Don Nadie et la bohème de la Pampa

Camp de réfugiés sahraouis à Smara, Tindouf, Algérie - REUTERS/BORJA SUAREZ
Parfois, lorsqu'un débat public s'ouvre, des héros de l'ombre surgissent de nulle part : des tireurs anonymes qui estiment que le monde entier doit écouter leurs sermons alors qu'ils se cachent derrière un masque

L'un d'entre eux, sans hésiter, a décidé de répondre à un article du premier secrétaire du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) récemment publié dans La Provincia et Atalayar. Mais au lieu de réfuter des idées et des faits historiques, il a recouru à la classique « attaque du messager ».

Comme touche tragicomique, une bohème argentine perdue dans la Pampa s'est jointe à la mêlée. Notre personnage anonyme se présente comme le porte-parole officieux du Polisario pour contrer des critiques, à mon avis très modérées, sur les origines de cette organisation et la marginalisation systématique dont ont souffert les Sahraouis du territoire litigieux.

Son obstination va jusqu'à reprocher aux journaux de donner la parole à une opinion libre sur des faits historiques vérifiables, mais, curieusement, il n'ose pas le demander lui-même. Et ce n'est pas étonnant : aucun journal digne de ce nom ne publierait une réponse signée par un « Monsieur Personne ».

Il est surprenant qu'il invoque la valeur et vante la « dignité du silence » tout en faisant la sourde oreille à l'amère frustration des Sahraouis autochtones, qui ont dû faire face à des mensonges jalousement gardés et à des atrocités perpétrées par ceux qu'il défend. Des victimes innocentes — des centaines d'entre elles, peut-être même des parents de Monsieur Personne — se dressent comme des témoins muets de cette vérité dérangeante.

Une telle attitude n'est pas un simple dérapage : c'est une complicité qui frôle l'indécence morale. La question inévitable est : qu'est-ce qui l'empêche de se montrer ? Peut-être des « raisons inavouables » qui accompagnent ceux qui vivent confortablement dans l'ambiguïté, espérant peut-être tirer un quelconque avantage en se rapprochant d'un nom célèbre.

Quoi qu'il en soit, il est beaucoup plus confortable et rentable d'être un patriote de salon à distance. Le « patriotisme » entre deux verres à Madrid, des tapas en Andalousie ou des cocktails à Buenos Aires est toujours plus facile et n'implique ni risques ni sacrifices.

Le plus absurde, presque tragicomique, c'est qu'aujourd'hui, n'importe qui – un inconnu sans histoire ou une hippie argentine qui prétend incarner le Che sur Instagram – se sent en droit de donner des leçons de morale à ceux qui ont enterré leurs morts, dépensé leurs forces et passé leurs journées dans des camps pour une cause qu'ils distinguent à peine dans les récits d'autrui ou les images de Google.

Il reste au moins l'ironie de constater que ceux qui mettent le moins en jeu sont toujours ceux qui crient le plus fort. Et que ceux qui n'ont ni nom ni visage parviennent rarement à inspirer la crédibilité.