Le Maroc mise sur la puissance intelligente tandis que l'Algérie renforce ses dépenses militaires
- Maroc : modernisation des Forces armées royales (FAR)
- Algérie : dissuasion quantitative et dépendance extérieure
- Deux visions opposées de l'avenir du Maghreb
- Les dépenses de défense : facteurs sociaux et économiques
- Doctrines de défense entre puissance intelligente et dissuasion conventionnelle
- Projection internationale et équilibre stratégique
L'augmentation des dépenses de défense des pays d'Afrique du Nord s'annonce comme une nouvelle course à l'armement dans laquelle le Maroc et l'Algérie ont adopté deux conceptions différentes de la puissance militaire. Alors que Rabat mise sur la technologie et la qualité, Alger aurait opté pour la quantité. La présentation des budgets de défense des deux pays montre une vision opposée de la sécurité à court terme.
Dans le but de redéfinir l'équilibre des pouvoirs dans la région, l'Algérie, de plus en plus isolée sur la scène internationale, a opté pour une stratégie militaire dissuasive grâce à des budgets records. De son côté, le Maroc, qui bénéficie d'un large soutien international, a préféré miser sur une stratégie de puissance intelligente, très similaire à celle des grandes puissances de l'OTAN et des géants militaires tels que la Chine ou le Pakistan.
Maroc : modernisation des Forces armées royales (FAR)
Selon des plateformes spécialisées, le Maroc a entamé un processus de transition et de transformation des Forces armées royales (FAR). Sur la base de ce qui a été approuvé dans le projet de loi de finances (PLF) pour l'année 2026, Rabat a exprimé sa volonté d'accélérer la modernisation de son industrie militaire et de son armée.
Avec une enveloppe de près de 16 milliards de dollars (15,717 milliards), le pays nord-africain espère créer plus de 5 500 emplois dans toutes les branches des FAR, en particulier au Centre royal de surveillance spatiale, ce qui reflète l'importance accordée par Rabat au développement du renseignement et de la reconnaissance satellitaires.
Sur ce total, on estime que plus de 5,5 milliards de dollars seront répartis entre les salaires, la maintenance et l'exécution de contrats antérieurs. Ces chiffres augmenteraient de 17,7 % par rapport aux chiffres précédents.
Le reste du budget vise à compléter les programmes de modernisation qualitative, et non quantitative, de l'armée par l'achat de systèmes avancés, et à promouvoir une industrie locale soutenue par les principaux partenaires militaires du pays : les États-Unis, l'Inde, la Turquie et Israël.
Algérie : dissuasion quantitative et dépendance extérieure
Dirigée par un exécutif fortement soutenu par le pouvoir militaire, l'Algérie enregistre, année après année, une augmentation significative de son budget de défense. Selon les estimations de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), l'Algérie a augmenté de plus de 100 % son budget consacré aux dépenses militaires au cours des dix dernières années.
Selon les dernières données de la plateforme espagnole Defensa, les fonds alloués par l'Algérie dépasseraient les 25 milliards de dollars, soit plus de 55 % de ceux alloués par le Maroc. De plus, le gouvernement algérien aurait activé l'exécution de crédits d'une valeur de plus de 26 milliards de dollars, faisant du pays l'un des États africains qui dépensent le plus en matière de défense.
L'inquiétude de l'Algérie, due à son isolement international, est telle que le budget militaire dépasse largement la somme combinée des postes de santé et d'éducation. En fait, le crédit supplémentaire dont disposerait l'industrie militaire dépasse de plus de 45 % la somme de ces deux postes.
La stratégie algérienne s'oppose à celle du Maroc. Alors que Rabat cherche à moderniser son industrie locale grâce à ses alliances internationales, Alger a augmenté ses dépenses pour acheter et entretenir tout son arsenal russe, qui représente les trois quarts de sa puissance militaire.
L'achat des nouveaux modèles d'avions russes Su-57, Su-35 et Su-34 est à l'origine des dépenses élevées qui ont dû être approuvées. Toutefois, ce niveau d'acquisitions confirme que l'Algérie poursuit une politique de dissuasion traditionnelle fondée sur la supériorité numérique et le maintien d'une armée conventionnelle importante, équipée de matériel lourd et coûteux à exploiter.
