranée orientale, la stabilité d'Israël et la pression migratoire vers le continent. 

Une vue prise depuis un drone montre les destructions dans la zone rurale de Syrie - REUTERS/ KHALI ASHAWI

Trump et la « purge diplomatique » : les ambassadeurs dans le collimateur

Faits

Un groupe de membres démocrates du Congrès a demandé à Trump de revenir sur le retrait massif d'une trentaine d'ambassadeurs politiques annoncé par la Maison Blanche, dénonçant cette mesure comme une « purge » qui affaiblit la diplomatie professionnelle et nuit à l'image des États-Unis à l'étranger. 

Implications

On ne peut pas approuver sans réserve le licenciement simultané de 30 ambassadeurs : même s'il existe des cas où certains représentants, par sectarisme idéologique ou incompétence, méritent d'être remplacés, une décapitation massive et brutale introduit du bruit, du ressentiment et un sentiment d'arbitraire dans un service extérieur qui a besoin de prévisibilité et de professionnalisme. 

La solution responsable consisterait à combiner trois mesures : premièrement, envoyer des instructions claires et contraignantes pour éliminer la propagande gauchiste, l'idéologie du genre et l'activisme woke dans l'action extérieure ; deuxièmement, exiger une loyauté institutionnelle stricte envers le président et la Constitution ; et seulement en troisième lieu, révoquer — sur la base de preuves de déloyauté ou de déviation grave — les ambassadeurs qui refusent de se conformer à ces directives ; 30 destitutions d'un seul coup sont excessives et peuvent donner des arguments à ceux qui caricaturent toute tentative de désidéologisation de la diplomatie comme une vendetta politique. 

Le président américain Donald Trump s'exprime lors du Forum d'investissement États-Unis-Arabie saoudite à Washington, D.C., États-Unis, le 19 novembre 2025 - REUTERS/ EVELYN HOCKSTEIN

Le pape Léon XIV et Gaza : Noël entre tentes et ruines

Faits

Dans sa première homélie de Noël, le pape Léon XIV a dénoncé en termes très directs les conditions de vie des Palestiniens à Gaza, demandant comment ne pas penser aux tentes exposées à la pluie, au froid et au vent, et parlant de la « chair fragile » de populations sans défense punies par des guerres qui laissent « des décombres et des blessures ouvertes ».

Le souverain pontife a réaffirmé que toute solution au conflit israélo-palestinien doit envisager la création d'un État palestinien, tout en condamnant la souffrance des jeunes contraints d'aller à la guerre par des dirigeants qui se cachent derrière une rhétorique grandiloquente.

Implications

La voix du pape Léon XIV met l'accent là où il faut : sur la dignité des victimes civiles prises entre le terrorisme du Hamas et la nécessité pour Israël d'assurer sa sécurité ; rappeler cette dimension ne revient pas à blanchir les terroristes ni à remettre en cause le droit d'Israël à se défendre, mais à exiger que la réponse militaire s'accompagne d'une perspective politique sérieuse. 

Le message du Vatican s'adresse également aux démocraties : si le discours moral est abandonné à la gauche radicale et au wokisme, la cause de la liberté et d'Israël sera détournée par ceux qui ne l'acceptent que comme prétexte pour diaboliser l'Occident ; il faut une éthique de la sécurité qui reconnaisse les souffrances de Gaza sans passer sous silence la barbarie du Hamas.

Le pape Léon XIV - REUTERS/ CLAUDIA GRECO

La Chine, l'Inde et le rapport du Pentagone : la diplomatie de la suspicion

Faits

Pékin a accusé les États-Unis de tenter de semer la « discorde » entre la Chine et d'autres pays après la publication d'un rapport du Pentagone suggérant que la Chine tenterait de dissuader l'Inde de resserrer ses liens avec Washington. 

Le porte-parole Lin Jian a souligné que les tensions frontalières avec l'Inde s'étaient apaisées et que la ligne de contrôle — théâtre d'affrontements meurtriers en 2020 — était désormais « stable », présentant les relations sino-indiennes comme un exemple de « gestion responsable des différends ».

