Quand le football devient le miroir du désordre : le Maroc et la logique de l'île
La finale entre le Maroc et le Sénégal n'était pas seulement un match, mais un test éthique et comportemental pour un continent qui ne parvient toujours pas à séparer le sport du chaos, ni la compétition de la démesure. Dans les tribunes qui auraient dû célébrer le spectacle, la tension prédominait ; et dans un environnement qui aurait dû fêter l'exploit, ce sont les réactions primaires qui l'ont emporté, comme si le progrès restait un invité gênant dans une conscience collective qui n'assimile toujours pas la véritable signification du fair-play.
Le Maroc, qui a offert à l'Afrique la meilleure organisation de l'histoire de ses tournois, avec des infrastructures modernes, des stades de niveau international et une logistique efficace, a démontré qu'il s'engageait sur une voie différente de celle de l'improvisation. Cependant, le paradoxe est que cette avancée n'est pas toujours accueillie avec reconnaissance, mais avec suspicion et provocation, comme si le succès était une faute qui méritait d'être remise en question.
Le comportement de certains acteurs, en particulier celui du sélectionneur du Sénégal, n'a pas été à la hauteur du moment. Au lieu de se concentrer sur les performances sportives, il a choisi un discours chargé d'insinuations et de controverses.
Ce type de « stratégie hors du terrain » ne reflète pas une force, mais une fragilité mentale face à une expérience organisationnelle et sportive qui a largement dépassé les normes habituelles du football africain.
C'est là que prend tout son sens l'idée du penseur Abdallah Laroui sur « le Maroc comme île ». Le pays, en raison de ses choix historiques, n'est plus régi par la logique du troupeau, mais par celle d'un État qui planifie, construit et investit dans l'avenir. Alors que d'autres restent prisonniers de la réaction émotionnelle, le Maroc mise sur la stabilité, la modernisation et la vision à long terme. La différence ne réside plus seulement dans les moyens, mais aussi dans la mentalité.
Lorsque des voix critiques et bruyantes s'élèvent, c'est le signe que les choses avancent. Le Maroc n'a pas besoin des applaudissements d'un environnement instable, car le véritable succès se mesure à la continuité du progrès, et non à la reconnaissance extérieure.
Le moment est peut-être venu pour les Marocains de se poser honnêtement la question suivante : pourquoi rester attachés à un espace sportif qui ne correspond pas à nos ambitions ? Pourquoi ne pas aspirer à concourir dans des contextes où priment les règles, le professionnalisme et la sérénité ? Le football européen, avec sa rigueur organisationnelle et sa culture compétitive, semble plus proche de la logique du Maroc moderne que certains tournois marqués par la tension et l'improvisation.
Le Maroc ne progresse pas parce que d'autres reculent, mais parce que son cap est différent. Une île au milieu d'une mer agitée, qui navigue sans prêter attention au bruit de fond.
