La guerre diplomatique entre la France et l'Algérie continue : l'écrivain Boualem Sansal révèle qu'on lui a retiré la nationalité algérienne

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal - JOHN MACDOUGALL/ via REUTERS

Après sa récente nomination en tant que membre de l'Académie française, Sansal révèle lors d'une conférence qu'on lui a retiré la nationalité algérienne

  1. « Seulement citoyen français »
  2. Symbole du conflit franco-algérien
  3. Arguments d'une rupture
  4. Des œillets sur la Seine

La France et l'Algérie poursuivent leur confrontation diplomatique à travers la figure de l'écrivain Boualem Sansal. Quelques jours à peine après l'annonce de sa nomination à l'un des sièges vacants de l'Académie française, l'écrivain lui-même a révélé qu'il avait été déchu de sa nationalité algérienne.

« Seulement citoyen français »

Lors d'une conférence donnée jeudi 5 février dernier devant des élèves du lycée Edgar-Quintet du IXe arrondissement de Paris, Sansal a expliqué, à la surprise de son auditoire, qu'il avait été « déchu de sa nationalité algérienne » trois mois après sa sortie de prison et qu'« à l'heure actuelle, [il] n'[était] plus qu'un citoyen français ».

Selon le quotidien français Le Figaro, l'écrivain avait été invité à donner cette conférence à l'Institut Edgar-Quintet par la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, dans le cadre d'une rencontre dont l'objectif était de discuter avec les élèves des caricatures et de la démocratie.

Cependant, la rencontre a pris une autre tournure après la confession de Sansal, qui a expliqué qu'« il y a probablement encore des formalités en cours, mais, en réalité, je ne suis plus que français ».

L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal - JOHN MACDOUGALL/ via REUTERS

Symbole du conflit franco-algérien

Au cours des deux dernières années, la figure de Boualem Sansal est devenue le symbole des tensions dans les relations bilatérales entre l'Algérie et la France, les deux nationalités du célèbre écrivain.

L'excellente relation personnelle qui existait entre les dirigeants des deux pays, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune (qui se qualifiaient eux-mêmes de « frères »), a pris fin brutalement le 14 juin 2024, dans la ville italienne de Bari, où se tenait le sommet du G7. Ce jour-là, Macron a expliqué à Tebboune qu'il allait reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ce qui a entraîné le départ définitif du dirigeant algérien.

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune et le président français Emmanuel Macron discutent avant une session sur l'intelligence artificielle (IA), l'énergie, l'Afrique et la Méditerranée lors de la deuxième journée du sommet du G7 à Borgo Egnazia, en Italie, le 14 juin 2024 - REUTERS/ LOUISA GOULIAMAKI

À peine quelques mois plus tard, le 16 novembre 2024, Boualem Sansal a été arrêté à son arrivée à Alger en provenance de Paris, puis emprisonné. Ses déclarations du mois précédent sur la question de la souveraineté du Sahara ont servi de prétexte au gouvernement de Tebboune pour le condamner à cinq ans de prison, sous l'accusation d'« atteinte à l'unité nationale ».

Il faudra attendre un an, jusqu'en novembre 2025, pour que les démarches entreprises par le gouvernement allemand, face à la détérioration de la santé de l'écrivain emprisonné, aboutissent et que l'Algérie accorde la grâce à Sansal, qui a été transféré dans un hôpital de Berlin.

Arguments d'une rupture

Bien que la question de la souveraineté du Sahara occidental, avec le soutien de la France au plan d'autonomie du Maroc, ait été présentée comme la principale cause de la rupture avec l'Algérie, il existe en réalité d'autres points de friction qui ont motivé la rupture diplomatique entre les deux pays, avec le retrait de leurs ambassadeurs respectifs.

Curieusement, certains analystes expliquent que la question du Sahara a disparu sans laisser de traces de l'agenda algérien, ce qui pourrait signifier un retrait stratégique ou même la reconnaissance qu'ils avaient sous-estimé la position marocaine et les soutiens qu'elle pouvait rassembler.

Au lieu de cela, les explications fournies par l'Algérie pour justifier la rupture avec la France ont dévié vers des revendications historiques, telles que la remise en cause par la France de l'existence de l'Algérie en tant qu'État avant 1830, sa non-reconnaissance des crimes coloniaux ou des provocations dans l'ombre, comme l'accueil de membres de l'opposition algérienne à Paris ou la réduction unilatérale des visas accordés aux citoyens algériens.

Passeport algérien - PHOTO/ RÉSEAUX SOCIAUX

Des œillets sur la Seine

Quelques semaines seulement après la rupture mise en scène à Bari, le 26 juillet 2024, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, la délégation algérienne a réalisé un geste symbolique fort en jetant des œillets rouges dans les eaux de la Seine, en mémoire des Algériens assassinés et jetés dans le fleuve lors du massacre de Paris de 1961.

Les positions des anciens alliés sont tellement éloignées que même l'intervention de l'ancienne ministre et candidate battue face à Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles de 2007, Ségolène Royal, à la tête de l'Association franco-algérienne, n'a pas réussi à rapprocher les points de vue.

Le retrait du passeport algérien à Boualem Sansal, une figure qui unit les deux pays à travers la culture, est un autre symptôme significatif d'une maladie qui, pour l'instant, semble incurable.