Feijóo et le Sahara : la cause occasionnelle
Il lui a également reproché ce qu'il a qualifié de manque de sensibilité envers le peuple sahraoui. Une comparaison, heureusement, peu crédible et tout à fait indésirable.
Tout à coup, le Parti populaire s'est découvert une cause sahraouie. Alberto Núñez Feijóo, dans un élan de conviction soudaine, se présente comme le défenseur d'un peuple auquel son parti, au pouvoir pendant des années, n'a guère prêté attention.
La mémoire est tenace : Felipe González et José Luis Rodríguez Zapatero ont reçu les dirigeants du Front Polisario à la Moncloa, tandis qu'Aznar et Rajoy ne leur ont même pas offert un café. Et pourtant, aujourd'hui, leur successeur défend avec une véhémence surprenante une cause que son parti a systématiquement ignorée.
Un exemple suffit pour illustrer cette conversion tardive. Manuel García-Margallo, alors ministre des Affaires étrangères de Rajoy, entretenait une relation froide et distante avec le Polisario. Alors que ses prédécesseurs socialistes – d'Ordóñez à Moratinos – recevaient publiquement les délégations au palais de Santa Cruz, le ministre des Affaires étrangères du PP préférait des rencontres discrètes, presque clandestines, une fois par an, dans un coin caché du Delegate Lunch de l'ONU. Sans photo. Sans engagement.
Les archives et les données disponibles révèlent un autre aspect révélateur : sous les gouvernements du PP, l'aide humanitaire aux camps de Tindouf avait tendance à diminuer de manière significative. Et ce n'est pas un détail mineur. Le volume de cette aide fonctionne comme un véritable baromètre de la sensibilité politique à la cause sahraouie : alors que les gouvernements socialistes avaient tendance à maintenir, voire à renforcer leur soutien, les exécutifs populaires l'ont réduit de manière notable. Il est donc difficile de ne pas se poser la question suivante : pourquoi maintenant et pas avant ?
Le paradoxe est double et, en même temps, ironique. D'une part, il est difficile d'imaginer un parti conservateur embrassant avec enthousiasme le Front Polisario, historiquement lié à des régimes que le PP déteste – Cuba, Nicaragua, Venezuela – et identifié en Espagne à la gauche la plus radicale. D'autre part, il est surprenant que Feijóo s'allie dans cette croisade à Vox, un parti dont la vision idéologique est aux antipodes du mouvement sahraoui. Il est certain que l'opportunisme fait d'étranges compagnons de route.
Le Polisario, quant à lui, a commis une grave erreur en encourageant ses sympathisants et ses amis à soutenir le PP lors des élections de juillet 2023. Cette décision reposait sur une lecture erronée de la politique espagnole : ils ont interprété qu'un éventuel gouvernement d'Alberto Núñez Feijóo renverserait le revirement de Pedro Sánchez sur la question du Sahara. Cependant, cette attente ignorait la discipline imposée par la politique étrangère de l'État, en particulier dans les relations et les intérêts extrêmement sensibles tels que ceux qui unissent l'Espagne et son voisin du sud.
Il convient également de rappeler que le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) a tenté d'ouvrir des canaux de communication avec le PP. Fondé en 2020 en réponse au déficit démocratique du Polisario et à son système de parti unique, le MSP se définit comme une organisation modérée, partisane du multipartisme et d'une solution pacifique. Avec Pablo Casado, il y avait au moins une volonté de dialogue : des réunions ont eu lieu au siège de Génova avec la responsable des relations internationales. Avec Feijóo, en revanche, c'est le silence absolu. Le même silence qui serait probablement imposé depuis la Moncloa, où la rhétorique grandiloquente cède généralement la place à la froide « realpolitik » et aux intérêts stratégiques avec le Maroc.
Il est légitime que le PP veuille se démarquer du PSOE. Ce qui est moins crédible, c'est que cette soudaine ferveur pour le Sahara résiste à l'épreuve du temps et, surtout, à l'épreuve du pouvoir. Si les gouvernements précédents ont appris quelque chose, c'est que, dans ce domaine, les paroles sont souvent emportées par le vent du désert.
S'agit-il d'un changement de cap sincère ou d'une conviction tardive ? Les preuves semblent indiquer le contraire. Pour Feijóo, la question du Sahara pourrait être interprétée comme un élément de stratégie politique : un sujet brandi pendant la campagne pour se démarquer du gouvernement de Pedro Sánchez. Reste à voir si cette position sera maintenue une fois le pouvoir atteint, hypothétiquement.
Je suis convaincu que, dans cette position, il n'aura d'autre choix que d'opter pour une approche réaliste et pragmatique. Dans cette perspective, le MSP reste disposé à renouer le dialogue avec le principal parti d'opposition en Espagne et à écouter un autre point de vue, moins radical et plus sensé, sur la solution de compromis, dans laquelle il n'y a ni vainqueurs ni vaincus et où, en vérité, le PP peut se positionner confortablement, que ce soit depuis l'opposition ou depuis l'exécutif.
En attendant, le Sahara ne semblera être qu'un décor de circonstance : une banderole brandie pendant la campagne, un argument dialectique pour mettre Pedro Sánchez mal à l'aise... et qui disparaîtra dès que les projecteurs du meeting s'éteindront et que les lumières de la Moncloa s'allumeront.
Hach Ahmed, premier secrétaire du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP)