États-Unis 2026 : tournant géopolitique et réaffirmation de la doctrine Monroe dans l'hémisphère occidental

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio discute des détails de la proposition concernant Gaza avec le président américain Donald Trump lors d'une table ronde à la Maison-Blanche à Washington, D.C., le 8 octobre 2025 - REUTERS/EVELYN HOCKTEIN
Les relations internationales contemporaines sont marquées par une concurrence stratégique de plus en plus intense entre l'Occident, mené par les États-Unis, et la République populaire de Chine, tandis que la Russie cherche simultanément à préserver ou à étendre sa présence dans des régions d'importance vitale
  1. Venezuela : plaque tournante stratégique de l'énergie et défis de développement
  2. La stratégie de Trump et l'approche américaine de l'équilibre mondial des pouvoirs
  3. La diplomatie du crédit de la Chine en Amérique latine : dimensions économiques et géopolitiques
  4. La stratégie américaine dans l'hémisphère occidental : l'application moderne de la doctrine Monroe
  5. La puissance américaine et les normes mondiales dans les relations internationales

Cette confrontation dépasse les dimensions purement économiques et englobe des aspects politiques et sécuritaires, en mettant l'accent sur les ressources clés, les voies de transport et les régions sensibles. Ces processus affectent la répartition du pouvoir dans l'hémisphère occidental et nécessitent un suivi attentif des développements régionaux.

L'administration du président Donald J. Trump a répondu à ces défis par une combinaison d'initiatives diplomatiques, d'instruments économiques et de pressions soigneusement calibrées, visant à préserver les intérêts américains dans la région et à gérer l'influence d'autres acteurs mondiaux. Dans le contexte de l'Amérique latine, et en particulier du Venezuela, l'approche s'est concentrée sur le maintien de la stabilité et la coordination avec les partenaires régionaux. Contrairement aux administrations précédentes, la politique de Trump a donné la priorité à la mise en œuvre rapide de priorités stratégiques définies.

Le renversement de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026 constitue un moment important dans l'approche des États-Unis à l'égard de la région. Si cette décision reflète la mise en œuvre pratique de la stratégie américaine, les réactions de la communauté internationale et des acteurs régionaux ont été variées, et les implications à long terme pour l'équilibre et la stabilité de la région restent à évaluer. Les événements au Venezuela soulignent l'interaction complexe entre les intérêts américains et l'influence d'autres puissances mondiales, soulignant la nécessité d'une approche nuancée et mesurée de la politique internationale, tout en évitant une confrontation directe avec les États-Unis.

Venezuela : plaque tournante stratégique de l'énergie et défis de développement

Avec les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde[2] — estimées à environ 303 milliards de barils —, le Venezuela occupe une position centrale dans le paysage énergétique mondial. Cependant, les faiblesses institutionnelles de longue date, les infrastructures délabrées et toute une série de pressions politiques et économiques externes ont entraîné une baisse drastique de la production, qui est passée de 3,2 millions de barils par jour au début des années 2000 à environ 850 000 barils en 2024.

L'annonce en janvier 2026 de l'entrée des entreprises énergétiques américaines marque le début d'une nouvelle phase d'investissement visant à réhabiliter et à moderniser le secteur pétrolier. Ces activités devraient permettre la réintégration du Venezuela dans le marché mondial de l'énergie, stabiliser la capacité de production et potentiellement améliorer les conditions socio-économiques de la population. Le modèle s'inspire en partie de l'expérience acquise dans le cadre d'initiatives de stabilisation similaires menées ailleurs.

La stratégie américaine qui sous-tend cette initiative combine une supervision stratégique, des investissements économiques ciblés et une coordination avec les partenaires régionaux, dans le but de respecter les normes internationales et d'assurer la stabilité des secteurs énergétiques critiques. Elle reflète également des considérations géopolitiques plus larges, notamment la présence et l'influence d'autres acteurs mondiaux, en particulier la Chine et la Russie.

La stratégie de Trump et l'approche américaine de l'équilibre mondial des pouvoirs

Tout au long de ses mandats présidentiels (2017-2021 et 2025-2029), l'administration de Donald J. Trump a mené une politique visant à préserver les intérêts stratégiques des États-Unis au Venezuela et dans l'ensemble de la région. Cette approche combinait des mesures diplomatiques et économiques destinées à façonner la dynamique géopolitique régionale et à limiter l'influence d'autres puissances mondiales, notamment la Chine et la Russie.

