Gustavo de Arístegui : Analyse géopolitique du 29 octobre 2025

Positionnement global - Depositphotos
Une semaine de vertige diplomatique et de réalignements géostratégiques
  1. L'APEC en Corée du Sud : transition énergétique, IA et pouvoir en jeu
  2. Trump-Xi en Corée du Sud : trêve ou durcissement structurel
  3. Gaza : la trêve se fissure
  4. Rencontre Trump-Kim dans la DMZ ? La valeur du geste
  5. Échec à Istanbul : le Pakistan et les talibans rompent le dialogue
  6. Tanzanie : des urnes sans véritable concurrence
  7. New York : une élection serrée
  8. La Corée du Nord « salue » l'APEC avec des missiles
  9. Rack média (dernières 24 heures – sélection soignée)
  10. Analyse par région et par média
  11. Tendances mondiales
  12. Note éditoriale finale

L'APEC en Corée du Sud : transition énergétique, IA et pouvoir en jeu

Faits :

L'APEC entre dans sa phase décisive à Gyeongju (Corée du Sud) avec le sommet des entreprises (28-31 octobre) et la réunion des dirigeants (31 octobre-1er novembre). Donald Trump a été accueilli avec les honneurs d'État et 21 salves, rencontrant le président Lee Jae-myung et annonçant un accord commercial imminent. Xi Jinping le rejoindra sous peu. L'ordre du jour s'articule autour de trois axes : la transition énergétique, la restructuration des chaînes d'approvisionnement et la gouvernance de l'intelligence artificielle, dans un contexte de guerres tarifaires et de contrôles sur les minéraux critiques.

Implications :

Si l'APEC parvient à s'accorder sur un cadre minimum en matière d'intelligence artificielle et de facilitation des échanges, cela pourrait atténuer la paralysie des investissements dans la région. Dans le cas contraire, la délocalisation défensive des chaînes de valeur persistera. Le sommet marque un tournant dans le rééquilibrage des pouvoirs dans la région indo-pacifique : le leadership de Trump cherche à contrer l'expansion chinoise. Le véritable baromètre sera la rencontre Trump-Xi : sans trêve commerciale, aucune déclaration finale ne suffira.

Trump-Xi en Corée du Sud : trêve ou durcissement structurel

Faits :

La rencontre bilatérale attendue à Busan aborde cinq fronts : 1) le contrôle des précurseurs du fentanyl, 2) l'allègement partiel des droits de douane, 3) le régime des licences pour les terres rares, 4) les taxes portuaires réciproques et 5) la situation de TikTok et les achats agricoles.

Trump promet un « résultat exceptionnel », avec des avancées sur les terres rares et le pétrole russe. Cependant, les analystes anticipent un accord partiel — une prolongation de la « pause tarifaire » — sans résolution du découplage structurel, en particulier dans les domaines de la technologie et de la sécurité (Taïwan).

Implications :

Un accord partiel liant la coopération antidrogue et l'allègement tarifaire donnerait un nouveau souffle aux marchés et à l'agriculture du Midwest, mais ne renverserait pas le découplage technologique. En cas d'échec, les mesures miroirs reviendront ; en cas de succès, la trêve durera jusqu'en 2026. C'est un test du réalisme pragmatique de Trump face à l'ambition stratégique de Xi.

Le président américain Donald Trump participe à une réunion avec le président sud-coréen Lee Jae Myung en marge du sommet des dirigeants de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (APEC) à Gyeongju, en Corée du Sud, le 29 octobre 2025 - PHOTO/ EVELYN HOCKSTEIN via REUTERS

Gaza : la trêve se fissure

Faits :

Israël a lancé des attaques contre Gaza, Bureij et Khan Younis, après avoir accusé le Hamas d'avoir violé le cessez-le-feu. Washington soutient que la trêve « tient », tout en reconnaissant le droit d'Israël à riposter.

Depuis Jérusalem, le vice-président JD Vance a qualifié l'accord de « pièce maîtresse pour débloquer les accords d'Abraham », assurant que les États-Unis ne déploieraient pas de troupes, à l'exception de 200 conseillers et observateurs.

Implications :

Le message est double : retenue envers Netanyahu et avertissement au Hamas. La « pax trumpienne » dépend de la discipline bilatérale. Si l'échange de dépouilles et d'otages s'accélère, la normalisation arabe pourrait reprendre de la vigueur. Mais la volatilité interne israélienne et l'épuisement humanitaire menacent la stabilité de la trêve.

