La résolution 2797 et l'absentéisme algérien
Le vendredi 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution historique sur le Sahara marocain, reconnaissant explicitement la proposition marocaine d'autonomie comme base sérieuse et crédible pour une solution politique durable. Cette résolution a obtenu un large soutien avec 11 voix pour, 3 abstentions et aucune voix contre. Cependant, l'un des membres non permanents, l'Algérie, a choisi de ne pas participer au vote, une absence lourde de sens sur le plan politique. Comment comprendre alors cette non-participation algérienne, qui semble moins liée au texte qu'à son contexte.
«Je vais vous faire une confidence, très honnêtement, l'Algérie était sur le point de voter en faveur de la résolution. La veille du vote, nous avons demandé la suppression de la disposition relative à la souveraineté marocaine inscrite dans le préambule, et nous aurions alors voté en faveur du texte. Mais cette référence n'a pas été supprimée. Techniquement, c'est ce qui a motivé la décision de l'Algérie de ne pas participer au vote, d'autant plus que les fondements de la question du Sahara occidental sont préservés dans le texte... »
Un point technique qui dérange
Si l'on en croit le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, l'Algérie allait voter en faveur du texte, mais a boycotté le vote en raison de cette petite mention dans le préambule, même si la version définitive proposée pour le vote ne posait plus de problème. Le problème était plutôt un petit point technique, qui souligne l'autonomie sous souveraineté marocaine, ce qui a vraiment dérangé le palais de El Muradia.
Ainsi, si nous avons bien suivi le raisonnement algérien, l'Algérie serait favorable à la résolution 2797 qui mentionne, en bonne et due forme, la proposition marocaine d'autonomie une fois dans le préambule et deux fois dans le corps même du texte. Mais attention, cette autonomie ne serait pas sous souveraineté marocaine ! Peut-être le chef de la diplomatie algérienne insinuait-il subtilement qu'elle devrait être placée sous la souveraineté d'un État tiers ? Comme si l'autonomie catalane, selon la logique algérienne, pouvait être envisagée sous souveraineté canadienne ! C'est vraiment un scoop. Pourtant, tout le monde sait que le Maroc propose une autonomie sous sa propre souveraineté, mais l'Algérie semble nous vendre une autonomie « indépendante » sans souveraineté marocaine, ce qui défie toute logique diplomatique et juridique. Un véritable chef-d'œuvre d'ambiguïté et de démagogie !
Mais l'Algérie, comme à son habitude, joue les funambules diplomatiques, entretenant une ambiguïté bien dosée qui ne rassure personne, sauf qu'elle signale un véritable coup de théâtre consistant à défendre une autonomie marocaine qui n'en est pas une, voilà un scoop vraiment remarquable. Un scoop qui ferait sans doute se retourner Aristote dans sa tombe, lui qui, s'il voyait une telle contradiction, ne manquerait pas de protester contre ce déni flagrant du principe selon lequel une chose doit être ce qu'elle est, et non son contraire. La rigueur logique d'Aristote, qui fait référence au principe de non-contradiction, suggère qu'il est impossible qu'un même attribut appartienne et n'appartienne pas en même temps et sous le même aspect à un même sujet, en d'autres termes, il est impossible qu'une chose possède simultanément une propriété et son contraire.
Prétendre que l'Algérie a boycotté le vote de la résolution 2797 en raison d'un point technique lié à la mention dans le préambule de la souveraineté marocaine et que la version définitive, à l'exception de ce point, ne lui pose aucun problème, revient à dire que l'Algérie était prête à voter en faveur de la proposition marocaine d'autonomie à condition que celle-ci ne soit pas placée sous la souveraineté marocaine. Or, la résolution précise explicitement, deux fois dans le corps du texte et une fois dans le préambule, que l'autonomie en question est bien celle proposée par le Maroc, ce qui implique que les provinces sahraouies restent des provinces marocaines tout en bénéficiant d'un statut particulier d'autonomie.
Cette position révèle une contradiction flagrante : comment soutenir une autonomie marocaine sans reconnaître la souveraineté marocaine ? Alors que le projet marocain inscrit clairement cette autonomie sous sa souveraineté ? C'est un non-sens logique, diplomatique et juridique qui semble vouloir nier l'évidence, ce qui ne peut que souligner le décalage entre le discours algérien et la réalité onusienne.
