La victoire éclatante du Maroc; les faits sont têtus
En adoubant, approuvant, reconnaissant et donc en légitimant la cause nationale du Maroc sur son Sahara, le Conseil de sécurité des Nations Unies vient de rendre un bel hommage aux qualités morales du roi Hassan II et de son fils le roi Mohammed VI.
Par son vote du 31 octobre 2025, la victoire diplomatique du Maroc est éclatante et totale. Sa résolution adoptée par 11 membres sur les 15 que compte le Conseil - on conte 3 abstentions et l’Algérie a refusé de participer au vote - valide le plan d’autonomie avancée proposé aux Nations Unies par le Maroc en 2007.
Le refus de vote de l’Algérie a par ailleurs un sens. Le pays conteste simplement le fait que la résolution fasse de la proposition du Maroc le socle des négociations à venir. Son représentant, dans un discours d’une belle tenue oratoire, n’a eu d’ailleurs comme issue que d’en appeler aux idéaux anticoloniaux, longtemps développés par les Etats-Unis. Mais ce discours nous fait surtout penser à un chant du coq. Si victoire du Maroc il y a, c’est indiscutable, la défaite de l’Algérie est claire et entière. Il reste que celle-ci ne reconnait pas le processus de paix dans les conditions de la résolution à une très forte majorité.
Celle-ci est due en partie à l’habileté de plume des Etats-Unis. S’il faut savoir et savoir faire, il faut aussi savoir et savoir dire. La reconduction de la Minurso, pour une année, intervint comme un leurre pour les derniers hésitants. Mais le principal n’est pas là. Seul compte désormais le socle en béton armé du projet marocain sur lequel les discussions vont s’engager.
L’évolution du droit est désormais si ferme qu’il est loisible d’envisager une solution pérenne et pacifique. Il convient dès lors de construire une communauté d’intérêts sur cette réalité géopolitique.
Le roi Mohammed VI qui a conçu et dynamisé la stratégie diplomatique du statut de l’autonomie avancée, sait mieux qu’un autre que cette victoire ne sera totale que lorsque la confiance aura succèdé à l’hostilité. C’est pourquoi, dans les minutes qui ont suivi le vote, il a tendu la main aux séquestrés de Tindouf et à son frère le président Tebboune. Cette généreuse initiative, qui exprime pleinement la force morale du roi, force l’Algérie à se joindre à cette majorité de position.
En ces moments de liesse, les Marocains savent cependant tous qu’ils doivent aussi leur optimisme à la pensée et à l’action du roi Hassan II.
En 1975, l’Espagne s’étant retirée de ses colonies dans la partie saharienne du Maroc, le roi n’a pas hésité : il a décidé d’engager son peuple à prendre la route en direction de Laayoune. Le peuple qui n’attendait que cette invite répondit au-delà des meilleures espérances. Cette réponse nationale prit un nom, la Marche Verte.
Fort de la réalité des faits donnés par l’histoire et la géographie, fin connaisseur du contexte politique régional, le roi était convaincu qu’ il ne faut pas perdre son temps à avancer des arguments de bonne foi face à des gens de mauvaise foi. Et il précisait sa pensée en disant que les batailles de la vie ne sont pas gagnées par les plus forts, ni par les plus rapides, mais par ceux qui n’abandonnent jamais.
Homme de grande culture, le monarque participait étroitement au monde des idées du moment, il connaissait ses ennemis, mais il avait sur eux quelques avantages déterminants.
Celui de son peuple tout d’abord, intraitable sur la question du Sahara ; autant que le furent les Français avec leur Alsace Lorraine.
Celui de sa maîtrise du droit. Il n’ignorait pas que le droit n’est qu’un artefact lorsqu’il est privé des faits correspondants. Il avait appris de Kant qu’il n’est en soi, qu’une belle tête, mais sans cervelle. Il ne pouvait que considérer ainsi les règles onusiennes instrumentalisées par ses voisins avides du territoire.
Celui de sa connaissance historique de son vieux Maroc, essentielle dans la dispute engagée par ses voisins. Il avait ses classiques et Cicéron comptait évidemment quand il disait qu’elle est le témoin des temps, la lumière de la vérité, la vie de la mémoire, l'institutrice de la vie, la messagère de l'antiquité.
Celui de sa culture philosophique. Il savait que lorsque la réalité profonde des faits, marquée par l’espace et le temps, exprime comme une vérité évidente la marocanité du Sahara, toute remise en cause est fallacieuse et absurde. Jamais on n'a disputé s'il fait jour à midi a pu dire Voltaire.
Celui de son esprit résolu qui lui permit de fixer clairement son intention. Sa vision stratégique inspira et motiva son peuple, sa diplomatie, sa défense. Les résultats vinrent sans délai. Ce désert, que quittaient les Espagnols qui n’y avaient exploité que les phosphates et la pêche et où ne vivaient que quelques quatre-vingt mille personnes selon le recensement de 1974, a connu un développement social et économique fulgurant, notamment à partir de 2007 et du projet d’autonomie avancée.
Le Maroc goute aujourd’hui les fruits de la décision royale de la Marche Verte. Cependant, durant cinquante années, il dut faire face à une controverse sans égale dans l’histoire pourtant tourmentée de la décolonisation.
Mais les faits sont têtus.
- Ce qui est vrai ne peut être indéfiniment caché ou ignoré.
- Or, les faits vrais sont des vérités objectives.
- Donc, ils ne peuvent être indéfiniment cachés ou ignorés.
Le Conseil de sécurité enjoint ainsi à l’Algérie et au Polisario d’en convenir. Le Grand Droit de l’espace et du temps ne peut plus être disputé par le petit droit des règles obsolètes et désuètes nées dans le contexte de la décolonisation. Il n’est que temps pour eux d’admettre ce destin inéluctable du Sahara.
On attend d’eux qu’ils n’obscurcissent pas la vérité des faits par de nouveaux mensonges.
La parole de vérité du Conseil doit peser sur le monde entier.
Sinon, en parodiant Soljenitsyne, nous pourrons dire à tous ceux qui la refuseront Nous savons que vous mentez. Vous savez que vous mentez. Vous savez que nous savons que vous mentez. Nous savons que vous savez que nous savons que vous mentez. Et pourtant, vous continuez à mentir.
Hubert Seillan
Président de la Fondation France Maroc, paix et développement durable
Auteur du livre Le Sahara marocain, l’espace et le temps
