Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 4 décembre

Positionnement mondial - Depositphotos
Voici une analyse de l'actualité mondiale, structurée autour de thèmes clés pour une compréhension claire et directe, suivie d'un résumé de la couverture médiatique dans les principaux médias
  1. La fracture de l'ordre et le retour de l'histoire
  2. Bruxelles et le « prêt de réparations » : l'Europe découvre tardivement le pouvoir
  3. Inde-Russie : le sommet de New Delhi et l'architecture de la dépendance mutuelle
  4. Le Visegrad se brise : la Pologne et la Hongrie ne sont plus dans le même camp
  5. États-Unis : Minnesota, fraude massive et possible pipeline vers Al-Shabab
  6. Suspension de l'immigration vers 19 pays : la frontière comme ligne rouge
  7. Le Tren de Aragua : de prison vénézuélienne à organisation criminelle et terroriste mondiale
  8. Gaza et la mer Rouge : « reducefire » et guerre hybride
  9. Ukraine : une paix incertaine sur un échiquier qui bouge à Genève, Moscou et New Delhi
  10. Mogherini : le scandale qui détruit la crédibilité de la diplomatie européenne
  11. Hong Kong et la gouvernance défaillante : quand la corruption tue
  12. Rack de médias
  13. Note éditoriale

La fracture de l'ordre et le retour de l'histoire

En ce 4 décembre 2025, le système international ne vit pas une simple transition, mais une convulsion systémique. Les plaques tectoniques de la géopolitique, qui semblaient depuis des décennies reposer sur le confortable consensus libéral de l'après-guerre froide, s'affrontent aujourd'hui avec une violence renouvelée. Ce que nous voyons n'est pas une série de crises isolées, mais la reconfiguration accélérée de l'architecture de sécurité mondiale.

La fraude massive dans le Minnesota, qui fait actuellement l'objet d'une enquête du Trésor américain pour ses liens possibles avec le terrorisme somalien, montre à quel point la faiblesse institutionnelle et la naïveté identitaire peuvent devenir des armes entre les mains de nos ennemis. La visite de Vladimir Poutine en Inde, en pleine guerre en Ukraine, défie ouvertement le discours sur l'« isolement » russe et révèle la vigueur de l'axe énergétique et militaire eurasien.

Le crime organisé transnational, incarné de manière paradigmatique par le Tren de Aragua, cesse d'être un problème d'ordre public pour devenir un acteur géopolitique, à tel point que les États-Unis l'ont désigné à la fois comme une organisation criminelle transnationale et une structure liée au terrorisme, sanctionnant même des personnalités publiques telles que la mannequin et DJ vénézuélienne Jimena « Rosita » Araya pour son soutien matériel au réseau.

Dans le même temps, l'Europe entre dans l'heure de vérité. D'un côté, la Commission propose d'utiliser les avoirs russes gelés pour financer un « prêt de réparation » en faveur de l'Ukraine, dans le cadre de la plus grande utilisation de pouvoir financier de son histoire. De l'autre, le continent est secoué par le scandale le plus grave que son service extérieur ait jamais connu : l'arrestation et l'inculpation de Federica Mogherini, ancienne haute représentante de l'UE, pour fraude présumée, corruption et conflit d'intérêts dans le cadre d'un programme de l'Académie diplomatique européenne géré par le Collège d'Europe.

Parallèlement, le groupe de Visegrad se divise entre une Pologne qui voit la Russie comme une menace existentielle et une Hongrie qui persiste à traiter le Kremlin comme un partenaire privilégié. Gaza et la mer Rouge restent les épicentres d'une guerre hybride de faible intensité, mais à très haut risque, l'Iran tirant les ficelles de ses milices et de ses mandataires, du Hamas aux Houthis.

Ce rapport, suivant votre structure et votre ligne éditoriale, analyse les dix dynamiques clés de cette journée : non seulement les faits, mais aussi les courants souterrains qui sont en train de redessiner la carte mondiale.