Au cours du premier mandat, l'administration a utilisé des instruments diplomatiques et économiques coordonnés pour adresser des demandes et des ultimatums au régime de Nicolás Maduro, ciblant les politiques jugées contraires aux intérêts américains. Au cours du second mandat, alors que l'empreinte de Pékin et de Moscou au Venezuela s'étendait, cette pression s'est intensifiée, aboutissant au renversement de Maduro le 3 janvier 2026. Cet événement a marqué un tournant dans l'approche américaine de la région et a démontré un déploiement synchronisé de moyens diplomatiques, économiques et opérationnels.

Les réactions au sein de la communauté internationale ont été mitigées : les alliés ont souligné l'importance de la coordination et du soutien, tandis que d'autres États ont exprimé leur inquiétude face aux changements apportés au statu quo régional, sans toutefois contester ouvertement Washington.

Sous le régime de Nicolás Maduro, le Venezuela a connu une profonde crise économique et sociale, avec une forte baisse de la production pétrolière et une augmentation du taux de pauvreté. Les répercussions se sont étendues au-delà des frontières du pays, touchant la diaspora vénézuélienne et les États voisins, qui ont assisté à un exode massif de la population vénézuélienne[3].

L'approche américaine à l'égard du Venezuela et de la région dans son ensemble a combiné des mesures diplomatiques et économiques visant à maintenir la stabilité et à gérer les risques géopolitiques. Cette stratégie souligne l'intention de Washington de recalibrer les rapports de force et les cadres de sécurité afin de les aligner sur ses intérêts, grâce à une coordination étroite avec ses alliés et ses partenaires régionaux, dont beaucoup restent fortement dépendants de la présence américaine.

La diplomatie du crédit de la Chine en Amérique latine : dimensions économiques et géopolitiques

Au cours des deux dernières décennies, la Chine a fait de la diplomatie du crédit un outil clé de sa politique étrangère en Amérique latine. Plutôt que de poursuivre des formes traditionnelles d'expansion coloniale, Pékin a opté pour une stratégie axée sur des investissements ciblés, des projets d'infrastructure à grande échelle et des accords commerciaux à long terme, en particulier dans les pays disposant de ressources naturelles abondantes, de marchés importants et de corridors de transport vitaux.

Dans le même temps, ces accords de prêt brouillent la frontière entre finance et politique. Les États bénéficiaires se tournent fréquemment vers les entreprises et les technologies chinoises, une dépendance qui peut limiter leur autonomie lorsqu'il s'agit de prendre des décisions clés en matière d'infrastructures et d'énergie. Des calendriers de remboursement prolongés et des conditions de prêt sur mesure permettent à Pékin d'accéder à des matières premières stratégiques, tout en offrant à ses partenaires locaux les capitaux et le savoir-faire technique indispensables au développement d'infrastructures essentielles.

Le Venezuela est devenu l'un des points centraux[4] de l'engagement de la Chine en Amérique latine, avec un accent particulier sur la ceinture pétrolière de l'Orénoque, la modernisation des raffineries et les infrastructures de transport. Des initiatives comparables ont été mises en place au Brésil, en Argentine, en Équateur et au Pérou, garantissant l'accès à des centres logistiques, à des actifs énergétiques et à des voies de transport essentielles.

L'objectif principal de la diplomatie du crédit chinoise va bien au-delà des rendements économiques à court terme. Grâce à ces projets, Pékin cultive des liens stratégiques à long terme avec les pays bénéficiaires et maintient une présence durable dans la région. Si ces accords peuvent limiter l'autonomie politique nationale, ils ouvrent également la porte à des capitaux et à des technologies qui, sans cela, resteraient hors de portée.

Au-delà de ses implications économiques et politiques, la diplomatie du crédit a également des conséquences sociales et sur le développement. Les engagements de dette à long terme peuvent réduire les financements destinés à l'éducation, à la santé et aux projets locaux, tandis que l'implication d'entreprises étrangères peut marginaliser les entreprises nationales dans des secteurs clés. Un cas européen souvent cité est celui du Monténégro, où les prêts chinois pour la construction d'autoroutes ont pesé lourdement sur les finances publiques et suscité un débat sur la viabilité à long terme de l'endettement.

Dans l'ensemble, la diplomatie du crédit de la Chine est un instrument sophistiqué d'influence stratégique. Grâce à des accords de financement, des projets d'infrastructure et des accords à long terme, Pékin étend son influence, s'assure l'accès à des ressources vitales et oriente les choix politiques des pays bénéficiaires en fonction de ses objectifs politiques et économiques plus larges.

