La Moncloa et le Sahara marocain : une stratégie diplomatique du silence (2)

<p>El primer ministro español, Pedro Sánchez, llega para dirigirse a los delegados durante una reunión de alto nivel de jefes de Estado sobre una solución de dos Estados entre Israel y los palestinos en la sede de las Naciones Unidas en la ciudad de Nueva York, EE. UU., el 22 de septiembre de 2025 - REUTERS/EDUARDO MUÑOZ&nbsp;</p>
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez - REUTERS/EDUARDO MUÑOZ
Dans la première partie de cet article, nous avons tenté de démontrer que derrière un certain nombre d'ajustements administratifs discrets et d'ordre technique, introduits par certains départements ministériels du gouvernement espagnol, se dessine une évolution progressive de la concrétisation de la position espagnole sur le Sahara marocain
  1. La déclaration dans la communication diplomatique
  2. La déclaration dans la communication diplomatique
  3. Le Sahara dans les discours de l'Espagne à l'ONU
  4. Le Sahara est marocain... Silence, nous gérons
  5. Patience et confiance

Ce processus semble s'inscrire dans une stratégie diplomatique mesurée et prudente qui, tout en révélant des contradictions internes au sein même de la coalition gouvernementale de Pedro Sánchez, soulève également des interrogations sur l'approche adoptée par Madrid pour traduire en actions concrètes les engagements pris dans la déclaration commune de 2022, en particulier en ce qui concerne le soutien explicite de l'Espagne au plan d'autonomie proposé par le Maroc. 

Afin de consacrer cette deuxième partie à vérifier dans quelle mesure ce soutien solennel à l'initiative marocaine, tel qu'il a été formulé dans la déclaration commune de 2022, a été concrétisé publiquement par la diplomatie espagnole au sein des instances internationales, il convient tout d'abord de préciser la signification spécifique de la notion de « déclaration » dans la communication diplomatique, ce qui nous permettra de mieux comprendre l'enjeu diplomatique et la portée communicationnelle de la déclaration commune adoptée en avril 2022 à l'issue des discussions entre le roi Mohammed VI et le président Pedro Sánchez.

La déclaration dans la communication diplomatique

Une déclaration dans la communication diplomatique est un outil formel et officiel utilisé par les États, les organisations internationales ou les représentants diplomatiques pour exprimer une position, une intention ou une réaction à un événement. Sa fonction principale est de servir de vecteur clair et public pour transmettre des messages diplomatiques. Il s'agit d'une modalité discursive essentielle dans la pratique diplomatique, qui fonctionne à la fois comme un acte de langage performatif et comme un outil stratégique de communication et d'influence. Loin d'être une simple transmission d'informations, la déclaration vise à produire des effets concrets sur la scène internationale, en remplissant plusieurs fonctions clés. 

Souvent, une déclaration diplomatique vise à exprimer la position officielle d'un État sur un fait, une situation ou un événement donné (dénoncer une situation, manifester un soutien, affirmer ou réaffirmer une position). Elle constitue parfois un signal diplomatique dans la mesure où elle consiste à transmettre à d'autres acteurs internationaux, tels que des alliés, des adversaires ou la communauté internationale, un message soigneusement calibré et bien calculé, tant dans son timing que dans son contenu. L'influence et la légitimation pourraient être le principal défi d'une déclaration diplomatique lorsqu'elle cherche à façonner les perceptions et tente de légitimer les actions diplomatiques menées par l'État émetteur.

Les déclarations peuvent prendre différentes formes, notamment unilatérales lorsqu'elles émanent d'un seul État, ou conjointes lorsqu'elles proviennent de deux ou plusieurs États, manifestant un alignement de positions ou une alliance sur un sujet donné. Les déclarations conjointes traduisent solennellement une interaction diplomatique qui officialise un accord bilatéral sur des principes ou des orientations communs, sans nécessairement constituer un engagement juridique strict. Cependant, la forme écrite et impersonnelle confère à la déclaration conjointe une grande formalité dans la pratique diplomatique. Il convient également de rappeler qu'une déclaration, en tant qu'acte linguistique, ne se limite pas à décrire la situation, mais agit sur celle-ci, créant des obligations sinon juridiquement contraignantes, du moins éthiques, surtout si elle émane d'une autorité habilitée, formulée en termes clairs et précis, et soumise à des règles strictes en matière de forme, de terminologie et de protocole.