Bruxelles et le « prêt de réparations » : l'Europe découvre tardivement le pouvoir

Faits :

La Commission européenne promeut un plan visant à mobiliser jusqu'à 210 milliards d'euros d'actifs russes gelés, dont les gains extraordinaires seraient utilisés comme garantie d'un prêt important du G7 destiné à financer l'Ukraine jusqu'en 2027. La Belgique, siège d'Euroclear, exprime de fortes réserves, tout comme la BCE, en raison du précédent juridique et du risque pour la crédibilité de l'euro en tant que monnaie de réserve.

Implications :

L'Europe commence enfin à se comporter comme un acteur géopolitique, et non plus seulement comme une puissance régulatrice et moralisatrice. Utiliser les bénéfices des actifs russes pour soutenir l'Ukraine est un exercice de justice élémentaire : l'agresseur doit contribuer à payer la facture de la guerre qu'il a déclenchée.

Mais cette opération est également un test de résistance pour le projet européen :

  • Sur le plan juridique, la frontière entre l'utilisation des intérêts et le recours au capital est très mince ; toute erreur pourrait déclencher des années de litiges et saper la confiance des pays tiers dans la sécurité juridique du placement de réserves dans la zone euro.
  • Sur le plan politique, la résistance de la Belgique et de la BCE, associée à l'obstruction habituelle de la Hongrie, montre que l'unité européenne reste fragile lorsqu'il s'agit de prendre des mesures innovantes en matière de sanctions.
  • Sur le plan stratégique, Bruxelles tente, par cette initiative, de se réserver une place à la future table des négociations sur l'Ukraine, face à la volonté de Washington d'imposer son propre plan de paix.

D'un point de vue atlantiste et européiste, le message est clair : malgré ses hésitations, l'Europe commence enfin à utiliser ses instruments de pouvoir ; mais si elle tergiverse maintenant, elle confirmera aux yeux de Moscou, Pékin et Téhéran l'image d'un continent qui menace beaucoup et agit peu.

Siège du Conseil européen à Bruxelles - Depositphotos

Inde-Russie : le sommet de New Delhi et l'architecture de la dépendance mutuelle

Faits :

Vladimir Poutine arrive à New Delhi pour le 23e sommet annuel Inde-Russie, sa visite la plus importante depuis le début de l'invasion de l'Ukraine. La relation est officiellement définie comme un « partenariat stratégique spécial et privilégié ». L'Inde conserve environ deux tiers de son arsenal d'origine russe ou soviétique et a multiplié ses achats de pétrole russe à prix réduit depuis 2022, créant un énorme excédent commercial en faveur de Moscou.

À l'ordre du jour figurent l'accélération de la livraison des systèmes S-400 Triumf, la coopération éventuelle sur le chasseur Su-57, les garanties de pièces de rechange pour le matériel existant et les mécanismes de recyclage des roupies accumulées par la Russie sur les comptes Vostro par le biais d'investissements et d'instruments de dédollarisation.

Implications :

Le sommet révèle une dépendance mutuelle asymétrique :

  • Pour la Russie, l'Inde est une bouée de sauvetage stratégique : elle achète du pétrole, maintient en vie le complexe militaro-industriel russe et montre au monde que le Kremlin n'est pas isolé.
  • Pour l'Inde, la Russie reste un fournisseur indispensable de systèmes d'armes clés dans un environnement où la Chine fait pression dans l'Himalaya et où le Pakistan reste structurellement instable.
  • La manœuvre de Narendra Modi est magistrale : il accueille Poutine avec les honneurs d'État, réaffirme son autonomie stratégique, mais consolide en même temps ses alliances avec les États-Unis, le Japon et l'Australie dans le cadre du Quad. L'Inde envoie un message sans équivoque à l'Occident : elle ne sera le satellite de personne.

Du point de vue occidental, il est intéressant d'éviter de pousser davantage la Russie dans les bras de la Chine et d'intégrer l'Inde dans une architecture de sécurité indo-pacifique suffisamment souple pour tolérer ses relations avec Moscou, mais suffisamment robuste pour contenir l'expansionnisme chinois.

