Polisario : la partie est terminée

Brahim Ghali, secrétaire général du Front Polisario  - REUTERS/ RAMZI BOUDINA
Le 31 octobre 2025 marquera sans doute une rupture historique dans la longue et stérile confrontation autour du Sahara marocain
  1. Le basculement du paradigme onusien : la légalité au service de la réalité
  2. Le Polisario dans l’impasse stratégique
  3. Le discours royal : une inflexion géopolitique majeure et une offre stratégique à l’Algérie

Avec l’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité, la communauté internationale a acté la fin d’un cycle c’est celui de l’ambiguïté stratégique entretenue depuis des décennies autour du Front Polisario. Ce texte, d’une portée politique et normative inédite, ne laisse plus place au doute en consacrant l’initiative marocaine d’autonomie n’est plus comme une option, mais elle est la seule solution reconnue comme base exclusive d’un règlement politique durable, dans le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc.

Dès lors, ce changement de cap n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une décennie de diplomatie royale patiente et d’une stratégie d’influence méthodique. Le Maroc a déplacé le centre de gravité du débat international en transformant la question du Sahara d’un dossier politique figé en un modèle de gouvernance territoriale avancée, fondé sur la stabilité, le développement et la coopération régionale. In fine, le Front Polisario et son mentor, désormais privé de tout fondement juridique ou narratif, se trouve désarmé diplomatiquement. Ainsi, l’ONU reconnaît de facto que la réalité du terrain prime sur la fiction idéologique : le Sahara marocain est un espace de souveraineté fonctionnelle, où la stabilité et la prospérité l’emportent sur les slogans révolutionnaires d’un autre temps.

Membres du Conseil de sécurité des Nations unies - REUTERS/ EDUARDO MUÑOZ

Le basculement du paradigme onusien : la légalité au service de la réalité

À cet égard, ce tournant institutionnel illustre la maturité d’une diplomatie marocaine désormais capable de convertir la légitimité historique en légitimité normative. Cette transition doctrinale n’est pas fortuit mais il découle d’une stratégie cohérente qui associe constance politique, maîtrise juridique et crédibilité économique. Le Maroc a réussi à repositionner la question du Sahara dans le champ des solutions concrètes et pragmatiques, où la réalité géopolitique prévaut sur la rhétorique idéologique. Dans cette dynamique, le vote de la résolution 2797 a consacré l’existence d’un front diplomatique mondial élargi et structuré autour du Maroc, confirmant que la question du Sahara n’est plus un différend régional, mais un enjeu global de stabilité et de gouvernance internationale. Les États-Unis, en tant que penholder du dossier au Conseil de sécurité, ont joué un rôle déterminant dans la formulation du texte final, en consacrant noir sur blanc l’initiative marocaine d’autonomie comme unique base de la négociation politique. Ce positionnement américain, soutenu à la fois par la Maison Blanche, le Département d’État et un Congrès à majorité bipartisane, s’inscrit dans une continuité doctrinale : pour Washington, la souveraineté marocaine sur le Sahara est un pilier de la sécurité transatlantique et du contre- terrorisme au Maghreb et au Sahel.

Dans le même esprit, la France et le Royaume-Uni, alliés historiques et partenaires stratégiques du Maroc, ont consolidé cette orientation en adoptant une posture diplomatique claire, estimant que la proposition marocaine constitue la seule voie réaliste et durable, conforme aux principes de la Charte des Nations unies et les résolutions onusiens antérieures. Ainsi, Paris, Londres et Washington forment désormais un triangle de stabilité diplomatique, convaincu que la souveraineté marocaine est non seulement une donnée juridique, mais également un levier géostratégique majeur pour la sécurité énergétique et maritime de l’espace euro-africain.

À cette alliance occidentale s’ajoute un large soutien arabe et africain. Les pays du Conseil de coopération du Golfe, en tête les Émirats arabes unis, Bahreïn, l’Arabie saoudite et le Qatar, ont réaffirmé leur soutien constant et explicite à l’intégrité territoriale du Maroc, allant jusqu’à ouvrir des consulats à Dakhla et à Laâyoune, symboles tangibles d’une reconnaissance diplomatique pleine et entière. Parallèlement, plus de quarante États africains soutiennent ouvertement la marocanité du Sahara, convaincus que la stabilité du continent dépend de la consolidation des États souverains et de la fin des conflits artificiels hérités de la guerre froide.

