Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 28 octobre 2025

Positionnement global - Depositphotos
L'analyse d'aujourd'hui porte sur une situation globale qui combine des essais nucléaires stratégiques, des crises humanitaires, des revirements politiques et des phénomènes météorologiques extrêmes. Les événements les plus importants et leurs implications sont présentés ci-dessous
  1. La Russie teste le missile de croisière nucléaire Burevestnik : un bond en avant qualitatif et un message stratégique
  2. RSF au Soudan : atrocités ethniques systématiques au Darfour
  3. Tournée asiatique de Trump : « âge d'or » avec le Japon et accord sur les terres rares
  4. Côte d'Ivoire : Ouattara remporte un quatrième mandat ; Cameroun : Biya reconduit au pouvoir
  5. Argentine : « Moment Milei » après les élections de mi-mandat — réformes, marchés et gouvernance
  6. Rallye boursier aux fondations fragiles : la volatilité des mégacapitalisations révèle leur fragilité
  7. Ouragan Melissa : impact historique imminent en Jamaïque et menace régionale
  8. Avant le sommet Trump-Xi : réattribution des risques dans la région Indo-Pacifique
  9. Rack média (sélectionnée par titres et thème)
  10. Tendances mondiales
  11. Analyse par média
  12. Note éditoriale finale

La Russie teste le missile de croisière nucléaire Burevestnik : un bond en avant qualitatif et un message stratégique

Faits :

Moscou n'a pas seulement confirmé un essai, elle a confirmé la concrétisation d'une doctrine nucléaire annoncée par Vladimir Poutine. Le 9M730 Burevestnik (désigné par l'OTAN sous le nom de SSC-X-9 Skyfall) est un vecteur à propulsion nucléaire. Concrètement, cela signifie que son système d'alimentation lui confère une portée théoriquement illimitée, lui permettant de voler pendant des jours si nécessaire, de contourner le globe pour attaquer sous des angles inattendus.

Contrairement à un missile balistique intercontinental (ICBM), qui suit une trajectoire prévisible, le Burevestnik vole à basse altitude (vol rasant), se cachant sous l'horizon radar et s'adaptant au terrain. Le choix de Nouvelle-Zemble, le polygone arctique traditionnel de l'ère soviétique, souligne la solennité et le sérieux du message. Le Kremlin n'improvise pas : il présente cet essai comme sa réponse directe à l'effondrement de l'architecture de contrôle des armements (le retrait des États-Unis du traité ABM et la disparition du traité FNI) et à sa perception d'un encerclement stratégique par l'expansion de l'OTAN.

Implications :

Nous assistons à la « dissuasion de deuxième génération ». Il ne s'agit plus de la destruction mutuelle assurée (MAD), mais d'une dissuasion par saturation stratégique et épuisement psychologique.

Une telle arme n'est pas conçue pour une première frappe, mais pour garantir une seconde frappe indétectable, capable de neutraliser les défenses antiaériennes avancées. L'Europe est exposée à un nouveau « brouillard nucléaire », qui complique toute tentative future de contrôle des armements.

Le programme spatial russe est entravé par l'invasion illégale de l'Ukraine. Roscosmos n'a pu effectuer que 17 décollages, dont 15 par le vétéran Soyouz (photo), qui vient d'effectuer son 2 000e vol - PHOTO/TsENKI-Roscosmos

RSF au Soudan : atrocités ethniques systématiques au Darfour

Faits :

Ce qui se passe à El-Fasher, dernier bastion de l'armée régulière (SAF) au Darfour, n'est pas un combat conventionnel : c'est un nettoyage ethnique au ralenti. L'ONU parle d'« atrocités à motivation ethnique ».

Les Forces de soutien rapide (RSF) de Hemedti reproduisent le manuel génocidaire des Janjawids : exécutions sommaires, viols systématiques et siège délibéré des camps de déplacés internes.

Implications :

Il s'agit d'un nouvel « effet Rwanda », plus lent, mais tout aussi dévastateur. La chute d'El-Fasher consoliderait le contrôle des RSF et légitimerait la barbarie comme méthode politique. Les conséquences seront régionales : des vagues massives de réfugiés déstabiliseront le Tchad, la Libye et tout le Sahel. Tolérer Hemedti n'est pas du pragmatisme, c'est de la complicité avec le crime.

