Le Maroc et la déclaration royale : réguler le débat national au milieu de problèmes importants
La déclaration ne s'est pas limitée à exprimer sa gratitude et ses éloges pour le succès de l'organisation, mais a replacé les enjeux dans leur contexte politique et national, en mettant l'accent sur l'unité nationale, la profonde identité africaine du Maroc et l'importance d'aborder avec sérénité les tensions qui ont surgi pendant le tournoi.
Dans ce contexte, la déclaration semblait être un appel clair à éviter de se laisser emporter par les vagues de provocation qui ont surgi sur certaines plateformes numériques, que ce soit en relation avec les résultats des matchs ou avec les tentatives d'impliquer le Maroc dans des interprétations tendues de ses relations avec ses voisins et son contexte africain plus large. Ces interprétations ont été sorties de leur contexte et, pour certains, sont devenues des outils permettant de semer la confusion et d'attiser les tensions, tant au niveau national qu'international.
Parmi ces tentatives figure la reprise d'une ancienne phrase du penseur marocain Abdallah Laroui, sortie de son contexte et interprétée de manière à favoriser la rhétorique de la discorde plutôt que le débat intellectuel sérieux, à un moment où une telle confusion est inacceptable et où les priorités de la phase actuelle ne sont pas prises en compte.
Au milieu de ce débat, la phrase « Le Maroc est une île », précédemment utilisée par le penseur Abdallah Laroui, a circulé, mais d'une manière qui l'a complètement dissociée de son contexte d'origine. Certains l'interprètent comme un appel à l'isolement ou à la distanciation par rapport à la profondeur arabe et africaine, alors qu'en réalité, elle ne dit absolument pas cela et n'est en aucun cas cohérente avec la pensée de Laroui ni avec la réalité du Maroc actuel.
Cette phrase remonte à une interview télévisée au début du millénaire, à une période où le Maroc traversait une situation régionale complexe : fermeture des frontières terrestres, tensions avec certains pays voisins, rupture avec le Maghreb et débats houleux avec l'Espagne sur des questions telles que Ceuta, Melilla et la souveraineté maritime, sans oublier ses préoccupations concernant la question du Sahara occidental. C'est précisément dans ce contexte que Laroui a utilisé l'expression « le Maroc est une île » pour décrire une situation géographique et politique imposée, et non pour promouvoir l'idée d'isolement ou de rupture.
Son intention était donc de décrire un long parcours historique qui a conféré au Maroc son caractère unique, depuis l'époque saadienne, en passant par ses décisions politiques, jusqu'à son éloignement de la domination ottomane. Cette distance, à certains moments, le faisait presque paraître séparé de son environnement arabe immédiat. Cependant, cette « séparation » n'était pas un choix idéologique, mais le résultat de l'histoire, de la géographie et de la politique.
Pour Laroui, la politique et la culture ne peuvent être comprises hors de leur contexte historique. Le terme « île » n'est ni un slogan ni une prise de position, mais la description d'une longue accumulation qui a contribué à la construction d'un État qui a appris à fonctionner selon la logique de l'État, et non celle du tribalisme.
Cela explique la capacité du Maroc à résister et à s'adapter à son environnement, plutôt que de s'en isoler. Par conséquent, mal interpréter cette phrase revient à ignorer tout ce contexte et à négliger la sensibilité du moment politique actuel au Maroc.
Jusqu'à ce que la déclaration royale soit publiée il y a quelques jours, sans entrer dans le débat ni répondre à des interprétations spécifiques, y compris celle d'Al-Aroui, elle a simplement réaffirmé avec force sa présence dans le discours public, non seulement au Maroc, mais aussi dans le monde arabe et africain.
La déclaration était sereine et claire : sans escalade ni provocation, mais plutôt un message de tranquillité dans un moment délicat. Elle présentait le Maroc comme une nation africaine ouverte, sûre de son chemin, convaincue que son succès est lié à celui de tout le continent et que les désaccords occasionnels ne doivent pas conduire à une rupture entre les peuples. Les émotions peuvent passer, mais les liens de fraternité africaine perdurent.
Politiquement, le message était astucieux. Tout en renforçant sa présence en Afrique, le Maroc cherche à se présenter comme un partenaire serein et équilibré, et non comme une partie tendue ou isolée. Ce faisant, il a anticipé toute tentative de le présenter comme un pays fermé ou déconnecté de ses racines africaines.
Il est donc difficile de comprendre cette déclaration en dehors du contexte de la situation politique interne actuelle du Maroc, en particulier compte tenu de l'importance centrale de la question du Sahara occidental. Cette étape exige un haut degré de cohésion interne, car le débat autour de la mise en œuvre de l'initiative d'autonomie nécessite calme et harmonie, et non des disputes qui pourraient être exploitées de l'extérieur, en particulier compte tenu des tentatives de certaines parties au conflit de créer des tensions périphériques ou de perturber le processus politique.
Comme d'habitude, le discours royal était serein mais déterminé, soulignant la prise de conscience des Marocains comme première ligne de défense contre les tentatives de division. Cette cohésion ne se limite pas à la question du Sahara ; elle est également liée à un événement mondial majeur : l'organisation de la Coupe du monde 2030. La préparation de cet événement ne se limite pas aux stades et aux infrastructures ; elle nécessite un discours politique équilibré, des relations régionales bien pensées et un dialogue interne responsable, afin que le Maroc puisse se présenter comme une nation stable, ouverte et capable, capable de gérer ses affaires avec sérénité.
En ce sens, la déclaration royale reflète l'idée d'un « Maroc en plein essor », à laquelle le roi avait déjà fait référence dans un discours, en contrôlant le débat public, en se concentrant sur les thèmes principaux et en soulignant que l'ouverture à l'Afrique, la stabilité interne et la gestion rationnelle des différends constituent la base pour renforcer la position du Maroc au niveau régional et international, sans bruit ni émotion.