D'où vient Mohammed ben Salmane ?
Beaucoup de mes amis en Espagne me demandent souvent, lorsque je leur dis que je suis saoudien, d'où vient Mohammed ben Salmane. De quel parti est-il issu ? À quelle secte, religion ou tribu appartient-il ?
Je souris toujours et je leur réponds qu'il vient du plus profond de nous-mêmes : de la chaleur de notre terre, de la fermeté de nos montagnes, du rugissement de nos mers, de l'identité de notre paysage, des brises qui traversent le ciel saoudien.
Il est issu d'une famille lourde d'histoire qui a donné au pays ce qu'aucune autre n'a donné : la maison des Saoud.Depuis que le calife Muawiya ibn Abi Sufian a quitté La Mecque en 661 après J.-C. jusqu'à l'unification du Royaume d'Arabie saoudite en 1932 par le roi Abdulaziz Al Saoud, la péninsule arabique n'a connu aucun réveil comparable à celui que lui et ses successeurs ont fondé.
Mon grand-père parcourait des sentiers inhospitaliers, que seuls ceux qui font preuve de patience connaissent, traversant les déserts et les plaines du sud de l'Arabie saoudite, depuis Najran, jusqu'à La Mecque, il y a un siècle. C'était un voyage de trente jours à pied et à dos de chameau, traversant des montagnes, évitant les bandits et franchissant des chemins non tracés, couvrant près de 628 kilomètres.
Après 1932, ce même voyage s'effectuait en huit heures par la route ou en une heure et demie en avion, un bond en avant civilisationnel qui a complètement transformé cette région du monde.
Mon grand-père, mon père et moi-même sommes reconnaissants envers la famille royale qui a mis les richesses du pays au service de sa terre et de son peuple, jusqu'à consolider une confiance absolue dans son leadership. Ainsi, chaque voyage royal devient pour nous un écho émotionnel que nous ressentons comme le nôtre.
Le dernier en date a été la visite du prince Mohammed ben Salmane à Washington le 18 novembre 2018, où il a été reçu par le président Donald Trump.
Ce voyage a eu lieu à un moment extraordinaire, où les aspirations internes du Royaume convergent avec des transformations économiques, sociales et géopolitiques, et s'entremêlent avec des défis régionaux et mondiaux découlant des changements dans l'équilibre des pouvoirs et des progrès technologiques et financiers accélérés.
La Vision saoudienne 2030 repose sur trois piliers : faire du Royaume « le cœur du monde arabe et islamique », « une puissance mondiale en matière d'investissement » et « un point de connexion entre trois continents ».
Cette visite a donc eu des implications profondes.
Sur le plan économique, la relation avec les États-Unis reste un moteur clé de l'investissement, de la technologie et de l'innovation, et la coopération bilatérale renforce le principe saoudien de « sécurité économique ».
Sur le plan stratégique, le Royaume cherche à obtenir des garanties qui dépassent le cadre pétrolier, en intégrant des technologies de pointe (IA, énergie nucléaire civile, systèmes de défense) et en élargissant ses alliances clés avec Washington.
Sur le plan symbolique, le retour du prince héritier dans la capitale américaine reflète l'intention saoudienne de redéfinir la relation bilatérale sur la base d'une coopération entre acteurs forts, et non d'une relation de subordination.
Cette visite consolide les fondements de la Vision 2030 et se projette dans les transformations internes et régionales.Du point de vue de la vision, elle contribue à renforcer la position du Royaume en tant que centre d'investissement et projet économique diversifié. La recherche active de capitaux et d'expertise américains accélère les projets stratégiques tels que les villes intelligentes, le tourisme et la technologie.
Au niveau régional, ce voyage s'inscrit dans le cadre d'un repositionnement saoudo-américain au Moyen-Orient :l'Arabie saoudite s'affirme comme médiateur et garant dans les zones de tension, tandis que Washington recherche un partenaire stable qui réduise les risques. Cependant, des défis importants se posent également : les ambitions de coopération en matière de sécurité peuvent entrer en conflit avec les anciens équilibres américains dans la région, en particulier leurs relations avec Israël.
Chaque mesure prise par les dirigeants saoudiens bénéficie d'un large soutien populaire, fruit de la stabilité et de la prospérité instaurées par les rois successifs. Et cette dernière visite ouvre des perspectives prévisibles : de nouvelles alliances économiques, énergétiques et technologiques ; une coopération militaire accrue ; et un rééquilibrage géopolitique susceptible de redéfinir l'équilibre régional.
Toutefois, les conflits prolongés — la question israélo-palestinienne, l'influence iranienne ou les dynamiques du Golfe — pourraient retarder certaines avancées, amenant les relations saoudo-américaines à évoluer vers un modèle plus pragmatique basé sur des « ajustements progressifs » plutôt que sur des ruptures historiques.
En définitive, la visite du prince héritier à Washington représente une étape cohérente dans le cadre d'un projet saoudien en pleine expansion, s'appuyant sur un héritage solide et orienté vers un avenir où les forces et les priorités sont en pleine reconfiguration.
Elle confirme que l'Arabie saoudite progresse avec assurance dans l'élargissement de son poids mondial et qu'elle n'est plus un simple récepteur de l'ordre international, mais un acteur qui le promeut, le façonne et le redéfinit. C'est un signe clair que le Royaume continue d'avancer vers un horizon de plus grande stabilité et d'influence dans son environnement et dans le monde.
Dr Hasan Alnajrani. Journaliste et universitaire saoudien