Implications

Le message chinois est clair : nier l'existence d'un problème stratégique tout en consolidant les infrastructures militaires, les capacités duales et la présence économique dans l'océan Indien et l'Himalaya ; ceux qui croient que la frontière est « stabilisée » parce que Pékin le dit n'ont rien compris à la doctrine du salami slicing (accumulation de petits avantages). 

Pour l'Inde, le dilemme est évident : soit elle consolide un axe avec les États-Unis, le Japon et ses partenaires européens pour freiner l'expansionnisme chinois, soit elle accepte de vivre dans l'ombre d'un voisin autoritaire qui combine pression militaire, coercition économique et campagnes de désinformation ; la réaction virulente de Pékin au rapport du Pentagone confirme que la véritable bataille porte sur la loyauté stratégique de New Delhi.

Vue aérienne du Pentagone à Washington, États-Unis - REUTERS/JOSHUA ROBERTS

Israël se tourne vers l'intérieur

Faits

The Economist décrit Israël comme un pays en pleine introspection douloureuse, marqué par une guerre longue et coûteuse, un climat politique empoisonné et un débat houleux sur la responsabilité, les erreurs des services de renseignement et l'avenir des colonies en Cisjordanie, alors que le pays tente de définir « l'après » à Gaza sans consensus clair. 

Implications

Israël est confronté à un triple défi existentiel : vaincre de manière crédible le terrorisme du Hamas, préserver son statut de démocratie libérale dans un environnement de menaces constantes et rétablir un pacte interne minimal entre un camp sécuritaire traumatisé et une société civile épuisée ; s'il échoue sur l'un de ces trois fronts, ses ennemis présenteront la crise comme la preuve de l'inviabilité du projet sioniste. 

Pour ses alliés atlantiques, le soutien à Israël ne peut se réduire à des gestes rhétoriques : il exige un soutien militaire et diplomatique ferme, mais aussi un message clair en faveur de réformes qui renforcent l'État de droit et empêchent la fracture interne d'éroder l'image d'un pays qui, malgré toutes ses erreurs, reste l'une des rares démocraties pleines dans une région en proie aux dictatures et aux théocraties.

Ruby Chen et Hagit Chen, parents du sergent-chef et soldat israélo-américain Itay Chen, qui, selon l'armée israélienne, est mort au combat en défendant le kibboutz Nir Oz lors de l'attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre 2023 et dont le corps a été emmené à Gaza, saluent lors des funérailles d'Itay Chen à Tel Aviv, en Israël, le 9 novembre 2025 - REUTERS/ RONEN ZVULUN

Le Soudan réclame la paix

Faits

Au Soudan, la guerre entre l'armée régulière et les Forces de soutien rapide (RSF) a provoqué le déplacement de millions de personnes, une famine croissante, la destruction des infrastructures de base et une dynamique d'épuration ethnique et de pillage qui rappelle les pires moments du Darfour, laissant l'État pratiquement en ruine. 

Implications

Le Soudan est aujourd'hui l'exemple le plus brutal de ce qui se passe lorsque l'État se décompose : le vide est comblé par des factions militarisées, des milices ethniques, des trafiquants et potentiellement des cellules djihadistes, tandis que la Russie, la Chine et d'autres acteurs cherchent à tirer parti du chaos pour s'assurer l'accès aux minerais, aux ports et aux positions stratégiques en mer Rouge. 

Pour l'Europe et le monde atlantique, traiter le Soudan comme un « conflit lointain » est une erreur stratégique : il en résultera de nouvelles vagues migratoires, de nouvelles routes de trafic d'armes et d'êtres humains, et de nouvelles opportunités pour les puissances révisionnistes de présenter leur « médiation » comme une alternative à l'épuisement moral supposé de l'Occident ; ignorer cet appel à la paix revient, dans la pratique, à laisser le champ libre à ceux qui ne croient ni à la paix ni à la liberté. 