Le vice-président américain JD Vance et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se rencontrent au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 22 octobre 2025

Rencontre Trump-Kim dans la DMZ ? La valeur du geste

Faits :

Trump a exprimé son souhait de rencontrer Kim Jong-un dans la zone démilitarisée (DMZ), mais la Maison Blanche a tempéré les attentes, invoquant des « problèmes de timing ». Le contexte est défavorable : Pyongyang a resserré ses liens avec la Russie et testé de nouveaux missiles de croisière et hypersoniques, revendiquant son statut de puissance nucléaire.

Implications :

Un geste symbolique pourrait apaiser les tensions et donner un nouveau souffle diplomatique à l'APEC, mais sans feuille de route vers la dénucléarisation, il ne s'agirait que d'une pause tactique. Le report révèle les limites de l'approche personnalisée et le risque de surrécompenser Pyongyang.

Donald Trump et Kim Jong-un - PHOTO/FILE

Échec à Istanbul : le Pakistan et les talibans rompent le dialogue

Faits :

Après quatre jours de pourparlers sous la médiation turco-qatarienne, le dialogue a échoué. Islamabad accuse Kaboul de ne pas contenir le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) ; les talibans nient. Le ministre pakistanais de la Défense a mis en garde contre un scénario de « guerre ouverte », tandis que Kaboul exigeait des garanties formelles de la part des États-Unis qui ne sont jamais venues.

Implications :

Cette rupture maintient un risque élevé d'incursions transfrontalières et d'escalade militaire. La Turquie et le Qatar continueront à jouer le rôle de médiateurs, mais sans garanties concernant le TTP, il n'y aura pas de stabilité durable. L'échec des négociations expose la faiblesse du régime taliban et menace les couloirs commerciaux qui relient l'Asie du Sud au Moyen-Orient.

Un combattant taliban monte la garde sur le site où un véhicule chargé d'explosifs a explosé lors d'une attaque contre un temple sikh à Kaboul, en Afghanistan, le 18 juin 2022 - REUTERS/ALI KHARA

Tanzanie : des urnes sans véritable concurrence

Faits :

La présidente Samia Suluhu Hassan (CCM) s'impose lors d'un scrutin marqué par une faible participation, après l'exclusion et la disqualification des opposants. Les observateurs régionaux ont dénoncé un climat de peur et de censure.

Implications :

Plus un couronnement qu'une compétition. Cela renforce le discours de la « stabilité avant tout », mais érode la légitimité et complique la coopération financière internationale.

Une femme passe devant une affiche électorale de la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan du parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM) dans la rue avant les élections générales dans le district d'Ilala, Dar es Salaam, Tanzanie 28 octobre 2025 - REUTERS/ EMMANUEL HERMAN 

New York : une élection serrée

Faits :

La course à la mairie entre dans sa phase finale. Les sondages resserrent les écarts : Mamdani (42 %) conserve son avance sur Cuomo (32 %) et Sliwa (18 %). Le candidat progressiste perd des soutiens clés (UFT, AOC, Catsimatidis) tandis que Cuomo capitalise sur le vote de l'expérience et de la gestion. Eric Adams et Dov Hikind le soutiennent ; Hochul et Jeffries resserrent les rangs avec Mamdani.

Implications :

Le duel oppose le militantisme et l'institutionnalisme. Une victoire de Mamdani modifierait l'équilibre politique de la plus grande ville des États-Unis, tandis que Cuomo gagne du terrain grâce au soutien de l'électorat majoritaire et modéré. Issue incertaine, climat politique tendu.

Le maire de New York, Eric Adams, tient l'un des trophées du Super Bowl des New England Patriots lors du 80e dîner annuel de la Alfred E. Smith Memorial Foundation au Waldorf Astoria à New York, États-Unis. 16 octobre 2025 - REUTERS/ EDUARDO MUÑOZ

La Corée du Nord « salue » l'APEC avec des missiles

Faits :

Pyongyang a lancé des missiles de croisière mer-terre juste avant l'arrivée de Trump en Corée du Sud. Séoul a confirmé les essais.

Implications :

Ce geste accentue la pression sur Washington et renforce la coordination entre les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon. Il rappelle que, sous la surface diplomatique de l'APEC, la péninsule coréenne reste un point critique de dissuasion nucléaire.

