Entre l'État de la mémoire et le pouvoir du complexe : les racines de l'hostilité algérienne envers le Maroc

<p>Familias se reúnen a ambos lados de la frontera cerrada entre Marruecos y Argelia, cerca de Oujda, Marruecos - AP/MOSAAB ELSHAMY&nbsp;</p>
Des familles se réunissent des deux côtés de la frontière fermée entre le Maroc et l'Algérie, près d'Oujda, au Maroc - AP/MOSAAB ELSHAMY
En politique, les régimes ne reposent pas sur des slogans, mais sur la mémoire, la légitimité et le projet.

Lorsque ces piliers s'affaiblissent, la confrontation devient un outil de survie et l'hostilité se transforme en une identité de substitution. Cette logique permet de comprendre la relation que le régime algérien impose au Maroc depuis des décennies : une relation fondée sur le déni et non sur la coopération, sur la confrontation et non sur la construction.

Le système politique algérien ne s'est pas constitué comme le prolongement d'un État historique doté d'une mémoire institutionnelle solide, mais comme une structure fonctionnelle héritière de l'administration coloniale. 

Après l'indépendance, le drapeau a changé, mais pas la méthode : un pouvoir sans mémoire stratégique, une gestion sans projet national et un discours politique fondé sur la confrontation permanente. 

Ce régime ne parvient à se définir qu'à travers le déni de l'autre. Ses échecs internes sont justifiés par la création d'un ennemi permanent. Le Maroc, en raison de sa stabilité historique et de son poids régional, est devenu cet « autre nécessaire » dans le discours officiel algérien. Non pas parce que le Maroc a changé, mais parce que le système algérien ne peut se maintenir sans une confrontation externe qui masque ses propres lacunes.

<p> Un tanque avanza durante un desfile militar para conmemorar el 60 aniversario de la independencia de Argelia - AP/ TOUFIK DOUDOU </p>
Un char avance lors d'un défilé militaire commémorant le 60e anniversaire de l'indépendance de l'Algérie - AP/ TOUFIK DOUDOU

Le paradoxe est évident : le Maroc a été l'un des premiers pays à soutenir la révolution algérienne, tant sur le plan politique que moral, assumant même des coûts stratégiques. De cette période est né un État doté de continuité, de légitimité historique et d'institutions consolidées. L'Algérie, en revanche, a construit un système dominé par la logique militaire, où la force a remplacé la légitimité démocratique et l'idéologie a remplacé le projet national. 

C'est là que se manifeste la différence structurelle entre les deux modèles.

Le Maroc a misé sur un État doté d'une mémoire ; l'Algérie a édifié un pouvoir marqué par des complexes historiques. 

Le Maroc a investi dans la stabilité ; l'Algérie a investi dans la confrontation. 

Le Maroc a choisi l'histoire comme référence ; l'Algérie a recouru à l'idéologie comme substitut à une vision stratégique. 

Le discours officiel sur la « fraternité » entre les deux peuples est dépourvu de contenu politique réel. La fraternité ne se mesure pas à l'aune des slogans, mais à celle des actes. Les véritables frères ne financent pas de mouvements séparatistes, ne remettent pas en cause l'intégrité territoriale de leurs voisins et ne fondent pas leur politique étrangère sur l'affaiblissement des États de la région. Lorsque la fraternité se réduit à un slogan, elle perd sa valeur politique et morale.

Le problème ne réside pas dans le peuple algérien, qui entretient des liens historiques et humains profonds avec le Maroc, mais dans un système qui a éduqué l'opinion publique à la peur plutôt qu'à la pensée critique, à la propagande plutôt qu'à l'analyse. Lorsque le discours officiel remplace la vérité, y croire cesse d'être un choix rationnel et devient un mécanisme de survie psychologique.

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Drapeaux du Maroc - Depositphotos

Le régime algérien ne défend pas une cause, mais sa propre pérennité. 

Il ne se bat pas pour des principes, mais pour une légitimité érodée. 

Il ne harcèle pas le Maroc parce qu'il représente une menace réelle, mais parce que le Maroc agit comme un miroir qui reflète ses propres faiblesses internes. 

Le Maroc, quant à lui, n'a pas besoin de se fabriquer des ennemis pour justifier son existence. Mais il ne renoncera pas non plus à son intégrité territoriale, ni à son histoire, ni à son rayonnement régional pour satisfaire un système prisonnier de la logique de « l'ennemi extérieur ».

En définitive, ce qui sépare aujourd'hui les deux pays n'est pas une guerre, mais une vision. 

Il ne s'agit pas d'un conflit frontalier, mais d'un choc de modèles : le modèle de l'État face au modèle de la caserne.

Abdelhay Korret, journaliste et écrivain marocain