Partisans du lieutenant général Mohammed Hamdan Dagalo - REUTERS/ UMIT BEKTAS

Rack de Medios

Structuré à partir de sources clés analysées, mettant en évidence les perspectives dominantes au cours des dernières 24 heures. La priorité est donnée à une approche globale, en évitant les biais woke (éveil) ou relativistes, et en soulignant les faits pertinents. 

- NYT, Washington Post, USA TODAY, POLITICO, The Hill, The Daily Beast, Newsweek :

Ils concentrent leurs critiques sur Trump pour ses interventions au Honduras et au Nigeria, qu'ils présentent comme une « ingérence » et une « politisation » de la politique étrangère, minimisant la composante de lutte contre le narcotrafic et le djihadisme. Ils sont modérément positifs quant aux progrès des négociations de paix en Ukraine, tout en insistant sur le risque que Zelenski soit « mis sous pression » par Washington. Ils restent très critiques à l'égard du retrait massif des ambassadeurs. 

- The Times London, The Telegraph, The Guardian, BBC, The Mail and the Globe :
Ils soulignent le blocus vénézuélien comme une escalade importante, The Guardian le qualifiant presque d'« agression économique », tandis que The Times et The Telegraph soulignent sa signification géopolitique vis-à-vis de la Russie et de Cuba. Les médias britanniques soulignent le sermon du pape Léon XIV sur Gaza comme un appel moral profond et se montrent plus techniques qu'alarmistes à l'égard de la Corée du Nord, bien que préoccupés par les drones et les missiles qui entourent le conflit ukrainien.

- WSJ, Financial Times, CNBC, CBS, CNN, Fox News :

Le Wall Street Journal et le Financial Times analysent en détail les implications économiques de la « quarantaine » du pétrole vénézuélien et des essais nord-coréens, soulignant les risques de volatilité énergétique et de nouvelles primes de risque géopolitique. Fox News salue sans réserve les frappes contre Daech au Nigeria, les présentant comme une défense des chrétiens et de la « civilisation occidentale ». CNN, quant à elle, concentre ses critiques sur les rappels d'ambassadeurs, qu'elle considère comme un affaiblissement dangereux de la diplomatie professionnelle au profit de la politique intérieure.

- Le Monde, Le Figaro, Libération, LCI, BFM, France Info, La Tribune de Genève :

La presse francophone reprend le discours russe sur la « piraterie » face au blocus du Venezuela, sans l'assumer complètement mais en lui accordant plus d'espace qu'il ne le mérite. Le Figaro et certains médias audiovisuels soulignent la dimension morale du message du pape sur Gaza et le relient à l'Ukraine et au Soudan. En ce qui concerne l'Ukraine, ils voient d'un bon œil les avancées diplomatiques, mais avertissent explicitement que toute cession territoriale créerait un précédent très grave. 

- FAZ, Die Welt, Die Zeit, DPA, Helsingin Sanomat :

Les grands médias germaniques soulignent que la combinaison de la menace nord-coréenne et de la pression chinoise prouve que l'Europe ne peut pas continuer à faire la « sieste stratégique ». Ils critiquent le manque de coordination européenne en matière de défense et alertent sur le risque que les vides diplomatiques américains renforcent l'influence russe et chinoise dans les forums multilatéraux. Helsingin Sanomat insiste sur les risques pour la sécurité européenne découlant d'une paix ukrainienne mal conçue.

- Corriere della Sera, L'Osservatore Romano :
Le Corriere met l'accent sur la Méditerranée élargie : le Venezuela, Gaza, les migrations et la pression sur l'Europe du Sud, tandis que L'Osservatore Romano se concentre sur le contenu spirituel et moral du message de Léon XIV, synthétisant la douleur de Gaza et d'autres conflits sans entrer dans les détails géopolitiques.
 

- Russia Today, TASS :

Ils construisent un récit de « piraterie américaine » dans les Caraïbes et présentent la Russie comme le défenseur du droit international et du « peuple vénézuélien » face à Washington. Concernant l'Ukraine, ils insistent sur une prétendue reconnaissance implicite des « réalités sur le terrain » par l'Occident et minimisent à la fois les attaques russes et les risques humanitaires.