La déclaration commune établie à Rabat en 2022, en tant que feuille de route ambitieuse et durable pour revitaliser les relations bilatérales entre les deux royaumes voisins, souligne que « l'Espagne reconnaît l'importance de la question du Sahara pour le Maroc et considère l'initiative marocaine d'autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour le règlement du différend ». Ce texte officialise ainsi une position diplomatique clé, s'inscrivant à la fois dans le cadre de la légalité internationale et du processus onusien, combinant la reconnaissance de l'initiative marocaine et l'engagement en faveur d'une solution mutuellement acceptable dans le cadre des Nations unies. Cette articulation diplomatique vise à concilier les intérêts stratégiques bilatéraux, tout en répondant aux exigences de la communauté internationale, définissant ainsi un cadre d'action et une ligne directrice pour la conduite future de la diplomatie espagnole dans ce dossier sensible.

El rey Mohamed VI y Pedro Sánchez - PHOTO/PALACIO REAL MARROQUÍ vía AP
Le roi Mohammed VI et Pedro Sánchez - PHOTO/PALACIO REAL MARROQUÍ via AP

La déclaration en tant qu'acte performatif

Il est tout à fait légitime d'estimer que la valeur d'une déclaration diplomatique réside essentiellement dans sa mise en œuvre concrète et effective, car c'est ce qui lui confère une signification fonctionnelle et tangible. Toutefois, cette estimation n'est pas absolue, une déclaration commune peut conserver une valeur significative en tant qu'outil de signalisation, de dissuasion ou de cadre normatif, même si elle n'est pas pleinement appliquée. Tout dépend du contexte géopolitique, des intentions sous-jacentes et des réactions des autres acteurs. 

En outre, il convient de rappeler dans le même contexte que la déclaration commune dans le discours diplomatique est avant tout un acte performatif plutôt qu'un simple message déclaratif. Même si elle n'est pas nécessairement contraignante comme un accord ou un pacte, la déclaration commune vise à engager les États sur le plan politique et diplomatique, en exprimant des intentions ou des principes communs qui produisent un effet dans le monde par le simple fait de leur énonciation.

Lorsque l'Espagne, dans la déclaration commune qui sert de nouvelle feuille de route, « reconnaît l'importance de la question du Sahara pour le Maroc, ainsi que les efforts sérieux et crédibles du Maroc dans le cadre des Nations unies pour trouver une solution mutuellement acceptable » et lorsque, à ce titre, l'Espagne « considère l'initiative marocaine d'autonomie, présentée en 2007, comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend », il faut comprendre qu'il ne s'agit pas ici d'un simple acte déclaratif qui se limite à reconnaître ou à constater une situation préexistante, mais plutôt d'un acte performatif qui réalise une action par le simple fait de la déclaration (au sens de reconnaissance et d'engagement).

La déclaration conjointe en tant que mécanisme discursif dans la pratique diplomatique, même si elle ne crée pas d'obligations juridiques strictes, manifeste une volonté commune qui a un effet pragmatique sur les relations bilatérales et peut engager politiquement les parties. Par conséquent, la déclaration commune de 2022 entre le Maroc et l'Espagne constitue un acte diplomatique performatif, qui implique un engagement moral et politique, même s'il ne crée pas automatiquement des obligations juridiques contraignantes comme le ferait un traité ou un pacte, et ce dans la mesure où la déclaration commune en diplomatie fait appel à de multiples actes de langage, et se manifeste par un usage soigneusement choisi de termes et d'expressions qui ne sont pas seulement informatifs, mais aussi performatifs, c'est-à-dire qui produisent des effets dans la communication diplomatique. Ces actes de langage permettent non seulement de formaliser des positions communes, mais aussi d'exprimer des intentions, des engagements, des soutiens ou des appels à des actions spécifiques.

C'est dans cette perspective que la déclaration commune à l'issue des discussions approfondies entre Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez constitue un acte performatif, qui utilise des actes de langage pour construire une réalité diplomatique partagée entre les deux États, mais aussi pour exprimer une volonté d'action à travers le langage qui, reposant essentiellement sur la confiance, la crédibilité et la bonne foi, engage les parties concernées au moins moralement et politiquement.