Al-Rasheed Al-Tahir, un Soudanais déplacé qui a retrouvé ses sœurs, ses neveux et ses nièces, marche et porte les enfants de sa sœur, qui a été tuée dans la ville d'al-Fashir déchirée par la guerre, dans un camp pour personnes déplacées à Al Dabba, au Soudan, le 6 septembre 2025 - REUTERS/ EL TAYEB SISSIG

Tournée de Trump en Asie : « âge d'or » avec le Japon et accord sur les terres rares

Faits :

La rencontre entre Donald Trump et la Première ministre Sanae Takaichi à Tokyo symbolise l'axe le plus solide de l'Indo-Pacifique. L'accord signé garantit l'approvisionnement en terres rares et en minéraux critiques, ce qui constitue un défi direct au monopole chinois sur ces ressources essentielles pour la technologie et la défense.

Implications :

Washington met en œuvre une stratégie chirurgicale de réduction des risques. Si l'« axe des minéraux critiques » s'étend à la Corée du Sud et à l'Australie, la capacité de coercition économique de la Chine sera considérablement réduite. L'Europe, en revanche, doit réagir : s'intégrer en tant que partenaire technologique ou se résigner à n'être qu'un simple consommateur dans la nouvelle économie stratégique.

Donald Trump marche avec le Premier ministre japonais Sanae Takaichi à bord du porte-avions USS George Washington lors d'une visite à la base navale américaine de Yokosuka, au Japon, le 28 octobre 2025 - REUTERS/EVELYN HOCKSTEIN

Côte d'Ivoire : Ouattara remporte un quatrième mandat ; Cameroun : Biya reconduit son pouvoir

Faits :

En Côte d'Ivoire comme au Cameroun, les élections ont été des parodies démocratiques annoncées. Ouattara est réélu avec 89,77 % des voix après avoir neutralisé ses rivaux ; Biya, âgé de 92 ans et au pouvoir depuis près d'un demi-siècle, conserve son poste avec 53,66 % des voix, malgré de nombreuses accusations de fraude et de violence.

Implications :

Il n'y a pas de stabilité, mais une « stabilité autoritaire » : une fragilité différée. L'exclusion politique d'une population jeune crée un terrain fertile pour l'extrémisme.

L'Europe commet une erreur stratégique en finançant ces régimes en échange d'un contrôle illusoire des migrations. Conditionner la coopération à des réformes démocratiques n'est pas du néocolonialisme, c'est du réalisme géopolitique.

Le président de la Côte d'Ivoire Alassane Ouattara, 83 ans - REUTERS/ LUC GNAGO

Argentine : « Moment Milei » après les élections de mi-mandat — réformes, marchés et gouvernance

Faits :

Le parti au pouvoir remporte une large victoire aux élections législatives, confirmant la « thérapie de choc » de Milei. Les marchés réagissent avec euphorie : les obligations montent, le risque pays baisse et le peso s'apprécie. Wall Street voit ce résultat comme un feu vert pour la déréglementation et les privatisations massives.

Implications :

Milei passe de la tronçonneuse au scalpel législatif. S'il parvient à protéger son DNU et à consolider la discipline budgétaire, l'Argentine pourrait briser sa malédiction inflationniste. Mais le risque politique est énorme : sans pacte fédéral ni filet de protection sociale, l'ajustement pourrait devenir ingérable.

La ministre argentine de la Sécurité, Patricia Bullrich, et Diego Santilli réagissent après la victoire du parti La Libertad Avanza aux élections de mi-mandat - REUTERS/ CRISTINA SILLE

Rallye boursier aux fondations fragiles : la volatilité des mégacaps révèle leur fragilité

Faits :

Le Financial Times met en garde contre un marché haussier soutenu par des fondations fragiles. Les « sept magnifiques » technologiques oscillent entre des centaines de milliards par jour, gonflées par les options 0DTE et les ETF hyperconcentrés.

Implications :

Le marché est à effet de levier et homogène : tout le monde est du même côté du bateau. Avec des banques centrales sans marge et des bénéfices ajustés, toute déception peut provoquer un krach éclair. La prudence tactique — liquidité, couvertures, diversification réelle — est la seule réponse rationnelle.

