L'Algérie en apesanteur

ARGELIA PTE. TEBOUNE
Presidente de Argelia Abdelmadjid Tebboune
Lecture semi-discursive d'une conférence de presse présidentielle. 1/3
  1. Pouvoir et communication
  2. Communication présidentielle
  3. Scénographie de la conférence de presse présidentielle

Dans cette contribution, nous proposons une analyse sémiodiscursive de la conférence de presse du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui s'est tenue le 18 juillet dernier au palais de l'Al Mouradia. Il s'agit d'examiner l'articulation entre le contenu du discours présidentiel et la sémiotique visuelle de cette conférence. Dans les première et deuxième parties, l'analyse portera sur l'ensemble des signes non verbaux qui participent à la mise en scène du pouvoir et à la construction du sens. La troisième partie sera consacrée au contenu discursif du président et à ses messages sur les questions essentielles abordées lors de cette rencontre médiatique, notamment en matière de politique étrangère.

La politique, en tant qu'action orientée vers les autres, a naturellement besoin de communication pour se réaliser pleinement. Gouverner, légiférer ou mobiliser implique d'agir au nom d'autrui et avec l'adhésion d'autrui. Cette adhésion ne peut être obtenue uniquement par l'exercice matériel du pouvoir ; en d'autres termes, la politique n'existe pas dans le silence, elle suppose un récit, une justification, une explication publique. La communication est donc coextensive à l'action politique, elle n'est pas un supplément, mais une dimension constitutive.

Pouvoir et communication

Il convient tout d'abord de souligner que la politique et la communication sont indissociables ; sans communication, le pouvoir ne peut ni se faire reconnaître ni se maintenir. En ce sens, la communication agit anthropologiquement comme un théâtre social où le pouvoir se rend visible et où se construit sa légitimité. Parmi les nombreuses formes de communication politique, la conférence de presse ou la rencontre entre l'acteur politique et les journalistes/médias représente une forme essentielle de communication directe et officielle, favorisant un espace formel où le décideur politique (chef d'État, ministre, chef de parti, etc.) s'adresse publiquement aux médias, ce qui lui permet d'établir un contact direct avec les journalistes, qui transmettent ensuite l'information au grand public.

Cette modalité est souvent utilisée pour transmettre des annonces importantes, répondre à des questions, clarifier des positions ou gérer une crise. La convocation d'une conférence de presse poursuit ainsi plusieurs objectifs essentiels dans la communication politique. Elle permet avant tout de diffuser à travers les médias un message clair et officiel à un large public sur une politique, un événement ou une prise de position, assurant ainsi une fonction informative. Parallèlement, ce mode de communication est également un outil de persuasion, qui vise à convaincre l'opinion publique et à mobiliser le soutien autour d'une idée ou d'une décision politique. En organisant cette intervention publique, l'acteur politique cherche également à gérer son image en contrôlant le cadre et le contenu du message, tout en renforçant sa légitimité en se montrant accessible, transparent et responsable face aux journalistes et, à travers eux, face aux citoyens. La conférence de presse constitue donc un moment stratégique pour affirmer une position, clarifier les enjeux et consolider une autorité.

Il convient toutefois de souligner que les caractéristiques spécifiques ou marquantes d'une conférence de presse dépendent directement du rang et de l'importance de l'interlocuteur, ce qui conditionne son degré de formalité, sa portée et le contrôle du message. Lorsqu'une conférence de presse concerne, par exemple, un chef d'État, plusieurs éléments spécifiques doivent être absolument pris en compte, notamment la dimension symbolique et solennelle de l'interview médiatique dans laquelle le chef d'État incarne la représentation suprême de la nation. Sa conférence de presse est donc un événement chargé de symboles, souvent formalisé dans un cadre protocolaire précis (lieu prestigieux, horaires fixes, qualité et professionnalisme des médias invités, etc.). À ce niveau, il faut également tenir compte de la portée nationale et internationale des annonces ou des réponses du chef d'État, qui ont un impact direct tant sur la politique intérieure qu'extérieure. En ce sens, ses messages s'adressent à un large public, qui comprend les citoyens, les institutions, les partenaires étrangers et les médias internationaux. Il convient également de mentionner les thèmes de grande importance traités à ce niveau de la communication politique, caractérisé par la dimension stratégique et symbolique du chef de l'État, qui aborde souvent des questions sensibles, fondamentales ou stratégiques (politiques publiques essentielles, crises, élections, relations internationales). Il est donc absolument nécessaire que le message soit clair, précis, parfaitement maîtrisé et rigoureusement préparé.

