Le mouvement pro-Polisario en Espagne entre solidarité et controverses actuelles
- Le retrait espagnol et la Marche verte
- Financement et professionnalisation de la solidarité
- Relation symbiotique avec le Polisario
- Incohérences au sein du mouvement de solidarité sahraoui
- Le cas de Carmelo Ramírez et les réactions
- Débats internes et pluralité
- Implication politique et responsabilité historique
- L'urgence de repenser la solidarité
- Enseignements et avenir du mouvement pro-sahraoui
Le retrait espagnol et la Marche verte
Le départ précipité de l'État espagnol, la Marche verte et le partage du territoire entre le Maroc et la Mauritanie ont laissé derrière eux un peuple pris au piège entre l'exil, les camps de Tindouf et la guerre. Face à cet abandon, un mouvement de solidarité est né en Espagne qui, pendant des décennies, a maintenu vivante la cause sahraouie.
Ce mouvement est né d'une noble impulsion : dénoncer une injustice et accompagner un peuple abandonné. Des militants du PCE, des CC.OO., d'autres activistes et une poignée d'anciens recrues de la dernière « quinta » au Sahara ont posé les premières bases d'un réseau de soutien. Cependant, parallèlement à l'aide légitime, des dynamiques de dépendance, de paternalisme et d'ingérence dans les affaires internes des Sahraouis se sont développées.
Financement et professionnalisation de la solidarité
Avec l'entrée de l'Espagne dans l'Union européenne et l'arrivée de fonds de coopération, le mouvement de solidarité s'est fortement implanté dans les institutions. Cette expansion a généré un paradoxe pervers : la survie de nombreuses associations est devenue dépendante du financement et, par conséquent, de la poursuite du conflit. La professionnalisation de la solidarité a, dans de nombreux cas, transformé le soutien en une fin en soi.
Relation symbiotique avec le Polisario
Le lien avec le Polisario, qui s'est autoproclamé « représentant unique du peuple sahraoui » par la voie armée et non électorale, a pris un caractère symbiotique. L'accès aux camps, aux familles d'accueil et aux projets dépendait de son aval, ce qui a perverti l'autonomie et l'autorité morale des ONG espagnoles. Des dynamiques de favoritisme et d'inégalité se sont infiltrées dans des initiatives généreuses telles que les caravanes ou le programme « Vacances en paix », conditionnant l'aide et canalisant les bénéfices vers les représentations du Polisario.
Plus grave encore a été le silence complice face aux violations des droits humains dans les camps. La prison secrète de Rashid, au milieu de ces mêmes camps, les exécutions extrajudiciaires et les détentions arbitraires documentées et corroborées par des centaines de survivants trouvent rarement un écho dans les associations espagnoles.
Incohérences au sein du mouvement de solidarité sahraoui
Cette attitude révèle une incohérence injustifiable. Alors qu'en Espagne, la pluralité est défendue, que des positions aussi antagonistes que l'indépendantisme radical et son rejet en Catalogne ou au Pays basque sont tolérées et coexistent, les collectifs de solidarité sahraouis se sont passivement pliés au discours officiel du Polisario, niant toute légitimité et toute valeur à toute voix dissidente.
La solidarité, lorsqu'elle est confondue avec la soumission, conditionne les relations personnelles, ouvre la voie au favoritisme, pervertit les projets et fausse la perception de la réalité.
L'apparition du Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) en avril 2020 a mis en évidence cette incohérence. Au lieu de l'accueillir comme une expression légitime de la pluralité, la réaction a été presque unanime : disqualification immédiate, hostilité ouverte et silence complice. Les critiques ont été stigmatisés comme des « traîtres », sans le moindre effort de dialogue.
Le cas de Carmelo Ramírez et les réactions
Le cas le plus révélateur a été celui de Carmelo Ramírez, doyen et figure historique de la solidarité en Espagne, qui a accusé sans preuve les membres du MSP d'être des « agents pro-marocains ». Tout porte à croire que sa réaction allait au-delà de l'altruisme : sa défense radicale du Polisario vise à étayer sa conversion à l'indépendantisme canarien et son engagement en faveur de l'héritage d'Antonio Cubillo. Une approche myope qui ignore la véritable valeur stratégique des Canaries pour les Sahraouis.
Débats internes et pluralité
Il convient de rappeler que le MSP n'est pas un phénomène artificiel. Il est la manifestation d'un débat interne bloqué et réprimé, mais imparable. L'ignorer ou le condamner sur commande appauvrit la cause sahraouie et dévoile la contradiction d'un mouvement qui proclame la pluralité en Espagne tout en reproduisant les mêmes tics autoritaires au Sahara.
Implication politique et responsabilité historique
Il est incompréhensible que certains de ses porte-parole passent d'un engagement honnête à la complicité avec leurs dirigeants politiques. En soutenant sans nuance un leadership contesté, ils entravent non seulement les alternatives politiques nécessaires, mais ils blanchissent également les pratiques autoritaires. Au lieu d'autonomiser le peuple sahraoui, ils conditionnent son débat interne et prolongent un statu quo qui ne conduit qu'à une mort lente de la cause qu'ils prétendent défendre.
L'urgence de repenser la solidarité
Tout cela n'implique pas un rejet de la solidarité, mais l'urgence de la repenser. La cause sahraouie mérite un soutien transparent et critique, qui ne soit pas pris en otage par des loyautés inconditionnelles. La véritable solidarité exige d'accompagner les processus de démocratisation, d'écouter toutes les voix et d'exiger cohérence et tolérance.
Enseignements et avenir du mouvement pro-sahraoui
L'Espagne, ses institutions et sa société civile ont une responsabilité historique indéniable. L'assumer implique de dénoncer les violations commises par le Maroc sans ignorer les lacunes démocratiques dans les camps et les excès de l'élite du Polisario.
S'engager dans la défense de la démocratie et contre les abus de pouvoir doit être un pilier central de tout code de solidarité. Tirer les leçons des erreurs de ceux qui ont défendu à outrance le sandisme ou le castrisme est indispensable. C'est seulement ainsi que le mouvement pro-sahraoui retrouvera sa légitimité et contribuera à une paix durable et juste. Il s'agit d'accompagner avec critique, impartialité et transparence, ou de rester, consciemment ou inconsciemment, du mauvais côté de l'histoire.