Deux visions opposées de l'avenir du Maghreb
La différence entre les prédispositions des deux pays est très claire, puisque le premier adhère au modèle de puissance intelligente, qui est compris comme celui qui combine coopération internationale, innovation technologique et industrialisation locale dans des limites économiques acceptables.
Le second, dans ce cas, cache derrière sa politique de dissuasion quantitative une répartition extrême de sa fortune, qui est préparée par le pétrole, le gaz et d'autres ressources naturelles, afin de couvrir ses dépenses militaires élevées.
Pour les analystes en matière de défense, la divergence entre les deux est susceptible de faire pencher la balance militaire du Maghreb, le premier cherchant à trouver des solutions pour sortir du feu qui l'a conduit à une autonomie stratégique diversifiée, tandis que le second sera confronté à la conséquence écrasante du poids des dépenses militaires et à l'absence d'une vision holistique entre défense et développement.
En ce sens, le défi central pour les deux pays consistera à convertir leurs dépenses militaires en une stabilité réelle et durable, en veillant à ce que la compétitivité en matière d'armement ne prive pas les ressources nécessaires au développement social et à la coopération régionale.
Les dépenses de défense : facteurs sociaux et économiques
La divergence des stratégies militaires est également inhérente aux structures économiques et sociales propres à chaque pays, de sorte que la diversification de l'économie marocaine, basée sur le tourisme, l'automobile, l'agriculture et les énergies renouvelables, contraste avec l'Algérie, qui continue de dépendre de ses revenus gaziers et pétroliers.
Cela a pour conséquence de conditionner la durabilité des dépenses militaires : alors que Rabat tente de maintenir un équilibre entre défense et développement, l'Algérie opte pour un modèle à coûts élevés qui pèse sur son budget national.
Le Maroc a récemment été le théâtre de mobilisations de la « génération Z », qui réclamait une amélioration des services publics et davantage d'opportunités professionnelles, renforçant ainsi la nécessité d'un engagement en faveur de la sécurité et du bien-être social.
Le gouvernement marocain a tenté de réaliser des investissements, mais aussi dans la logique d'un environnement où la défense et la cohésion interne sont importantes, sachant que la paix à laquelle aspire le pays dépend de bien d'autres éléments que la dotation en production militaire.
Doctrines de défense entre puissance intelligente et dissuasion conventionnelle
Le modèle marocain est celui de la puissance intelligente, car il combine la puissance militaire avec la diplomatie, la coopération technologique et la sécurité de la région ; la force de ce modèle réside dans la création d'un équilibre entre la puissance dure et la puissance douce en exploitant l'innovation et la coopération internationale comme mécanismes d'influence.
Rabat participe à des exercices tels que l'African Lion, qu'il développe en collaboration avec les forces des États-Unis d'Amérique, dans le cadre des missions de maintien de la paix des Nations unies, consolidant ainsi son image d'acteur stable et moderne du Maghreb. À l'opposé de ce modèle, l'Algérie opte pour une doctrine de défense de type dissuasion conventionnelle et pour des forces armées dont l'effectif avoisine les 130 000 soldats.
Si cette doctrine lui confère une grande capacité opérationnelle, l'absence d'industrie nationale de défense le contraint à importer du matériel étranger et le rend vulnérable aux fluctuations du marché international. La guerre en Ukraine contribue également à exposer sa vulnérabilité.
Projection internationale et équilibre stratégique
Le Maroc et l'Algérie sont les protagonistes de l'espace de sécurité du Maghreb, mais aussi des zones méditerranéennes, pour la sécurité de ceux qui ont une conception de la sécurité inscrite dans l'histoire coloniale de l'Afrique du Nord.
La stratégie de l'Algérie maintient très bien son poids historique sur le continent, non seulement parce qu'elle est très présente et très impliquée dans les organisations africaines de défense (en trouvant des validations historiques dans son choix de la « non-intervention directe », mais aussi parce qu'elle dispose d'une grande marge de légitimité pour agir sur la base de son isolement international et de sa dépendance technologique vis-à-vis de l'armement russe, qui limiteront la rapidité de son adaptation aux nouveaux équilibres.
L'importance de la modernisation technologique, et plus encore le potentiel de la capacité spatiale marocaine, ont contribué à affaiblir progressivement l'équilibre stratégique, ce qui a alimenté les inquiétudes d'Alger et a conduit à l'ouverture d'une nouvelle étape dans la course à l'armement en Afrique du Nord.