La fermeture du gouvernement par Trump : stratégie ou catastrophe annoncée ?

Le président américain Donald Trump - REUTERS/ KEN CEDENO
Polymarket donne une probabilité de 90 % à la fermeture du gouvernement par Trump. S'agit-il d'un coup de maître politique ou d'une catastrophe à venir ?
  1. Une fermeture imminente, mais pas encore confirmée
  2. Une crise fabriquée selon l'opposition
  3. Polymarket anticipe des scénarios de durée
  4. Arme de pression ou erreur historique ?

Une fermeture imminente, mais pas encore confirmée

Les États-Unis sont au bord d'un nouveau shutdown du gouvernement Trump. Les marchés prédictifs tels que Polymarket estiment entre 80 % et 90 % la probabilité que cela se produise demain, ce qui reflète le niveau de tension à Washington.

Bien que cela ne soit pas encore confirmé, la possibilité d'une paralysie de l'administration fédérale a ouvert un débat national : s'agira-t-il d'un échec qui touchera des millions de citoyens ou d'une stratégie délibérée de l'ancien président pour imposer son programme ?​

Affichages sur le sol de la Bourse de New York (NYSE) à New York, États-Unis, 22 septembre 2025 - REUTERS/ JEENAH MOON

Trump transforme la menace en arme politique

Contrairement à d'autres présidents, Trump n'a pas cherché à dissimuler le risque d'un shutdown. Au contraire, il l'a présenté comme un instrument permettant de « reprendre le pouvoir face à l'État profond ». Dans l'un de ses derniers discours, il a affirmé que « les jours du gouvernement par des bureaucrates non élus sont révolus » et que les fonctionnaires qui s'opposent à son plan seront démis de leurs fonctions.

La Maison Blanche va encore plus loin. Selon plusieurs médias américains, les conseillers de Trump considèrent le shutdown comme une occasion historique de réduire les programmes sociaux, de licencier des employés fédéraux et de reconfigurer l'appareil d'État. On parle déjà de licenciements définitifs, et non de simples suspensions temporaires de salaire, ce qui constituerait un précédent sans équivalent dans l'histoire moderne des fermetures fédérales.​

Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent - REUTERS/ AL DRAGO

Une crise fabriquée selon l'opposition

Les démocrates n'ont pas hésité à qualifier cette situation de « crise fabriquée ». Hakeem Jeffries, chef de la minorité à la Chambre, a dénoncé le fait que les républicains cherchent à conduire « le pays vers un effondrement inutile ». Chuck Schumer, chef de file du Sénat, a renforcé cette idée en affirmant que les conservateurs avaient rejeté les propositions visant à maintenir le gouvernement ouvert à court terme.

Même le président de la Chambre des représentants, Mike Johnson, allié de Trump, a admis que « la douleur retombera sur les États gouvernés par les démocrates ». Ses propos montrent à quel point le shutdown est devenu une arme partisane, destinée à punir les territoires adversaires.​

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine - REUTERS/ ELIZABETH FRANTZ

Un coût économique et social élevé

Au-delà du jeu politique, le shutdown du gouvernement Trump aurait un coût économique et social énorme. Les analystes estiment les pertes à 15 milliards de dollars par semaine pour le PIB américain. Quelque 750 000 employés fédéraux pourraient se retrouver sans salaire, tandis que les parcs nationaux, les bureaux administratifs et les programmes civils seraient suspendus.

L'impact va au-delà des portefeuilles. L'agence de notation Scope a averti qu'une fermeture prolongée nuirait à la crédibilité financière des États-Unis et renchérirait leur dette. Dans un contexte mondial déjà marqué par l'incertitude économique, ce signal pourrait frapper durement les marchés financiers internationaux.​

Les services subissent d'importantes perturbations en raison de la fermeture du gouvernement fédéral, les travailleurs essentiels continuant à travailler sans être payés et les travailleurs fédéraux non essentiels étant mis en congé - PHOTO/ FILE

Le souvenir de la fermeture de 2018-2019

Le spectre de 2018-2019 est toujours présent. À l'époque, le shutdown avait duré 35 jours, le plus long de l'histoire du pays. Les pertes économiques avaient dépassé les 11 milliards de dollars et des milliers de familles avaient subi des retards de paiement et des interruptions de services essentiels.

La leçon à tirer de cet épisode est claire : même si les fermetures commencent généralement comme une manœuvre de pression politique, elles se transforment rapidement en un boomerang qui frappe toutes les parties concernées. Cependant, Trump semble convaincu que cette fois-ci, l'issue pourrait lui être favorable.

Polymarket anticipe des scénarios de durée

Les marchés de prédiction donnent des indices sur ce qui pourrait se passer. Selon Polymarket, l'option la plus plébiscitée est que le shutdown dure entre 10 et 29 jours, avec environ 44 % de probabilités. 26 % parient sur une fermeture plus courte, entre 4 et 9 jours. Et certains osent même avancer qu'elle pourrait se prolonger plus d'un mois, ce qui entraînerait un scénario de tension politique maximale.

Ces chiffres reflètent le fait que, même si la fermeture n'est pas certaine, la perception dominante est qu'elle aura lieu et qu'elle ne sera pas brève.​

Un homme marche sur Wall Street à l'extérieur de la Bourse de New York (NYSE) à New York, aux États-Unis. - REUTERS/ BRENDAN McDERMIND

Entre échec et victoire déguisée

Le débat central porte sur la manière dont cet épisode sera rappelé. Pour les détracteurs, la fermeture du gouvernement Trump est un échec retentissant qui frappera les travailleurs, les familles et les entreprises. L'interruption des services publics, les dommages causés à l'économie et la perte de confiance institutionnelle sont des arguments de poids en faveur de cette vision.

Mais d'autres analystes y voient une victoire déguisée. En provoquant le chaos, Trump pourrait contraindre les démocrates à négocier dans des conditions moins favorables. De plus, la fermeture permet au président de projeter l'image d'un leader fort, capable de sacrifier l'immédiat au nom d'une transformation politique plus importante.​

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale, s'adresse à la presse après la réunion du Conseil de la Fed, le 30 juillet 2025 - PHOTO/FEDERAL RESERVE

Un tournant politique et historique

À l'heure actuelle, le pays se trouve à un tournant. Si le shutdown est activé demain, Trump sera confronté à un scénario à haut risque. Il pourrait en sortir renforcé en tant que stratège implacable ou, au contraire, sombrer sous le poids d'une crise qui touchera directement des millions d'Américains.

L'issue dépendra de deux facteurs : la durée de la fermeture et la capacité de chaque parti à contrôler le discours. À court terme, les dommages économiques sont indéniables. Mais à long terme, l'enjeu est la capacité du président à redéfinir l'équilibre des pouvoirs à Washington.​

Le président Donald Trump s'entretient avec Jerome Powell lors de sa visite du chantier de construction du siège de la Réserve fédérale à Washington, D.C., le 24 juillet 2025 - PHOTO/THE WHITE HOUSE

Arme de pression ou erreur historique ?

Le shutdown du gouvernement Trump n'est pas un simple accident budgétaire. Il est le résultat d'une stratégie calculée qui combine confrontation politique, risque économique et tentative de remodeler l'État fédéral. Pour certains, c'est un désastre annoncé qui affaiblira la confiance dans les institutions. Pour d'autres, c'est une démonstration de force qui consolidera le projet de Trump.

La réponse commencera à s'écrire dans les prochaines heures. La seule chose qui est claire, c'est que, que cela se produise ou non, le pays se prépare déjà à affronter l'un des moments les plus tendus de son histoire récente.