Dans quelle mesure les engagements et les actes performatifs contenus dans cette déclaration commune, consistant à reconnaître l'importance de la question du Sahara pour le Maroc et à considérer l'initiative marocaine d'autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend, ont-ils été effectivement concrétisés et mis en œuvre au niveau de l'action diplomatique de l'Espagne ?

Dans le but de vérifier si les engagements pris par l'Espagne concernant la question du Sahara et l'initiative marocaine d'autonomie ont été traduits en actions concrètes dans sa diplomatie, cette modeste contribution ne prétend pas proposer une évaluation méthodologique exhaustive de l'action diplomatique menée par le gouvernement espagnol au cours des trois dernières années. Il s'agira plutôt de rappeler succinctement les positions exprimées par le président Pedro Sánchez lors des Assemblées générales des Nations unies au cours de cette période post-2022, sans chercher à mesurer l'efficacité, la pertinence ou l'impact global de ses interventions au niveau d'autres instances internationales. 

Paso de Guerguerat, Marruecos - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ
Col de Guerguerat, Maroc - ATALAYAR/ GUILLERMO LÓPEZ

Le Sahara dans les discours de l'Espagne à l'ONU

Lors de son intervention à la 77e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 22 septembre 2022, cinq mois après l'adoption de la déclaration conjointe à Rabat, le président Pedro Sánchez évoque en ces termes la question du Sahara comme une priorité de la politique étrangère espagnole :

« Nous ne pouvons pas traîner les conflits du siècle dernier. C'est pourquoi, en ce qui concerne une région très importante pour l'Espagne comme le Sahara occidental, l'Espagne soutient une solution politique mutuellement acceptable, dans le cadre de la Charte des Nations unies et des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. À cet égard, le travail du représentant personnel du secrétaire général des Nations unies me semble fondamental, et je tiens à dire qu'il bénéficie du soutien total du gouvernement espagnol ».

C'est ainsi que le discours présidentiel, marqué par une volonté de prudence diplomatique, a évité de confirmer publiquement le revirement stratégique opéré en faveur de l'initiative marocaine d'autonomie. La même absence notable de toute référence explicite à la position officielle espagnole, confirmée dans la déclaration conjointe de Rabat, marquera les discours présidentiels lors des sessions ultérieures.

Lorsqu'il évoque la question du Sahara dans son intervention à la 78e session de l'Assemblée générale des Nations unies (20.9.2023), le président du gouvernement espagnol adopte le même ton réservé et prudent, tout en manifestant un intérêt particulier pour la situation de la population retenue dans les camps de Tindouf :

« En ce qui concerne le Sahara occidental, l'Espagne est favorable à une solution politique mutuellement acceptable, dans le cadre de la Charte des Nations unies et des résolutions du Conseil de sécurité. Le travail du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies est fondamental et bénéficie du soutien total du gouvernement espagnol. De même, nous continuerons à soutenir la population sahraouie dans les camps, comme nous l'avons toujours fait, en conservant notre statut de principal donateur international d'aide humanitaire dans ce contexte ».

La même ligne diplomatique prudente et mesurée sera maintenue lors de la 79e session de l'Assemblée générale des Nations unies, le 25 septembre 2024, lorsque le président Pedro Sánchez réaffirmera que :

« Le travail des missions de paix est essentiel en ce moment et dans de nombreux autres contextes, comme au Sahara occidental, où mon pays, l'Espagne, continuera à soutenir l'envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies afin de parvenir à une solution mutuellement acceptable dans le cadre des Nations unies ».

Depuis l'annonce de son soutien au plan d'autonomie sous souveraineté marocaine en 2022, Pedro Sánchez ne fait jamais allusion dans ses discours devant l'Assemblée générale des Nations unies à une nouvelle position de l'Espagne sur cette question. Il s'agit d'une prudence diplomatique qui témoigne d'une continuité presque traditionnelle dans la politique étrangère espagnole, héritée des gouvernements précédents, et qui a toujours privilégié pour la question du Sahara une approche trop mesurée, voire excessivement calculée, bien que stratégiquement contre-productive.