Route menant au poste-frontière de Guerguerat, liaison entre le Maroc et la Mauritanie - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ

Sur le plan européen, vingt-trois pays, dont l’Espagne, les Pays-Bas, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie ou la Croatie, ont déclaré que le plan d’autonomie marocain constitue la seule base sérieuse, crédible et pragmatique pour parvenir à une solution politique définitive. Cette dynamique diplomatique dessine un arc de reconnaissance transatlantique, appuyé sur des convergences économiques, énergétiques et sécuritaires.

Dans ce contexte, l’abstention de la Russie et de la Chine revêt une signification géopolitique particulière. Loin d’être un désaveu, elle traduit un équilibre calculé dans un moment de friction intense avec Washington sur d’autres dossiers stratégiques - l’Ukraine, Taïwan ou l’élargissement de l’OTAN. Ni Moscou ni Pékin n’ont choisi de bloquer la résolution : un signal implicite de neutralité bienveillante à l’égard du Maroc et de son approche et modèle de stabilité régionale. Ces deux puissances, conscientes du poids géoéconomique du Royaume dans les flux Sud-Sud et dans la sécurité énergétique atlantique, privilégient une diplomatie de prudence, laissant la porte ouverte à une coopération accrue avec Rabat dans les domaines de la logistique, de la sécurité maritime et des corridors africains.

À l’inverse, l’absence remarquée de l’Algérie lors du vote a été interprétée comme un acte de dissuasion politique sans portée diplomatique réelle, traduisant l’embarras d’un régime enfermé dans son propre isolement stratégique. En se retirant symboliquement du processus onusien au moment décisif, Alger a confirmé son affaiblissement doctrinal et son incapacité à influencer la scène internationale face à la montée du consensus mondial autour du Maroc. Cette vacance diplomatique agit dès lors comme un révélateur : l’Algérie n’est plus perçue comme un acteur stabilisateur, mais comme un facteur de blocage dans un système international qui valorise désormais la coopération, la connectivité et la sécurité partagée.

Col de Guerguerat, Maroc - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ

Le Polisario dans l’impasse stratégique

Dans ce nouvel ordre régional, le Front Polisario est confronté à une triple érosion : politique, géographique et sécuritaire. Politiquement, il n’incarne plus rien : aucune puissance majeure ne reconnaît la prétendue « RASD » comme État souverain. L’Union européenne, le Conseil de coopération du Golfe, les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Espagne et la majorité des États africains soutiennent désormais la légitimité du Maroc. Géographiquement, le mouvement se réduit à un micro-espace sous tutelle algérienne, déconnecté de toute dynamique socio-économique. Les camps de Tindouf, autrefois présentés comme symbole de résistance, sont devenus des zones d’ombre humanitaire où règnent la manipulation, la répression et la désespérance.

Sécuritairement, le Polisario constitue aujourd’hui une zone grise au cœur du Sahel, où s’entrecroisent menaces hybrides et vacuums de gouvernance. Ses connexions présumées avec des réseaux de contrebande, de trafics d’armes et certains groupes affiliés à Al-Qaïda et à Daech en font une menace latente pour la sécurité régionale et pour les intérêts occidentaux dans la bande sahélo-saharienne. Cette dérive transforme le mouvement en acteur para-étatique instable, désormais perçu par plusieurs chancelleries comme un facteur d’insécurité transfrontalière.

Dans ce contexte, les États-Unis pourraient aller jusqu’à désigner le Front Polisario comme organisation terroriste, en s’appuyant sur l’initiative portée par le membre du Congrès Joe Wilson, soutenue de manière bipartisane par des élus républicains et démocrates. Cette initiative marque une inflexion stratégique majeure, traduisant la montée d’un consensus à Washington : le Polisario n’est plus un mouvement politique, mais un acteur irrégulier à potentiel terroriste, dont les activités compromettent la stabilité du Maghreb et du Sahel et menacent la sécurité des routes énergétiques et commerciales reliant l’Atlantique à la Méditerranée.

Cette évolution, si elle se confirmait, ancrerait la position américaine dans la logique de la résolution 2797, qui reconnaît la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud et appelle à une solution politique fondée exclusivement sur l’initiative marocaine d’autonomie. Elle scellerait ainsi la convergence entre légitimité juridique et sécurité stratégique, plaçant le Maroc au centre de la lutte contre les menaces asymétriques en Afrique du Nord et dans la région sahélienne.