La leçon indienne est brutale pour certaines élites européennes : en politique internationale, il n'y a pas d'amitiés éternelles, seulement des intérêts permanents. Et ceux qui oublient cet axiome finissent par le payer très cher.

Le Premier ministre indien Narendra Modi, le président russe Vladimir Poutine et le président chinois Xi Jinping assistent à une séance photo familiale - REUTERS/ ALEXANDER ZEMIANICHENKO

Le Visegrad se brise : la Pologne et la Hongrie ne sont plus dans le même camp

Faits :

Le groupe de Visegrád est au bord de l'irrélevance. L'annulation par le président polonais Karol Nawrocki d'une réunion avec Viktor Orbán après la visite de ce dernier à Moscou symbolise la rupture. Varsovie qualifie le rapprochement d'Orbán avec Poutine de « ligne rouge morale » et sécuritaire.

La Pologne réclame un V4 axé sur la sécurité et la défense face à la Russie ; la Hongrie l'utilise comme une plateforme pour éroder l'unité européenne et négocier des avantages bilatéraux avec le Kremlin.

Implications :

Il ne s'agit plus de nuances, mais de stratégies antagonistes :

  • Pour la Pologne, la Russie est un ennemi historique et une menace existentielle immédiate.
  • Pour la Hongrie, la Russie est un partenaire énergétique privilégié et un instrument pour gagner du terrain face à Bruxelles.

En conséquence, le V4 passe d'un bloc potentiel de consolidation de la sécurité européenne à une coquille vide, utile uniquement pour la photo. La Pologne s'orientera de plus en plus vers des alliances avec les pays baltes, les pays nordiques et les alliés atlantiques fermes ; la Hongrie aura tendance à s'isoler, prise au piège entre ses propres ambiguïtés et ses flirts avec Moscou.

Pour l'UE, la conclusion est évidente : les nouvelles coalitions de sécurité ne pourront plus se fonder sur des formules régionales héritées, mais sur la convergence réelle des intérêts stratégiques et sur la volonté effective de défendre l'Ukraine et l'ordre européen face à l'agression russe.

Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban - REUTERS/ BERNADETT SZABO

États-Unis : Minnesota, fraude massive et possible pipeline vers Al-Shabab

Faits :

Le département du Trésor américain, dirigé par Scott Bessent, a annoncé l'ouverture d'une enquête sur le lien possible entre les fraudes massives commises dans le cadre des programmes sociaux du Minnesota et le financement du groupe djihadiste somalien Al-Shabab par le biais de systèmes de transfert informels.

Jusqu'à présent, les preuves de liens concrets avec Al-Shabab sont préliminaires et l'enquête en est à un stade très précoce, mais la simple annonce a déclenché toutes les alarmes à Washington et a ouvert une bataille politique féroce avec le gouverneur démocrate Tim Walz.

Implications :

Cette affaire est emblématique de la « cécité volontaire » de certaines élites occidentales : un système de protection sociale généreux, des contrôles laxistes ou inexistants, la peur d'auditer des organisations par crainte d'accusations de racisme, et la politisation identitaire de toute tentative de surveillance.

Cette combinaison est mortelle. Le Minnesota est devenu le symbole de la façon dont le politiquement correct et l'incompétence peuvent ouvrir, sans le vouloir, des voies qui auraient pu être exploitées par des organisations terroristes.

La réaction de l'administration Trump est cohérente avec une doctrine de sécurité totale : enquêter jusqu'au dernier dollar, exiger des responsabilités politiques et lier la lutte contre la fraude à la lutte contre le terrorisme. Le risque est la polarisation interne ; le bénéfice est double : restaurer le respect de la loi et envoyer un message clair, à l'intérieur et à l'extérieur des États-Unis, que les programmes sociaux ne peuvent pas devenir des distributeurs automatiques de crime organisé ou de djihadisme.