Le texte et le contexte
Tout d'abord, il faut rappeler que dans le système de vote du Conseil de sécurité de l'ONU, la différence entre « abstention » et « non-participation » au vote réside dans le fait que l'abstention est le fait qu'un pays membre présent décide volontairement de ne pas exprimer de vote ni « pour » ni « contre » un projet. Ce choix est pris en compte et signifie une réserve ou une neutralité par rapport à la décision prise. L'abstention n'empêche pas l'adoption d'une décision, car il ne s'agit pas d'un vote négatif, mais elle exprime un choix actif de non-soutien sans opposition, ce qui constitue en réalité le véritable sens de l'abstention de la Russie, de la Chine et du Pakistan. Alors que la non-participation ou l'absence au vote signifie que le membre ne prend pas part au vote, car il choisit de ne pas participer au scrutin. Cela ne correspond ni à un vote exprimé ni à un vote comptabilisé. La non-participation peut être considérée comme une forme d'inaction ou de retrait temporaire du processus décisionnel.
Dans la pratique au Conseil de sécurité, l'abstention est enregistrée et reconnue, tandis que la non-participation peut correspondre à une absence ou à un refus de voter. Les deux ont en commun de ne pas bloquer une décision, sauf que l'abstention est un acte délibéré de réserve, tandis que la non-participation est un retrait ou une absence de vote (sans expression explicite d'opinion). Ainsi, l'abstention est un vote neutre, la non-participation est une non-action lors du vote. Cette distinction est importante car, dans certaines circonstances, l'abstention d'un membre permanent ne bloque pas la décision (contrairement au veto), tandis que la non-participation correspond souvent à une absence de l'acte de vote lui-même.
Peut-on estimer que l'Algérie a voulu marquer une position davantage en fonction du contexte géopolitique et diplomatique que du contenu précis de la résolution, et que cette position traduit une stratégie diplomatique visant à masquer son isolement face à un consensus international désormais consolidé autour de la proposition marocaine ? Cette question soulève des interrogations plus larges sur la compréhension des dynamiques régionales et internationales qui entourent la résolution d'un différend vieux de plusieurs décennies.
L'absence de participation de l'Algérie au vote sur cette résolution peut être interprétée de plusieurs manières, notamment en tenant compte de son contexte politique, diplomatique et stratégique. Cette absence de vote actif peut refléter une position de réserve, une volonté de ne pas prendre part à la décision, tout en évitant une opposition explicite qui pourrait être perçue comme un isolement sévère. Un vote négatif de l'Algérie dans ce contexte, où une nette majorité (11 membres) a voté en faveur de la résolution et où seuls 3 se sont abstenus, aurait effectivement montré l'Algérie comme une voix ultra minoritaire, voire isolée (1 sur 15 membres). Cette position aurait pu réduire son poids politique et la visibilité de son opposition, la confinant à un rôle marginal dans la prise de décision.
En s'abstenant de participer, l'Algérie a probablement voulu éviter d'agir ou de rejeter la nouvelle dynamique qui régit cette résolution, ce qui peut constituer une forme de protestation silencieuse contre la manière dont elle a été adoptée. Cette stratégie complexe de non-participation peut également permettre à l'Algérie de maintenir une certaine ligne de conduite afin de préserver ses cartes diplomatiques et politiques, tout en évitant d'apparaître isolée dans son opposition à la résolution, mais aussi d'aggraver la crise par un vote négatif qui l'aurait conduite à une opposition frontale avec certains membres du Conseil, en particulier les États-Unis, porte-parole de la résolution. D'autre part, s'abstenir aurait pu donner l'image d'une neutralité ou d'un manque d'engagement, ce qui ne correspondrait pas non plus à la volonté de l'Algérie d'affirmer une position ferme contre la proposition d'autonomie sous souveraineté marocaine.
Cette stratégie politique consisterait pour l'Algérie à ne pas s'engager dans un vote négatif qui risquerait de montrer un isolement visible au sein d'un Conseil de sécurité où la majorité écrasante soutient clairement la résolution, tout en exprimant un désaccord plus large, marqué par une non-participation au vote. Cette position permet ainsi de manifester une distance critique davantage vis-à-vis du contexte global que du texte lui-même, sans s'exposer à une marginalisation diplomatique évidente.
Mais qu'est-ce qui caractérise essentiellement ce contexte diplomatique et géopolitique global, qui entoure la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, et qui explique l'insistance de l'Algérie à afficher une démarcation claire et ferme par son absence de participation au vote ?