Cette position attentiste se justifie dans certains cercles politiques et médiatiques en Espagne par la volonté d'éviter de prendre parti de manière trop catégorique afin de ne pas compromettre les équilibres diplomatiques régionaux supposés, notamment entre le Maroc et l'Algérie. La seule fois où cette continuité a été partiellement rompue, c'est lorsque le président Pedro Sánchez a omis, dans son discours aux Nations unies en 2019, la référence habituelle à l'autodétermination, marquant ainsi une légère rectification de la position traditionnelle espagnole. C'est ainsi que ce discours présidentiel pourrait figurer comme un jalon historique utile pour comprendre l'évolution de la diplomatie espagnole concernant le conflit du Sahara.

Lors de son premier discours à l'ONU en tant que chef du gouvernement (septembre 2018), Pedro Sánchez avait explicitement évoqué « l'autodétermination du peuple sahraoui » pour résoudre le conflit, conformément à la position traditionnelle de l'Espagne à cet égard. Tout juste arrivé à la tête du gouvernement le 1er juin 2018, à la suite d'une motion de censure contre son prédécesseur Mariano Rajoy, leader du Parti populaire, le dirigeant socialiste s'est rendu à New York deux mois plus tard pour représenter l'Espagne à la 73e session de l'Assemblée générale. Ce fut la première - et dernière - fois que Pedro Sánchez évoqua, au sein de l'ONU, le principe d'autodétermination. Il s'exprima en ces termes :

« L'Espagne, comme vous le savez, défend le rôle central des Nations unies et souhaite contribuer aux efforts du secrétaire général et de son envoyé spécial pour parvenir à une solution politique, juste, durable et mutuellement acceptable, qui prévoie l'autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre des dispositions conformes aux principes et aux objectifs de la Charte des Nations unies ».

Le discours prononcé un an plus tard par Pedro Sánchez devant l'Assemblée générale des Nations unies, le 24 septembre 2019, avait marqué une évolution significative dans le discours diplomatique espagnol sur la question du Sahara. Cette omission concernant le droit à l'autodétermination avait sérieusement déçu l'Algérie et le Polisario, qui y voyaient un abandon de la neutralité historique de l'Espagne. Bien qu'elle ait fait abstraction du principe d'autodétermination dans son discours officiel à l'ONU, depuis 2019, l'Espagne structure désormais son discours essentiellement autour du rôle central des Nations unies et d'une solution politique mutuellement acceptable.

Una señal que indica un campo minado en una zona militar se muestra mientras un helicóptero Mil Mi-8 de la Misión de las Naciones Unidas para el Referéndum del Sáhara Occidental (MINURSO) sobrevuela el lado marroquí del paso fronterizo entre Marruecos y Mauritania en Guerguerat, en el Sáhara Occidental, el 25 de noviembre de 2020 - PHOTO/ ARCHIVO 
Un panneau indiquant un champ de mines dans une zone militaire est visible alors qu'un hélicoptère Mil Mi-8 de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO) survole le côté marocain du poste-frontière entre le Maroc et la Mauritanie à Guerguerat, au Sahara occidental, le 25 novembre 2020. - PHOTO/ ARCHIVES

Le Sahara est marocain... Silence, nous gérons

Comment expliquer alors cette insistance récurrente dans le discours diplomatique de l'Espagne au niveau multilatéral, qui met en avant une « solution politique mutuellement acceptable », sans pour autant réitérer explicitement son soutien à l'initiative marocaine d'autonomie ? Cette prudence contrastée apparaît d'autant plus marquée lorsqu'on la compare aux déclarations plus directes et affirmées formulées au niveau bilatéral. Comment comprendre alors cette différence de ton et de contenu entre la diplomatie multilatérale et la diplomatie bilatérale ?