Un homme marche sur Wall Street à l'extérieur de la Bourse de New York (NYSE) à New York, aux États-Unis. - REUTERS/ BRENDAN McDERMIND

Ouragan Melissa : impact historique imminent en Jamaïque et menace régionale

Faits :

Melissa, un ouragan de catégorie 5 avec des vents de 280 km/h, menace de frapper directement la Jamaïque. Les évacuations s'étendent à Cuba, Haïti et aux Bahamas, où des victimes ont déjà été signalées.

Implications :

Au-delà de la catastrophe humanitaire, l'impact économique sera profond : interruption des routes maritimes, fermeture de ports stratégiques et perturbation logistique mondiale. L'Europe subira des effets indirects sur les prix des matières premières et le transport transatlantique.

Éclair dans l'œil de l'ouragan Melissa sur la mer des Caraïbes, vu de l'espace le 27 octobre 2025, dans cette capture d'écran d'imagerie satellite - CSU/CIRA et NOAA via REUTERS

Avant le sommet Trump-Xi : réattribution des risques dans l'Indo-Pacifique

Faits :

La tournée asiatique de Trump prépare le terrain pour sa rencontre avec Xi Jinping. Après l'accord technologique avec le Japon, la Maison Blanche définit ses lignes rouges. Le Financial Times se demande si le protectionnisme de l'« America First » poussera l'ASEAN vers la Chine.

Implications :

Si les États-Unis combinent des droits de douane élevés avec des investissements réels, l'ASEAN pourra équilibrer les risques. Sinon, le vide sera comblé par Pékin. L'Europe, quant à elle, doit agir rapidement : conclure des accords avec l'ASEAN et la Corée du Sud ou perdre de son importance dans la course technologique indo-pacifique.

Le président américain Donald Trump débarque d'Air Force One à l'aéroport de Haneda à Tokyo, au Japon, pour la deuxième étape de sa tournée en Asie le 27 octobre 2025 - Mandatory credit Kyodo/via REUTERS

Rack média (sélection organisée par titres et thèmes)

Agences et références mondiales : Reuters (Burevestnik ; tournée au Japon ; terres rares ; Norvège) · AP (ouragan Melissa ; élections de mi-mandat en Argentine) · RFI (RSF/El-Fasher ; élections en Côte d'Ivoire)

Presse économique : Financial Times (fragilité du rallye ; Indo-Pacifique ; « âge d'or » États-Unis-Japon)

Généralistes européens : The Guardian (Biya et manifestations)

Vidéo et direct : Reuters Live (agenda Trump à Tokyo ; otages en Corée du Nord.

Tendances mondiales

  • Remilitarisation technologique (minéraux critiques, réduction des risques).
  • Autoritarismes africains sous couvert électoral.
  • Climat extrême comme multiplicateur de risque géopolitique.
  • Retour de la stratégie nucléaire à l'ordre du jour.

Analyse par les médias

  • NYT – Considère l'essai du Burevestnik comme une escalade nucléaire et établit un lien entre le Darfour et la crise humanitaire. Critique le « sauvetage » de Milei et met en garde contre la volatilité boursière.
  • Washington Post – Interprète la victoire de Milei comme un « mandat trumpien » et met en garde contre une ingérence économique. Considère le missile russe comme un défi direct.
  • The Times – Souligne le risque de volatilité mondiale lié aux droits de douane trumpiens et qualifie l'essai russe de « provocation poutiniste ».
  • The Telegraph – Dénonce la « trahison » dans le sauvetage argentin et qualifie les RSF de « sanguinaires ».
  • The Guardian – Critique l'austérité en Argentine et aborde le missile russe comme une intimidation stratégique.
  • WSJ – Célèbre la victoire économique de Milei, mais met en garde contre la volatilité financière et les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.

Note éditoriale finale

Le tableau mondial de cette semaine combine des signes de recul et de progrès simultanés : la course à l'armement nucléaire reprend, l'autoritarisme africain se consolide, le populisme économique refait surface et les marchés financiers oscillent vertigineusement. La constante commune est la fragilité de l'ordre international : chaque puissance cherche à se protéger alors que le climat, les marchés et la géopolitique exigent une vision coopérative que personne ne semble disposé à assumer.