Le Mali hésite entre la Russie et les États-Unis pour faire face à l'offensive djihadiste

L'isolement régional du Mali place le pays à la merci des djihadistes, tandis que la Russie et les États-Unis cherchent à dominer le Sahel

El presidente ruso, Vladimir Putin, estrecha la mano del presidente maliense, Assimi Goita, durante una reunión tras la cumbre Rusia-África en San Petersburgo, Rusia, el 29 de julio de 2023 - TASS/MIKHAIL METZEL via REUTERS
Le président russe Vladimir Poutine serre la main du président malien Assimi Goita lors d'une réunion après le sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 29 juillet 2023 - TASS/MIKHAIL METZEL via REUTERS
  1. Départ de la France
  2. Isolement international
  3. Stratégie de blocus économique
  4. Les États-Unis entrent en scène

La situation complexe dans laquelle se trouve le Mali reflète fidèlement l'instabilité qui règne dans la région africaine du Sahel, théâtre de violents affrontements depuis des années. L'offensive des milices djihadistes du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) et du Front de libération de Macina, liés à Al-Qaïda, menace sérieusement le Mali et, par extension, le reste du Sahel.

La situation n'est pas nouvelle : le Mali est un foyer d'instabilité depuis le début de la décennie, depuis que la junte militaire dirigée par Assimi Göita a pris le pouvoir par un coup d'État en 2020.

Le Mali, un pays de 24 millions d'habitants, sans accès à la mer, sans réserves d'hydrocarbures et avec des mines d'or situées dans la région frontalière avec le Sénégal, est devenu un élément supplémentaire du tableau complexe du Sahel, où s'entremêlent les intérêts des grandes puissances.

<p>El presidente interino de la República de Mali, Assimi Goita, habla con el presidente ruso, Vladimir Putin, durante sus conversaciones en el Gran Palacio del Kremlin en Moscú, Rusia, el 23 de junio de 2025 - PHOTO/ PAVEL BEDNYAKOV</p>
Le président de la République du Mali, Assimi Goita - PHOTO/ PAVEL BEDNYAKOV

Départ de la France

Pour comprendre ce qui se passe actuellement, il faut revenir sur ce qui s'est passé dans le pays ces dernières années. Après l'arrivée au pouvoir de la junte militaire, le Mali s'est engagé dans un processus d'auto-isolement qui a conduit le pays à sa situation actuelle, à la merci des djihadistes.

La lutte contre le terrorisme djihadiste a été confiée ces dernières années aux forces armées françaises, avec le soutien militaire de leurs alliés parmi les pays du Sahel. Une offensive lancée en 2014, sous le nom d'opération Barkhane, dirigée par le général de division Bruno Guibert et représentée au Mali par le colonel Jean-Bruno Despouys.

Cependant, les dissensions avec la France après le coup d'État au Mali ont conduit les Français à annoncer, en février 2022, le retrait de leurs troupes, qui a pris effet à partir du mois d'août de la même année. En novembre 2022, le président français Emmanuel Macron a annoncé la fin de l'opération Barkhane au Sahel.

Mais ce n'est pas tout : en décembre 2023, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), présente dans le pays depuis 2013, a également quitté le Mali. Et le régime de Göita a accentué l'isolement régional en se retirant du G-5 Sahel et de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest.

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Le président français Emmanuel Macron rend visite aux troupes françaises déployées au Mali - PHOTO/Archives

Isolement international

Cet isolement international provoqué par le régime militaire malien lui-même s'est retourné contre lui, car il n'a plus d'alliés dans la région vers lesquels se tourner face à l'avancée des djihadistes.

Le soutien de la Russie, incarné par le groupe de mercenaires Afrika Corps, successeur du groupe Wagner et contrôlé directement par le ministère malien de la Défense, est la seule chose qui leur permet de résister à l'avancée des groupes proches d'Al-Qaïda. Mais il est difficile pour ces quelque 3 000 mercenaires de remplacer de manière satisfaisante les plus de 15 000 soldats déployés par les Français lors de l'opération Barkhane.

Des mercenaires qui, en outre, sont plus soucieux de contrôler les mines d'or du complexe de Loulo-Gounkoto, à la frontière avec le Sénégal, que de faire face à la menace djihadiste, qui cherche à contrôler la région et à instaurer un pseudo-califat, comme ils l'ont déjà fait dans certaines parties de l'Irak et de la Syrie en 2014.

Una ceremonia conmemorativa celebrada para rendir homenaje a los combatientes de Wagner, que fueron asesinados en Mali por rebeldes tuareg del norte - REUTERS/ YULIA MOROZOVA
Une cérémonie commémorative organisée en hommage aux combattants de Wagner, tués au Mali par des rebelles touaregs du nord - REUTERS/ YULIA MOROZOVA

Stratégie de blocus économique

Les groupes djihadistes opérant au Mali suivent une stratégie claire d'étouffement économique. Le pays, sans accès direct à l'Atlantique ni réserves énergétiques propres, dépend des importations de carburant par la route depuis des pays voisins comme le Sénégal ou la Côte d'Ivoire.

L'offensive djihadiste vise donc à couper les communications routières avec les pays qui approvisionnent le Mali en carburant, provoquant un étranglement de l'activité économique que même le soutien de la Russie, en carburant et en armement, ne parvient pas à surmonter.

La situation est encore compliquée par les dissensions internes au sein de la junte militaire, qui ont provoqué le départ, le mois dernier, d'une série de hauts responsables, dont le chef d'état-major.

L'avancée des djihadistes et le blocus économique ont conduit plusieurs pays à appeler leurs ressortissants à quitter le Mali, et d'importantes entreprises logistiques telles que la française CGM CMA ou la multinationale MSC à envisager d'abandonner leurs activités économiques dans un pays de plus en plus dangereux.

En France, les informations journalistiques font état de la chute imminente de la capitale malienne, Bamako, aux mains des djihadistes. Sur le terrain, d'autres médias indiquent toutefois que la France donne une image beaucoup plus négative que la réalité de la situation au Mali. Une vision qui pourrait s'expliquer par le conflit croissant entre le pays africain et la France : la junte militaire a décidé de mettre fin à la coopération antiterroriste avec la France et d'expulser plusieurs diplomates français de son territoire.

Malíes se manifiestan contra Francia y en apoyo a Rusia en el 60 aniversario de la independencia de la República de Malí en 1960, en Bamako, Malí, el 22 de septiembre de 2020 - PHOTO/ AP
Des Maliens manifestent contre la France et en soutien à la Russie à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance de la République du Mali en 1960, à Bamako, au Mali, le 22 septembre 2020 - PHOTO/ AP

Les États-Unis entrent en scène

De son côté, dans le cadre de sa politique d'intervention dans les conflits armés où qu'ils se produisent, l'administration Trump souhaite également être présente au Sahel, et plus précisément au Mali.

Le sous-secrétaire d'État américain, Christopher Landau, s'est récemment entretenu avec le ministre des Affaires étrangères du Mali pour discuter de questions de sécurité et a félicité les forces armées du pays « pour leur lutte contre les militants extrémistes ».

Le soutien des États-Unis à la junte militaire, sans tenir compte de questions telles que sa légitimité au pouvoir, le respect de la démocratie ou des droits de l'homme, s'inscrit dans la stratégie pragmatique mise en place par le président américain pour regagner le terrain perdu au Sahel face à la Russie, après le départ de la France.