Soudan : les citoyens sous le joug des mercenaires étrangers
Une enquête publiée par le site In Depth Reports a révélé l'existence de combattants étrangers de nationalité colombienne qui combattent dans les rangs de l'armée soudanaise. Ceux-ci sont arrivés à Port Soudan grâce à un réseau secret qui recrute des soldats colombiens à la retraite pour participer à la guerre au Soudan, sous de fausses promesses d'emplois dans le secteur de la sécurité.
Le rapport explique que le phénomène des mercenaires — ou « contractants militaires », selon la terminologie utilisée — a connu une croissance remarquable au cours des deux dernières décennies. D'une pratique isolée, il est devenu une industrie transnationale qui produit des armées auxiliaires ou de petites unités spécialisées dans les missions de combat et de sécurité. Au cœur de cet essor, la Colombie est apparue comme l'un des principaux réservoirs humains alimentant ce marché mondial.
Vague de peur généralisée
L'enquête, menée par le Soudanais Fathi Ahmed et les Colombiens Juan Álvarez et Camila Torres, montre comment les mercenaires hispanophones sèment la peur et le mécontentement parmi la population civile.
Aisha, une femme d'une cinquantaine d'années qui a fui avec ses cinq enfants après l'assaut de son quartier dans la ville de Nyala (Darfour), a raconté : « Lorsque les forces armées sont entrées dans notre quartier, ce n'était pas normal. J'ai entendu des voix dans des langues que je ne comprenais pas, mais un mot revenait sans cesse : Colombie, Colombie. J'ai vu un homme corpulent en uniforme militaire avec un patch jaune, bleu et rouge. J'ai alors compris que nous étions confrontés à des combattants étrangers. »
Aisha a ajouté que les enfants étaient « terrifiés. Nous n'avions plus l'impression d'être entourés par notre propre armée, mais par des inconnus venus de loin. »
Un autre témoin a déclaré : « J'étais sûr que ces hommes n'étaient ni arabes ni africains. C'était choquant... Nous ne combattions pas seulement une armée nationale, mais des étrangers venus d'un autre continent. Cela détruit tout sentiment d'appartenance ou de justice.»
Fausses offres d'emploi
Les mercenaires colombiens sont arrivés au Soudan attirés par des annonces mystérieuses dans les rues de Bogotá et de Medellín qui disaient : « Emplois dans la sécurité avec de bons salaires au Moyen-Orient – contrats officiels – salaires en dollars américains. »
Carlos Giovanni, un ancien soldat de l'armée colombienne qui a pris une retraite anticipée et a réussi à fuir le Soudan pour retourner dans son pays, a raconté : « Un officier à la retraite m'a contacté et m'a proposé un contrat avec une entreprise privée. Il m'a dit que le travail consistait à protéger des installations pétrolières au Moyen-Orient, avec un salaire pouvant atteindre 3 000 dollars par mois. Pour nous, c'est une fortune. Beaucoup de mes camarades ont immédiatement accepté. »
Cependant, il a découvert plus tard que la destination n'était pas la Libye, comme on leur avait fait croire, mais le Soudan. Là-bas, lui et ses camarades ont été confrontés à une réalité complètement différente : des camps d'entraînement, des fronts de combat sanglants et une guerre dont ils ne connaissaient même pas les causes, selon les conclusions de l'enquête.