La procureure fédérale de Washington D.C., Jeanine Pirro, s'exprime lors d'une conférence de presse avec le directeur du FBI, Kash Patel, et d'autres autorités au sujet de la fusillade qui a coûté la vie à deux membres de la Garde nationale le 26 novembre, à Washington D.C., aux États-Unis, le 27 novembre 2025 - REUTERS/ NATHAN HOWARD

Suspension de l'immigration vers 19 pays : la frontière comme ligne rouge

Faits :

Parallèlement, l'administration Trump a ordonné la suspension indéfinie de toutes les admissions d'immigrants pour les citoyens de 19 pays à la suite d'une fusillade impliquant un réfugié afghan et dans le contexte de l'enquête sur le Minnesota.

La mesure concerne : les visas de travail, les regroupements familiaux, les demandes d'asile et même les cérémonies de naturalisation déjà programmées.

Implications :

D'un point de vue équilibré et raisonnable, cette décision est extrêmement dure, mais il faut la replacer dans son contexte : des années d'anarchie à la frontière, des réseaux de traite, des abus systématiques des procédures d'asile et des pressions sur les services publics.

Le message de la Maison Blanche est sans équivoque : il n'y a pas de droit à l'immigration, il y a des procédures d'immigration ; l'État a le devoir de protéger ses citoyens et de veiller sur les immigrants légaux qui respectent scrupuleusement la loi.

La gauche radicale réagira avec son habituel mélange d'indignation morale et d'accusations de xénophobie. Mais dans la bataille culturelle et politique de fond, le trumpisme fixe le cadre : l'immigration ne peut plus être un tabou idéologique, mais une politique publique soumise à la logique de la sécurité, de la légalité et de la cohésion sociale.

Des manifestants brandissent des pancartes lors d'une manifestation contre les rafles fédérales visant les immigrés, à Atlanta, en Géorgie, aux États-Unis, le 10 juin 2025 - REUTERS/ MEGAN VARNER

Le Tren de Aragua : de prison vénézuélienne à organisation criminelle et terroriste mondiale

Faits :

Les États-Unis ont intensifié leur offensive contre le Tren de Aragua (TdA), l'organisation criminelle née au Venezuela et qui s'est déjà étendue à une grande partie de l'Amérique latine, des États-Unis et de l'Europe. L'administration Trump a pris deux mesures décisives :

Désigner officiellement le TdA comme organisation criminelle transnationale et l'ajouter à la liste des sanctions contre les organisations terroristes mondiales en vertu des décrets 13.581 et 13.224.

Sanctionner un réseau d'individus et d'entités associés, parmi lesquels la mannequin, actrice et DJ vénézuélienne Jimena Romina Araya Navarro (« Rosita »), accusée par le département du Trésor d'apporter un soutien matériel, financier ou technologique au TdA, ainsi que des sociétés écrans telles que Global Import Solutions S.A. et des locaux utilisés comme centres de blanchiment, selon la note officielle de l'OFAC.

Implications :

Le saut qualitatif est énorme : le TdA n'est plus considéré comme un « gang de prisonniers vénézuéliens », mais est explicitement traité comme un acteur hybride du crime organisé et du terrorisme, avec des implications continentales.

Le réseau décrit par l'OFAC est révélateur : utilisation de personnalités médiatiques telles que « Rosita », que le Trésor identifie comme faisant partie d'un réseau lié au leader « Niño Guerrero » et jouant un rôle clé dans les opérations de soutien et de blanchiment ; sociétés écrans en Colombie, au Panama et dans d'autres pays ; boîtes de nuit et sociétés de production utilisées comme centres de blanchiment ; et des cadres moyens du TdA sanctionnés un par un avec une précision chirurgicale.

Du point de vue de notre ligne éditoriale, la conclusion est claire : le régime vénézuélien de Maduro a créé les conditions permettant à des structures telles que le TdA de prospérer et de s'internationaliser ; le TdA est aujourd'hui un instrument de déstabilisation régionale, qui combine trafic de drogue, traite des êtres humains, violence extrême et pénétration sociale ; et la décision de Washington de le traiter avec les mêmes outils que les organisations terroristes et les cartels mexicains est une étape indispensable, mais insuffisante.

