Le PP relance le débat sur la neutralité de l’Espagne dans le dossier du Sahara

Le chef de l'opposition espagnole et président du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo - REUTERS/VIOLETA SANTOS MOURA
Le retour à une prétendue “neutralité” sur le Sahara risque de fragiliser une relation stratégique essentielle en matière de sécurité, d’économie et de stabilité régionale

Le PP est parvenu à faire adopter, le 18 novembre 2025, une proposition non législative demandant à l’Espagne de revenir sur son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara. Par cette initiative, le parti renie la ligne diplomatique patiemment reconstruite depuis 2022 et se place en porte-à-faux avec le consensus international, qui considère ce plan comme la base la plus sérieuse et crédible pour une solution durable.  

Cette initiative surprend d’autant plus que même l’Algérie, principal soutien du Polisario, n’a pas voté contre la résolution 2979 du Conseil de sécurité, qui entérinait ce cadre diplomatique. En durcissant sa posture vis-à-vis de Rabat, Alberto Núñez Feijóo adopte une diplomatie de confrontation qui ignore les réalités régionales et risque de compromettre les relations bilatérales.  

Le changement de cap espagnol intervient après plusieurs années d’efforts visant à apaiser les relations hispano-marocaines, mises à rude épreuve lors de la crise de 2021. La stabilité retrouvée reposait justement sur une compréhension commune : soutenir une solution réaliste, dans le cadre onusien, afin d’éviter que le dossier du Sahara ne devienne un facteur permanent d’instabilité.  

Le roi Mohamed VI et Pedro Sánchez - PHOTO/PALACIO REAL MARROQUÍ via AP

Au lieu de consolider cette dynamique, le PP semble prêt à rouvrir les tensions, au risque de fragiliser une coopération essentielle en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme, contre les réseaux de migration clandestine, le trafic de drogue et la criminalité transfrontalière. Rabat n’est pas un adversaire conjoncturel à provoquer : c’est un partenaire stratégique dont l’Espagne dépend largement pour sa propre sécurité.  

En s’écartant du consensus international, le PP prend également le risque de se retrouver en opposition directe avec Washington, acteur clé dans l’élaboration de la résolution 2979 et fervent défenseur d’une solution fondée sur le plan d’autonomie marocain. Remettre en cause ce cadre reviendrait à fragiliser un processus de paix que la communauté internationale tente d’achever depuis plus d’un demi-siècle.  

À long terme, l’Espagne n’a rien à gagner à renoncer au réalisme prôné par les Nations unies et appliqué par ses propres gouvernements, qu’ils soient socialistes ou conservateurs. Contester le plan d’autonomie marocain reviendrait à renoncer à la seule proposition viable existante, au profit d’un mouvement séparatiste sans légitimité démocratique ni projet politique crédible.  

L’Espagne y perdrait un allié stratégique dans de nombreux domaines, tout en offrant un avantage diplomatique à des acteurs dont l’intérêt n’est pas la coopération régionale, mais la perpétuation d’un conflit qui fragilise la stabilité de l’ensemble du Maghreb