Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a comparé la question du Sahara à la crise du Kosovo à Belgrade

L'Algérie, à la recherche d'alliés européens en Italie, en Serbie et en Allemagne

PHOTO/TWITTER/MINISTERIO DE RELACIONES EXTERIORES DE ARGELIA – El ministro de Exteriores argelino, Ahmed Ataff, con su homólogo serbio, Ivica Dacic, en una visita oficial en Belgrado
photo_camera PHOTO/TWITTER/MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE L'ALGÉRIE - Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Ataff, en visite officielle à Belgrade avec son homologue serbe, Ivica Dacic

Une diplomatie sans entraves. Abdelmadjid Tebboune a activé son dispositif de politique étrangère pour sécuriser les partenaires européens de l'Algérie dans le jeu géopolitique nord-africain. Sur ordre des hommes forts d'El Mouradia, le ministre algérien des Affaires étrangères Ahmed Attaf se rend dans les capitales italienne, serbe et allemande pour confirmer que les mesures prises par Tebboune lors de sa visite à Moscou vont dans la bonne direction. 

"Consolider le dialogue politique sur les questions qui concernent les intérêts fondamentaux et les intérêts principaux de l'Algérie et de ses partenaires", ont été les mots précis du chef de la diplomatie. Mais loin des échanges cordiaux sur les évolutions de la scène régionale et internationale, la mission de l'Algérie en Europe se concentre sur le principal thermomètre du Maghreb : le Sahara occidental. C'est sur cette question que les gouvernements espagnol et allemand ont déjà opté en soutenant le projet de souveraineté du Maroc.

SPUTNIK/MIKHAIL METZEL - El presidente ruso, Vladimir Putin, y el presidente de Argelia, Abdelmadjid Tebboune, asisten a una ceremonia de firma luego de sus conversaciones en el Kremlin en Moscú el 15 de junio de 2023
SPUTNIK/MIKHAIL METZEL - Le président russe Vladimir Poutine et le président algérien Abdelmadjid Tebboune assistent à une cérémonie de signature à l'issue de leurs entretiens au Kremlin, à Moscou, le 15 juin 2023

La tournée européenne se heurte à une difficulté croissante dans l'ordre des pays visités par la chancelière algérienne. L'Italie, pays allié présidé par Georgia Meloni, a été la première étape d'Ahmed Attaf, pays considéré comme un "partenaire stratégique" en raison de ses accords sur la fourniture de gaz, mais avec lequel il a peu de contacts politiques. A Rome, Attaf a rencontré son homologue Antonio Tajani, afin d'évaluer les relations entre les deux pays suite aux visites de haut niveau de Tebboune en Italie et de Sergio Mattarella et Giorgia Meloni à Alger.  

Après avoir réitéré l'attachement au traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération avec l'Italie, qui a fêté son 20e anniversaire au début de l'année, il ne restait plus qu'à célébrer les liens de Mme Meloni avec les Sahraouis en échange de la position commerciale de l'Italie en Algérie.

Prochaine étape : la Serbie, alliée de Poutine 

Cette visite s'accompagnait de certaines garanties. Les relations de coopération entre la Serbie et la Russie, après le soutien répété du Kremlin à Belgrade dans la crise du Kosovo, jouent en faveur d'Alger, mais avec le ministère des Affaires étrangères d'Ivica Dacic, il y a toujours des problèmes à résoudre. La tension entre l'Algérie et la Serbie n'a pas été résolue après que cette dernière a reconnu à Rabat que les deux pays avaient "la même position de principe de respect de l'intégrité territoriale de chaque pays". En contrepartie, le Maroc a maintenu sa non-reconnaissance de l'indépendance du Kosovo. 

Cette déclaration a déclenché la sonnette d'alarme à Alger, qui a pressé Belgrade de rectifier sa position, la justifiant par des "interprétations erronées" de "médias étrangers". Selon la déclaration, la position de la Serbie sur la question du Sahara occidental restait alors "inchangée et conforme aux dispositions du droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU".  

Tout s'est clarifié jusqu'en mai 2021, lorsque l'ancien ministre serbe des Affaires étrangères Nicola Selakovic a déclaré, toujours à Rabat, que le plan marocain d'autonomie pour le Sahara était une option "sérieuse et crédible", et que Belgrade soutenait "une politique consensuelle et durable". 

C'est dans ce contexte que le ministre algérien des Affaires étrangères a été reçu à Belgrade. Le président Aleksandar Vucic a lui-même reçu Ahmed Attaf qui lui a transmis les salutations du président Tebboune et lui a renouvelé son invitation à se rendre en Algérie "afin d'œuvrer ensemble pour donner un nouvel élan aux relations algéro-serbes". Vucic a accepté l'invitation et a exprimé son espoir qu'elle "constituera une nouvelle étape dans les relations entre la Serbie et l'Algérie".

AFP/ EMMANUEL DUNAND  - El presidente serbio, Aleksander Vucic
AFP/ EMMANUEL DUNAND  - Le président serbe Aleksander Vucic

Les cordialités mises à part, Attaf a cherché à clarifier la position de la Serbie sur le Sahara en comparant les similitudes qu'elle partage, selon le ministre algérien, avec le Kosovo. "Vous connaissez très bien nos positions sur les questions sensibles pour votre pays, notamment la question du Kosovo", a déclaré Attaf. Deux mêmes scénarios dont l'origine est "la transgression du principe de l'inviolabilité des frontières pour le Kosovo et du principe du respect des frontières héritées de la colonisation pour le Sahara occidental", comme l'a indiqué le ministère dans un communiqué de presse.  

Selon le ministère algérien des Affaires étrangères, Ivica Dacic a assuré "l'engagement de son pays à ne pas porter atteinte aux positions de l'Algérie et à ses intérêts fondamentaux, notamment dans sa région", en référence au Sahara. Une version qui se heurte à la reconnaissance par le Serbe Nicola Selakovic du plan marocain à Rabat en 2021. 

L'Allemagne, l'étape la plus difficile 

Emboîtant le pas à Washington, Berlin a soutenu le plan d'autonomie du Maroc pour le Sahara occidental après une visite de la ministre allemande des Affaires étrangères à Rabat. Un pas irréversible sur lequel Ahmed Attaf doit compter lors de sa visite dans la capitale allemande. La récente visite de Tebboune à Moscou et son soutien répété à Poutine en temps de guerre sur le sol européen, où Berlin a été le premier à endosser toutes les sanctions contre l'envahisseur, ne sera pas non plus d'un grand secours dans cette affaire.

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