Opération « Sombra Negra » : la coopération stratégique entre le Maroc et l'Espagne porte un coup dur au trafic de drogue dans l'Atlantique

Opération Ombre noire - PHOTO/POLICE NATIONALE

L'implication décisive de la DGSN marocaine et le soutien du CNI espagnol ont permis de démanteler un réseau transnational responsable de l'introduction de près de 57 tonnes de cocaïne en Europe

  1. Opération « Sombra Negra » et coopération en matière de sécurité
  2. Enquête et déploiement en Espagne
  3. Routes atlantiques et structure logistique
  4. Portée du trafic et ampleur du réseau
  5. Impact opérationnel, rayonnement international et importance stratégique

Opération « Sombra Negra » et coopération en matière de sécurité

La collaboration entre la Direction générale de la sécurité nationale du Maroc (DGSN) et les autorités espagnoles, avec le soutien du Centre national du renseignement (CNI), a été fondamentale pour porter le plus grand coup au trafic de drogue dans l'Atlantique.

L'opération, baptisée « Sombra Negra », a permis de démanteler le principal groupe criminel qui se livrait au trafic international de grandes quantités de cocaïne. Il disposait de contacts et de moyens financiers sur différents continents et utilisait les routes maritimes de l'Atlantique pour acheminer la drogue vers l'Europe.

La police nationale, la DGSN et le CNI portent le plus grand coup de l'histoire du trafic de drogue en Europe - PHOTO/POLICE NATIONALE

Enquête et déploiement en Espagne

Après une enquête de plus d'un an menée par le parquet spécial antidrogue de l'Audiencia Nacional et le tribunal central d'instruction n° 3, l'opération s'est déroulée en deux parties. Elle a abouti à 49 perquisitions dans différents endroits d'Espagne et à l'arrestation de plus de 105 personnes.

Avec l'aide de la DGSN, les forces de sécurité espagnoles ont saisi plus de 10,4 tonnes de cocaïne, trente embarcations et soixante-dix véhicules. Elles ont également saisi divers biens, six propriétés, des armes et près d'un million d'euros en espèces. Le groupe disposait de centaines de comptes bancaires utilisés pour blanchir de l'argent, ainsi que d'outils de communication de haute technologie pour ses opérations en haute mer.

Routes atlantiques et structure logistique

L'opération a été rendue possible grâce au travail très important accompli par la DGSN au Maroc pour identifier les routes maritimes, les lieux de coordination et les points de connexion entre les cargos et les véhicules plus petits. En effet, l'activité principale se déroulait sur les côtes du sud de l'Espagne, au nord du Maroc et dans les îles Canaries.

La collaboration entre les services de renseignement marocains et le CNI a permis de suivre en temps réel les mouvements de l'organisation, ce qui a été essentiel à la réussite de l'opération. La grande capacité de l'organisation a constitué un défi pour les forces de sécurité. La police rapporte que le groupe criminel utilisait de grandes plates-formes flottantes en haute mer capables de stocker la drogue pendant des semaines.

Les pilotes y restaient pendant des semaines. Ils disposaient également de centres de stockage de carburant contenant plus de 100 000 litres, de systèmes de communication pour éviter les interceptions et d'un réseau côtier qui tentait d'échapper à nos moyens aériens et maritimes.

La police nationale et la DGSN arrêtent plus de 100 personnes dans le cadre de la plus grande opération contre le trafic de drogue dans la région atlantique - PHOTO/POLICE NATIONALE

Portée du trafic et ampleur du réseau

Des études suggèrent que l'organisation criminelle a introduit en Europe un maximum de 57 000 kilos de cocaïne au cours de l'année dernière. Une situation qui présente des défis importants et un panorama complexe pour les autorités. Depuis l'arrivée de cette drogue en Europe, il s'agit de la deuxième plus grande opération policière jamais menée.

Outre la DGSN marocaine et le soutien direct du CNI, la National Crime Agency britannique, la Drug Enforcement Administration américaine, Europol, le Centre d'analyse et d'opérations maritimes en matière de trafic de drogue (MAOC-N) et les autorités du Portugal, de France, de Colombie et du Cap-Vert ont également participé à cette opération. Dans ce cadre, les autorités portugaises ont saisi 6 600 kilos de cocaïne à bord d'un semi-submersible lié au réseau.

La DGSN et la police saisissent plus de 10 400 tonnes de cocaïne - PHOTO/POLICE NATIONALE

Impact opérationnel, rayonnement international et importance stratégique

L'un des coups les plus décisifs a été le démantèlement d'un important centre dans le Campo de Gibraltar. Ce lieu servait de point principal de distribution et de blanchiment d'argent, d'où étaient fournis des terminaux de communication sécurisés et du matériel nautique à plusieurs organisations criminelles du sud de l'Espagne.

L'enquête a mis en évidence la violence et l'intimidation du groupe. Ce dernier est allé jusqu'à verser douze millions d'euros à la famille d'un membre d'équipage décédé lors d'un transport pour acheter son silence.

Au-delà des chiffres, « Sombra Negra » renforce le rôle du Maroc en tant que partenaire stratégique indispensable de l'Espagne et de l'Europe dans la lutte contre le crime organisé. La participation de la DGSN confirme que Rabat joue un rôle clé dans la sécurité euro-méditerranéenne. Il est souligné que ce n'est qu'en travaillant ensemble, dans un climat de confiance mutuelle et en partageant les informations, qu'il sera possible de lutter contre les réseaux criminels qui opèrent entre les continents.