Capture de Maduro: coup dur pour l’axe Alger-Téhéran-Hezbollah

<p>El presidente venezolano Nicolás Maduro, capturado, es escoltado mientras se dirige al juzgado federal Daniel Patrick Moynihan de Manhattan para comparecer por primera vez y enfrentarse a cargos federales estadounidenses, entre los que se incluyen narcoterrorismo, conspiración, tráfico de drogas, blanqueo de capitales y otros, en el helipuerto del centro de Manhattan, en la ciudad de Nueva York, Estados Unidos, el 5 de enero de 2026 - REUTERS/ ADAM GRAY&nbsp;</p>
Le président vénézuélien Nicolás Maduro, arrêté, est escorté alors qu'il se rend au tribunal fédéral Daniel Patrick Moynihan de Manhattan pour comparaître pour la première fois et répondre à des accusations fédérales américaines, notamment de narcoterrorisme, de complot, de trafic de drogue, de blanchiment d'argent et autres, à l'héliport du centre de Manhattan, à New York, aux États-Unis, le 5 janvier 2026 - REUTERS/ ADAM GRAY
La capture de Nicolás Maduro par les forces américaines constitue un choc majeur pour des pays se revendiquant « anti-impérialistes » comme l’Algérie et l’Iran, ainsi que pour leur proxy affaibli, le Hezbollah au Liban

Cette chute fracassante du dictateur vénézuélien s’inscrit dans une série de coups durs portés à l’axe dit de la “résistance”, autoproclamé par des régimes autoritaires qui justifient la répression interne par un récit de libération et de lutte sur la scène internationale.

L’axe informel Alger–Téhéran–Hezbollah–alliés périphériques se délite aujourd’hui à une vitesse vertigineuse. L’axe apparaît hétéroclite, mais il demeure idéologiquement cohérent. Il s’agit avant tout d’une communauté de récits, convergeant dans un bloc qui, depuis des années, ne cesse de recycler une rhétorique anti-occidentale et anti-libérale, revendiquant un souverainisme autoritaire et pratiquant un interventionnisme régional déstabilisateur. Cette logique est à l’œuvre à travers l’action de l’Iran en Irak, en Syrie, au Yémen et au Liban, comme celle de l’Algérie au Sahara, au Sahel et en Libye.

Les rôles au sein de cet axe se complètent et se renforcent. L’Iran en constitue le centre idéologique et logistique, assurant la cohérence doctrinale et la coordination stratégique. Le Hezbollah en est le bras armé, chargé de la projection militaire et sécuritaire régionale. L’Algérie fournit un soutien diplomatique, narratif et logistique, notamment au profit des séparatistes du Polisario. Maduro, enfin, jouait le rôle de relais extra-régional, offrant à cet axe une projection vers l’Amérique latine.

Partidarios de Hezbolá llevan imágenes del difunto líder de Hezbolá Sayyed Hassan Nasrallah, en una protesta organizada por ellos contra lo que dijeron que era una violación de la soberanía nacional, cerca del aeropuerto internacional de Beirut, Líbano - REUTERS/EMILIE MADI
Des partisans du Hezbollah brandissent des photos du défunt chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, lors d'une manifestation organisée par eux contre ce qu'ils ont qualifié de violation de la souveraineté nationale, près de l'aéroport international de Beyrouth, au Liban - REUTERS/EMILIE MADI

Sur le terrain, cette convergence se traduit concrètement : des miliciens iraniens ont contribué à la répression des opposants vénézuéliens ; le Hezbollah a participé à l’entraînement du Polisario — une organisation désormais dans le viseur du Congrès américain en tant qu’entité terroriste ; et le régime de Maduro a offert un appui idéologique et narratif aux positions algéro-iraniennes dans les forums latino-américains.

L’ensemble forme un cercle de solidarité autoritaire, uni par un anti-américanisme partagé — plus discret chez Alger, mais assumé, frontal et violent chez l’Iran, le Hezbollah et le chavisme. La chute d’Assad, le boucher de la Syrie, a eu des réverbérations retentissantes à Téhéran, à Alger et au sein des séparatistes du Polisario. Elle frappe l’un des piliers de ce “front du refus”, de cet axe hétéroclite où se mêlent nationalisme arabe, messianisme chiite persique, tiers-mondisme idéologique et terrorisme d’État, ainsi que celui de ses proxys.

La Syrie, depuis Hafez el-Assad, a longtemps été présentée comme un symbole de “résistance” à l’ordre occidental. Elle n’en a pourtant pas moins incarné un régime autoritaire, comparable à celui des généraux en Algérie ou des mollahs en Iran. Autrement dit, ce refus de l’Occident ne s’est jamais accompagné d’un modèle de gouvernance plus démocratique, plus juste ou véritablement populaire.

Avec le départ de Bechar El-Assad, c’est tout l’édifice patiemment construit par Téhéran et ses réseaux — chiites, alaouites et même sunnites instrumentalisés — qui commence à se fissurer et à s’effondrer. L’Algérie l’a ressenti de plein fouet, d’autant plus que des militaires algériens et des éléments du Polisario demeurent détenus en Syrie, preuve tangible d’une alliance opaque, idéologique et sécuritaire avec l’Iran, bien loin de toute prétendue “neutralité”.

