Nouvel ordre mondial made in Trump

Donald Trump avec J.D. Vance et Marco Rubio, le noyau dur de son cabinet
La nouvelle stratégie de sécurité nationale est condensée en 33 pages, dans lesquelles est définie et expliquée la feuille de route qui guidera les actions de l'administration du président Donald Trump pour maintenir et consolider la position des États-Unis en tant que puissance hégémonique mondiale

Il s'agit d'un document décisif, dans la mesure où il résume les grandes lignes du trumpisme, déjà esquissées au début de cette année par le vice-président J.D. Vance à Munich, dans un discours qui avait alors provoqué un profond malaise au sein de l'Union européenne

Cette fois-ci, la publication de ce document capital a été précédée par le boycott sans précédent d'un secrétaire d'État américain, en l'occurrence Marco Rubio, à l'assemblée générale de l'OTAN, mettant ainsi en évidence le distanciement euro-américain.

Plus qu'un refroidissement des relations entre les États-Unis et l'Europe, il faudrait parler, à la lumière de ce document, d'une quasi-rupture. L'allié américain indéfectible estime sans ambages que l'Europe souffre d'un déclin économique irrépressible, marqué par une dégradation politique et sociale qui caractérise sa « crise de civilisation ». En plus de considérer comme presque irrécupérable ce rôle civilisateur traditionnel de la Vieille Europe, Trump en vient à conclure que les pays qui composent l'UE ont cessé d'être fiables aux yeux des États-Unis.

Sans les mentionner expressément par leur nom, le document fait allusion au fait que « certains responsables européens ont des attentes irréalistes concernant la guerre en Ukraine ». Il s'agit de la reconnaissance la plus explicite à ce jour de la divergence d'intérêts qui oppose les deux côtés de l'Atlantique.

Alors que l'UE semble avoir intériorisé, à des degrés divers selon la situation géographique de ses membres par rapport à la Russie, que les ambitions de Vladimir Poutine ne s'arrêteraient pas après s'être emparé d'une grande partie de l'Ukraine, Donald Trump indique comme priorité le rétablissement du lien stratégique avec la Russie, c'est-à-dire une nouvelle division du monde en zones d'influence exclusive de Washington ou de Moscou.

USA Estrategia Seguridad Nacional

Le document dénonce la fracture entre les pays de l'UE et la Russie, « due au manque d'estime de soi de la civilisation européenne », une fracture qui « accélère le risque d'effacement politique et culturel du continent », selon la Maison Blanche.

En résumé, le document exhorte l'Europe à accepter les prétentions de Poutine, faute de quoi elle ne pourra compter sur l'aide de Washington.

Il dénonce également avec force « l'étouffement réglementaire » européen, qui va à l'encontre de la conception trumpiste d'un monde essentiellement régi par des accords bilatéraux et les droits de douane qui en découlent, l'arme commerciale que Trump a réussi à imposer et qu'il administre tel un empereur omnipotent, récompensant ou punissant selon sa volonté suprême et absolue.

Il rompt ainsi clairement avec le mondialisme et le multilatéralisme, ce qu'il souligne en affirmant que « ce sera le peuple américain, et non les pays étrangers ou les institutions mondialistes, qui déterminera l'avenir de l'hémisphère [occidental] ».

C'est aussi la mise par écrit, noir sur blanc, de l'abandon des politiques prioritaires du Parti démocrate aux États-Unis et des accords entre socialistes, conservateurs et écologistes en Europe : le changement climatique, les politiques de genre, l'immigration incontrôlée et le multiculturalisme. Des batailles idéologiques auxquelles Trump – et les partis nationalistes européens – attribuent le déclin et l'appauvrissement « qui mettent en danger toute la civilisation occidentale ». 

Comme elle le fait déjà avec une vigueur particulière en Amérique latine, la nouvelle stratégie de sécurité nationale met l'accent sur trois priorités de lutte : contre l'immigration irrégulière ou indésirable, contre le trafic de drogue et contre l'insécurité maritime.

Il appelle expressément les pays du continent à se joindre à lui pour remporter la victoire sur ces fronts, en échange de quoi les États-Unis seront à la fois le principal garant de la sécurité et le facilitateur de nouvelles opportunités économiques dans toute l'Amérique.

Le cabinet de Donald Trump

En ce qui concerne l'Asie, le document ne mentionne pas expressément Taïwan ni les nombreux conflits en mer de Chine méridionale, où Pékin a considérablement intensifié sa présence et ses manœuvres militaires, ce qui coïncide précisément avec la déclaration de la nouvelle Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, selon laquelle « une attaque hypothétique de la Chine contre Taïwan provoquerait une réaction ferme du Japon ».

Cependant, loin d'envisager d'abandonner sa présence et son influence dans la région, les États-Unis maintiennent leur ambition d'y rester en s'appuyant sur la dissuasion militaire. Une fermeté redoublée dans ce domaine favoriserait une politique économique dont l'expansion faciliterait la génération de nouvelles ressources et, par conséquent, la continuité américaine dans la région à long terme.

Dans ce chapitre asiatique, Trump propose donc à la Chine de maintenir l'équilibre stratégique actuel, mais en avertissant implicitement qu'il ne restera pas les bras croisés si cet équilibre est remis en cause par la force.

En ce qui concerne le Moyen-Orient, la première conclusion qui ressort de l'analyse du document est que la région a cessé d'être la principale priorité des États-Unis, comme elle l'était pratiquement depuis la fin de la guerre du Vietnam.

Le principal adversaire, l'Iran, a vu ses griffes fortement émoussées depuis l'opération conjointe avec Israël visant à mettre fin à la course de ce pays islamique à l'arme nucléaire. Ses tentacules dans les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ainsi qu'au Liban (le Hamas et le Hezbollah) ont été considérablement affaiblies, tandis que le casse-tête syrien est en passe d'être résolu avec l'aide d'alliés tels que la Turquie.

Tout aussi important dans cette région en ébullition est le renoncement explicite des États-Unis à « intimider ou pousser les pays et les gouvernements à adopter des modèles [politiques] étrangers à leur tradition».

La politique imposée et menée depuis le président George Bush, qui a servi de justification pour déclencher des offensives et des guerres dont les résultats finaux n'ont pas été très positifs dans l'ensemble, est ainsi définitivement enterrée.

Et c'est un clin d'œil évident aux « monarchies du Golfe », remises en question non seulement par la propagande iranienne, mais aussi par l'extrême gauche européenne et américaine.