Situées à 5 500 kilomètres à l'est de Moscou, dans ce que l'on appelle l'Extrême-Orient, les délégations de la Corée du Nord et de la Russie se sont rencontrées le 13 septembre au nouveau cosmodrome sibérien de Vostochny - PHOTO/Roscosmos

Rack média (dernières 24 heures – sélection soignée)

  • APEC / Trump-Xi : Reuters (ordre du jour : fentanyl, terres rares, TikTok, tarifs douaniers) · site officiel APEC CEO Summit (Gyeongju, 28-31 octobre)
  • Gaza : Reuters (bombardements et réponse israélienne) · The Guardian (citations de JD Vance)
  • DMZ / Trump–Kim : Reuters, Washington Post (faibles attentes)
  • Pakistan–Talibans : Reuters (échec à Istanbul ; risque de guerre)
  • Tanzanie : AP, FT, Al Jazeera (processus restrictif)
  • NYC : CBS New York (sondage Suffolk ; vote des seniors)
  • Missiles nord-coréens : Reuters (confirmation des lancements)

Analyse par région et par média

Anglo-saxons (NYT, WP, Guardian, WSJ, FT, BBC, CNN, Fox, Politico, The Hill, Economist)

Consensus : la tournée asiatique de Trump est considérée comme une occasion de réduire les tensions avec la Chine, même si le scepticisme règne quant à la durabilité des résultats. Sur Gaza, division : les médias progressistes dénoncent les violations du cessez-le-feu ; les conservateurs soutiennent la position ferme de Washington. En Tanzanie, consensus : élections sans véritable concurrence. À New York, attention croissante portée à Cuomo comme alternative modérée.

Européens (Times, Telegraph, Le Monde, FAZ, Corriere, Die Zeit, Libération, Helsingin Sanomat)

Ils s'accordent sur leurs préoccupations concernant la volatilité mondiale et l'impact de l'axe Trump-Xi sur l'Europe. Le Monde et la FAZ alertent sur le risque d'isolement économique européen. Libération et Die Zeit critiquent la réponse israélienne à Gaza. Le Telegraph et Die Welt soutiennent une ligne occidentale ferme face à Pékin et Pyongyang.

Russes et Asiatiques (RT, TASS, SCMP, China Daily, Yomiuri Shimbun, Times of India, WION)

La Russie célèbre ses « progrès » en Ukraine ; la Chine présente la rencontre Trump-Xi comme une concession américaine. Le Japon et Singapour alertent sur les tensions en Asie du Nord-Est. L'Inde souligne le risque d'instabilité lié à l'effondrement afghano-pakistanais.

Amérique latine et Moyen-Orient (Clarín, El Mercurio, Reforma, Al-Jazeera, Arab News, Asharq Al Awsat, Gulf News)

Gaza au centre de l'attention. Al-Jazeera et les médias palestiniens dénoncent l'agression israélienne ; les médias du Golfe plaident en faveur d'une médiation. L'Amérique latine observe la politique commerciale de Trump en raison de son impact sur les migrations et les matières premières.

L'Europe, Israël et le Vatican (Gazeta Wyborcza, Ukrinform, Yedioth Ahronoth, Haaretz, Jerusalem Post, L'Osservatore Romano)

Les médias ukrainiens rapportent les avancées russes et exigent le soutien occidental. En Israël, division : Yedioth soutient la ligne Vance ; Haaretz critique la gestion du cessez-le-feu. Le Vatican insiste sur l'approche humanitaire.

Tendances mondiales

  • Diplomatie accélérée, résultats incertains : l'APEC et Trump-Xi marquent la géopolitique économique.
  • Gaza redéfinit le discours post-accords d'Abraham.
  • Les autoritarismes électifs (Tanzanie) consolident le modèle africain.
  • Polarisation politique en Occident : New York comme microcosme.
  • Asie militarisée : la Corée du Nord, un rappel constant.

Note éditoriale finale

Le tableau mondial offre un équilibre précaire entre dialogue et pression. Trump tente de combiner puissance commerciale et gestes diplomatiques ; Xi calibre sa réponse pour ne pas perdre le contrôle du récit ; et le Moyen-Orient vit une trêve suspendue dans les airs. L'ordre international reste fragmenté, et les forums multilatéraux — comme l'APEC — ne suffisent plus à eux seuls : seule une réelle volonté politique pourra traduire les sommets en stabilité.