Un miembro del antiguo grupo rebelde Hayat Tahrir al-Sham hace guardia cerca de una imagen del sirio Bashar al-Assad en la sede de la cuarta división en Damasco, Siria, el 23 de enero de 2025 - REUTERS/YAMAM AL SHAAR
Un membre de l'ancien groupe rebelle Hayat Tahrir al-Sham monte la garde près d'une image du Syrien Bachar al-Assad au siège de la quatrième division à Damas, en Syrie, le 23 janvier 2025 - REUTERS/YAMAM AL SHAAR

Le deuxième choc fut la décimation par Israël du réseau du Hezbollah. Au-delà de l’érosion de ses capacités logistiques et humaines, Israël l’a décapité, le privant à la fois de ses leaders politiques et de ses chefs opérationnels. Le temps où le Hezbollah paralysait la scène politique libanaise, constituait une menace quasi impunie pour le nord d’Israël et servait de gendarme iranien en Syrie est à jamais révolu.

L’Iran a subi cet affront de manière brutale, mais l’Algérie et le Polisario ont également perdu, avec l’affaiblissement du Hezbollah, un allié aguerri aux manœuvres de guérilla et de nuisance opérationnelle. La présence et l’influence iraniennes au Liban et en Syrie — surtout depuis l’arrivée de Charaa au pouvoir — relèvent désormais du passé. Et dans la foulée, c’est Alger, déjà affaiblie sur les scènes maghrébine, sahélienne et européenne, qui en souffre autant, sinon davantage.

 El líder supremo de Irán, el ayatolá Ali Jamenei, saluda durante el 36.º aniversario de la muerte del líder de la Revolución Islámica de Irán de 1979, el ayatolá Ruhollah Jomenei - Oficina del Líder Supremo de Irán/WANA via REUTERS
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, salue lors du 36e anniversaire de la mort du leader de la révolution islamique iranienne de 1979, l'ayatollah Ruhollah Khomeini - Bureau du guide suprême iranien/WANA via REUTERS

Avec la chute de Nicolás Maduro, c’est la fin d’un allié périphérique mais stratégique, profondément ancré dans la culture bolivarienne et le romantisme anti-américain d’une certaine gauche latino-américaine. Maduro insufflait un souffle pseudo anti-impérialiste à une révolution algérienne qui a fini par dévorer ses propres enfants, ainsi qu’à une révolution iranienne transformée en cauchemar pour le peuple iranien. Il fut aussi l’un des derniers soutiens politiques d’un Polisario à l’agonie, désormais clairement dans le viseur du Congrès américain.

La disparition de Maduro marque la fin de l’illusion d’une « profondeur stratégique mondiale » pour cet axe hétéroclite. Nous assistons à l’effondrement progressif du mythe de l’impunité des régimes autoritaires alliés, longtemps protégés par des narratifs idéologiques et des solidarités artificielles.

Pour l’Algérie, Maduro représentait un allié de poids hors du continent africain. Isolée sur la question du Sahara, Alger trouvait une forme de consolation diplomatique dans les gesticulations onusiennes de pays prisonniers d’une rhétorique révolutionnaire creuse, déconnectée des réalités sociales et économiques, mais portée par le charisme tapageur de figures comme Maduro. Sa chute accentue l’isolement d’un discours qui ne convainc plus que lui-même.

El presidente argelino Abdelmadjid Tebboune rompió las relaciones diplomáticas con Marruecos en 2021 - REUTERS/  REMO CASILLIARA
Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a rompu les relations diplomatiques avec le Maroc en 2021 - REUTERS/ REMO CASILLIARA

Quant à l’Iran — pays meurtri par un régime clérical d’un autre âge, affaibli par les frappes israéliennes et américaines, et par l’effondrement de ses proxies au Liban et en Syrie — la perte de Maduro sonne la fin de cette dispersion géographique qui entretenait à Téhéran l’illusion d’un universalisme idéologique et d’une influence planétaire. À bout de souffle, le régime iranien est désormais sur la défensive. Il ne cherche plus à convaincre, mais à survivre, après avoir épuisé tous les leviers : terrorisme, martyrologie, prosélytisme idéologique, logique des proxies et fuite en avant nucléaire.

En définitive, la fin de Maduro marque celle de récits vacillants — révolution, libération, anti-impérialisme, tiers-mondisme — portés et instrumentalisés par des régimes autoritaires et répressifs en Algérie, en Iran et au Venezuela. Lorsque ces récits produisent des files d’attente pour un demi-litre d’huile ou de lait en Algérie, des pénuries d’eau et de biens essentiels en Iran, ou une population majoritairement sous le seuil de pauvreté dans un pays pétrolier comme le Venezuela, ils cessent d’être des promesses pour devenir des chants de sirènes auxquels plus personne ne croit.

Ces trois pays, riches en hydrocarbures, vivent paradoxalement dans la pénurie, la misère et l’humiliation quotidienne. La souffrance peut, un temps, alimenter un récit révolutionnaire creux ; mais elle finit toujours par le trahir. Ce qui s’effondre aujourd’hui, ce n’est pas seulement un homme ou un régime, mais un axe qui se prétendait porteur du bien alors qu’il n’a produit que misère, slogans et désolation.

Publié pour la première fois en français par l'auteur dans Le 360 le 8 janvier 2025.