Bourita souligne le « moment inédit » des relations entre l'Espagne et le Maroc, avec la pêche comme axe stratégique
Le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a souligné que les relations avec l'Espagne traversaient un « moment sans précédent », à l'issue de la XIIIe réunion de haut niveau qui s'est tenue à Madrid.
Dans ce contexte, la pêche et la coopération maritime s'affirment comme des axes stratégiques, apportant des avantages tant sur le plan technologique que diplomatique aux deux pays. L'accent mis par M. Bourita sur le « moment sans précédent » des relations bilatérales se reflète dans la coopération en matière de pêche et de maritime.
La déclaration commune signée lors de la réunion réaffirme l'engagement de l'Espagne et du Maroc à promouvoir la pêche durable, l'aquaculture, la formation technique et le contrôle conjoint des navires comme mesure de lutte contre la pêche illégale (point 6 de la déclaration).
Par ces actions, les deux pays cherchent à protéger leurs intérêts et à optimiser la gestion de la sécurité alimentaire, en renforçant le contrôle des ressources maritimes.
Un moment historique pour les relations bilatérales
Pour le Maroc, la pêche reste un pilier économique essentiel. Malgré la baisse des captures en 2024, les recettes ont dépassé la barre des 820 millions de dollars, soit 8 % de plus qu'en 2023, selon les chiffres du ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural, des Eaux et des Forêts.
L'essor des revenus du secteur de la pêche montre à quel point le Maroc s'engage à optimiser la qualité et la valeur de ses produits, au-delà de la quantité. Ces principes, repris au point 6 de la déclaration, associés aux projets d'augmentation des investissements dans l'économie bleue (aquaculture, durabilité et contrôle des ressources), créent un écosystème parfait pour que l'industrie de la pêche reste un pôle économique majeur à Rabat.
Dans le cadre de cette tendance, l'union avec l'Espagne contribuera à moderniser la flotte marocaine et les systèmes de surveillance de la pêche illégale qui coûte environ plus de 200 millions de dollars par an au pays nord-africain. De même, l'étroite collaboration entre l'Espagne et le Maroc favorisera la capacité de négociation du Maroc auprès de l'Union européenne, principal importateur de poisson marocain.
L'Espagne, quant à elle, en tire des avantages évidents : la stabilité du secteur et la sécurité juridique apparaissent comme les principaux bénéfices. Cependant, selon les données de l'ICEX, les chiffres montrent de légères limites. Selon les données de 2023, les exportations de poisson congelé de l'Espagne vers le Maroc se sont élevées à 17 400 kg, soit 121 000 dollars, et celles de poisson en filets à 66 675 kg, soit environ 347 000 dollars. Ces données montrent que l'interaction est forte et stable, mais indiquent que les avantages, après les accords signés lors de la XIIe RHN, ont une large marge de croissance.
Le plus important dans la relation bilatérale est la coopération et la gestion de la sécurité dans le détroit, l'une des voies les plus utilisées par les réseaux de contrebande et les activités illicites. C'est sur ce sujet que les deux administrations ont mis l'accent au point 7 de la déclaration commune. Selon le projet de texte : « L'Espagne et le Maroc s'engagent à renforcer la formation technique et la recherche scientifique, qui sont des éléments essentiels ».
En résumé, l'analyse des données macroéconomiques et la lecture de la déclaration permettent de conclure que le Maroc modernisera son secteur et garantira des revenus croissants avec un volume de captures moindre, tandis que l'Espagne gagnera en stabilité pour sa flotte et en influence technique et réglementaire.
Toutefois, le marché marocain devra tenir compte des prix du poisson en Europe et des répercussions que cela pourrait avoir sur ses exportations.
L'Atlantique, un espace de coopération durable
Au-delà de la pêche et du commerce, la coopération entre l'Espagne et le Maroc renforce la façade atlantique marocaine, qui partage une frontière avec les îles Canaries, un endroit plus stable et plus sûr.
En ce qui concerne l'espace aérien du Sahara, actuellement administré par l'Espagne, Bourita a déclaré qu'il était « dépassé ».
« Le Maroc part d'un cas simple. Si vous prenez l'avion et que vous voulez vous rendre au Sahara, vous passez par Marrakech et il est clair quelle tour de contrôle vous guide. S'il y a un problème avec l'avion, qui le gère ? Qui est responsable de la sécurité de cet avion ? C'est le Maroc. Dans le respect bilatéral, nous pouvons trouver des solutions qui préservent les intérêts de l'Espagne et qui tiennent compte des réalités et des droits du Maroc », a déclaré Bourita dans une interview à l'agence EFE.
En ce qui concerne le débat sur les limites maritimes, où le Maroc cherche à étendre sa zone économique exclusive (ZEE) au sud-ouest des îles Canaries, dans une zone qui possède d'importantes réserves de cobalt, de tellure et de minéraux rares, il a souligné qu'il s'agit d'une question qui touche « tout l'espace maritime de l'Atlantique ».
Dans les deux cas, le ministre marocain des Affaires étrangères a exprimé son espoir de parvenir à des « solutions créatives » qui « protègent les intérêts de l'Espagne et reconnaissent les réalités et les droits du Maroc ».
Grâce à des programmes conjoints de traçabilité et de surveillance contrôlée, la région peut devenir un levier économique favorable non seulement aux deux pays, mais aussi au commerce avec l'Union européenne et le reste du continent africain, et ouvrir de nouvelles voies commerciales avec l'Amérique du Sud. L'aspect clé de cette relation est d'élaborer une stratégie commune pour l'Atlantique qui combine la protection des ressources et le développement durable.