La France réactive le service militaire et relance des politiques qu'elle croyait dépassées

Emmanuel Macron présente un nouveau service militaire national lors d'un discours devant l'armée à la base militaire de Varces, le 27 novembre 2025 - REUTERS/ THOMAS PADILLA

Après l'Allemagne et la Belgique, la France encourage un service militaire volontaire qui réactive le recrutement face à l'impact de la guerre en Ukraine

  1. Sélection et formation des volontaires
  2. Des mesures similaires dans d'autres pays européens
  3. Le débat social sur le service militaire en Europe
  4. Concepts de sécurité des dirigeants européens

La France a fait un pas en avant. Emmanuel Macron, président de la République française, a annoncé la mise en place d'un « service national », qui est en réalité un service militaire « volontaire » de dix mois pour les jeunes de 18 et 19 ans à partir de l'été 2026. Avec cette annonce, la France rejoint l'Allemagne, la Belgique, la Croatie et le Danemark, entre autres, dans le retour du service militaire 30 ans après son abolition. 

El presidente francés Emmanuel Macron presenta un nuevo servicio militar nacional - REUTERS/ THOMAS PADILLA

Bien que le service ne soit pas obligatoire, son adoption a suscité des doutes au sein de la population française. « Nous n'allons pas envoyer nos jeunes en Ukraine. Il ne s'agit pas de cela », a tenté d'expliquer Macron. Toutefois, le président a souligné que, si nécessaire, il serait obligatoire, à condition d'être approuvé par le Parlement. 

Sélection et formation des volontaires

Le président a précisé que ce sera l'armée, par l'intermédiaire de Fabien Mandon, chef d'état-major de l'armée, qui sélectionnera les futurs volontaires, en choisissant parmi ceux qui correspondent le mieux aux besoins des forces armées. Les premières estimations indiquent que plus de 3 000 Français recevront cette formation, et plus de 10 000 d'ici 2030. 

El jefe del Estado Mayor de la Defensa de las Fuerzas Armadas francesas, Fabien Mandon, en el Palacio del Elíseo, en París, el 25 de noviembre de 2025 PHOTO/ JULIEN DE LA ROSA via REUTERS

Depuis plusieurs mois avant le début de l'invasion russe, alors que les services de renseignement européens alertaient sur d'importants mouvements militaires aux frontières ukrainiennes, la défense est perçue comme de plus en plus nécessaire et, par conséquent, cette préparation accrue des sociétés européennes face à une éventuelle escalade de la guerre. 

Des mesures similaires dans d'autres pays européens

Cette décision du gouvernement français suit les traces d'autres puissances du bloc telles que l'Allemagne, la Belgique, la Croatie ou le Danemark. Cependant, aucun pays n'a été aussi catégorique que la Croatie. Selon les termes du ministre de la Défense, Ivan Anušić, « des connaissances militaires de base sont nécessaires dans un contexte de sécurité en mutation ». 

El ministro de Defensa de Croacia, Ivan Anusic - REUTERS/ JOHANNA GERON

L'Allemagne, quant à elle, est restée plus prudente. Bien qu'elle ait approuvé le service obligatoire pour les jeunes de 18 ans, elle n'a annoncé aucune obligation immédiate, mais plutôt un mécanisme d'activation en cas de besoin. Le député allemand Jens Spahn a expliqué que l'objectif de la loi est « d'établir une voie à suivre pour que la société allemande sache à quoi s'en tenir ». Cependant, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a souligné que l'Allemagne « a besoin de personnel militaire, les chars et les missiles ne suffisent pas ». 

D'autres pays, comme le Danemark, sont allés plus loin en incluant les femmes dans ce service militaire. 

El ministro de Defensa de Dinamarca, Troels Lund Poulsen, en Copenhague, Dinamarca, el 29 de septiembre de 2025 Ritzau - Scanpix/Thomas Traasdahl vía REUTERS

Le débat social sur le service militaire en Europe

Même si la vie des citoyens européens n'a pas changé, l'adoption du service militaire est un débat qui s'est installé dans tous les gouvernements occidentaux, qui dressent un tableau inquiétant et envoient un message clair : la sécurité n'est plus garantie. 

Une grande partie de la population européenne n'a pas connu le service militaire, mais la prolifération du débat est de plus en plus visible. D'un autre point de vue, par rapport au service militaire du siècle dernier, ce que les pays européens approuvent est davantage un ensemble d'attitudes qu'un service militaire classique. La formation civique, l'entraînement de base, les compétences logistiques et technologiques sont quelques-uns des fondements de ce nouveau service. À cela s'ajoutera l'apprentissage du maniement des armes. 

El ministro de Defensa alemán, Boris Pistorius, en la presentación del nuevo tanque Leopard 2A8 y del nuevo obús móvil PZH 2000 en KNDS, en Múnich, el 19 de noviembre de 2025 - REUTERS/ ANGELIKA WARMUTH

C'est ainsi que les dirigeants européens le présentent à leurs citoyens. La France appelle cela « engagement volontaire envers la nation ». La Croatie parle de « préparation de base aux risques ». L'Allemagne le définit comme une « garantie juridique et sociale pour la défense ». 

Des concepts différents, mais un même fond : la sécurité ne dépend plus uniquement des alliances ou des armées professionnelles. 

Concepts de sécurité des dirigeants européens

L'adoption du « service national » est un hybride entre les politiques des années 70 et 80 et un service de préparation et de sensibilisation civique basé davantage sur l'aspect psychologique face à une éventuelle escalade de la guerre. 

El presidente francés Emmanuel Macron pasa revista a las tropas y a los alumnos de una escuela secundaria militar antes de su discurso para presentar un nuevo servicio militar nacional en la base militar de Varces, en los Alpes franceses, el 27 de noviembre de 2025 - REUTERS/ THOMAS PADILLA

Cependant, l'utilisation par les politiciens de termes tels que « mobilisation » ou « réserve » va faire l'objet d'un débat dans toutes les sociétés européennes. Même si cela peut sembler être un retour en arrière, il est certain que l'application du service militaire est une réalité. 

Le sentiment que l'Europe est entrée dans une période de troubles est une conclusion visible dans tous les médias du continent. La France, l'Allemagne, la Croatie, le Danemark, les pays baltes... tous agissent selon la même logique : la paix n'est plus une évidence.