L'IA et la nouvelle mutation du capitalisme
« L'intelligence artificielle (IA) précipitera une nouvelle mutation du capitalisme, avec des changements importants dans le système socio-économique, principalement à travers des gains de productivité, des forces déflationnistes et une réorganisation de l'emploi. Elle conduira à des changements dans le pouvoir et la gouvernance internationale, à l'émergence d'entreprises plus puissantes que jamais et à une nouvelle organisation sociale. Un défi extrêmement difficile pour une UE qui n'y est pas préparée ».
Cette affirmation sans équivoque est celle de Juan María Nin, président du Círculo de Empresarios. Il l'a prononcée lors d'un dialogue avec le vice-président de la Banque centrale européenne, Luis de Guindos, à l'occasion de la présentation publique de l'Annuaire de l'euro 2025, un ouvrage minutieux contenant des diagnostics et des pistes d'action et de solution possibles, élaboré par l'Institut espagnol des analystes en collaboration avec le Círculo de Empresarios et l'Institut de crédit officiel (ICO).
- Géopolitique, marchés et changement de paradigme
- Dilemme européen : fragmentation ou coopération
- Annuaire de l'euro 2025 : feuille de route et appel à l'action
Géopolitique, marchés et changement de paradigme
De Guindos a quant à lui souligné « le décalage croissant entre la géopolitique et le comportement des marchés financiers », et a insisté sur les difficultés des marchés à intégrer progressivement les risques géopolitiques, qui ont tendance à passer de zéro à l'infini. Il a également mis l'accent sur le changement de paradigme reflété par des phénomènes tels que les tarifs douaniers, la réglementation bancaire et la nouvelle approche des crypto-actifs aux États-Unis.
Dans ce contexte, l'Europe est donc confrontée à un choix clair entre la fragmentation ou une coopération accrue pour renforcer son autonomie stratégique. Le vice-président de la BCE a défendu la nécessité d'augmenter les investissements dans la défense et de faire avancer des projets communs, tels que l'euro numérique, afin de « réduire les dépendances et renforcer la souveraineté économique européenne ».
Dilemme européen : fragmentation ou coopération
À ce dialogue s'ajouterait également le député européen et coordinateur du groupe S&D au sein de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Jonás Fernández, qui a souligné l'urgence d'accélérer la finalisation du marché unique, ainsi que la création d'outils communs permettant de financer les priorités européennes et de renforcer la résilience de l'Union économique et monétaire (UEM) dans un contexte de fragmentation.
Toutes ces interventions ont permis de souligner et d'enrichir l'analyse de l'Annuaire de l'euro, une publication prestigieuse qui en est à sa douzième édition, dirigée par le professeur Fernando Fernández Méndez de Andrés. La feuille de route proposée pour l'UE dans les années à venir s'articule autour de trois axes : augmenter la productivité, appliquer des règles fiscales crédibles et progresser vers une réglementation financière plus compétitive.
Annuaire de l'euro 2025 : feuille de route et appel à l'action
À cet égard, Francisco Uría, directeur des études et de l'analyse de l'Institut espagnol des analystes, a souligné que « consolider l'UEM signifie compléter les piliers de l'UE : marché unique, union des capitaux et cadres communs plus efficaces ». Selon lui, c'est la voie à suivre pour que l'Europe puisse croître, investir et résister aux chocs que nous observons déjà sans dépendre de réponses improvisées.
En définitive, l'Annuaire de l'euro 2025 lance un appel concluant, selon lequel il est urgent de passer du diagnostic à l'action : une autonomie stratégique ouverte sans protectionnisme, un programme de productivité intégrant l'IA et la démographie, des règles fiscales crédibles et une simplification réglementaire intégrant la compétitivité sans sacrifier la stabilité.
