Chute prévisible du gouvernement français à un moment critique

Le Premier ministre français François Bayrou prononce un discours lors des Assises d'été des syndicats de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) au domaine de Bierville à Boissy-la-Rivière, au sud de Paris, France, 26 août 2025 - PHOTO/ THIBAUD MORITZ via REUTERS
Motion de confiance désespérée du Premier ministre français, François Bayrou, qui sera débattue à l'Assemblée nationale le 8 septembre prochain et dont tous les pronostics laissent présager un échec retentissant

Toute la gauche, du Parti socialiste d'Olivier Faure à l'extrémiste France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, a déjà annoncé son vote contre, tout comme l'extrême droite du Rassemblement national de Marine Le Pen. En conséquence, le président Emmanuel Macron sortira encore plus affaibli, puisque Bayrou sera, après la motion de censure contre Michel Barnier, le deuxième chef du gouvernement désavoué par l'Assemblée nationale en à peine un an. 

Face à l'intransigeance des forces politiques qui refusaient d'accepter son diagnostic sur le surendettement du pays, François Bayrou a tenté de convaincre l'opinion publique du bien-fondé de ses propositions d'austérité et de coupes budgétaires « alors que le pays se trouve dans une situation critique ». Pour ce faire, il a mené une intense campagne médiatique, apparaissant successivement dans la presse, à la radio et à la télévision, dans le but de démontrer le divorce entre le pays et la classe politique. 

Le président français Emmanuel Macron s'adresse aux médias le jour d'un sommet de l'Union européenne à Bruxelles, en Belgique, le 20 mars 2025 - REUTERS/ STEPHANIE LECOCQ.

Cette manœuvre a produit l'effet inverse, ce qui a accru la tension populaire. Habitués à un État providence généreux, qui a fait du pays l'un des plus généreux en termes de prestations et d'aides sociales, les Français ne transigent pas aujourd'hui avec des mesures telles que la réduction de 44 milliards d'euros du budget national, la suppression de deux jours fériés par an pour les consacrer au remboursement de la dette colossale de 3 300 milliards d'euros, le gel des retraites, la réduction de nombreux chapitres des aides sociales et, enfin, l'augmentation prévisible et simultanée des impôts, alors que la fiscalité directe supportée par les citoyens s'élève déjà à 45,6 %, selon les données d'Eurostat. 

Si la classe politique est encline à organiser des élections générales anticipées et des élections présidentielles, le peuple ne semble pas non plus changer beaucoup ses habitudes de protestation. Par exemple, un mouvement assez nébuleux, appelé « Bloquons tout », a vu le jour et annonce pour le 10 septembre, soit seulement deux jours après le débat sur la motion de confiance, un arrêt total du pays. Cela ressemble beaucoup aux Gilets jaunes, qui ont gâché la fin du premier mandat et le début du second de Macron.

Comme si cela ne suffisait pas, une campagne est apparue, avec le slogan « Nicolas, celui qui paie tout », qui vise à synthétiser en un personnage appelé Nicolas le ras-le-bol du Français moyen, censé travailler dur et payer des impôts qu'il considère comme quasi confiscatoires, ce qui le prive de plus en plus de ce qu'il estime mériter pour ses efforts. Il ne progresse guère sur l'échelle sociale et économique, accablé par un système qui réduit son pouvoir d'achat sous prétexte de faire face à un nombre croissant de charges sociales. 

Le nouveau Premier ministre François Bayrou s'exprime le jour de la cérémonie de passation des pouvoirs à l'hôtel Matignon à Paris, France, le 13 décembre 2024 - REUTERS/ABDUL SABOOR

La campagne fait fureur et a réussi à diviser le pays, car tandis que les politiciens qui se qualifient eux-mêmes de progressistes qualifient Nicolas de « raciste, classiste et égoïste, combinaison parfaite de l'autoritarisme libertaire », ceux qui se situent au centre et à droite de l'échiquier politique défendent qu'il représente « le ras-le-bol de voir peser sur les épaules fatiguées de ce citoyen moyen le fardeau écrasant des prestations versées aux retraités, aux chômeurs, aux immigrés et aux familles en situation précaire ».

Des messages diffusés sur le réseau X indiquent que la France consacre 31,5 % de son PIB aux dépenses sociales, soit deux points de plus que l'Allemagne et l'Italie, trois points de plus que l'Espagne et quatre points de plus que le Danemark, et concluent que ce montant devrait être impérativement réduit.

« Dépenser moins, produire plus », la conclusion à laquelle est parvenu François Bayrou après son diagnostic sur la situation « critique » de la France ne semble donc pas pouvoir éviter sa chute, « un suicide politique » selon les termes de Renaissance, le mouvement qui soutient directement le président Macron, et dont les députés prédisent en conséquence une nouvelle crise grave en France. Il serait peut-être plus réaliste de souligner qu'il s'agit de la même crise, mais que la détérioration ne fait que s'accélérer tant que les graves problèmes qui affligent le pays ne sont pas résolus, et que les citoyens sont de plus en plus mécontents lorsqu'ils constatent qu'ils ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts.