La Turquie consolide son engagement en Afrique en concluant une alliance stratégique avec le Nigeria

La nouvelle offensive de la Turquie intervient à un moment où le Sahel et l'Afrique de l'Ouest connaissent d'importants changements géopolitiques - PHOTO/ REUTERS
Les accords signés à Ankara renforcent la coopération militaire, économique et diplomatique avec Abuja dans un contexte de reconfiguration du pouvoir en Afrique de l'Ouest
  1. Accords clés : coopération militaire et agenda économique
  2. Mémorandums visant à renforcer le pouvoir d'influence et la communication
  3. Contexte régional et portée stratégique de la relation

Signe clair de la projection stratégique de la Turquie sur le continent africain, le complexe présidentiel d'Ankara a été le théâtre mardi de la signature de neuf accords et protocoles d'accord entre la Turquie et le Nigeria. Au-delà du cadre bilatéral, ces engagements s'inscrivent dans une vision politique plus large d'Ankara, visant à renforcer sa présence en Afrique et à disputer leur influence aux acteurs extérieurs traditionnels.

Le Nigeria, en raison de son poids démographique et de sa centralité économique, occupe une place clé dans cette architecture africaine conçue par la Turquie. Après sa rencontre avec le président Recep Tayyip Erdogan, le chef de l'État nigérian, Bola Ahmed Tinubu, a défini son pays comme situé au « cœur du continent » et exposé à des défis croissants, une formulation qui a favorisé le positionnement de la Turquie comme un partenaire ayant une vocation stabilisatrice.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan - REUTERS/HASNOOR HUSSAIN

Accords clés : coopération militaire et agenda économique

Parmi les accords les plus significatifs figure un protocole de coopération militaire, signé alors que le Nigeria continue de lutter contre des groupes armés, dont Boko Haram. La Turquie, dont les drones Bayraktar ont prouvé leur efficacité dans plusieurs scénarios de conflit, cherche à transférer cette expérience à Abuja, ce qui pourrait ouvrir un nouveau marché vaste pour son industrie de défense en pleine expansion.

Sur le plan économique, la création d'un comité économique conjoint vise à éliminer les barrières commerciales et à éviter la double imposition, ouvrant ainsi la voie à des niveaux records de commerce bilatéral. Cette mesure s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par Ankara pour tirer parti de la nécessité pour le Nigeria de moderniser ses infrastructures, un domaine dans lequel les entreprises de construction turques se sont forgé une solide réputation internationale.

Mémorandums visant à renforcer le pouvoir d'influence et la communication

Cependant, les accords ne se sont pas limités aux intérêts économiques et sécuritaires. Une série de mémorandums visaient également à renforcer le pouvoir d'influence de la Turquie. Il s'agit notamment d'une coopération entre les écoles diplomatiques des deux pays, dans le but de forger une perspective commune parmi les futurs décideurs, ainsi que d'initiatives visant le vaste marché de consommation nigérian, qui abrite la plus grande population musulmane d'Afrique, en promouvant les normes turques de « qualité halal ».

Un accord sur les médias et la communication a également été signé, reflétant une volonté commune de contrecarrer les discours occidentaux et locaux et d'assurer une coordination plus étroite des messages servant les intérêts des deux gouvernements.

Le président nigérian Bola Tinubu - REUTERS/ ADRIANO MACHADO

Contexte régional et portée stratégique de la relation

Le regain d'intérêt de la Turquie intervient à un moment où d'importants changements géopolitiques sont en cours au Sahel et en Afrique de l'Ouest, où l'influence française s'est affaiblie. Ankara a cherché à se distinguer en tant que partenaire « sans passé colonial », un message qui a trouvé un écho auprès du président Tinubu, qui a remercié M. Erdogan pour sa volonté de coopérer sur la base du respect mutuel et de la prospérité partagée.

Alors que Tinubu semble considérer Ankara comme un allié de poids pour lutter contre les bandes armées et l'instabilité, Erdogan voit le Nigeria comme une porte d'entrée indispensable vers l'économie africaine en général. Le défi réside toutefois dans ce que Tinubu a décrit comme la nécessité de « mesures pratiques », qui transforment les accords signés en résultats tangibles améliorant le niveau de vie et contribuant à un nouvel équilibre des pouvoirs sur le continent.

Il semble qu'Ankara ne se contente plus de la diplomatie humanitaire en Afrique. Elle s'est résolument orientée vers un modèle de partenariat économique et de sécurité intégrale, le Nigeria apparaissant comme un pilier central des ambitions africaines à long terme de la Turquie.