- WION, The Times of India, Hindustan Times, Indian Express :

Ils maintiennent un ton de vigilance à l'égard de la Corée du Nord et se montrent préoccupés par les mouvements de Pékin ; ils soulignent que le rapport du Pentagone sur la pression chinoise à la frontière et dans la diplomatie asiatique est cohérent avec ce que l'Inde perçoit dans l'Himalaya et l'océan Indien. Le conflit ukrainien est principalement abordé sous l'angle des sanctions, de l'énergie et de l'espace diplomatique pour Delhi.

- South China Morning Post, China Daily :

Ils critiquent les actions militaires des États-Unis comme une ingérence injustifiée et décrivent les rapports du Pentagone comme des tentatives de « diviser l'Asie ». Ils mentionnent à peine la Corée du Nord et présentent la relation avec l'Inde comme gérée de manière « mature et responsable » par Pékin.

- Tokyo Times, The Straits Times, Yomiuri Shimbun :

Ils mettent en garde contre le sous-marin nord-coréen et le missile à longue portée, appelant à une plus grande coordination dans le cadre du Quad et des alliances avec Washington. Ils soulignent que l'Indo-Pacifique ne peut vivre dans une paix factice alors que Pyongyang et Pékin accumulent des capacités militaires.

- Reuters, AFP, AP, DPA :

Ils maintiennent une couverture factuelle et étendue de l'actualité au Venezuela, en Ukraine, en Corée du Nord, au Nigeria, à Gaza, en Jordanie et même au Soudan, en s'efforçant de séparer les faits des opinions et en offrant une mosaïque de récits provenant à la fois de l'Occident, de la Russie, de la Chine, du monde arabe et de l'Afrique.

- Gazeta Wyborcza, Ukrainian Pravda, Ukrinform, Fakty i Kommentarii, Vesti, Kyiv Post, The Kyiv Independent :
Ils rapportent avec espoir les nouvelles des progrès des négociations, mais soulignent avec force la ligne rouge de toute reconnaissance des annexions. Ils saluent la résilience ukrainienne, manifestent leur respect pour l'implication personnelle de Trump et soulignent que l'objectif final reste le rétablissement complet de l'intégrité territoriale. 

- Yedioth Ahronoth, Israel Hayom, Jerusalem Post, Jerusalem Times, Haaretz, Maariv :

Ils analysent le sermon du pape comme un élément supplémentaire de la pression internationale sur Israël, avec des nuances entre ceux qui considèrent qu'il peut contribuer à légitimer un cessez-le-feu structuré et ceux qui craignent qu'il ne renforce les discours biaisés sur le conflit. Il existe un large consensus sur le danger que représentent les mandataires iraniens et sur le caractère existentiel de la lutte contre le Hamas et le Hezbollah.

- Al-Jazeera, Al-Arabiya, Al-Hayat, An-Nahar Beirut, Orient Le Jour, Daily Star, Jordan Times, Al Rai Jordan, Hürriyet, Al Quds Al Arabi, Al Hayat Al Jadida, Alyyam, Felestin, Peninsula Qatar, Arab News, Asharq Al Awsat, Al Riyadh, Saudi Gazette, Gulf News, Khaleej Times, Gulf Today, Al-Ittihad, Times of Oman : 
Ils dénoncent avec virulence les conditions à Gaza, citent le message du pape et accusent Israël de punir de manière disproportionnée la population civile, sans faire guère référence au caractère terroriste du Hamas. Concernant le Nigeria, certains médias présentent les frappes américaines comme des actions « anti-islamiques », évitant de souligner la nature djihadiste de l'État islamique.

- Clarín Buenos Aires, El Mercurio Chili, Reforma Mexique :

Ils font preuve d'une rhétorique dure à l'égard de Maduro, considèrent la « quarantaine » américaine comme un outil nécessaire — bien que risqué — pour forcer des changements à Caracas et mettent en garde contre le danger que la gauche populiste latino-américaine utilise la crise pour renforcer son anti-américanisme. Ils adoptent une position prudente face au résultat au Honduras, conscients du poids du crime organisé. 

