Coup dur pour l'Algérie : l'Académie française élit l'écrivain Boualem Sansal comme membre
L'écrivain a été élu par 25 voix sur 26, trois mois à peine après avoir été libéré de la prison algérienne où il avait passé un an pour avoir critiqué le régime de Tebboune
La France a porté un coup diplomatique dur à l'Algérie par le biais de la culture. À peine trois mois après avoir été libéré de la prison algérienne où il avait passé un an, l'écrivain algérien Boualem Sansal a acquis le statut d'« immortel » après avoir été élu membre de l'Académie française.
« Immortel »
Il s'agit d'un immense honneur pour un écrivain de langue française, car l'Académie est la plus haute institution chargée de réglementer, protéger et perfectionner cette langue. Elle jouit d'un immense prestige et d'une longue tradition : fondée en 1635 par le cardinal Richelieu, elle a pour objectif d'établir des règles claires pour la langue, de rédiger son dictionnaire officiel et de préserver sa pureté. Elle est composée de 40 membres, connus sous le nom d'« immortels ».
L'élection de Sansal, âgé de 75 ans, a été presque unanime, avec 25 voix favorables sur les 26 électeurs, ce qui lui permet d'occuper le poste laissé vacant par l'avocat et historien Jean-Denis Prédin, décédé en 2021.
L'institution a salué la carrière littéraire et intellectuelle de Sansal, auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages, parmi lesquels « 2084 : La fin du monde », inspiré d'Orwell, et de nombreux essais sur la langue française, dont « La langue française : parlons-en ! », publié en 2024.
Sansal, qui a obtenu la nationalité française en 2024, rejoint ainsi des figures marquantes de la littérature française telles qu'Amin Maalouf, Eric Orsenna, Jean-Christophe Rufin et Chantal Thomass.
L'Académie française investira Sansal au cours d'une cérémonie privée, à huis clos, au cours de laquelle il sera intronisé académicien et recevra le traditionnel « habit vert » : un uniforme créé en 1801 pour souligner la distinction de l'institution, composé d'une redingote noire brodée de branches d'olivier en fil vert et or, d'un pantalon, d'un bicorne, d'une cape et d'une épée personnalisée, qui distingue les « immortels ».
Défi à l'Algérie
La reconnaissance par l'Académie française a été interprétée dans les cercles diplomatiques et par les analystes en politique étrangère comme un défi au régime algérien d'Abdelmadjid Tebboune, qui a emprisonné l'écrivain en novembre 2024 pour des déclarations critiques à l'encontre du régime algérien.
La Sécurité algérienne a accusé Sansal d'adhérer à la thèse selon laquelle la France coloniale a procédé à un partage du Maghreb qui a favorisé l'Algérie au détriment du Maroc.
De plus, Sansal a participé activement, en 2019, aux manifestations qui ont conduit à la démission de l'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika, et s'est montré extrêmement critique à l'égard de l'islamisme radical, affirmant même que « l'islam est incompatible avec la démocratie » et que « l'islam et l'islamisme sont la même chose ».
Arrêté en 2024
Sansal a été arrêté à la mi-novembre 2024 à son arrivée à Alger et emprisonné après avoir fait des déclarations dans une interview accordée au média français Frontiers, dans lesquelles il remettait en question les frontières algériennes héritées du colonialisme, réitérant des revendications historiques liées au Sahara et aux terres du Grand Maroc, ce que l'Algérie a considéré comme une grave insulte.
Ces déclarations lui ont valu une condamnation à cinq ans de prison, accusé d'atteinte à l'unité nationale. Cependant, le prestige international de Sansal, associé à son âge avancé, a fini par faire de lui un symbole de la répression de l'Algérie contre la liberté d'expression.
La vague de pressions diplomatiques internationales sur le régime de Tebboune a abouti à la demande personnelle du président allemand, Frank-Walter Steinmeier, à son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, de gracier Sansal et de lui permettre de se rendre en Allemagne pour y recevoir un traitement médical.
En novembre 2025, un an après son incarcération, le gouvernement algérien lui a accordé une grâce et l'a libéré.