La bataille contre le TdA sera gagnée sur le terrain de la coopération judiciaire internationale, du renseignement financier et de la pression politique soutenue sur le régime vénézuélien et ses complices.

La police nationale démantèle pour la première fois une cellule du « Tren de Aragua » implantée en Espagne - PHOTO/ POLICE NATIONALE

Gaza et la mer Rouge : « reducefire » et guerre hybride

Faits :

À Gaza, une attaque de miliciens blesse cinq soldats israéliens ; Israël riposte par des bombardements sélectifs dans le sud de la bande de Gaza. Malgré le discours de « cessez-le-feu », la réalité sur le terrain est plutôt celle d'un « reducefire » : une violence moins intense, mais constante, avec une crise humanitaire qui s'aggrave.

En mer Rouge, les Houthis libèrent l'équipage du cargo Eternity C après des mois de captivité, grâce à la médiation d'Oman, mais poursuivent leur campagne d'attaques contre les routes commerciales stratégiques.

Implications :

À Gaza, ce ne sont plus les échanges de tirs qui sont décisifs, mais l'absence totale d'architecture politique pour « l'après » : Israël ne peut accepter un retour au statu quo ante avec le Hamas ; l'Autorité palestinienne manque de légitimité et de capacité ; les pays arabes modérés ne veulent pas « hériter » d'une poudrière sans garanties de sécurité ; et l'Occident n'a pas encore articulé de modèle d'administration internationale crédible.

Pendant ce temps, l'Iran exploite la situation pour légitimer son « axe de résistance » et se présenter comme le champion de la cause palestinienne, tout en alimentant le Hezbollah, les milices irakiennes et les Houthis eux-mêmes.

En mer Rouge, la libération des marins de l'Eternity C est un geste calculé pour améliorer l'image des Houthis auprès de certains acteurs régionaux. Mais la réalité est la suivante : ils conservent leur capacité à attaquer les navires commerciaux, contrôlent le discours de « résistance » contre Israël et l'Occident, et ont démontré qu'ils pouvaient renchérir le commerce mondial à leur guise.

L'Iran a transformé la mer Rouge en un laboratoire de guerre hybride maritime : un front où il peut faire pression sur l'Occident sans s'exposer directement.

Un navire, prétendument exploité par la Grèce et battant pavillon libérien, coule dans une vidéo publiée par les Houthis du Yémen, dans la mer Rouge - HOUTHI MEDIA CENTER via REUTERS

Ukraine : une paix incertaine sur un échiquier qui bouge à Genève, Moscou et New Delhi

Faits :

Les discussions discrètes se poursuivent entre les envoyés américains et russes sur un éventuel plan de paix en 28 points pour l'Ukraine. Pendant ce temps, le front reste tendu, avec une ligne de contact stabilisée, mais des échanges d'artillerie et des attaques de drones quotidiens. Le rééquilibrage eurasien lui-même pèse sur les négociations.

Implications :

Notre position est ferme : nous nous opposons radicalement à toute solution qui légitimerait des acquisitions territoriales par la force.

Trump aspire à présenter un accord de paix comme une victoire diplomatique. La Russie cherche à consolider ses gains dans le Donbass et en Crimée. L'Europe veut éviter d'être reléguée au simple rôle de payeur. L'Ukraine lutte pour sa survie en tant qu'État souverain.

Le véritable danger est une paix de mauvaise qualité qui consoliderait les faits accomplis, fragmenterait l'Europe entre « pragmatiques » et « partisans des principes » et enverrait au monde un message dévastateur : celui qui dispose de la force et d'un arsenal nucléaire peut modifier les frontières et s'en sortir indemne. Si ce précédent est consacré, la Russie ne sera pas la seule à tenter l'expérience.