En outre, contrairement à d'autres formats, une interaction limitée et strictement encadrée s'impose afin que le chef de l'État puisse restreindre les échanges directs ainsi que la durée des questions et réponses, garantissant ainsi la solennité et le contrôle du message. Il est également extrêmement important que la formalité de l'interview médiatique et son cadre sémiotique soient rigoureusement structurés, afin d'assurer une mise en scène cohérente et claire, où chaque élément visuel et symbolique est précisément orchestré. Cette structuration minutieuse permet d'adapter soigneusement la communication visuelle, tant en termes de décoration que de positionnement, renforçant ainsi l'impact et la crédibilité du message transmis. Une telle organisation symbolique et visuelle contribue non seulement à souligner le caractère solennel et officiel de l'événement, mais aussi à garantir que tous les éléments non verbaux soutiennent efficacement le discours politique.

Communication présidentielle

La conférence de presse du chef de l'État est donc une forme de communication politique très importante, qui combine formalisme, contrôle, portée stratégique et fonction symbolique afin d'assurer une interaction contrôlée avec les médias et le public. De nombreuses conférences de presse de présidents et chefs d'État célèbres sont restées gravées dans la mémoire collective par leur intensité et leur portée, en termes de réaffirmation de leur leadership, de maîtrise de la situation et de légitimation de leur autorité. À l'inverse, d'autres chefs d'État ont malheureusement manqué cette occasion, négligeant les exigences susmentionnées et limitant ainsi leur capacité à établir un dialogue crédible avec les médias, ce qui a contribué à un manque de clarté et de conviction dans leur communication, en particulier face à des questions sensibles. À cet égard, la dernière conférence de presse du président algérien Abdelmadjid Tebboune illustre parfaitement ce dilemme. Malgré le contexte imposant et les attentes élevées, la forme et le contenu semblaient vouloir jouer à cache-cache avec leur propre défi stratégique. Alors que le champ visuel de la conférence s'imposait avec une symbolique nationale écrasante, destinée à marteler le message auprès du récepteur, le discours officiel semblait paradoxalement prendre plaisir à brouiller encore plus les cartes à chaque échange, offrant aux médias un exercice de décodage digne d'une énigme présidentielle.

Pour mieux comprendre les défaillances communicationnelles qui ont caractérisé cette conférence de presse ratée, il est nécessaire d'analyser en détail les éléments clés de la rencontre médiatique du président Tebboune, qui s'est tenue le 18 juillet au palais de la Mouradia, en mettant en évidence une série de contradictions et de maladresses dans cette communication présidentielle, tant au niveau visuel que verbal.

Avant de procéder à une analyse sémiodiscursive intégrant à la fois l'aspect scénographique lié aux éléments visuels et symboliques présents sur la scène de cette conférence de presse — tels que la disposition de l'espace, l'arrière-plan, les objets représentés — et le contenu du discours présidentiel — tels que le choix des mots, la structure argumentative, les messages — il convient de rappeler tout d'abord que le président algérien Abdelmadjid Tebboune organise régulièrement des rencontres avec les médias depuis le début de son premier mandat, dans le cadre d'un processus volontaire et stratégique visant à renforcer le dialogue avec la presse nationale par le biais d'entretiens réguliers, qui lui permettent de s'adresser directement aux représentants des médias nationaux, d'écouter leurs préoccupations et de partager sa vision de la situation du pays et ses choix stratégiques, ce qui pourrait créer un lien de confiance et un espace d'échange entre le pouvoir et l'opinion publique nationale et internationale.

L'analyse semioticodiscursive proposée ici vise à examiner conjointement les éléments linguistiques et non linguistiques présents dans cette situation communicative, afin de comprendre comment le sens se construit à travers le discours verbal et les signes visuels, dans le but de transmettre un message spécifique, en tenant compte du contexte général dans lequel s'inscrit cette intervention publique.

Scénographie de la conférence de presse présidentielle

En ce qui concerne la scénographie de cette rencontre médiatique, deux éléments visuels retiennent particulièrement l'attention. Le premier concerne la disposition spatiale entre le président et les journalistes, qui contribue à structurer symboliquement la relation de pouvoir, la dynamique d'échange et la mise en scène de l'autorité présidentielle. Le deuxième élément notable réside dans la décoration de l'arrière-plan, dont les critères esthétiques, institutionnels ou symboliques contribuent à créer une atmosphère visuelle chargée de sens. Ces deux éléments scéniques ne sont pas un simple décor, ils participent pleinement à la stratégie de communication, en encadrant la réception du discours et en renforçant, ou non, l'image que le président souhaite projeter.

