Le soulèvement en Iran entre dans une phase critique
Ces derniers jours, le régime a abandonné toute apparence de retenue, déchaînant une force meurtrière à une échelle qui révèle davantage la peur que la force.
En seulement deux jours, des milliers de manifestants ont été massacrés, selon les informations recueillies dans les hôpitaux, les centres de médecine légale, les témoignages oculaires et les récits des familles à travers le pays.
Bien que le bilan définitif des victimes ne sera annoncé que plus tard, la brutalité de cette brève période suffit à elle seule à souligner la détermination du régime à écraser l'insurrection à tout prix. Les rues, les morgues et les centres de détention sont devenus le théâtre d'un traumatisme collectif, en particulier pour la jeunesse iranienne, qui constitue l'épine dorsale des manifestations.
Outre les massacres, la répression a atteint des proportions effrayantes. Plus de 50 000 personnes ont été arrêtées dans tout le pays depuis le début du soulèvement, à la suite de vagues de raids nocturnes dans des logements, des lieux de travail et des quartiers entiers. Les arrestations sont souvent arbitraires, et de nombreuses personnes sont arrêtées simplement parce qu'elles se trouvaient dans des zones de protestation. Le pouvoir judiciaire du régime lui-même a déjà admis par le passé que des dizaines de milliers de personnes avaient été arrêtées lors de soulèvements précédents, ce qui renforce la crainte que les chiffres actuels ne soient encore plus élevés. L'accès international aux prisons reste bloqué, rendant impossible toute vérification indépendante.
Malgré cette répression, l'insurrection n'a pas reculé. Au contraire, elle a continué à s'étendre tant sur le plan géographique que politique. Un facteur décisif a été le rôle de l'Organisation des moudjahidine du peuple iranien (OMPI ou MEK) et de son réseau national d'unités de résistance. Ces unités constituent la seule force organisée sur le terrain capable de soutenir les manifestations dans des conditions d'extrême violence, de coupures d'Internet et d'arrestations massives. Loin d'être spontanée ou dépourvue de leadership, l'insurrection est le fruit d'années d'organisation clandestine, de coordination et de préparation politique.
Les unités de résistance ont joué un rôle central en maintenant les manifestations vivantes nuit après nuit, en brisant le climat de peur imposé par le régime et en s'attaquant aux symboles de la répression. Leurs activités ont permis aux manifestations de se poursuivre même après les massacres, transformant des protestations isolées en une révolte nationale soutenue. Cette dimension organisée explique pourquoi le régime a consacré d'énormes ressources à diaboliser l'OMPI, tout en essayant de détourner l'attention du public vers de fausses alternatives.
L'une de ces manœuvres de diversion a été la promotion renouvelée des discours monarchiques. Reza Pahlavi, fils du shah déchu, a mené un lobbying intense à Washington, cherchant à obtenir le soutien de Donald Trump et de son entourage politique. Jusqu'à présent, ces efforts n'ont produit aucun résultat tangible. Plus important encore, ils sont complètement déconnectés de la réalité en Iran.
Afin de créer l'illusion d'un soutien monarchique, des images de manifestations sans rapport ont été délibérément manipulées par l'ajout de sons, des montages sélectifs et des sous-titres trompeurs, dans le but de suggérer faussement que les foules scandent des slogans en faveur de Reza Pahlavi. Ces tactiques jouent directement en faveur des mollahs : elles visent à décourager les manifestants, à semer la confusion et à brouiller les revendications du soulèvement. Il ne s'agit pas simplement de désinformation, mais d'un véritable détournement de l'insurrection. Il est particulièrement inquiétant que bon nombre de ces vidéos manipulées aient été retracées jusqu'à Iran International, une chaîne satellite financée par la famille royale saoudienne, ce qui soulève de sérieuses questions sur les agendas politiques imposés de l'extérieur à une révolte populaire.
La réalité sur le terrain est sans équivoque. Les milliers de personnes tuées étaient, dans leur grande majorité, des jeunes Iraniens – étudiants, travailleurs et diplômés au chômage – qui ont grandi sous la domination cléricale et rejettent toutes les formes de dictature.
Leurs slogans ne laissent aucun doute : ils s'opposent à la fois à la tyrannie religieuse et à l'autocratie monarchique. Ce qu'ils réclament, c'est une république fondée sur la souveraineté populaire, le pluralisme politique et les libertés fondamentales. Les tentatives visant à présenter l'insurrection comme une nostalgie du Shah sont non seulement fausses, mais constituent également une insulte à la mémoire de ceux qui ont payé de leur vie.
L'Iran se trouve aujourd'hui à un tournant historique. L'ampleur des massacres, les arrestations massives et la persistance d'une résistance organisée laissent présager une confrontation qui ne pourra être résolue ni par la répression ni par la tromperie. Quelle que soit l'issue immédiate, une chose est déjà évidente : cette insurrection ne vise pas à réformer le système ni à restaurer le passé. Elle vise à mettre fin à la dictature sous toutes ses formes et à établir une république démocratique élue par le peuple iranien lui-même.
