L'influence de la génération Z sur le succès du Maroc pour les années 2025 et 2030

Un homme se tient près d'un bâtiment incendié qui abritait une banque, à la suite des manifestations antigouvernementales menées par des jeunes, à Salé, au Maroc, le 2 octobre 2025 - REUTERS/ AHMED EL JECHTIMI
Les manifestations de la jeunesse marocaine exigent des comptes au gouvernement d'Akhannouch et positionnent la génération Z comme un facteur clé pour la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030 
  1. Santé, éducation et justice sociale avant la CAN et la Coupe du monde
  2. Appel au boycott de la CAN et de la Coupe du monde
  3. Les Lions de l'Atlas soutiennent la GenZ 212

Les manifestants de la génération Z, coordonnés par le collectif « GenZ 212 », appellent au boycott de la Coupe d'Afrique des nations 2025 (CAN 2025) et de la Coupe du monde de football 2030, exprimant leurs revendications pour améliorer la qualité des services publics de base tels que la santé et l'éducation et critiquant les budgets exorbitants consacrés à ces événements sportifs.

Cette position, qui va au-delà des commentaires sur les réseaux sociaux et des slogans dans les rues pour devenir une réalité inquiétante pour le gouvernement marocain, fait aujourd'hui de la génération Z un élément clé sine qua non pour le succès ou l'éventuel échec de la Coupe d'Afrique, dans l'attente d'une gestion adéquate de la situation dans le pays par les dirigeants.

Ces mouvements, organisés via les réseaux sociaux, en particulier via l'application Discord, continuent d'appeler à manifester, et certains ultras du football se sont joints au mouvement, appelant au boycott des prochains matchs.

« Si le Maroc s'est félicité d'avoir construit un stade exceptionnel en un temps record, il n'a pas encore réussi à construire des hôpitaux de qualité, des écoles modernes et des universités qui développent la recherche scientifique où l'on apprend non pas à réciter, mais à penser », dénoncent les manifestants dans différentes villes du royaume marocain.

Des personnes près d'un bâtiment incendié qui abritait une banque, après les manifestations antigouvernementales menées par des jeunes, à Salé, au Maroc, le 2 octobre 2025 - REUTERS/ AHMED EL JECHTIMI

Santé, éducation et justice sociale avant la CAN et la Coupe du monde

Moins d'un mois après l'inauguration en grande pompe du nouveau joyau sportif du Maroc, le stade Moulay-Abdellah à Rabat, des manifestations ont éclaté samedi dernier dans toutes les grandes villes du pays pour réclamer des réformes des secteurs publics de la santé et de l'éducation.

Le succès des rendez-vous de 2025 et 2030 n'est pas seulement une question de stades modernes, mais aussi de confiance entre l'État et les citoyens. Selon la génération Z, il s'agit d'un rapprochement entre les attentes et les réalisations, dans le but de revaloriser les priorités du pays nord-africain en plaçant le citoyen marocain au centre de l'action politique du gouvernement.

Ces jeunes sont conscients que la fête ne peut masquer la réalité amère de la plupart des régions marginalisées du royaume marocain et demandent à être entendus et à voir leurs besoins satisfaits sans répression ni musellement de leur voix de protestation. Ils veulent célébrer le succès de cet événement, mais exigent au préalable que la priorité soit donnée aux citoyens afin qu'ils puissent mener une vie digne, en appelant à la rénovation des hôpitaux et à la réduction des classes qui comptent parfois plus de 40 élèves.

Les jeunes comparent la façon dont les dirigeants sont prêts à investir des milliards dans les infrastructures sportives et l'organisation de compétitions internationales, tout en s'abstenant d'investir dans le capital humain et les services publics de base, ce qui, selon les voix des manifestations, a profondément indigné le peuple marocain.

