Le Sahara occidental à la croisée des chemins

Des membres du Front Polisario conduisent une camionnette équipée d'un canon anti-aérien au coucher du soleil à Bir Lahlou, au Sahara occidental - REUTERS/ ZOHRA BENSEMRA
S'oriente-t-on vers une proposition qui allie pragmatisme et inclusivité dans le contexte politique actuel ?
  1. L'évolution du conflit au Sahara occidental
  2. Le Mouvement sahraoui pour la paix comme troisième voie
  3. Le rôle clé de l'Espagne dans la résolution
  4. Nouvelles perspectives pour l'autodétermination sahraouie
  5. Répercussions régionales du conflit
  6. Le scénario diplomatique vers la réconciliation

L'évolution du conflit au Sahara occidental

Octobre 2025 marquera le 50e anniversaire de la Marche verte, date qui coïncide avec la session du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée au renouvellement du mandat de la MINURSO. Cette coïncidence nous rappelle que, cinquante ans après cet événement, le conflit du Sahara occidental reste l'un des derniers processus de décolonisation en suspens au sein de l'ONU.

Actuellement, la situation est à un moment crucial. La proposition indépendantiste du Front Polisario est dans l'impasse tant sur le plan diplomatique que militaire. D'autre part, l'initiative marocaine visant à accorder l'autonomie au territoire bénéficie d'un soutien international croissant, étant appuyée par des puissances telles que les États-Unis et la France, ainsi que par un nombre croissant de nations.

David T. Fischer, s'adresse aux médias à son arrivée à Dakhla, au Sahara occidental sous administration marocaine, dimanche 10 janvier 2021 - AP/ NOUREDDINE ABAKCHOU

Le Mouvement sahraoui pour la paix comme troisième voie

Au milieu de cette dynamique, le Mouvement sahraoui pour la paix (MSP) émerge avec une position particulière. Fondé en 2020 au sein de la diaspora sahraouie, ce groupe manifeste clairement son intention de rompre avec la domination politique du Front Polisario et d'apporter une alternative constructive.

Les dirigeants du MSP sont d'anciens membres du Polisario qui, après de longues années d'activisme, ont pris conscience de l'impasse provoquée par l'intransigeance et la stagnation de la direction actuelle. Pour eux, la stratégie indépendantiste, maintenue pendant des décennies, est devenue une impasse qui a provoqué une paralysie politique, un isolement international et une détérioration sociale dans les camps de réfugiés de Tindouf, où les jeunes n'ont aucune perspective d'avenir.

En interdisant tout débat interne et tout dialogue sur des solutions réalistes et évolutives, la direction du Polisario maintient une posture confrontationnelle qui ne profite qu'à elle-même, au détriment du peuple sahraoui.

Dans ce contexte, le MSP propose un changement pragmatique et courageux : redonner la parole aux Sahraouis marginalisés et proposer une perspective qui privilégie la dignité, la reconnaissance identitaire et le développement socio-économique plutôt que l'indépendance promise mais lointaine.

Le MSP se présente comme la seule force capable de tirer parti de cette conjoncture pour transformer le statu quo en une réelle opportunité, ouvrant la voie à une solution politique négociée qui réponde à la fois aux attentes internationales et aux besoins concrets de la population sahraouie. Contrairement aux positions maximalistes, il définit sa ligne comme un espace de dialogue et de réconciliation, représentant le secteur qui recherche une issue pratique et acceptable, sans impositions ni illusions.

Sa proposition politique se situe dans une position intermédiaire, reconnaissant la nécessité de compromis, préservant l'identité sahraouie et fondant la solution sur une stabilité régionale garantie par un cadre institutionnel clair.

De cette manière, le MSP apparaît comme un acteur stratégique pour l'avenir du Sahara occidental, apportant une légitimité interne à une option d'autonomie qui gagne en force sur la scène internationale.

