Le Maroc réforme son marché du travail pour ouvrir la porte aux investisseurs et aux entreprises mondiales

Younes Sekkouri, ministre de l'Inclusion économique, de l'Emploi et des Compétences du Maroc - PHOTO/X/@younessekkouri
Rabat actualise sa législation du travail pour intégrer le télétravail et l'économie des plateformes, et se positionne comme l'un des cadres les plus flexibles et les plus modernes du continent
  1. Points clés de la réforme
  2. Pourquoi la nouvelle loi sur le travail peut multiplier les investissements étrangers
  3. Le Maroc, plaque tournante technologique de l'Afrique

Le gouvernement marocain a annoncé une nouvelle mise à jour de son code du travail afin de l'adapter aux nouvelles exigences de la mobilité professionnelle et de l'ère numérique, dans le but d'accroître sa compétitivité au niveau international.

Dans ce contexte, le ministre de l'Inclusion économique, de l'Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri, a annoncé les nouvelles mesures qui entreront en vigueur afin d'offrir au tissu entrepreneurial marocain et étranger un « environnement plus agile et transparent qui, à son tour, encouragera la participation étrangère et leur facilitera la tâche pour opérer dans le pays ».

Cette nouvelle réforme repose sur trois piliers clés : adapter les emplois à l'économie numérique ; améliorer les conditions de recrutement à distance ; et promouvoir les nouveaux modèles d'emploi mis en place par les entreprises et les plateformes technologiques.

Selon le ministère, ces réformes renforceront la protection sociale des employés, amélioreront leur compétitivité et leur apporteront une flexibilité qui leur permettra de concilier leur vie professionnelle et leur vie quotidienne.

Ces réformes soutiendront la protection sociale des employés et amélioreront leur compétitivité - Depositphotos

Points clés de la réforme

  • Reconnaissance de l'économie des plateformes : avec ce point, le ministère souhaite parvenir à une inclusion légale des travailleurs des applications numériques, des services et de l'emploi temporaire.
  • Autorisation d'avoir plusieurs employeurs : avec cette nouvelle ambition, le gouvernement supprimera la restriction d'un seul employeur par cotisant auprès de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, ce qui permettra aux travailleurs d'avoir plus d'un emploi à la fois
  • Réglementation du travail à distance : cette mesure est celle qui affectera le plus les entreprises étrangères souhaitant s'implanter au Maroc. Cette nouvelle législation permettra l'introduction de règles facilitant la réglementation des horaires, garantissant la déconnexion numérique et mettant en place un nouveau cadre de droits du travail dans les « environnements virtuels ».
  • Protection sociale : les autorités marocaines chercheront ainsi à adapter totalement la couverture sociale des travailleurs à distance ou indépendants.
  • Présence syndicale accrue : le gouvernement ouvrira la possibilité aux travailleurs de consulter les syndicats, les entreprises et la société civile.

Toutes ces questions s'inscrivent dans la mise en place d'un cadre de travail commun conforme aux normes internationales afin d'attirer davantage d'investissements étrangers de meilleure qualité dans les secteurs les plus croissants au niveau mondial : l'intelligence artificielle, la technologie et les plateformes numériques.

Équipe de Satec au Maroc, dans la région de Tétouan, au centre de services de Satec Global Services - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ

Pourquoi la nouvelle loi sur le travail peut multiplier les investissements étrangers

La course à l'innovation technologique a déjà commencé dans la grande majorité des puissances émergentes du monde. Dans ce contexte, le Maroc a décidé de prendre les devants.

En 2024, le secteur marocain des services numériques et de l'externalisation a réalisé des exportations d'une valeur de plus de 2,8 milliards de dollars, le chiffre le plus élevé depuis le début des enregistrements en 2007. Ces résultats s'inscrivent dans le cadre de la stratégie numérique « Maroc Digital 2030 », dans laquelle le pays nord-africain investira un milliard de dollars par an. Mais comment cette stratégie peut-elle favoriser les investissements étrangers ?

Tout d'abord, grâce à la flexibilité du travail et aux nouveaux modèles de travail marocains, qui offrent un cadre parfait pour les besoins des plateformes technologiques en réduisant les barrières à l'entrée des investisseurs étrangers.

Les soutiens de la nouvelle charte des investissements. Depuis son adoption, ce cadre juridique de travail a amélioré le climat des affaires en réduisant les risques. La qualité réglementaire de la charte a considérablement renforcé les évaluations des investisseurs dans des domaines clés pour l'emploi, tels que la protection sociale et juridique et le ratio de risque-pays.

Plateforme industrielle de Tanger Med - PHOTO/Tanger Med

La grande connaissance de la technologie par la population jeune. Le Maroc possède l'une des sociétés les plus connectées au monde en matière de technologie. Avec des taux d'utilisation et de connaissance équivalents à ceux des grandes puissances technologiques, le Maroc est une source de talents numériques qui apporte tranquillité et sécurité aux investisseurs.

Enfin, l'amélioration et la mise en œuvre de la technologie 5G deviennent le fer de lance de la stratégie nationale. Avec cette réalisation, le gouvernement recherche ce que l'on appelle la « triple combinaison », à savoir une réglementation favorable aux investisseurs, des infrastructures adaptées aux besoins technologiques et numériques, et des talents humains.

Depuis lors, de grandes entreprises technologiques ont décidé de s'implanter dans le pays. Un exemple clair est celui de la société chinoise Gotion High-Tech, qui a investi plus de 6,5 milliards de dollars dans le secteur automobile, plus précisément dans le développement de batteries électriques.

Usine marocaine de voitures électriques - PHOTO/ARCHIVES

Le Maroc, plaque tournante technologique de l'Afrique

Avec l'un des indices de développement humain et technologique les plus élevés du continent, le Maroc remplit toutes les conditions pour consolider son rôle de plateforme commerciale entre l'Europe, l'Amérique et l'Afrique.

Sa position géographique, ses alliances internationales et ses accords commerciaux, associés à la nouvelle charte des investissements et à cette nouvelle réforme du travail, ont fait du Maroc l'un des points stratégiques pour le commerce international et régional.

Grâce à cette position, des secteurs clés de l'économie nationale, tels que l'automobile ou les ports, ont réalisé des progrès significatifs. Aujourd'hui, le Maroc est le premier partenaire commercial et exportateur de véhicules de l'Union européenne, et le partenaire africain le plus important pour le bloc.

De même, les chiffres du port de Tanger Med ne cessent d'augmenter. Avec un volume supérieur à celui des ports de Valence et d'Algésiras, deux des fleurons du secteur portuaire en Méditerranée, Tanger Med est aujourd'hui l'un des 15 ports les plus fréquentés au monde en termes de trafic de conteneurs et le premier en Afrique.

Ces progrès propulsent le Maroc vers un nouveau modèle économique où l'adaptation à la numérisation et l'ouverture internationale seront les axes de la création d'emplois de qualité et de l'entrée de capitaux étrangers.