Après le coup israélien à Doha : le Golfe entre Washington et le monde arabe
Le bombardement a non seulement marqué un nouveau chapitre dans l'escalade, mais il a également mis en évidence la volonté d'Israël de projeter son équation de dissuasion au-delà de son environnement immédiat, même au prix d'une violation de la souveraineté du Golfe. Cet épisode marque un tournant, non seulement dans l'équilibre des forces régionales, mais aussi dans l'évolution des relations entre Washington et ses partenaires du Golfe, et dans le rôle du monde arabe sur la scène internationale.
Historiquement, les États-Unis ont été les garants de la sécurité du Golfe, mais ils n'ont pas non plus caché leur soutien — explicite ou implicite — aux politiques israéliennes. Ils évitent souvent de tenir le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour responsable et justifient les offensives par l'argument du « droit d'Israël à se défendre », ignorant la souveraineté des pays arabes. Cette politique de deux poids deux mesures érode la confiance envers Washington et pousse les capitales du Golfe à explorer des alliances stratégiques avec l'Europe, la Chine ou la Russie.
Malgré les doutes suscités par l'attaque contre Doha, notamment la suspicion que les systèmes de défense américains n'aient pas détecté l'incursion, la relation avec les États-Unis semble destinée à perdurer. Cela s'est déjà produit en septembre 2019, lorsque l'attaque contre les installations d'Abqaiq en Arabie saoudite a mis à l'épreuve l'alliance sans la briser. Le partenariat reste solide, même s'il existe des frictions qui pourraient être reconfigurées sans altérer le cœur de la coopération.
Après l'offensive israélienne, un sommet du Golfe et un autre sommet arabo-islamique ont été organisés. Le second, en particulier, a laissé entrevoir la prise de conscience que l'avenir immédiat exige une réaction claire face aux opérations israéliennes. Le monde arabe est confronté à deux voies : se résigner à une domination israélienne soutenue par les États-Unis ou transformer ce coup dur en un catalyseur d'unité politique et de sécurité. Les sommets ont montré une première volonté de coordination, mais le défi consiste à passer des déclarations à des politiques concrètes : défense commune, diplomatie active et discours unifié.
Est-il possible de freiner l'escalade israélienne ? Israël opère dans un vide arabe et sous la couverture de Washington, ce qui lui donne une marge de manœuvre pour des manœuvres risquées. Cependant, les États arabes disposent encore d'instruments de pression : de l'activation de mécanismes juridiques internationaux à l'utilisation stratégique de l'énergie, en passant par un discours communicatif capable de toucher l'opinion publique occidentale. L'Initiative de paix arabe de 2002 reste une référence valable, à condition qu'elle soit actualisée et traduite en une feuille de route concrète.
Loin d'être un présage funeste, le coup porté à Doha peut devenir une opportunité réaliste de repenser la maison arabe, affaiblie par plus de sept décennies de crises enchaînées. Les défis communs — de la sécurité à la transition énergétique et numérique — imposent de surmonter les divisions internes et de miser sur une architecture régionale plus cohésive, qui négocie par initiative et non par réaction.
En définitive, ce qui s'est passé à Doha n'est pas un épisode isolé, mais un signal d'alarme. Il oblige à revoir les alliances et à redéfinir les priorités face à un partenaire américain ambigu et à un allié israélien prêt à l'escalade. La question est claire : cette crise sera-t-elle le point de départ d'une nouvelle unité arabe ou un chapitre de plus dans la chronique de la fragmentation ?