- Foreign Affairs, The Economist, The National Interest, Washington Times :

Foreign Affairs analyse la dimension structurelle de la concurrence avec la Chine, en particulier en Afrique et en Amérique latine. The Economist place l'Ukraine, Israël et le Soudan comme les trois axes d'un échec partiel de l'ordre international dans la gestion des guerres et des après-guerres. The National Interest et le Washington Times ont tendance à apprécier le pragmatisme de Trump : main de fer contre le trafic de drogue et le djihadisme, volonté de mettre fin aux conflits, rejet de l'isolationnisme absolu et critique explicite du wokisme.

Commentaire éditorial

La décision de la Maison Blanche de faire du régime narcotrafiquant de Maduro l'objectif central d'une « quarantaine » pétrolière marque un tournant que beaucoup en Europe n'osent même pas nommer : soit on assume que le Venezuela est aujourd'hui une structure mafieuse avec un drapeau et un siège, soit on continue à parler de « crise humanitaire » comme si le drame était le fait de la météo et non d'une élite corrompue protégée par la Russie, Cuba et l'Iran. Que Moscou parle de « piraterie » tout en pillant l'Ukraine et en protégeant Caracas ne fait que renforcer la certitude que la bataille n'est pas sémantique, mais morale : ceux qui violent les frontières veulent également réécrire le dictionnaire. 

En Ukraine, l'exigence de Zelenski de traiter directement avec Trump révèle autant de courage que de désespoir : il sait que si la discussion reste entre les mains des bureaucrates et des sondages, la tentation de sacrifier des kilomètres carrés en échange de titres de « paix historique » sera énorme. L'obligation de tout atlantiste honnête est double : soutenir sans complexe le leadership de Trump dans la recherche d'une issue et, en même temps, marquer la ligne rouge de l'intégrité territoriale ; appeler « réalisme » l'amputation d'un pays sous la pression militaire est une forme raffinée de capitulation.

Pendant ce temps, au Nigeria, l'ordre d'attaquer Daech pour protéger les communautés chrétiennes montre que la main de fer, lorsqu'elle est exercée dans le respect de la légalité et en coopération avec les gouvernements alliés, n'est pas un excès : c'est le minimum de décence exigible. Il est scandaleux que certains grands médias et secteurs politiques continuent de parler de l'État islamique comme s'il s'agissait d'une faction armée parmi d'autres, une expression abstraite de « violence politique », alors que nous sommes confrontés à du terrorisme pur et dur, avec un programme génocidaire et une vocation mondiale.

Le reste de l'échiquier complète le tableau : la Corée du Nord exhibe ses sous-marins et ses missiles comme autant de trophées d'un culte personnaliste hérité ; la Chine nie l'évidence de sa pression sur l'Inde tout en accusant Washington de semer la discorde ; la Jordanie est contrainte de bombarder sa frontière pour ne pas être entraînée dans le trafic de drogue et les proxies iraniens ; le pape Léon XIV rappelle à haute voix ce que trop de gens veulent passer sous silence à propos de Gaza, et le Soudan agonise dans l'indifférence internationale. Voici la véritable carte de l'hypocrisie contemporaine : on diabolise ceux qui défendent leurs frontières et on détourne le regard lorsque les bourreaux se cachent derrière des discours de « résistance » ou de « multilatéralisme ». La ligne qui sépare la fermeté de la barbarie est claire : non à l'annexion par la force, non à la dictature à l'esthétique révolutionnaire, non au terrorisme déguisé en cause identitaire ; oui à la démocratie libérale représentative, oui à l'économie de marché avec un État-providence responsable, oui à l'alliance atlantique et à l'exemple de transitions comme celle de l'Espagne, qui prouvent que le changement peut se faire sans détruire les libertés. À un moment où les narco-États, les théocraties et les puissances révisionnistes mettent à l'épreuve chaque couture de l'ordre international, la neutralité n'est plus une position prudente : c'est l'alibi de ceux qui, par lassitude ou par commodité, sont prêts à laisser le siècle entre les mains de ceux qui méprisent la liberté.