Des citoyens ukrainiens manifestent lors du premier rassemblement contre une loi récemment adoptée qui freine l'indépendance des institutions anti-corruption, alors que la Russie attaque l'Ukraine - REUTERS/ ROMAN BALUK

Mogherini : le scandale qui détruit la crédibilité de la diplomatie européenne

Faits :

L'ancienne haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, a été arrêtée puis inculpée, avec deux autres hauts fonctionnaires, dans le cadre d'une enquête du Parquet européen (EPPO) pour fraude présumée dans les marchés publics, corruption, conflit d'intérêts et violation du secret professionnel en relation avec un contrat de l'Académie diplomatique européenne attribué au Collège d'Europe, dont Mogherini est la rectrice.

L'enquête a donné lieu à des perquisitions au siège du Service européen pour l'action extérieure à Bruxelles, dans les locaux du Collège d'Europe à Bruges et au domicile des accusés.

Implications :

Nous sommes confrontés au pire scandale institutionnel de l'histoire de la politique étrangère européenne.

Il ne s'agit pas d'un cas mineur de trafic d'influence. Le cœur du problème est le suivant : la personne qui était la plus haut responsable de la politique étrangère et de sécurité de l'UE, qui a joué un rôle central dans l'accord nucléaire avec l'Iran et qui dirige aujourd'hui l'institution chargée de former l'élite diplomatique européenne, est formellement accusée d'avoir manipulé une procédure de passation de marché financée par des fonds de l'UE au profit de l'institution qu'elle dirige.

D'un point de vue politique, le préjudice est triple :

  • Atteinte à la confiance interne : si le SEAE et le Collège d'Europe peuvent être le théâtre de pratiques corrompues au plus haut niveau, la crédibilité des mécanismes de contrôle interne est remise en question.
  • Dommage à la crédibilité externe : avec quelle autorité morale l'UE peut-elle exiger des réformes, de la transparence et une « bonne gouvernance » de la part de pays tiers si son ancienne chef de la diplomatie est accusée d'avoir manipulé des marchés publics européens ?
  • Dommage à la doctrine stratégique : Mogherini symbolisait le pari du « multilatéralisme doux », de l'apaisement face à des régimes comme celui de l'Iran ; aujourd'hui, le fait que cette même personnalité soit impliquée dans une affaire de fraude et de corruption, même si elle n'a pas de lien direct avec Téhéran, renforce la perception d'une décennie perdue dans la politique étrangère européenne, où la rhétorique a remplacé la vigilance et où la fascination pour le « soft power » a éclipsé la nécessité d'un pouvoir réel et de contrôles stricts.

Les accusés ont droit à la présomption d'innocence, mais la gravité systémique de l'affaire exige une réponse exemplaire : transparence totale, coopération pleine et entière avec l'EPPO et, surtout, une réforme en profondeur des mécanismes de contrôle au sein du SEAE et de la gestion des programmes de formation stratégique tels que l'Académie diplomatique européenne.

L'ancienne haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini

Hong Kong et la gouvernance défaillante : quand la corruption tue

Faits :

L'incendie du complexe résidentiel Wang Fuk Court, qui a fait 159 morts, a révélé une chaîne de corruption et de négligence à Hong Kong : utilisation de matériaux inflammables illégaux, désactivation des alarmes et collusion entre entrepreneurs et régulateurs.

Implications :

Au-delà de la tragédie, cette affaire illustre la détérioration d'un modèle qui était l'emblème de l'efficacité et de l'État de droit. Depuis l'imposition de la loi sur la sécurité nationale par Pékin, Hong Kong connaît une érosion constante de ses mécanismes de contrôle, de la liberté de la presse et du pouvoir de surveillance de la société civile. Lorsque les contrepoids sont supprimés et que les lanceurs d'alerte sont intimidés, la corruption fleurit, et tôt ou tard, la corruption tue.

Quartier financier central et port Victoria à Hong Kong, Chine - REUTERS/ TYRONE SIU

Rack de médias

États-Unis (NYT, WP, WSJ, Fox, AP, CBS)

Le NYT et le Washington Post se concentrent sur l'affaire du Minnesota, la bataille politique entre Trump et Walz, et le débat sur la question de savoir si les liens avec Al-Shabab sont réels ou le fruit d'une instrumentalisation politique.

Le WSJ et le Financial Times soulignent le risque juridique lié à l'utilisation d'actifs russes et l'impact potentiel sur les marchés.