Un changement de paradigme
La réponse à cette question sur la spécificité du contexte qui aurait poussé l'Algérie à ne pas participer au vote se trouve dans le discours du roi Mohammed VI adressé à la nation après le vote du Conseil de sécurité en faveur du plan marocain d'autonomie du Sahara. Le discours royal n'a pas manqué de saisir la dimension historique et le poids symbolique de cet événement en soulignant que « nous vivons une étape charnière et un tournant décisif dans l'histoire du Maroc moderne : désormais, il y aura un avant et un après le 31 octobre 2025 ». Cette rupture historique était manifestement déjà dans l'air, on la sentait venir, la résolution n'est venue que pour acter une reconfiguration stratégique et formaliser un changement de paradigme.
La réunion du Conseil de sécurité de vendredi soir a donc été un événement majeur dans la mesure où elle a constitué un moment historique, provoquant une transformation décisive et une nouvelle orientation dans la situation du conflit au Sahara. C'est en ce sens que le discours royal souligne la consécration par l'ONU du plan d'autonomie marocain, perçue par la presse internationale sérieuse comme symbolisant une nouvelle approche dans le processus de résolution de ce conflit géopolitique, qui modifie profondément le cours des choses et ouvre la voie à une nouvelle phase, à un « avant et un après » comme l'a exprimé SM le Roi.
Concrètement, en parlant d'un « avant » et d'un « après », le Souverain souligne que la dernière résolution du Conseil de sécurité constitue un moment fondateur qui change les règles du jeu diplomatique, redéfinit les enjeux géopolitiques de ce conflit et légitime la proposition marocaine d'autonomie au niveau multilatéral. C'est une nouvelle phase qui ouvre la voie à une solution durable et sérieuse, validée par la communauté internationale.
Pour la première fois en plus de 50 ans, c'est-à-dire depuis le début du conflit en 1975, et 18 ans après la présentation de la proposition marocaine d'autonomie en 2007, cette dernière est officiellement et multilatéralement inscrite dans un texte onusien, concrétisant un changement de paradigme majeur, qui consiste à inscrire la marocanité du Sahara occidental dans la légitimité internationale, dépassant ainsi les soutiens bilatéraux habituels, tout en écartant définitivement la thèse séparatiste promue par l'Algérie.
Lorsque la résolution 2797 consacre explicitement le plan d'autonomie marocain comme référence centrale pour la résolution de ce conflit, elle aligne l'approche onusienne sur une résolution pragmatique inscrite dans un cadre territorial marocain, plutôt que sur un processus d'autodétermination par référendum, ce qui oriente désormais les négociations exclusivement autour du plan marocain et change complètement la dynamique politique du conflit
Fables de Yuha
Historiquement, le régime algérien a toujours refusé de reconnaître le plan marocain, le qualifiant de «fables de Yuha» et prétendant qu'il ne respecte pas le droit à l'autodétermination. Le président Tebboune affirme dans ce contexte que « seule la légitimité internationale compte » et que « l'Algérie assumera et se pliera à toute décision de l'ONU ». Cependant, cette même Algérie est aujourd'hui confrontée à une contradiction majeure en rejetant le plan d'autonomie, désormais consacré par cette légitimité internationale, incarnant ainsi une impasse diplomatique difficile à surmonter. La résolution 2797 du Conseil de sécurité oblige donc l'Algérie à respecter la légitimité internationale qu'elle a elle-même revendiquée haut et fort sans relâche depuis un demi-siècle, ce qui rend difficile la perpétuation d'un discours démagogique, opportuniste et usé, centré sur la revendication répétée de la légitimité internationale.
Il convient de rappeler que l'Algérie a non seulement brillé par son absence lors du vote de la résolution 2797 en octobre 2025, ainsi que de la résolution 2756 en octobre 2024, mais qu'elle a longtemps fui les tables rondes que les Nations unies ont patiemment organisées afin de parvenir à une solution durable au conflit du Sahara. Par cette fuite prolongée, elle a préféré échapper aux responsabilités et aux défis d'un présent géopolitique incontournable.
À l'instar d'un élève paresseux qui sombre dans l'absentéisme scolaire et se retrouve coincé entre la difficile reprise des cours et l'abandon définitif, voire la désertion scolaire qui entraîne chômage et précarité, l'Algérie se trouve aujourd'hui totalement désorientée, prisonnière de son absentéisme chronique, hésitant entre le désir de revenir à la table des négociations et l'incapacité de reprendre pied dans le contexte géopolitique actuel, à l'image de cet élève qui, après avoir été absent, a du mal à réintégrer une classe qui lui est devenue étrangère. Ce spectacle déconcertant laisse entrevoir un régime perdu dans son propre labyrinthe d'absences répétées et d'absentéisme politique, désignant au sens métaphorique du terme, le retrait et l'isolement, ainsi que la déconnexion du monde réel et du contexte géopolitique contemporain.