Ces manifestations expriment la colère d'une génération qui se sent ignorée, ce qui pourrait avoir des conséquences inattendues. En effet, le boycott des grandes compétitions n'est plus un slogan brandi par les manifestants de la génération Z, mais un appel qui se traduit par des commentaires sur les réseaux sociaux qui ne parlent plus seulement de football, mais aussi de dignité, de justice et du développement déséquilibré qui génère chaque jour davantage d'injustices sur le territoire marocain.

Des objets endommagés gisent devant une banque vandalisée, après les manifestations antigouvernementales menées par des jeunes, à Salé, au Maroc, le 2 octobre 2025 - REUTERS/ AHMED EL JECHTIMI

Appel au boycott de la CAN et de la Coupe du monde

Sous le slogan « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux ? », les vagues de protestation de la génération Z appellent désormais au boycott de la Coupe d'Afrique des nations qui commence le 21 décembre, répétant que « la santé, l'éducation et la justice sociale passent avant la Coupe du monde et la CAN ».

Ce sont ces revendications légitimes en matière de santé et d'éducation que les jeunes et les moins jeunes revendiquent comme fondement d'un Maroc fort, qui progresse et prospère de manière équitable au profit de ses citoyens.

Des réseaux sociaux aux rues, les manifestations ont gagné les stades où la colère s'exprime également. Les supporters du Wydad Casablanca ont déployé dimanche une banderole sur laquelle on pouvait lire « Ni éducation ni médecin, et bonne chance aux pauvres et à leurs familles » ; ils ont également chanté leur soutien au mouvement GenZ 212. D'autres groupes, tels que les Orange Boys 2007 de Berkane, les Ultras Shark de Safi ou les Hércules 2007 de l'Ittihad Tanger, ont également annoncé une grève en soutien aux manifestations de la génération Z.

De son côté, le groupe de supporters de l'équipe nationale, Rosso Verde, a annoncé qu'il boycotterait les prochains matchs des Lions de l'Atlas contre Bahreïn et le Congo. Les supporters estiment que leur rôle « ne se limite pas à encourager dans les tribunes, mais comprend également l'expression de leur engagement envers les problèmes de la nation et de la société ».

Les Lions de l'Atlas soutiennent la GenZ 212

Plusieurs joueurs marocains ont exprimé leur totale solidarité et leur soutien au mouvement de jeunesse GenZ 212 pour l'amélioration des services publics au Maroc, parmi lesquels le défenseur de Marseille, Nayef Aguerd, et le gardien de but du FC Al-Hilal, Yassine Bounou.

Nayef Aguerd a publié un message de solidarité sur Instagram dans lequel il écrit : « Mon cœur est avec tout ce qui se passe au Maroc », appelant à ce que ces manifestations se poursuivent de manière pacifique avant de conclure par le slogan national : « Dieu, la Patrie, le Roi ».

Cette image, qui est devenue virale, a également été partagée par d'autres Lions de l'Atlas, tels que le latéral Mohamed Chibi, le défenseur central Abdel Abqar, les milieux de terrain El Azzouzi, Bilal Nadir et Abdelhamid Sabiri, les attaquants Amine Adli et Ez Abd, ainsi que l'emblématique Hakim Ziyech.

De son côté, Yassine Bounou a partagé un message disant : « Pour nos droits, pour la dignité, pour la santé et l'éducation ».

Sofyan Amrabat a également écrit son propre message sur Instagram : « Ensemble, avec respect et unité, pour un Maroc meilleur et plus fort, Insha'Allah ! »

Parallèlement, d'autres joueurs tels qu'Azzedine Ounahi et Jawad El Yamiq ont partagé des images des arrestations, sans commentaires, en signe de soutien au mouvement.

Lors de la conférence de presse, lorsque la liste des Lions de l'Atlas pour ces deux matchs a été annoncée, le sélectionneur national Walid Regragui a soutenu les revendications du mouvement en déclarant : « Il n'y a pas un seul Marocain dans le monde qui ne souhaite pas avoir une meilleure éducation et une meilleure formation. Ce que nous souhaitons, c'est que tout cela se fasse dans le respect et sans violence ».