En effet, dans le cadre bilatéral, il convient de rappeler que le président du gouvernement espagnol, lors de sa visite de travail au Maroc en février 2024, a réitéré à Sa Majesté le Roi la position de l'Espagne, contenue dans la déclaration conjointe d'avril 2022, considérant l'initiative marocaine d'autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend. À cette occasion, Sa Majesté le Roi a tenu à remercier l'Espagne pour cette nouvelle position constructive et importante. Dans le même ordre d'idées, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ne manque pas de réitérer le soutien de l'Espagne au plan d'autonomie marocain à chaque rencontre avec son homologue marocain, Nasser Bourita, ce qui témoigne de l'engagement sincère de Madrid envers la proposition marocaine, réaffirmé publiquement à plusieurs reprises lors de leurs entretiens bilatéraux. C'est ainsi que la stratégie diplomatique adoptée par le gouvernement de Pedro Sánchez depuis 2022 semble revêtir un caractère paradoxal particulièrement significatif. Le palais de La Moncloa, qui reconnaît l'importance de la question du Sahara pour le Maroc et considère l'initiative marocaine d'autonomie comme la base la plus sérieuse, réaliste et crédible pour la résolution de ce différend, choisit de naviguer dans une posture de silence mesuré au niveau multilatéral, en évitant toute déclaration publique tranchée ou toute nouvelle prise de position devant les instances internationales, notamment les Nations unies. Cependant, parallèlement, sur le plan bilatéral, et face à leurs homologues marocains, les responsables espagnols affirment clairement le soutien de leur pays à la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara, traduisant ainsi un engagement politique effectif envers Rabat.

Ce double discours révèle une volonté délibérée de concilier plusieurs sensibilités : d'une part, maintenir une certaine réserve publique devant la communauté internationale, d'autre part, préserver et renforcer les relations bilatérales stratégiques cruciales avec le Maroc, partenaire majeur en matière de sécurité, de migration et d'économie. Il s'agit d'une stratégie diplomatique dans laquelle le silence n'est pas simplement une absence de parole, mais un choix réfléchi. Contrairement au silence de ceux qui ne disent rien parce qu'ils n'ont rien à dire, le silence diplomatique dont il est question ici est une décision intentionnelle et stratégique, qui sert à gérer les émotions, à contrôler la communication, à préserver une marge de manœuvre, ou simplement à éviter de s'engager trop publiquement sur un sujet aussi sensible que celui du Sahara marocain.

El presidente Pedro Sánchez junto con  Aziz Akhannouch, en el Palacio Real de Rabat - <strong>LA MONCLOA / BORJA PUIG DE LA BELLACASA </strong>
Le président Pedro Sánchez en compagnie d'Aziz Akhannouch, au Palais royal de Rabat - LA MONCLOA / BORJA PUIG DE LA BELLACASA

Patience et confiance

Qu'il s'agisse d'un moyen de gagner du temps sur un sujet qui divise l'opinion publique espagnole en attendant que la situation évolue, d'éviter des polémiques immédiates et des réactions imprévisibles, ou de gérer le dossier par un retrait visible, tout en agissant en coulisses et en préservant le pouvoir, ce choix délibéré semble illustrer une approche pragmatique et calculée, où le silence officiel, notamment au niveau multilatéral, n'équivaut pas nécessairement à une passivité diplomatique irréfléchie, mais à une forme de positionnement discret, où chaque mot est pesé en fonction de son contexte et de ses conséquences politiques. 

Il s'agit d'une stratégie de communication diplomatique particulièrement prudente, qui semble accorder une attention soutenue aux risques politiques liés aux effets médiatiques, notamment aux réactions négatives au niveau interne. Un mode d'action politique fondé sur la retenue et la gestion calculée de la parole, apparemment pour dominer l'espace politique et tenter de ne pas renforcer le pouvoir du discours adverse, en refusant de lui donner une visibilité ou une légitimité médiatique trop importante. Une ligne de conduite qui cherche finalement à conjuguer stabilité gouvernementale et pragmatisme diplomatique, dans un contexte national marqué par la plus grande prudence.

Face à cette stratégie de silence actif adoptée par la diplomatie espagnole sur le Sahara marocain, la diplomatie marocaine menée par SM le Roi Mohammed VI semble adopter une patience stratégique soigneusement calibrée, fondée sur une approche visionnaire à la fois attentive aux contraintes actuelles du gouvernement espagnol et ouverte aux défis majeurs de demain.

Par cette approche diplomatique de patience et de confiance, la diplomatie marocaine montre sa capacité à conjuguer une fermeté dans ses objectifs stratégiques avec un pragmatisme visant à installer un axe durable entre Madrid et Rabat, dans un contexte géopolitique complexe et évolutif. C'est précisément dans ce contexte que SM le Roi a tenu, lors de son discours prononcé le 31 octobre, à l'occasion de l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 2797, à remercier l'Espagne ainsi que d'autres pays amis qui ont apporté leur soutien à la marocanité du Sahara.