Face à ce vide stratégique, le Maroc émerge comme acteur pivot d’une recomposition géopolitique régionale. La vision royale s’impose comme un paradigme de stabilité : faire du Sahara un hub de connectivité continentale, moteur d’intégration économique et de sécurité collective. De fait, l’initiative royale de désenclavement du Sahel, appuyée par les infrastructures atlantiques de Dakhla et Laâyoune, redessine la carte de la puissance en Afrique de l’Ouest. En articulant souveraineté, développement et interconnexion, le Maroc inscrit son action dans la logique de sa doctrine StraitBelt : transformer la souveraineté en valeur géoéconomique, faire de la stabilité un levier de puissance et de la coopération une arme stratégique.

Un combattant du Polisario assis sur un rocher dans une base avancée à la périphérie de Tifariti, au Sahara occidental - REUTERS/ ZOHRA BENSEMRA

Le discours royal : une inflexion géopolitique majeure et une offre stratégique à l’Algérie

Au-delà de sa portée symbolique et institutionnelle, le discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, prononcé après l’adoption de la résolution 2797, a constitué une séquence géopolitique déterminante. En lançant un appel solennel au président algérien pour un « dialogue sincère et fraternel, sans vainqueur ni vaincu », le Souverain a déplacé la question saharienne du champ du contentieux vers celui de la concertation stratégique. Cet appel n’est pas un geste rhétorique : il s’inscrit dans une logique de recomposition régionale, où le Maroc se positionne comme force d’équilibre et acteur de convergence dans un Maghreb fragmenté depuis des décennies.

Sur le plan géopolitique, cette ouverture traduit un calcul d’État lucide. En effet, dans un environnement sahélo-méditerranéen instable, aucun des deux pôles maghrébins ne peut assurer seul sa sécurité et sa prospérité. Fort de sa légitimité consolidée, le Maroc se propose non comme rival, mais comme architecte d’un nouveau réalisme maghrébin fondé sur l’interdépendance et la responsabilité partagée.

Sur le plan géostratégique, il s’agit d’un mouvement structurel de désescalade, visant à repositionner l’Afrique du Nord dans le système international en tant qu’espace de stabilité, d’énergie et de connectivité. Cette main tendue agit aussi comme un test de maturité stratégique pour Alger : persister dans l’isolement ou rejoindre un projet régional porté par la confiance et la coopération.

Photo d'archive, des membres du Front Polisario conduisent un camion équipé d'une arme antiaérienne au coucher du soleil à Bir Lahlou, au Sahara occidental - REUTERS/ ZOHRA BENSEMRA

De ce fait, l’équation est désormais claire : la stabilité du Maghreb et du Sahel passe par la reconnaissance du leadership marocain et par sa volonté de créer un écosystème viable et promoteur pour la paix et le développement régional. À cet égard, le Polisario, instrumentalisé depuis des décennies par une géopolitique d’obstruction, n’a plus de place dans l’ordre régional émergent. Le jeu est terminé, car la légitimité, la légalité et la réalité du terrain convergent désormais dans une seule direction : celle d’un Sahara marocain intégré, ouvert et souverain.

En ce sens, le temps de la guerre froide et des illusions séparatistes est révolu. Le Maroc a gagné non par la confrontation, mais par la cohérence stratégique, la constance diplomatique et la puissance tranquille de son modèle. Ainsi, la résolution 2797 adoptée par le Conseil de sécurité constitue un véritable game changer : elle ne se contente pas de consacrer la légitimité du Maroc, elle reconfigure la lecture internationale du conflit, en ancrant la solution politique exclusivement dans l’initiative marocaine d’autonomie. Ce basculement transforme le Sahara marocain en pivot géoéconomique et sécuritaire de l’espace afro-atlantique et confère au Royaume un rôle inédit de stabilisateur régional.

Ainsi, ce discours royal, porteur d’une vision stratégique et morale, a redéfini la nature même du pouvoir marocain dans la région : un leadership qui concilie la souveraineté avec la coopération, la puissance avec la paix, la mémoire avec la modernité. En appelant à un dialogue “sans vainqueur ni vaincu” avec l’Algérie, le Roi Mohammed VI a inscrit le Maroc dans la matrice des nations qui transforment la victoire en projet collectif, et la souveraineté en responsabilité partagée.

De fait, la géopolitique du XXIᵉ siècle ne se joue plus sur les mirages idéologiques, mais sur la maîtrise des flux, la gouvernance des territoires et la capacité à produire de la sécurité et de la confiance. Et sur ce terrain-là, fort de sa vision royale, de sa stabilité politique et de son ancrage africain, le Maroc a définitivement pris l’avantage.