La stratégie américaine dans l'hémisphère occidental : l'application moderne de la doctrine Monroe

L'approche américaine envers l'Amérique latine repose sur la protection d'intérêts stratégiques, avec un accent particulier sur le Venezuela. Par le biais de canaux diplomatiques, d'instruments économiques et de la supervision des politiques, Washington cherche à façonner la dynamique du pouvoir régional et à aligner ses actions avec celles de ses partenaires locaux, réduisant ainsi le risque que des puissances extérieures acquièrent un contrôle durable sur les ressources clés et les voies de transport.

Le Venezuela se distingue comme un enjeu stratégique crucial en raison de son rôle dans les flux énergétiques et la stabilité régionale. 

L'interprétation moderne de la doctrine Monroe[5] a fait passer la stratégie américaine de la prévention de l'expansion coloniale européenne à la limitation de l'accès des nouveaux acteurs mondiaux, notamment la Chine et la Russie, aux ressources et aux corridors de transport dans l'hémisphère occidental.

L'application de cette doctrine implique une surveillance continue des activités infrastructurelles, politiques et économiques des autres acteurs, soutenue par un ensemble d'outils diplomatiques et économiques, tandis que l'action militaire reste un moyen de dissuasion de dernier recours. Le renversement de Nicolás Maduro le 3 janvier 2026 illustre cette stratégie, faisant écho à des interventions antérieures telles que celle du Panama en 1989, lorsque les contours géostratégiques des intérêts américains étaient clairement définis.

La situation géopolitique dans la région reste complexe. L'implication de la Russie et de la Chine dans les domaines de l'énergie et des infrastructures continue de façonner les relations de pouvoir régionales et de remettre en question les objectifs stratégiques des États-Unis. Dans ce contexte, la politique américaine vise à maintenir un équilibre des pouvoirs, à minimiser le risque de déstabilisation et à coordonner les actions avec les partenaires régionaux, afin d'empêcher tout acteur extérieur d'acquérir une domination durable sur les ressources et les voies de transport clés.

Des événements tels que la destitution de Maduro soulignent à quel point les États-Unis surveillent et orientent activement la dynamique du pouvoir régional, en s'appuyant sur des instruments diplomatiques et économiques ainsi que sur une supervision stratégique. L'objectif plus large est la stabilité et la prévisibilité dans l'hémisphère occidental, poursuivies grâce à la coopération avec des partenaires et des alliés.

La puissance américaine et les normes mondiales dans les relations internationales

L'application contemporaine de la doctrine Monroe reflète l'importance accordée par les États-Unis au maintien de la stabilité et à la gestion des intérêts géostratégiques dans les régions clés. Plutôt que de cibler des États ou des acteurs idéologiques spécifiques, cette approche vise à minimiser le risque de déstabilisation et à protéger les intérêts stratégiques fondamentaux des États-Unis.

La stratégie de Washington montre son intention de façonner la dynamique du pouvoir international grâce à la coordination avec ses partenaires et alliés. Les alliés, notamment le Japon, la Corée du Sud, le Pakistan, les Émirats arabes unis, Israël, l'Égypte, le Maroc, ainsi que les pays des Balkans occidentaux, y compris la Bosnie-Herzégovine, sont assurés du soutien des États-Unis pour la sauvegarde de leurs intérêts et de la stabilité régionale[6]. Dans le même temps, les préoccupations croissantes des acteurs liés aux investissements chinois et russes soulignent la nature de plus en plus complexe des interactions régionales et mondiales.

Les messages politiques des États-Unis ont une résonance mondiale. La Chine a été mise en garde contre les menaces pesant sur Taïwan, l'Iran sur la sécurité d'Israël et la stabilité du golfe Persique, tandis que la situation dans le Caucase, notamment entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, témoigne de la vigilance avec laquelle Washington surveille les flux de pouvoir régionaux dans le but de maintenir l'équilibre.

Cette posture combine diplomatie, influence économique et soutien militaire réservé à la dissuasion en dernier recours. La stratégie souligne la nécessité impérative de respecter les frontières géostratégiques et les normes internationales, en veillant à ce que les alliés et les partenaires stratégiques bénéficient du soutien institutionnel et politique nécessaire pour protéger leurs intérêts.

IFIMES - Institut international d'études sur le Moyen-Orient et les Balkans, basé à Ljubljana, en Slovénie.