De la guerre à la prospérité : comment l'Arabie saoudite redessine-t-elle le Moyen-Orient ?
La curiosité surgit immédiatement quant au rôle de l'Arabie saoudite dans son environnement régional, accompagnée de questions qui reflètent les discours alimentés par des régimes hostiles au Royaume, déterminés à monopoliser le récit et à persuader l'opinion publique que l'Arabie saoudite est à l'origine des conflits au Moyen-Orient. Rien n'est plus éloigné de la réalité.
Grâce à sa présence politique, diplomatique et économique, le Royaume est devenu un acteur déterminant dans les équations régionales et une pièce maîtresse du jeu géopolitique qui définit l'avenir de la région.
Les aspirations des Saoudiens, largement partagées au sein de la société, ne se limitent pas à la sécurité intérieure.Ils cherchent à tracer une nouvelle voie pour tout le Moyen-Orient. Ils ne souhaitent pas une stabilité limitée à leurs frontières ou aux pays voisins, mais un ordre régional qui dépasse la logique du conflit et embrasse la coopération.
C'est pourquoi la priorité déclarée de l'Arabie saoudite est de valoriser la « paix », en étouffant les foyers de violence qui ont dévasté la région pendant des décennies : du Yémen au Soudan, en passant par la question palestinienne et la Syrie.
De plus, Riyad ne s'est pas contenté d'essayer d'éteindre les guerres, mais a choisi de se positionner comme médiateur et facilitateur du dialogue, convaincu qu'aucun projet d'avenir ne peut se construire sur les ruines du passé.
Cette vision s'est manifestée dans le conflit israélo-palestinien, où l'Arabie saoudite a réaffirmé son rôle central en défendant la solution à deux États comme seule option viable et en rejetant toute tentative de déplacement forcé des Palestiniens. Son message est clair : il n'y a pas de paix sans justice ni de prospérité sans paix.
Le Royaume a franchi une étape décisive dans le domaine des alliances internationales, en tissant des liens stratégiques avec l'Europe, l'Asie et l'Amérique latine. Un exemple en est l'impulsion donnée par l'Arabie saoudite au Conseil de coopération du Golfe en tant que plateforme pour la signature d'accords reliant le Golfe à la Méditerranée, à la mer Rouge et à l'océan Indien.
L'objectif est évident : ouvrir des corridors énergétiques, technologiques et logistiques qui diversifient l'économie au-delà du pétrole et partagent les bénéfices avec leur environnement. Le cas syrien constitue l'exemple le plus tangible de l'engagement saoudien en faveur de la coopération internationale.
Après plus d'une décennie de guerre, Riyad a mené des initiatives visant à réintégrer Damas dans le contexte régional, non pas comme un geste symbolique, mais comme une stratégie de reconstruction. Elle a organisé des forums et des conférences internationales et a encouragé les investissements destinés à relancer les infrastructures dévastées et à créer des emplois.
L'objectif est double : stabiliser un pays crucial dans la région et démontrer que le développement économique peut être un puissant outil de réconciliation.
Les Saoudiens ne considèrent pas la Syrie comme un cas isolé, mais comme un modèle reproductible à l'échelle régionale.
La vision de Riyad couvre plusieurs fronts.
En Irak, elle s'efforce de renforcer les liens énergétiques et sécuritaires.
Au Liban, elle accorde la priorité absolue au soutien des institutions face au vide politique.
Au Yémen, elle renforce la trêve et ouvre la voie à une reconstruction humanitaire. Dans tous ces scénarios, le message saoudien reste le même : remplacer la logique des guerres par celle des projets communs qui attirent les investissements, redonnent leur dignité aux populations et garantissent la paix dans une région marquée par des décennies de violence.
Cette perspective rejoint directement ce qu'avait annoncé il y a quelques années le prince héritier Mohammed ben Salmane : « Le Moyen-Orient sera la nouvelle Europe ». Une déclaration qui symbolise l'ambition de transformer la région en un espace de créativité, de culture, de tourisme et de coexistence.
Les mégaprojets tels que « Neom » ne sont pas conçus comme des îlots isolés de modernité, mais comme les phares d'un modèle régional renouvelé qui démontre la capacité du Moyen-Orient à devenir un pôle mondial enrichissant pour l'humanité.
En conclusion, je recommande généralement à mes amis espagnols et hispanophones de visiter l'Arabie saoudite et d'écouter directement ses dirigeants, ses centres politiques et ses centres de recherche.
Ne prêter attention qu'à l'une des parties revient à renforcer un récit biaisé qui peut condamner injustement tout un pays et son peuple. La réalité est que les Saoudiens ne cherchent pas à exercer une hégémonie classique sur la région, mais à lui offrir la possibilité de construire ses propres rêves, projets et investissements.
Et Riyad souligne que tout Moyen-Orient avancé nécessite des éléments essentiels : mettre fin aux guerres, promouvoir la coopération internationale, relancer les économies détruites et soutenir un horizon politique basé sur la solution à deux États dans le conflit israélo-palestinien.
Le projet saoudien ne repose pas sur la destruction ou la tutelle, mais sur la construction d'un Moyen-Orient qui cesse d'exporter des crises et commence à exporter la prospérité dans la région et dans le monde.
Dr Hasan Alnajrani. Journaliste et universitaire
