Comment la Vision 2030 a-t-elle reconfiguré la conscience des Saoudiens ?

<p>El príncipe heredero saudí Mohamed bin Salman - PHOTO / PALACIO REAL SAUDÍ / BANDAR AL-JALOUD</p>
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane - PHOTO / PALAIS ROYAL SAOUDIEN / BANDAR AL-JALOUD

Lorsque le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, a présenté la Vision saoudienne 2030 en 2016, il ne s'agissait pas seulement d'une annonce économique ou d'un nouveau programme gouvernemental. Il s'agissait avant tout d'un tournant mental et culturel pour la société saoudienne

Avant 1979, le pays connaissait un climat plus ouvert, cultivé et pluraliste sur le plan intellectuel. Cette année-là, coïncidant avec l'arrivée au pouvoir de Khomeini et du clergé chiite en Iran, la région est entrée dans l'ère des « conservateurs religieux », ce qui a profondément marqué l'atmosphère sociale et les politiques au Moyen-Orient.

Dans ce contexte, la Vision 2030 fait irruption comme un projet national global qui vise à diversifier l'économie, à améliorer la qualité de vie et à moderniser l'État, mais aussi — et peut-être avant tout — à renouveler la mentalité des Saoudiens. L'idée de fond est claire : l'avenir n'est pas le produit exclusif de l'appareil étatique, mais un projet partagé entre les institutions et les citoyens.

Pendant des décennies, l'Arabie saoudite a vécu en s'appuyant sur un modèle économique fortement dépendant du pétrole et sur une structure sociale marquée par la prudence et le repli sur soi. L'entrée dans le pays, en particulier pour les non-musulmans, était entourée de complexités bureaucratiques.

REUTERS/MAXIM SHEMETOV - Instalación petrolera de Saudi Aramco en Abqaiq, Arabia Saudí
REUTERS/MAXIM SHEMETOV - Installations pétrolières de Saudi Aramco à Abqaiq, en Arabie saoudite

Au fil du temps, le sentiment qu'une profonde mise à jour de l'État et de la pensée était nécessaire s'est accru.

La Vision 2030 devient ainsi le véritable moteur de l'ouverture que connaît aujourd'hui le pays sur de multiples fronts. Elle part du principe que l'État ne peut plus rester ancré dans une seule ressource ni dans une idée de bien-être garanti, et qu'il est nécessaire de modifier cet imaginaire collectif. C'est pourquoi de nombreux jeunes Saoudiens ont commencé à concevoir l'avenir comme le résultat d'efforts, de planification et de concurrence, plutôt que comme le simple prolongement du passé pétrolier.

D'un point de vue communicationnel, la Vision 2030 n'a pas été présentée comme un document technique et froid, mais comme un récit national partagé. Le discours des dirigeants était direct, clair et éloigné du jargon bureaucratique. Le récit s'articulait autour de concepts tels que l'autonomisation, les opportunités, la participation et le défi. Ce langage a contribué à ce que les Saoudiens se considèrent comme partie prenante du projet et non comme de simples spectateurs des transformations économiques et sociales.

Visión 2030 - REUTERS/ZUHAIR AL-TRAIFI
Visión 2030 - REUTERS/ZUHAIR AL-TRAIFI

La littérature contemporaine sur la gouvernance souligne précisément que les grandes visions qui fonctionnent sont celles qui génèrent des comportements, et pas seulement des objectifs : elles amènent la société à agir en fonction de l'avenir qu'elle souhaite avant de l'atteindre pleinement.

Au niveau international, la Vision 2030 a suscité la surprise — et dans certains cas une certaine perplexité — dans une partie du monde développé, habitué à considérer la région sous l'angle de la rente ou des traditions. Lorsque l'Arabie saoudite a annoncé des méga-initiatives telles que Neom, Qiddiya, le projet de la mer Rouge ou Riyadh Green, certaines voix se sont élevées pour les qualifier de rêves excessivement ambitieux. 

Cependant, en moins d'une décennie, ces initiatives se sont consolidées pour devenir des modèles économiques et des investissements tangibles. Le discours sur l'Arabie saoudite dans les grands forums ne tourne plus exclusivement autour du pétrole, mais aussi autour du tourisme, de l'innovation, des technologies de pointe et, plus récemment, de l'intelligence artificielle.

Une évolution similaire s'est produite dans le domaine du sport et de la culture. Le pays est passé du statut de consommateur de loisirs à celui de producteur et d'exportateur. Les saisons de divertissement se succèdent sans interruption à Riyad, de grands événements sportifs y sont organisés et des transferts de joueurs de renommée mondiale y sont conclus, comme l'arrivée de Cristiano Ronaldo à Al Nassr. Parallèlement, des écosystèmes dédiés à la culture et à la créativité ont vu le jour. Tout cela a contribué à redéfinir l'image du Royaume comme un acteur qui s'élève avec confiance et défie les limites des attentes.

Dans le même temps, le monde a découvert une autre facette de l'Arabie saoudite : son rôle de médiateur politique et de facteur de stabilité régionale. Le pays n'est plus seulement considéré comme une « puissance pétrolière », mais comme une « puissance d'influence », capable de réunir autour d'une même table des acteurs opposés et de promouvoir des solutions dans des dossiers régionaux et internationaux complexes. En ce sens, la Vision 2030 transcende le cadre interne et fonctionne également comme un nouveau modèle diplomatique qui renforce la présence saoudienne dans le système international.

En fin de compte, les grandes visions ne sont pas de simples plans gouvernementaux, mais des contrats sociaux renouvelés qui redéfinissent la relation entre l'État et les citoyens et élargissent la conscience des défis locaux, régionaux et mondiaux.

La Vision saoudienne 2030 a mis en place une dynamique sans précédent : le citoyen se perçoit désormais comme le protagoniste d'un projet de transformation, les frontières mentales sur ce que le pays peut devenir ont été repoussées, et le Royaume est devenu un immense chantier en cours qui ne s'arrête pas.

Son objectif : placer l'Arabie saoudite parmi les nations les plus avancées, non pas par hasard ou par mérite circonstanciel, mais grâce à l'investissement dans les personnes, dans les opportunités et dans la capacité d'une société à construire son propre avenir.

Dr Hasan Alnajrani. Journaliste et universitaire saoudien