  • La disposition spatiale des protagonistes

L'analyse sémiotique de la disposition spatiale explore la construction du sens à travers l'organisation de l'espace lors de cette conférence de presse, en particulier la place du chef de l'État et celle des journalistes. Des significations importantes peuvent être révélées par l'aspect formel de la manière d'occuper l'espace et de s'asseoir, qui, loin d'être arbitraire, semble soigneusement conçue pour refléter des messages et des symboles politiques et sociaux :

Le chef de l'État est bien visible, placé au centre de la salle, de manière à symboliser la centralité du pouvoir, mais aussi à permettre une bonne visibilité pour les caméras et à faciliter l'angle de prise de vue. Les trois journalistes locaux, installés à une distance minimale face au chef de l'État, sont assis en demi-cercle dans un espace organisé pour permettre une bonne écoute et une interaction fluide. Malgré sa position centrale qui consacre son statut symbolique, le chef de l'État, à l'image de son pays, semble dans un état émotionnel de vulnérabilité, fatigué et épuisé, les épaules tombantes, comme prisonnier de son langage corporel. Sa posture voûtée et son visage inexpressif trahissent une fatigue profonde, donnant l'impression qu'il porte sur ses épaules des responsabilités très lourdes qui dépassent largement ses capacités, ce qui renforce l'image d'épuisement, de surcharge et de tension subjective.

- D'un point de vue sémiologique, la façon de s'asseoir lors d'une interview télévisée peut effectivement avoir une signification particulière. La sémiologie du corps et de la posture analyse les gestes, les attitudes et les postures comme des signes non verbaux porteurs de messages. Par exemple, une posture droite avec une légère inclinaison vers l'avant peut signifier engagement et intérêt, tandis qu'une posture voûtée ou fermée (bras croisés, jambes croisées) peut être interprétée comme un manque d'ouverture, de motivation ou de confiance. Pour un chef d'État, le langage corporel et la manière de se présenter dans une scène officielle ont une grande influence sur la « production de l'autorité » que la rencontre cherche à montrer. La manière de s'asseoir joue également un rôle important dans cette lecture ; l'image du président Tebboune, avec une posture détendue marquée par une séparation excessive des jambes, rompt avec les codes traditionnels de verticalité protocolaire et de retenue institutionnelle habituellement associés à la fonction présidentielle. Cette position peut avoir un impact sur la communication symbolique en projetant une image de détente et une attitude jugée inappropriée pour une scène officielle, ce qui pourrait réduire l'impression d'autorité et de respect officiel et diminuer le sentiment de sérieux ou de contrôle que l'image du président devrait refléter. En politique, le corps est un outil de communication aussi important que la parole. La verticalité et la posture droite évoquent la solidité, l'autorité et la maîtrise, tandis qu'une posture assise détendue avec les jambes très écartées peut être perçue négativement comme un signe non verbal fort d'arrogance, d'égoïsme ou d'inattention, ce qui peut se traduire par un besoin d'affirmation, une négligence protocolaire ou simplement un manque de formalité, en particulier dans un contexte où l'image officielle est importante. Cette posture trop détendue et informelle peut être perçue comme un manque de respect et une violation de l'étiquette, ce qui comporte le risque de nuire à l'image d'autorité et de sérieux attendue dans une fonction protocolaire.

- La présence d'une table entre le président de la République et les représentants des médias aurait permis de matérialiser un espace physique symbolique de distinction entre les deux parties, tout en renforçant une atmosphère de travail et de solennité. Cependant, son absence est un détail qui modifie considérablement la lecture de la scène et altère la sémiologie de l'espace, tout en brouillant les repères institutionnels et les codes habituels de la communication politique. Les tables lors des réunions officielles servent de support matériel qui structure l'espace et établit une distance formelle entre le pouvoir et la presse ; elles servent également à organiser les positions assises et à clarifier la relation entre l'autorité et les médias. Leur absence supprime cette barrière symbolique, donnant une fausse impression de fluidité et de dialogue ouvert. Cette absence de mise en scène institutionnelle pourrait être interprétée comme une scène de type « salon » où se déroule une conversation informelle et improvisée, plutôt que comme un devoir démocratique organisé.