Hach Ahmed Bericalla (ctr.), premier secrétaire du Mouvement Sahraoui pour la Paix (MSP), avec Mohamed Chérif (dr.), responsable des relations internationales du MSP au Conseil de l'Internationale Socialiste à Istanbul du 21 au 25 mai 2025 - PHOTO/MSP

Le rôle clé de l'Espagne dans la résolution

Le rôle de l'Espagne dans ce processus est fondamental. En 2022, l'Espagne est devenue la première puissance européenne à reconnaître le plan d'autonomie marocain comme « la solution la plus réaliste et la plus crédible ». Cette décision a impliqué un revirement diplomatique significatif qui continue de susciter un débat intense dans la sphère politique espagnole.

Au-delà de sa position politique, l'Espagne dispose d'une ressource structurelle importante : le modèle de l'État des autonomies, qui démontre la capacité d'un État central à intégrer juridiquement et politiquement diverses identités régionales.

Grâce à ses liens historiques, à sa proximité culturelle avec les communautés sahraouies de la diaspora et à ses relations avec les promoteurs du MSP, l'Espagne est bien placée pour agir en tant que médiateur entre Rabat et les Sahraouis.

Cette double proximité pourrait faire de Madrid un facteur décisif pour faciliter un processus graduel vers une autonomie effective, en instaurant la confiance afin qu'elle ne soit pas perçue comme une annexion.

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares à Madrid - PHOTO/Ministerio de Asuntos Exteriores

Nouvelles perspectives pour l'autodétermination sahraouie

Le droit à l'autodétermination reste au cœur des résolutions de l'ONU. Cependant, il pourrait être réinterprété et mis en œuvre d'une autre manière : non plus par le biais d'un référendum à choix binaire entre l'indépendance ou l'intégration, qui est actuellement irréalisable, mais par le biais d'une consultation populaire sur un statut d'autonomie, suivie d'élections pour un parlement régional sahraoui, comme l'a proposé le MSP lors du congrès pour la paix qui s'est tenu à Dakar en octobre 2023.

Ce schéma ouvrirait la possibilité d'une souveraineté partagée, qui permettrait aux Sahraouis de préserver leur culture, de gérer de manière autonome leurs institutions et de participer à leur développement, tout en garantissant la stabilité politique et économique dans un cadre marocain reconnu.

Répercussions régionales du conflit

La résolution du conflit sahraoui dépasse le cadre de Rabat et des Sahraouis, avec des implications de grande envergure pour la région.

Pour le Maroc, l'autonomie signifierait la consolidation de son intégrité territoriale et un pas en avant vers une régionalisation avancée. Pour les Sahraouis, cela impliquerait de passer de promesses non tenues à des institutions solides et fonctionnelles.

Quant à l'Algérie, elle se trouve face à un dilemme stratégique : accepter un compromis qu'elle a rejeté pendant des années ou risquer de se séparer du contexte régional. De leur côté, l'Europe et les pays du Sahel verraient leur sécurité énergétique, économique et antiterroriste renforcée, alors même que la région est confrontée à de profondes crises.

Camp de réfugiés sahraouis de Smara à Tinduf - PHOTO/BORJA SUAREZ

Le scénario diplomatique vers la réconciliation

Octobre 2025 ne mettra probablement pas fin au conflit, mais pourrait marquer un tournant dans la reconnaissance diplomatique d'une nouvelle voie : l'autonomie sahraouie comme solution plausible.

Dans ce processus, le Mouvement sahraoui pour la paix pourrait se consolider comme le courant qui confère une légitimité interne à cette option, tandis que l'Espagne a le potentiel de devenir un médiateur culturel et pratique entre Rabat et les Sahraouis.

Si l'autonomie s'articule comme une autonomie gouvernementale authentique, cela ouvrirait une période de stabilité régionale qui transformerait le Sahara occidental, actuellement en proie à un conflit persistant, en un modèle d'engagement historique pour le Maghreb.