Fox News et les chaînes conservatrices mettent en avant l'offensive contre le Train d'Aragua, le rôle de « Rosita » et le discours de « sécurité nationale totale » face à la criminalité et au terrorisme.

Europe (Le Monde, Le Figaro, FAZ, Die Welt, Corriere, Euractiv, Euronews)

Le Figaro, Die Welt, Corriere et des médias européens spécialisés tels que Euractiv et Euronews ouvrent leur édition sur le scandale Mogherini, le décrivant comme le dernier chapitre d'une série de coups portés à la réputation des institutions européennes, après le Qatargate et d'autres affaires.

Le Monde et FAZ analysent la fracture du V4 et la discussion sur les actifs russes comme les symptômes d'une Europe tiraillée entre la volonté de puissance et la peur de ses propres décisions.

Asie (The Times of India, Hindustan Times, Yomiuri, SCMP)

La presse indienne dissèque la visite de Poutine comme une reconnaissance de la place centrale de l'Inde dans le nouvel ordre multipolaire, soulignant la pression de Washington, mais aussi l'importance du pétrole russe bon marché et du matériel militaire.

Le SCMP établit un lien entre les émeutes à Hong Kong et la détérioration du modèle « un pays, deux systèmes » et l'impunité réglementaire croissante.

Amérique latine (El Nacional, Infobae, El Tiempo, Semana)

Large couverture des sanctions contre le Tren de Aragua et Jimena « Rosita » Araya, avec un accent sur l'internationalisation du cartel et son impact au Chili, au Pérou et en Colombie.

Note éditoriale

La journée du 4 décembre 2025 offre un aperçu implacable de la faiblesse occidentale et, en même temps, de sa capacité latente à réagir.

Aux États-Unis, voir comment les programmes alimentaires pour enfants finissent, semble-t-il, par financer l'un des groupes djihadistes les plus dangereux d'Afrique n'est pas seulement un scandale administratif, c'est un échec du renseignement et de la conception stratégique. Cela montre que nos ennemis ne font pas de distinction entre les frontières et les compartiments étanches : ils utiliseront notre générosité mal gérée et notre laxisme juridique comme des armes contre nous. La réponse de l'administration Trump peut déranger les belles âmes du progressisme, mais elle obéit à une logique de survie de l'État démocratique.

En Europe, le tableau est encore plus désolant. Le schisme de Visegrád certifie la mort d'un bloc qui aurait pu être un pilier de sécurité sur le flanc oriental et qui est devenu le théâtre de contradictions. Pendant ce temps, Poutine est accueilli avec les honneurs à New Delhi, démontrant que le récit de l'« isolement » russe était, dès le début, une illusion eurocentrique.

Et pour couronner le tout, l'Union européenne voit son ancienne chef de la diplomatie, symbole d'un multilatéralisme mou qui a misé sur l'apaisement de régimes comme celui de l'Iran, être arrêtée et officiellement accusée de fraude et de corruption dans la gestion d'un programme financé par des fonds européens. Il ne faut pas anticiper les verdicts, mais en tirer une leçon politique sans équivoque : lorsque le réalisme est remplacé par la complaisance, la rigueur par l'idéologie et le contrôle par la confiance aveugle, le système pourrit de l'intérieur.

Face à ce scénario, l'Inde nous offre une leçon de Realpolitik qu'il convient de ne pas oublier : un pays qui comprend la dureté du monde achète les missiles dont il a besoin, négocie le pétrole qui lui convient et parle à ceux à qui il doit parler, et non à ceux à qui il aimerait parler. En géopolitique, la faiblesse ne suscite pas la sympathie, elle suscite des tentations.

L'histoire n'absoudra pas les naïfs. Ni les cyniques qui s'enrichissent avec les fonds publics tout en prônant les valeurs européennes. En revanche, elle peut reconnaître et récompenser les démocraties qui retrouvent le sens des responsabilités, la fermeté et le bon sens stratégique.

Il est encore temps. Mais la marge se réduit chaque jour.